Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

26 novembre 2008

En hausse, en baisse, explications.

Coup de fil matinal de Bruno Botella, de "Profession Politique", éditeur du "Bleu", une lettre d'information spécialisée, essentiellement lue par les "professionnels de la profession". C'est mon tour de participer à la "cote des politiques". On ne peut pas mettre tout un parti politique à la baisse, ce qui aurait été commode. les éditorialistes sollicités (une dizaine par semaine) doivent choisir un homme (ou une femme) à la baisse et à la hausse.
Comment ne pas choisir Ségolène Royal à la baisse? Elle est incontestablement la perdante de la semaine. Elle voulait prendre le PS. Son offensive a échoué, de justesse, mais elle échoue. Cela dit, je lui voit encore un grand avenir. L'affaire laissera des traces. Royal pèse plus ou moins la moitié du parti, alors qu'il y a une semaine elle n'avait pas de véritable courant! Et elle représente cela presque toute seule, même si elle est entourée de quelques lieutenants de talent (Peillon, Valls, Rebsamen, Bianco, Dray). Evidement le mur sur lequel elle s'est fracassé n'est pas vraiment en béton: un rafistolage des fabiusiens et des jospinistes, les emmanuellistes, hamonistes, la moitié des strauss-khanien, les delanoistes, les Hollandais (moins Rebsamen), auxquels s'ajoutent les quelques "Aubrystes"...soit à peu de chose près 90% de ce qu'était le PS ces 20 dernières années. Sans doute a-t-elle été un peu trop loin (tactiquement) en menaçant de trainer ses camarades devant les tribunaux. Le déballage mettrait aussi mis à jour des pratiques assez louches dans des fédérations qui la soutienne come l'Herault ou les Bouche du Rhône. Mais qu'importe, il faudra compter avec Royal et sa popularité dans le parti et dans l'opinion, d'autant que je prévois un contrecoup électoral sévère pour le PS de Martine Aubry. Disons qu'on verra sans doute lors des prochaines échéances une portion importante des électeurs de gauche, particulièrement de centre gauche se tourner vers d'autres "offres", celle que s'apprête à lancer Daniel Cohn Bendit, ou celle, déjà connue, de François Bayrou qui méritait d'être mis à la hausse, cette semaine.

18 novembre 2008

Chers camarades...

Bon calmons nous un peu et reprenons nos esprits, mes esprits, puisqu'au gout de certains je fais preuve de "naïveté" en parlant du combat de Ségolène Royal. Dois-je préciser que si j'ai consacré beaucoup de lignes (et même, compte tenu de ma production récente un nombre de lignes considérable) à la situation de ce parti, je n'ai strictement rien à voir avec lui. Plus rien à voir avec lui, plutôt, exactement depuis 1983. Date à laquelle je n'ai pas repris ma carte. Ça en étonnera peut-être plus d'un ici, mais si j'ajoute que déjà à l'époque j'étais rocardien, donc "droitier", ou "gauche américaine", ceux-là admettrons qu'il y a une sorte de continuité dans mes convictions. J'y ai gardé de très bons amis, comme Manuel Valls, je m'en suis fait d'autres en suivant la politique comme journaliste, Vincent Peillon, par exemple. Mon cas s'aggrave puisque ces deux-là, comme vous l'aurez remarqué, sont les plus éminents lieutenants de la dame de Poitou-Charente. En fait, il s'agit d' un hasard total, et au fond je m'en fous pas mal puisqu'il y a bien longtemps que ces choses ne m'interessent plus vraiment. J'aime bien aussi Benoit Hamon, par exemple, même si je pense à peu près le contraire de ce qu'il affirme. Comme quoi, moi je reste un bon camarade, bien que n'en étant plus stricto sensu. Depuis 1983, je me suis quand même un peu ouvert et j'apprécie de discuter, de rire parfois, avec beaucoup d'hommes politiques y compris- horreur!-des sarkozystes.
En fait, ce que je crois c'est que nous avons encore beaucoup de progrès à faire vers la démocratie en France. Jadis, le fonctionnement interne du PS pouvait être donné en exemple, aujourd'hui la seule chose qui en reste c'est le vote des militants sur le nom du premier secretaire. Jeudi prochain ils auront tout simplement le pouvoir de faire changer leur parti. Ce n'est déjà pas si mal, mais le lendemain on ne leur demandera dejà plus rien. En face ce n'est guère mieux puisque le parti majoritaire, l'ump, est aujourd'hui toujours présidé par Nicolas Sarkozy depuis l'Elysée ou il tient régulièrement des conseils restreints, certains week-end. A ce sujet Patrick Devedjian, secretaire géneral de l'ump, homme sympathique et estimable, en attente d'un marroquin a commis un beau lapsus dimanche soir sur Europe 1, en disant qu'il remettait son mandat "entre les mains du Président de la République..."
Bon, je ne cherche pas à transformer la France en démocratie scandinave, ou figurez-vous que les ministres payent leur loyer et font leurs courses avec leur propre carte bleue. Non, quand même pas! La France ne sera même jamais les Etats-Unis, ou Obama a été prié de se séparer de son Blackberry perso, car toutes les communications du Président étant propriété de l'Etat, le Congrès exige de pouvoir éventuellement accéder à ses mails qui doivent donc être archivés pour la postérité. Vous vous rendez compte, chez nous, le nombre de sms de Sarkozy-et pas seulement les milliers envoyés à Cécilia- disparus dans la nature! Ils vont pas rigoler les historiens de son quinquénat!
Pour en revenir à Ségolène Royal, je ne sais pas si elle ferait une bonne premier secretaire ou une bonne présidente, mais je ne suis convaincu par aucun argument de ceux qui la croient à peine capable d'apporter les cafés aux membres du Bureau National. Je trouve qu'elle mène sa barque avec intelligence, en évitant les initiatives personnelles qui avaient le don d'agacer ses alliés et conseillers. On lui reproche de presidentialiser le PS? Mais à quoi sert un parti politique sinon avant tout à prendre le pouvoir, puisque nous savons tous qu'une fois élus les Présidents (et c'est tant mieux) sont obligés de faire passer leurs idées après les réalités. Si demain Sarko est convaincu qu'il faut nationaliser les banques pour aider l'économie soyez sûrs qu'il le fera! Quand à cette histoire d'alliance avec le centre, mes amis, je vous conseille d'écouter la réponse de Martine Aubry à David Pujadas, dans le journal de 20 heures de ce soir, alors qu'il lui demande s'il n'y a pas de contradiction à la refuser tout en la faisant à Lille. J'ai eu beau l'écouter trois fois je n'y ai encore rien compris: A peu près ça: "J'étais contre les alliances locales, mais après avoir fait l'union de la gauche, je l'ai faite quand même avec des gens qui sont dans l'opposition à Sarkozy, et je ne le regrette pas, car ces gens vont nous rejoindre au Parti socialiste." Je n'exagère pas. Martine, si Ségolène en avait sorti une comme celle-là, qu'est-ce qu'on aurait entendu!

