Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen
03 janvier 2009
Gaza: la deuxième mort de Samuel Huntington?
Je m'explique: Dans sa fameuse théorie, le Pr Samuel Huntington-décédé la semaine dernière- nous avait expliqué que, conséquence principale de la fin de la guerre froide, les conflits idéologiques étaient condamnés à disparaitre dans un monde transformé et determiné par des chocs entre civilisations, au nom de valeurs culturelles et religieuses rivales.
C'est ainsi, par exemple, qu'en vertu de cette théorie un immigré musulman, même vivant dans une démocratie occidentale, et parvenu à une certaine aisance matérielle se sentirait toujours solidaire de la souffrance d'autres musulmans, y compris lorsque ceux-ci se battent au nom de convictions politiques étrangères. Huntington en tirait la conclusion que chaque civilisation devait rester tranquilement chez elle et surtout bien se garder de toute prétention à exporter ses propres valeurs. Ainsi, contrairement à ce que croient ceux qui ne l'ont pas lu, Huntington était un farouche adversaire de la guerre en Irak menée au nom d'une supposée universalité des principes démocratiques (et d'interêts moins avouables). Cette théorie avait, et conserve une certaine pertinence. Mais elle a aussi, fort heureusement ses limites.
La guerre de Gaza en fourni une démonstration éclatante.
La première limite est géopolitique: lorsque la "civilisation" d'en face est située à seulement quelques kilomètres de vos centres urbains et que vous êtes à portée de ses roquettes artisanales, la dissuasion n'opère plus et il est difficile de rester très longtemps sans rien faire, surtout si vous êtes une démocratie et que les élections approchent.
L'autre limite est plus substantielle dans la mesure où elle remet en cause le coeur de la théorie: Des conflits continuent d'exister au sein d'une même civilisation, et sont parfois d'une bien plus terrible cruauté.
Huntington n'était pas assez sôt pour ne pas avoir vu et analysé l'antagonisme entre l'Islam sunnite et l'Islam chiite, il n'en avait pour autant pas mesuré le caractère irreductible.
Ainsi, dans notre affaire, les régimes arabes sunnites se sont-ils facilement consolés de leur impuissance à faire cesser ce qu'ils ont dénoncé comme "l'agression barbare" d'Israël, pour la bonne raison qu'il y a bien longtemps que l'Iran a remplacé Israël comme menace qu'ils craignent le plus dans la région. Et l'Iran est devenu le protecteur du Hamas palestinien. Plus frappant encore que le silence de l'Arabie Saoudite, les déclarations explicites de la diplomatie egyptienne rejetant sur le Hamas la responsabilité de l'affrontement pour avoir posé des conditions irréalistes et inacceptables à la reconduction de la trève (et pour avoir osé soumettre ces conditions à l'Egypte comme médiateur). Dans un premier temps, l'Iran, son alliance avec la Syrie et le Hezbollah libanais, semblait se contenter d'incarner le leadership de l'Islam chiite. En décidant de soutenir le Hamas palestinien, il défiait à la fois l'Autorité Palestinienne, mais aussi l'Egypte voisine qui se sent menacée par cette branche des Frères Musulmans et la monarchie Saoudite qui craint d'être un jour renversée par ces intégristes à vocation "sociale" qui ne manquent aucune occasion de dénoncer la corruption de leur régime. L'incompétence des Américains en Irak, l'enlisement en Afghanistan ont définitivement conféré à Téhéran un rôle d'indispensable pivot régional (le fameux "croissant chiite"), statut conforté par l'avancement inéluctable de son programme nucléaire.
Mais le plus extraordinaire est l'appui apporté au grand jour par le Fatah à l'opération "plomb durci". Non seulement Mahmoud Abbas a été le premier à affirmer que le Hamas avait provoqué Israël, mais la police palestinienne a fait ce qu'aucune autre police dans le monde n'avait osé faire: intervenir brutalement-en Cisjordanie- pour disperser les manifestations de solidarité avec les frères bombardés de Gaza, et ce d'autant plus durement que les protestataires brandissaient des bannières vertes du Hamas.
Entre les frères ennemis palestiniens, les choses sont allées trop loin et toute réconciliation parait impossible.