12 novembre 2008

PS: Big Bang ou trou noir?

Le PS est-il en train de s'autodétruire? Michel Rocard disait souhaiter un "big bang", une explosion créatrice pour que son parti se régénère. Il pensait que celui-ci pouvait avoir lieu sur la question européenne, fondamentale à ses yeux, et souhaitait une scission au sein du vieux parti d'Epinay. C'est peut-être ce qui est en train de se produire (avec, déjà, le départ de Jean Luc Melenchon). Mais il se peut qu'après cette explosion, le socialisme français ne se perde dans un trou noir, réduit à l'état d'anti-matière.
Il y a deux façons, en effet, d'interprèter le vote des militants.
-La première, est de constater que 80% d'entre eux se sont prononcés clairement pour des solutions social-démocrates, l'économie de marché et le libre échange. Et encore, les vieilles recettes protectionnistes auxquelles semblent encore croire les signataires de la motion "Hamon" peuvent apparaitre comme le fruit de circonstances particulières, le spectacle affligeant et inquiétant que donne le capitalisme dérégulé.
Il y a beaucoup de positionnements tactiques, trop sans doute, dans la préparation d'un congrès socialiste. La motion la plus à gauche obtient toujours une prime, ce qui a été le cas cette fois encore.
Quoiqu'il en soit il devrait en résulter une direction clairement "modernisatrice", derrière Segolène Royal qui a obtenu le plus de suffrage mais avec les deux motions suivantes que rien de fondamental ne différencie, et qui rapprocherait le PS des autres partis sociaux-démocrates européens.
-La seconde, c' est d'observer que le parti est ingouvernable, qu'il fonctionne encore comme la IV ème république alors que le PS a été au pouvoir une vingtaine d'années sous la Vème et fait des projets de VIème. Que les militants n'ont pas choisi assez clairement pour faire taire les innimitiés voire les haines personelles des "égos" socialistes: Bertrand deteste Martine qui hait Ségo laquelle trouve Bertrand décidément macho etc. Il peut en resulter tout et n'importe quoi y compris un front anti Royal, ce qui serait une insulte au vote des militants et à la démocratie. Et tout ça au nom de quoi? Ne vous y trompez pas, toute haine mise à part, le sujet sur lequel s'apprêtent à s'affronter ces braves camarades n'a trait ni à la mondialisation ou à la façon de la réguler, on ne se déchire pas non plus sur la politique d'intégration, d'éducation défaillante, ni sur aucun autre sujet fondamental, mais sur celle-ci: Doit-on oui ou non s'allier au Modem pour gagner? Le fait que certains (Aubry) aient répondu positivement lors d'élections locales n'empêche d'ailleurs pas les mêmes de combattre farouchement cette idée dans la préparation du congrès, prêts à faire don de leur personne pour combattre l'hydre libérale supposée se cacher derrière Bayrou, lequel Bayrou a profité de ce psychodrame interminable depuis un an et demi pour se positionner en opposant numéro un à Sarkozy, et se frotte les mains d'avance de ce qui pourrait se passer à Reims.
Notez que cette question a d'autant moins de sens que si le PS devenait-un miracle?- une force d'opposition crédible rassemblée derrière un leader respecté (qui peut tout à fait être Royal), le député du Béarn pourrait commencer à se faire du soucis.
De quel scénario sommes-nous le plus proche? Réponse à Reims dès samedi.

05 novembre 2008

A dream comes true

Beaucoup de superlatifs sont et seront, à juste titre, utilisés pour qualifier ce qui vient de se passer sous nos yeux. En effet, il n'est plus possible à personne de douter que tout est possible aux Etats-Unis. Y compris l'inimaginable il y a encore quelques mois.
Obama a parlé du rêve des "pères fondateurs", c'est plutôt celui de Martin Luther King qui se réalise 40 ans après son assassinat. (Ah les larmes de Jesse Jackson!-Un rêve de fraternité et de réconciliation raciale.
Le plus impressionnant est ailleurs:
-Obama n'a pas été élu par la mobilisation il est vrai exceptionnelle des électeurs afro-américains. Il en va ainsi à peu de choses près envers tout candidat démocrate. Obama a bénéficié, sur foi des sondages de sortie des urnes, du soutien le plus important des électeurs blancs-pour un démocrate-depuis Jimmy Carter, un blanc sudiste! Quel démnti plus éclatant à tous ceux qui craignaient que d'obscures pulsions racistes ne s'éxpriment dans l'intimité des électeurs blancs. Il y a bien eu une participation record, mais on ne note pas, d'ailleurs, qu'elle ait été beaucoup plus forte parmi les noirs.
-Il n'y a que parmi les électeurs mâles blancs de la classe ouvrière que Mc Cain devance le président élu, mais là aussi ce n'est pas vraiment étonnant.
-Obama doit son succès aux nouveaux électeurs, les jeunes qui votaient pour la première fois. Mais aussi ces nouvelles classes moyennes d'origine hispanique poussées vers le nord par les créations d'emploi dans des Etats comme le Colorado. Signe que l'Amérique a énormément changé en moins de 10 ans.
-Il le doit particulièrement aussi à l'impopularité de George W Bush. Quelque soit leur appartenance partisane, leur couleur de peau, leur religion, les électeurs qui avaient une opinion négative de Bush ont voté Obama à près de 65%. Mc Cain n'est pas parvenu à se défaire d'une image de "sortant".
La signification de l'élection est donc bien "post raciale".
-Beaucoup le feront, mais toute extrapolation à la situation française est vaine: Nous n'avons pas la même histoire que les Etats Unis. Le colonialisme a commis beaucoup de crimes, mais ici, on n'a jamais pratiqué, comme aux Etats-Unis la ségrégation raciale et encore moins la chasse au nègre. Il ne faut pas oublier que les nominations de Colin Powel puis celle de Condolezza Rice( par Bush!) aux fonctions de responsabilités politique les plus élevées après celles du Président ont préparé le terrain.
-Le silence des socialistes français, trop occupés à préparer leur congrès pichrocholin est en effet assourdissant. Les déclarations de certains ministres affirmant que Nicolas Sarkozy a montré la voie à Obama sont ridicules: Obama a certes profité dans sa jeunesse des programes de discrimination positive. Mais une fois entré en politique il ne doit sa brillante carrière qu'à ses propres qualités, et d'abord à une extraordinaire confiance en soi.
-Les Etats Unis sont en bien mauvais état. Une tâche énorme attend le Président Obama. Il est poussé par un élan et une ferveur qui rappelle celle qui accompagna l'élection de Kennedy. mais ces choses sont fragiles. Le discours de défaite d'une rare élegance de John Mc Cain indique que les américains sauront s'unir et trouver les ressources necessaires à un sursaut qui nous impressionera pas sa rapidité.

21 octobre 2008

Pourquoi le capitalisme est encore l'avenir

A quel festival de démagogie n'avons nous pas assisté ici depuis cette crise financière. Dans ce déluge, il faut bien dire que les socialistes se sont encore illustrés: Tel ténor du PS souhaite une nationalisation du crédit, tel autre recommande des mesures protectionnistes pour en finir avec le libre-échange qui serait à l'origine de tous nos maux. Partout enfin on se précipite pour châtier les quelques malheureux camarades qui s'étaient risqués à revendiquer l'étiquette "libérale", comme Delanoë ou Valls.
Nos socialistes, ou en tout cas la majorité d'entre eux, comme à la veille de chaque congrès (dont on sait qu'ils se gagnent bien entendu à gauche, même si l'élection qui suit est perdue, elle, au centre) sont à leur meilleur dans cette surenchère permanente avec l'extrême gauche. Car là, évidement c'est encore pire. Une banderole de Lutte Ouvrière-pour ne citer qu'elle- aperçue sur le chemin de la manifestation des enseignants nous informe naturellement que: "le capitalisme est en faillite, le communisme c'est l'avenir". L'éditorialiste du Figaro, Yves de Kerdrel a résumé celà à sa façon: le Krach (avec un K) est devenu le nouvel "opium des intellectuels" d'où la redécouverte dans le débat des intellectuels de gauche de ce socialisme "vintage" dont les PS venait à peine de répudier les codes marxiste pour revendiquer, enfin, ceux de l'économie de marché. Avec les subprimes, l'éclatement de la bulle immobilière et la chute de Wall Street, c'est le grand bond en arrière.
Tout ou presque a déjà été dit sur le sujet, et d'abord que libéralisme ne signifie pas dérégulation sauvage. De ce point de vue là, le mouvement entrepris sous Reagan et pouruivi par Clinton et W. Bush aux Etats-Unis relève plus d'une perversion du libéralisme que d'autre chose. Que cette crise est autant le résultat d'une dérèglementaion abusive que d'une aventureuse intervention politique sur le marché des prêts hypothécaires. N'est-ce pas Bush qui avait poussé les feux de cette société de "propriétaires", incitant à prêter à n'importe qui?
La mondialisation posait un défi aux nations. Quand tout allait bien on pouvait toujours dire que même avec des laissés pour compte, la richesse globale des nations augmentait, même et surtout au sud. Des millions d'individus sortaient en effet de la pauvreté. Certains s'enrichissaient à une vitesse jamais vue depuis la révolution industrielle en Europe, et les lendemains de la première guerre mondiale aux Etats-Unis. Au moment où cette bulle a éclaté, il fallait que les gouvernements fasse la preuve qu'ils pouvaient s'organiser entre eux pour réagir selon les principes keynesiens. Ce qu'ils firent de manière étonnament rapide et concertée, en faisant preuve de beaucoup de pragmatisme, sachant que parmi eux très peu étaient dirigés par des socialistes étatistes. Il ne s'agit pas que d'une socialisation des pertes, comme cela a été dit. L'Etat se substitue aux marchés en prétant en dernier recours, lorsque plus aucune banque ne voulait plus prendre ce risque, mais il compte bien récupérer ses billes lorsque le marché repartira à la hausse. Celà ne veut pas dire qu'il est le mieux placé pour dicter la politique du crédit, comme dans feu les économies plannifiées.
Surtout, ce que beaucoup de gens semblent avoir oublié, c'est que les cycles économiques n'ont pas disparu. Et que c'est tant mieux. Ils sont là pour purger le système de ses excès, mettre hors d'état de nuire quelques chauffards qui, sous pretexte qu'ils conduisent une ferrari se croient autorisés à rouler à plus de 200km/h, rappeler que les arbres ne montent jamais au ciel, et lui permettre de repartir sur des bases plus saines. Déjà on voit les risques d'inflation s'éloigner (à condition que ça n'aille pas trop loin), et les prix des matières premières baisser, ce qui facilitera grandement la reprise.Bref, ces crises sont salutaires car elles permettent au capitalisme-qui n'est pas un système parfait- de se régénérer. Il a encore de beaux jours devant lui. Je n'en dirais pas autant du PS.

19 octobre 2008

Vous avez dit: vive la crise?

Depuis ma dernière note sur les Etats-Unis, en date du 15 septembre, Obama a creusé l'écart dans les sondages. C'est bien entendu l'étendue et la gravité de la crise financière, la crainte d'une récession de longue durée qui expliquent cette évolution, ou plus exactement la médiocrité des prestations de Mc Cain dès qu'il est question d'économie. Obama est beaucoup plus pragmatique sur ces questions, même si son programme parait désormais en grande partie irréaliste. Mais le besoin de régulation et d'intervention étatique apporté par la crise rend plus pertinentes les solutions traditionnellement proposées par les démocrates. La crise a été la fameuse "surprise d'octobre". Et une sacrée, même si d'aucuns l'avaient vue arriver, peut-être pas avec cette intensité. Du coup l'effet "Palin" a fait long feu. Arrive alors l'épisode "Joe le plombier" qui donne l'occasion d'un autre "story telling": Un homme qui symbolise le rêve américain (déçu), écrasé par les impôts et poursuivi par le fisc, qui pour cette raison ne peut racheter l'entreprise pour laquelle il travaille. Bien joué. Ce sont, bien plus que les programmes sur ce genre d'histoires que se cristallisent les intentions de vote de dernière minute. Mais encore raté: Joe s'exprime un peu trop bien dans les medias. On découvre que s'il n'est pas un vrai "plombier", 'il est en revanche enregistré comme Républicain. Comme par hasard, il est blanc et habite l'Ohio. Le "swing state" par excellence. Depuis 40 ans celui qui gagne l'Ohio gagne l'élection. De la à imaginer un coup monté de la campagne Mc Cain, il n'y a qu'un pas. Ce dernier en a juste un peu trop fait, en citant Joe pas moins de 24 fois lors du dernier débat!
Alors? L'affaire est dans le sac? Ça se pourrait bien. Que peut il encore arriver? Tout le monde pense notament à une sous-estimation énorme du vote racial par les sondages qui ne sont pas très fiables aux Etats-Unis. Ou pire, à un attentat terroriste ou contre la vie d'Obama. On joue à se faire peur sur le thème: Il n'y aura jamais un noir à la Maison Blanche, il y aura un coup de théatre de dernière minute. Je crois quant à moi-c'est un pari, le grand pari de cette élection- que, hors mis dans quelues Etats du sud, l'Amérique blanche souhaite entrer dans une ère post raciale pour se débarrasser de la culpabilité de l'esclavage et de la ségrégation. Dans ce dessein, Obama, noir juste ce qu'il faut, apparait comme l'homme idéal.

30 septembre 2008

World's Worst - Obama, Hannity, Rove

Keith Olbermann. Un talk Show qui décoiffe. Qui oserait mettre à l'antenne un type pareil dans notre belle Télé française endormie?

23 septembre 2008

Le déclin de l'empire américain?

D'abord se méfier. Donc point d'interrogation de rigueur. Le déclin et même la fin de l'empire américain ont été annoncé moult fois, on sait ce qu'il en a été. Mais tout de même: Mille milliards de dollars? Comment supporter le prix astronomique, inouï du sauvetage d'un système financier infernal, totalement dérégulé qui menace de faire basculer le monde dans la récession? Comme toujours, les Etats-Unis feront appel aux acheteurs de bons de trésor, au premier rang desquels la banque de Chine, pour financer un déficit qui de colossal va devenir abyssal. Il va plus que doubler. Malgré ça, comme c' est très bien expliqué ici, cela ne devrait pas provoquer en soi une déterioration de la confiance que font les investisseurs dans le gouvernement américain. Les banques, qui étaient les vrais étendards de cet empire sans colonie, qui pouvaient s'endetter -et donc investir dans l'économie du monde entier- à hauteur de 30 fois leurs fonds propres, seront mises sous tutelle et devront être recapitalisées par des homologues étrangères ou s'ouvrir à des fonds souverains, venant le plus souvent de pays du golfe (ce qu'elles ont dejà commencé à faire). Il y a un an environ le gouvernement fédéral avait fait obstacle à l'aquisition des ports américains par les émirats. Cette fois il n'y a plus guerre le choix.En fait, ce sont des pans entiers de l'économie américaine, ses actifs symboles de sa souveraineté et de sa puissance qui seront ainsi bradés, sans que le gouvernement puisse faire quoi que ce soit pour stopper le mouvement. Quand au prochain président il sera pieds et poings liés et n'aura plus un sou pour financer ses promesses, qu'il s'agisse du système de santé- qui n'est pas prêt de voir le jour- ou de la guerre en Afghanistan ou en Irak.
Et là, on commence à pourvoir pronostiquer un recul de l'influence américaine dans le monde. Cette crise financière dont on n'a pas encore commencé de mesurer les effets marque la fin de la période commencée le 11 septembre 2001, durant laquelle l'hyperpuissance américaine se lançait quasiment seule dans la "guerre contre le terrorisme"afin de restaurer sa crédibilité. Cette crise n'efface pas la précédente mais s'y ajoute, ce qui complique encore davantage les problèmes du monde et le rend encore plus incertain et dangereux. Certains espèrent qu'au moins les Américains se montreront davantage disposés à la coopération avec leurs alliés naturels, notament en Europe. Ce serait un bien, mais n'est pas totalement certain. On ne doit d'ailleurs pas se réjouir de ce déclin relatif car le reste du monde n'est pas prêt à occuper la place que tenaient jusqu'ici les Etats-Unis, que ce soit en tant que garant de la sécurité ou comme moteur de la croissance mondiale. A terme, je crois que l'on peut faire confiance au génie américain pour sortir le pays de l'impasse, mais dans l'intervalle, ça va sérieusement tanguer!

14 septembre 2008

Palin sèche sur la "doctrine Bush" d'action préventive envers un pays considéré comme ennemi.

Sara Palin explique ses positions de politique étrangère sur ABC: Georgie

Obama est loin d'avoir gagné

Fin janvier j'annonçais ici même, contre l'avis de tous les "experts" une surprise Obama. Aujourd'hui, alors que presque tout le monde le voit déjà s'installer à la Maison Blanche, je crains qu'à moins qu'il ne réagisse très rapidement il ne soit en train de perdre l'élection.
En fait les Républicains sont en train, avec le retour de Karl Rove, de refaire peu ou prou le même coup qu'en 2000 et surtout 2004. L'éditorialiste du New York Times, Moreen Dowd a très bien résumé le choix qui s'offre désormais aux américains, surtout depuis le choix de la candidate à la vice présidence sur le ticket républicain:
Primo: Palin donne le sentiment que "réflechir, c'est du passé". Seule compte l'action. Elle est capable de débiter des platitudes apprises par coeur avec la même décontraction que W. Bush en 2000. Il lui suffit, par exemple, d'observer la Russie depuis l'Alaska pour savoir ce qu'il faut faire avec elle et pour le reste elle est prête à partir en guerre pour la Georgie si celle-ci devient membre de l'Otan et rester sans rien dire ni penser si Israël attaque l'Iran, car elle considère que ce n'est pas le problème des Etats-Unis.
Secondo: Elle offre une alternative à l'image de la femme libérée heroïne de "Sex and the City". Voici revenue avec elle la femme pionnière avec un bébé dans une main et dans l'autre une bible et un fusil.
Tercio: Elle fait passer Obama pour un crâne d'oeuf. Intelligent, beau parleur mais crâne d'oeuf. Pensez: une espèce de Fabius ou de Juppé noir...
Et face à cet iceberg qui déboule dans la campagne comment réagit-il? Avec calme et rationnalité. Il dit que ce n'est pas ce qui interesse vraiment les gens, que ces mensonges qui ne trompent personne c'est précisément ce pourquoi de plus en plus d'Américains se détournent de la politique. Il a raison, bien sûr, et ce n'est pas seulement vrai là-bas. Et il proclame de sa belle voix grâve: "enough!", Assez! Mais les Républicains, eux, trouvent que ce n'est pas du tout assez et ils sont près à faire à M. Parfait, M.Gendre-idéal-même-s'il-est-noir le même coup qu'à Kerry et avant lui à Gore qui était des types infiniments supérieurs intellectuellement et moralement aussi à Bush.
La presse, télé comprise, se déchaine contre McCain et Palin dénonçant leurs arguments, les mensonges de l'un et l'incompétence de l'autre, mais on dirait qu'à part quelques cercles privilégiés ou intellectuels, on n'écoute plus leurs remarques. Après tout, Bush n'a pas été élu pour sa compétence en politique étrangère, et confronté à une terrifiante attaque terroriste dont tout le monde pensait qu'elle serait infailliblement suivie de répliques, il a assuré la séurité du territoire national, fût-ce au prix de la guerre en Afghanistan et surtout en Irak.
Bien sûr, rien n'est encore tout à fait joué. Obama compte sur l'Economie, le ras le bol de l'Irak, l'effet des scandales financiers comme Enron ou encore le traumatisme du passage de Katrina qui aurait, selon certains analystes comme l'économiste Jacques Mistral annoncé le retour du besoin d'Etat et de régulation chez les américains.
Tout ça est bien beau, mais pour l'instant c'est une campagne ou il est impossible de parler un minimum de politique et Obama va bien devoir trouver la solution rapidement, sinon les beaux espoirs placés dans cette Amérique "que nous aimons" risquent de s'effondrer comme chateau de sable.

Ci-dessus quelques moments de la première interview de Palin à un grand network. Pas très convaincant et pourtant cel sera-t-il déterminant?

07 septembre 2008

Sarkozy est-il un (mauvais) social-democrate?

On connait le principe des politiques social-démocrates: compenser le déséquilibre entre la rémunération du capital et du travail, financer la protection sociale au moyen de taxes et de prélèvements sur les revenus les plus élevés. Cet effet redistributif dont se charge la puissance publique, outre qu'il se réclame d'une certaine idée de la justice sociale a pour conséquence de soutenir la consommation (on prend à ceux qui épargnent pour donner à ceux qui n'ont pas de quoi consommer) et donc la croissance. Sauf que la mondialisation et le dérapage des dépenses de santé sont venus gripper cette belle mécanique qui fit les beaux jours de la gauche scandinave et dont nos gouvernements français de gauche comme de droite ont essayé de s' inspirer, sans toujours bien y arriver, même quand ils prétendaient au contraire mener des politiques socialistes ou liberales. Aujourd'hui en effet la distribution de pouvoir d'achat, au lieu de soutenir la croissance, aggrave le déficit du commerce exterieur (les gens achètent des écrans plats fabriqués en Chine) et la non maitrise des dépenses sociales est à l'origine d'une colossale dette publique. D'où l'interêt récent, en France, pour les politiques dites " de l'offre". On trouve ses adeptes aussi bien à droite qu'à gauche. Des socialistes comme Dominique Strauss Khan ou Michel Rocard admettent fort bien qu'on ne peut pas augmenter indéfiniment les impôts et que la justice sociale n'est pas proportionnelle au niveau de taxation. Le point de départ de ces politiques "de l'offre" est de constater qu'avant d'avoir des richesses à redistribuer il faut commencer par en produire, et donc que le rôle assigné à la politique économique doit être d'encourager l'industrie et les services en les aidant à accroitre leur compétitivité afin qu'ils créent de l'emploi et des revenus, l'Etat se chargeant dans un deuxième temps seulement de corriger les inégalités.
Pour cela, il faut non seulement maitriser les dépenses publiques mais rester à un niveau de taxation raisonnable. Or, de ce point de vue la France ne peut plus se permettre-et depuis bien longtemps déjà- d'augmenter les prélèvements obligatoires. Leur part représente 43,5% du Pib en 2007, soit à peine moins que les 44,9% du pic historique de 1999. Ce poids s'explique essentiellement par les besoins de financements de la Sécurité Sociale. Du reste on paye relativement peu d'impôts en France et beaucoup de cotisations sociales, c'est à dire qu'en France on continue de trouver plus normal de taxer les salariés que les rentiers et les héritiers, le travail, l'arbre, plutôt que son fruit. Resultat, très rapidement il n'y a plus de fruits... Lorsque tous les grands pays européens-y compris les social-democraties du nord de l'Europe- s'employaient à faire baisser les prélèvements obligatoires, la France, seule ou presque, continuait de montrer son incapacité à suivre ce chemin vertueux, s'obstinant à vivre au dessus de ses moyens. Résultat: nous avons aujourd'hui le record d'Europe des prélèvements. Et on continue!
Le RSA est une excellente disposition qui transformera un revenu d'assistance (le RMI) en une incitation à reprendre une activité. Encore eut-il fallu en limiter l'application dans le temps pour ne pas encourager la précarité sur fonds publics. Avouer que l'on est incapable de trouver 1 milliard et demi d'euros d'économies (ne serait-ce que dans des dépenses improductives, il ne s'agit pas de couper les dépenses de recherche et developpement d'ailleurs trop faibles) dans un budget de près de 1000 milliards est tout simplement à désesperer du génie français. Les plus démoralisés doivent être ceux qui ont voté pour Sarkozy en ésperant précisément une rupture avec les mauvaises habitudes du passé. Pour l'instant, à quelques exceptions près, comme celle du sénateur Alain Lambert, nul dans son camp ne cherche à le remettre dans le droit chemin de ses promesses électorales. La décision du Président (Le parlement n'a pas été consulté. On attend les effets de la réforme de la constitution avec impatience!) de le financer par une taxation de l'épargne est donc non seulement anti économique mais injuste socialement (le bouclier fiscal). Cela ressemble à une mesure de gauche, raison pour laquelle le PS et les medias politiquement corrects l'on d'abord saluée, mais c'est uniquement un trompe-l'oeil: On ne taxe pas les "gros" capitalistes (il n'y a qu'à voir le scandale du régime fiscal des stocks-option), mais seulement la consommation differée de millions de français moyens inquiets pour leur retraite. En espérant simplement que le prélèvement soit suffisament faible pour être indolore et donc sans conséquences politiques. Tout celà confirme que la politique économique n'a pas de pilote en France. D'ailleurs savez-vous qu' il n'y a même pas de conseiller en charge de l'économie à l'Elysée? A moins qu'Henri Gaino ne s'en charge. Dans ce cas, helas, tout s'explique.

25 août 2008

Perles de l'été

Pendant ces vacances, j'ai fait ceinture. Même pas de connexion internet sous la main! Petite session de rattrapage, pour ne pas vous laisser sur votre faim!
-Dès mon retour, crise internationale majeure avec la guerre russo-georgienne qui balaie les espoirs de l'après guerre froide. Je me suis d'abord méfié de l'anti-poutinisme primaire, réflexe des medias français. Saakachvili n'avait-il pas déclenché les hostilités en lançant cette attaque contre les séparatistes ossètes au prix de nombreuses victimes civiles? Puis, très vite la réalité du piège russe n'a pas tardé à éclater, tout comme les réelles intentions de Moscou: Abattre le régime pro-occidental georgien et "finlandiser" un pays qui regarde vers l'Union Européenne et l'Otan. Medvedev et Poutine se sont joué de Sarko qui pensait sincèrement que les Russes étaient encore des "partenaires" qui voulaient seulement donner une leçon au diablotin de Tbilissi. Il s'agissait en fait de défier l'Otan et de mettre à l'épreuve la résolution de l'occident. L'affaire n'est pas terminée. Certes, personne n'a envie de "mourrir pour Tbilissi", mais il est inconcevable de laisser la Russie contrôler le transit du pétrole d'Azerbaïdjan via l'oleoduc BTC, alors qu'elle a déjà montré qu'elle n'hésitait pas à faire un usage politique des robinets de gaz.
La donne géopolitique globaleva s'en trouver durablement modifiée. Cela a déjà pour éffet de remettre en selle Mc Cain dans la course à la Maison Blanche et explique le choix du véteran Jo Biden comme collistier d'Obama. Ce n'est qu'un début. Avec la Russie on est passé en quelques semaines de la détente d'après guerre froide à la sècheresse des thèses Huntingtonienne sur le "choc des civilisations".
-Les JO ont été un triomphe total, sportif et politique, pour la Chine. Poulidor est bien français. Nous sommes quasiment champions du monde des medailles d'argent et de bronze et nous sommes satisfaits, semble-t-il, de jouer les seconds rôle (pardon aux experts, étonnants et à Alain Bernard). Comme prévu, les milliers de journalistes accrédités à Pekin ont décortiqué les vices du régime chinois, aux quatre coins d'un pays-continent, ouvert les yeux du monde sur les exactions au Tibet, les atteintes au droits sociaux et humains etc...Je plaisante bien sûr. Il n'y en a eu que pour l'excellence de l'organisation chinoise, la gentillesse de l'accueil etc. Ces jeux resteront comme ceux de la honte et de la crétinisation de masse. Mais c'était inévitable tant le CIO a abdiqué son ideal. Le choix de Pékin était bien entendu une erreur. Il n'a été fait que pour satisfaire les sponsors, ces nouveaux dieux du stade. C'est d'ailleurs, hélas tout ce que sont devenus les JO: Tout sauf des "jeux" justement, plutôt une opération commerciale planétaire, comme l'attestent les émoluments extravagants du héros de ces jeux, Michael Phelps.
Est-il trop tard pour en tirer les leçons, à Sotchi par exemple?
-Dix soldats français tombés en Afghanistan en une seule journée. Etait-ce une erreur de les y envoyer? Je ne crois pas. Mais de laisser le pilotage de cette "guerre" aux Américains qui viennent encore de commettre une gigantesque bavure en bombardant un rassemblement de civils et ont ainsi le don de se mettre à dos les populations civiles, certainement. De faire comme si le Pakistan n'était pas la source du problème, aussi.
-Coup de chapeau à Jack Lang. Dieu sait s'il n'est pas toujours irréprochable, mais en votant en faveur d'une réforme constitutionnelle certes incomplète (le Sénat), mais qui restaure le parlementarisme, il a été un des rares fidèles aux idéaux du Parti Socialiste depuis 50 ans. Quand au PS il s'est encore discrédité dans une opposition bête et méchante. Pitoyable.
-Siné antisémite? J'ai écrit, il y a quelques années et avant d'autres-dans "La plaie"- que cette question est déplacée. La seule chose interessante c'est de se prononcer sur ce qui est dit et écrit. De ce point de vue, il n'y a pas deux sortes d'antisémitisme. Un antisémitisme de droite, à la Le Pen qui mériterait châtiment immédiat, et un autre auquel l'anarchisme servirait de circonstance atténuante. Or la sortie du vieil anar de Charlie Hebdo était bien puante, révélatrice d'une levée d' interdits. Il n'y a qu'à voir, sur google (et depuis des années) le nombre de recherches du type "Sarkozy+juif" et ces derniers jours, comme le révèle site de La Paix Maintenant, "Biden+juif". Il semble que dès qu'une personnalité émerge dans une position de pouvoir, le dernier jeu à la mode, à l'abri de ce cabinet d'ombre qu'est internet, soit de vérifier si il, ou elle, n'a pas des accointances juives. Inquiétant...et surtout révélateur.

12 juillet 2008

Allons enfants!

Tout le monde ou presque sera là. Il ne manquera que Khadafi qui se considère davantage comme un africain que comme un méditerranéen et qui a besoin de se singulariser par des coups d'éclats. Sacré Mouamar! Je voudrais dire deux ou trois choses rapides sur ce lancement en grande pompe de l'Union pour la Méditerranée.
Primo que c'est évidement une excellente idée, mais qu'elle me parait mort-née. C'est très simple, la France n'a pas les moyens financiers de mener cette politique d'ouverture au sud. D'élargissement, serait-on tenté de dire. Bruxelles a déjà redimensionné l'affaire, en laissant toutefois au Président français, et pour six mois de l'UE le plaisir de produire un "show". Hors-mis des plans de dépollution de la Méditérannée, des arrières pensées sur le nucléaire civil, cette union ne comporte guère de projet concret. On ne sait même pas si, passé les six mois de présidence française, ce n'est pas la République Tchèque qui assurera-comme prévu- la co-présidence de l'UPM. Je veux bien, mais n'en déplaise aux bureaucrates bruxellois, tout comme l'Europe, la Méditerranée c'est d'abord une réalité géographique!
Deuxio, c'est un immense malentendu. Le Nord veut montrer qu'il n'adhère pas au choc des civilisations et aider les pays du sud à créer des emplois chez eux pour que leur jeunesse de déferle pas sur nos frèles économies, alors qu'au sud on ne rêve que de visas pour travailler dans les prospères contrées du Nord.
Tertio. On fait beaucoup de bruit autour de la présence d'Assad, le 13 et même le 14. Je ne vois pas comment Sarkozy aurait pu le renvoyer à Damas alors que ses collègues iraient, eux, congratuler l'armée française. Souhaité de le 13, sa présence le 14 devenait inévitable. Bien sûr, la Syrie a une nouvelle fois dicté sa loi au Liban. Elle finit toujours par obtenir ce qu'elle veut et ne donne rien en échange. Mais elle existe et aussi bien au Liban qu'avec Israël il ne peut pas y avoir de paix sans elle. Qu'on espère pas non plus que ce hochet méditerranéen va faire d'elle par magie un pays en voie de démocratisation. Le pouvoir syrien est un clan qui ne peut se maintenir au pouvoir que par le sang et la terreur. Mais si l'on met de côté Israël, et aussi la Turquie et le Maroc qui font de réels efforts en direction de la démocratie, ou sont les démocrates autour de cette Méditerranée?
On va donc festoyer pendant ces deux jours. La France aura deux ou trois raisons de se feliciter de son initiative (l'ouverture d'une ambassade syrienne au Liban, peut-être des contacts israélo-syriens sans lendemains en coulisse), mais toute comparaison entre cette UPM et la naissance de l'Europe serait abusive et nous prendrait vraiment, nous autre mediterranéens, pour de enfants.
Bonnes vacances!

03 juillet 2008

Miracle à la Colombienne

Ingrid Betancourt est donc libre. Libérée par l'armée colombienne, il faut le dire et le redire, sans tirer le moindre coup de feu. Avec elle 13 autres otages américains et colombiens. On n'ose dire qu'il s'agit là d'une opération "à l'israélienne", tant ce genre de comparaison sont dangereuses pour leurs auteurs de nos jours... C'est en tout cas une leçon de professionalisme et d'humanité de la part d'une armée et d'un Président (Uribe) régulièrement diffamé, en particulier sur la toile. Il y avait tant d'âmes vertueuses qui eussent préféré voir ici le triomphe de Chavez, l'homme qui met à terre l'économie de son pays et son peuple à l'abri de grands discours anti-impérialistes! Mais brisons-là, l'heure n'est pas aux règlements de compte. On verra comment certains s'arrangent avec leurs sempiternelles rengaines pacifistes. A les entendre il aurait fallu céder à toutes les exigences, même les plus baroques, d'une guerilla aux abois. La fermeté résolue peut aussi payer. Souhaitons que cette leçon soit méditée.
On ne reprochera pas non plus à Sarkozy d'avoir lui aussi donné l'impression de céder au "mirage Chavez". Pour réussir, il fallait bien sûr mettre toutes les chances de son côté, et la pression qu'il a mise en permanence sur tous les acteurs a été très précieuse. Un peu plus de solidarité manifeste avec Uribe n'aurait toutefois pas été déplacée. Mais il faut dire que la famille d'Ingrid n'a jamais cru à la stratégie du Président colombien. On ne peut pas non plus le lui reprocher, mais cela à sûrement influencé Sarkozy.
Il y a en effet quelque chose de quasi miraculeux dans cette libération qui a pris de court tout le monde, à commencer par le Président français qui n'était visiblement pas dans la confidence. Le secret est bien sûr le principal ingrédient de la réussite de telles actions d'éclat.
Les Farcs ne sont pas vaincues pour autant. Elles ont encore des dizaines d'otages anonymes auxquels il faut penser plus que jamais. Les problèmes sociaux de la colombie demeurent, bien sûr, même si la situation de ce pays est bien préférable à celle de son voisin du nord pourtant imbibé d'or noir.

20 juin 2008

Ne tirez plus sur Hortefeux!

Brice Hortefeux trimbale une sale réputation. Surtout depuis qu’il a accepté d’être le premier ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement. (cette dernière attribution étant devenue depuis les municipales « développement solidaire », ce qui sonne mieux. Il faut dire qu'aux yeux de certains professionnels de la vigilance, créer un ministère de l’immigration était déjà céder à la lepénisation des esprits. Mais alors, lui accoler « l’identité nationale », là, ceux qui "s’y connaissent" voyaient assurément le retour de Vichy et de la milice. Hortefeux ne valait guère mieux qu'un héritier de Darnand.
Il n’est pas toujours mauvais d’être un mal aimé. Impopulaire presque par vocation, il ne risquait pas d'advenir à nore ministre les mêmes mésaventures qu'à son maître politique, Nicolas Sarkozy: Point de de temps à perdre en vaine tentative de séduction du microcosme, il restait seulement à travailler pour mettre en œuvre la première politique d’immigration digne de ce nom. Car l’invocation abusive du vilain passé français n’était pour les gens "aux idées larges" qu’une argutie pour de nier l’évidence : l’immigration est un défi économique, social et même stratégique pour toutes les nations, aussi bien émergeantes que développées. Pour y répondre il faut une politique qui se substitue à l’aveuglement responsable de nombreux maux français : déficit des comptes publics, chômage, insécurité dans les banlieues, racisme, régression dans le relativisme culture (comme l’illustre l’affaire du mariage annulé de Lille, ou celle du gymnase réservé aux femmes). Or jusqu'ici ce qui faisait office de politique était le laisser-faire, le laxisme, un peu à la tête du client, assortie de temps à autre d'une repression au faciès. Une sorte d'ultra liberalisme migratoire défendu, c'est curieux, par ceux-là même qui vomissent le mot en L...Résultat, sous couvert de compassion altermondialiste on laissait s'enrichir les passeurs sans scrupules et parfois criminels, les trafiquants d'êtres humains, marchands de sommeil et autres patrons véreux. Ce sont d'alleurs parfois les mêmes, associés dans ces filières exploiteuses de misère.
Cette semaine, Hortefeux présentait dans une conférence de presse interminable, au dessus des forces du pauvre journaliste submergé (2heures! Même Sarkozy n'orait pas osé.), le premier bilan de sa politique qu'il définit en trois mots: Equilibre, fermeté et justice.
Pour l'équilibre on fut heureux d'entendre le ministre affirmer que l'immigration zéro n'était "ni possible ni souhaitable" et même que, pour peu qu'elle soit maitrisée, elle pouvait être "un atout" pour la France. Oui vous avez bien lu et vous vous souvenez sans doute de la formule de Bernard Stasi "l'immgration, une chance pour la France" qui lui valu d'être vilipendé durant des années par le FN? On n'en est pas loin.
Côté fermeté on ne sera pas surpris de voir que les reconduites à la frontière sont en forte augmentation (+31% depuis juin 2007) et que le rythme s'accélère. Plus spectaculaire, celle des retours volontaires (+374% en un an), ce qui prouve que des perspectives reviennent dans les pays du sud et que les aides sont donc plus incitatives. C'est une bonne nouvelle. De même on interpelle plus d'employeurs en fraude et de marchands de sommeil. L'immigration professionnelle ("choisie") se développe rapidement alors que les regroupements familiaux diminuent sous le coup des mesures dissuasives comme les tests de Français et peut-être les fameux tests ADN ( Je n'ai pas eu la patience d'attendre la fin de la conference pour poser une question sur ce sujet.). Par ailleurs, les conjoints inactifs ayant déjà bénéficié du regroupement familial sont incités à prendre une activité de type "emploi à la personne". Bref on s'assure désormais avant d'autoriser le séjour d'un étranger qu'il jouiera de conditions de vie décentes, comparables à celle de tout citoyen. C'est tout simplement une question de respect des droits de l'Homme. Tout ceci est excellent. Je suis davantage géné en revanche, revolté même, par les arrestations "d'aidants", près de 4000 personnes en un an soit une hausse de 28,5%. Héberger de façon désinteressée un clandestin est un comportement digne et même un devoir moral. En faire un délit est un scandale.
Justice enfin, envers les étrangers en situation régulière et tout ceux qui respectent la loi. A propos de la récente grève des sans-papier employés de la restauration et de l'hotellerie en région parisienne, Hortefeux a avancé des chiffres qui font réfléchir: A Paris, où le taux de chomage des étrangers-hors UE- est le triple de la moyenne nationale, sur 22000 étrangers (réguliers) demandeurs d'emploi, 1500 cherchent un emploi de cuisinier ou d'agent d'entretien. Régulariser massivement les clandestins reviendrait à défavoriser ceux qui ont souvent peiné pour se mettre en règle. Il n'annonce donc que quelque centaines de régularisations.
on verra comment tous ceux qui croient défendre les étrangers réagiront à ces premiers résultats. Ils ont l'air de convenir en tout cas aux pays d'origine de l'immigration, essentiellement en Afrique puisque le gouvernement français signe des dizaines d'accord avec eux et qu'une demi douzaine d'ambassadeurs assistaient au show d'Hortefeux.

17 juin 2008

Madrid 15 juin José Tomas-alias ET-coupe 3 oreilles à Las Ventas

Avec les 4 oreilles du 5 juin cela en fait 7 en 10 jours. El Pais a titre : "Une bonne après-midi pour mourir" Ce ne sera pas encore pour cette fois, et pourtant...Malgré trois "cornadas" dont au moins une grave Tomàs torrée jusqu'au bout, recolte ses trois trophées et se rend à pied à l'infirmerie ou il sera opéré durant plus d'une heure. "Quand j'entre dans une arène a-t-il dit un jour, je laisse mon corps à l'hotel". Torrero!

Sous un autre angle


Malheur à ceux qui-comme moi- n'y étaient pas ce jour-là, comme 10 jours avant.

12 juin 2008

Les atouts de l'Iran en Afghanistan

Entretien de France 24 avec le ministre des affaires étrangères
iranien (dans notre jargon on dit le “mae”), Manouchehr Mottaki. Ça
se passe à la résidence de l’ambassadeur, un magnifique hôtel
particulier dans le XVII arrondissement de paris, jouissant d’un
superbe patio surrélevé “à l’orientale”. En y pénétrant, j’ai
davantage l’œil d’un agent immobilier que celui d’un journaliste et je me
dis que les diplomates persans envoyés par le Shah avaient décidément bien du goût.
Face à moi, l’un des plus haut dignitaires de la République
Islamique, un proche d’Ali Larijani candidat malheureux à l’élection
présidentielle et ancien négociateur sur le dossier nucléaire. Comme
j’ai déjà pu le vérifier que la politique étrangère iranienne ne se
comprend qu'à condition d'en décoder les nombreuses
subtilités. L’homme est d’une courtoisie absolue, le verbe est
onctueux, le ton on ne peut plus mesuré et meme modéré, qui n’en
masque pas moins l’orthodoxie du propos. Lorsque je lui demande
pourquoi il a appelé les musulmans du monde entier à
détruire Israël (“Si chaque musulman jetait un baquet d’eau sur
l’entité sioniste, elle serait submergée”), il commence par répondre
qu’il respecte ceux qui ne partagent pas le point de vue iranien!
Mais attention que l’on comprenne bien: Téhéran ne songe pas à
vitrifier Israël, mais considère “en fonction des réalités “ que “le régime
sioniste honni” a perdu toute légitimité aux yeux du monde…comme ce
fut le cas pour le régime de l’Apartheid. On nous reservira cette
comparaison réchauffée (mais très appréciée de Jimmy Carter) à
Durban2 en 2009…
Il s’agit là d’ne version “humaniste” exclusivement destinée aux occidentaux. Devant les
orientaux les iraniens prennent moins de gants.
Cela dit, je pense que cette confrontation rhétorique avec “l’ennemi
sioniste” en dissimule une autre bien plus importante pour comprendre
l’évolution des rapports de force au moyen orient: l’affrontement
entre le “croissant chiite”, manoeuvré par l’Iran et le monde sunnite
dont le leadership fragile est assuré par l’Arabie Saoudite.
Le programme nucléaire iranien fournit une occasion d’une joute
verbale avec Israël qui arrange les deux parties et justifie que chacun
maintienne une garde haute. Mais il est surtout fait pour intimider ou
inquiéter les voisins immédiats de l’Iran, au premier chef l’Arabie
saoudite et les pays du golfe. Objectif déjà en partie
atteint. La puissance d’Israël ne gène nullement l’Iran. Au contraire, elle
maintient la pression sur le monde arabe et entretien le prestige de
l’Iran qui, par Hezbollah interposé, s’enorgueillit de tenir la dragée haute à l’Etat
Hébreu. Voilà pourquoi Téhéran et son allié au Liban feront tout ce
qui est en leur possible pour empêcher un réglement négocié du
conflit Israélo-palestinien.
Reste l’Afghanistan, la conférence sur la reconstruction du pays,
raison du passage à Paris du “mae” (il ne verra évidement aucun
officiel français. En tout cas pas au grand jour, l’Iran est
blacklistée.). Quel jeu y jouent exactement les iraniens? Une partie
d’échecs-jeu dont ils sont les inventeurs- dans laquelle comme il se
doit ils dissimulent parfaitement leur coup suivant. En 2001 ils ont
soutenu les moudjahidines de Massoud dans leur combat contre les
Talibans. Aujourd’hui encore lorsque je l’interroge sur le risque de
leur retour au pouvoir, Mottaki incrimine “ceux qui, à coup de
pétrollars, ont nourrit ces extremistes”, comprenez l’Arabie
Saoudite. Pourtant les services américains et britanniques sont
persuadés que l’Iran leur fournit aujourd’hui de l’armement (des
elements pour des “road bombs” déclenchées à distance au passage des
convois de l’OTAN). En septembre 2007 deux camions d’explosifs ont été
interceptés à la frontière irano-afghane. Mais l’Iran continue de
nier. Il faut dire que depuis le mensonge des ADM en Irak, on ne sait
plus à quelle source se fier…

Dans le même temps l’Iran aide économiquement l’Afghanistan. Mottaki
explique qu’avec $ 500000 les iraniens, très proches culturellement
des Afghans, font ce que “d’autres” (comprendre les pays de l’OTAN)
font avec 5 millions. Et sur ce point, on le croit volontiers.
En résumé, L’Iran soutient Karzai“tant qu’il sera là” (on ne saurait être
plus clair), par réalisme et “parce que c’est le choix du peuple”.
Mais les troupes de l’OTAN n’y seront pas éternellement, et Téhéran
attend leur départ avec impatience pour étendre son influence dans un
pays crucial à ses yeux. De là à forcer un peu ce destin, il n’y a
qu’un pas….

Pour visionner l'entreetien avec Mottaki, rendez-vous sur France24.com. Rubrique débat puis entretiens.