De surcroit, dès le premier jour du conflit, il est apparu que le Hezbollah n'avait pas les moyens d'ouvrir un nouveau front au Nord contre Israël pour soulager les souffrances des gazaouis. Et ce pour des raisons plus politiques que militaires. La priorité du Hezbollah est aujourd'hui de montrer qu'il obéi d'abord aux interêts nationaux du Liban avant de raisonner en "proxy" de l'Iran. Par conséquent, les reproches de Nasrallah et d'Ahmadinedjad contre les régimes arabes "complices de l'entité sioniste" restant sans effet, il était clair que Téhéran était en situation de faiblesse, et qu'il fallait en profiter.
Tout se passe donc comme si l'Egypte et l'Autorité Palestinienne avaient décidé de laisser à Israël le temps nécessaire pour écraser le Hamas à Gaza, dans le but d'y réinstaller l'autorité d'Abbas, et de réunifier les deux Palestine. C'est d'ailleurs le plan de Moubarak qui a clairement indiqué qu'il n'accepterait la réouverture de la frontière sud de Gaza qu'à condition que l'Autorité Palestinienne y revienne. Renverser le Hamas, humilier les frères musulmans et donner une leçon à l'Iran sont des raisons suffisantes pour voire émerger cet axe en apparence insolite Jerusalem-Le Caïre-Ramallah.
Reste que la validité de ce scénario n'est pas encore prouvé. D'abord parce qu'Israël (dont les dirigeants sont divisés sur l'objectif) cherche toujours un moyen d'éviter une guerre totale contre le Hamas. Jérusalem se contenterait de pouvoir dicter les conditions d'une nouvelle trève de long terme: Cessation totale des tirs de roquettes et mécanisme d'application international du cessez-le-feu.
Ensuite, parce que les capacités de resistance du Hamas dans un combat de rue avec Tsahal restent inconnues et que l'issue peut s'avérer aussi incertaine qu'en 2006 au Liban. Pour Israël, comme pour ses alliés, une demie victoire serait catastrophique car le Hamas et sa propagande en ferait certainement un triomphe.
Mais admettons que l'Autorité Palestinienne reprenne le contrôle de Gaza dans pareilles circonstances. Sa "complicité" avec Israël serait flagrante et a priori source de contestation pour Abbas. A moins que...Et ce serait de loin le meilleur scenario...A moins que, profitant de sa victoire totale et de la restauration de son partenaire et allié dans l'ensemble des territoires palestiniens, Israël ne montre immédiatement qu'une ère nouvelle commence, c'est à dire qu'il lève aussitôt le blocus de Gaza, mais aussi qu'il accélère la transmission de la sécurité en Cisjordanie au Fatah, libère massivement les prisonniers palestiniens, évacue les colonies avancées et s'implique cette fois sans arrières-pensées dans de réelles négociations sur le statut final des territoires. C'est bien le moins que pourrait espérer Abbas en remerciement de son coup de main, et qui serait seul en mesure de restaurer quelque peu son prestige. C'est ce qu'il attend désespérement et qu'Israël lui refuse depuis quatre ans...à la grande satisfaction du Hamas.
30 décembre 2008
Le Hamas, Amos Oz et la sécurité des citoyens d'Israël
Les blogueurs de droite se sont rués sur les déclarations de l'écrivain de gauche israélien Amos Oz. Ce dernier écrit notament dans Yédioth Aharonoth:
"Les bombardements systématiques subis par les citoyens des villes et villages d'Israël constituent un crime de guerre et un crime contre l'humanité. L'Etat d'Israël doit protéger ses citoyens. Nul n'ignore que le gouvernement israélien ne veut pas entrer dans la Bande de Gaza, et qu'il préférerait continuer cette trêve que le Hamas a violée avant de l'annuler. Mais la souffrance des civils israéliens dans la zone frontalière avec Gaza ne saurait perdurer."
Amos Oz a parfaitement raison.
Il dit aussi que le monde se contrefout du calvaire des habitants du sud d'Israël, appelle leur gouvernement à la retenue mais ne songerait pas à exercer plus de pression sur le Hamas.
Il a encore mille fois raison.
On peut même ajouter que le Hamas est une organisation de type fasciste, qui s'est emparé du pouvoir à Gaza par un putsch, n'y tolère aucune opposition et que dans ses mosquées on y répand une idéologie de haine antisémite que les nazis n'auraient pas reniée.
L'explication avancée par le Hamas pour justifier ses tirs de Qassam, et maintenant de Grad (forcer Israël à mettre un terme au blocus de Gaza) est totalement hypocrite et fantaisiste. Les tirs ont en effet commencé dès le lendemain de l'évacuation du territoire par l'armée israélienne, il y a 8 ans. Il n'y avait pas de blocus.
Aux dernières nouvelles le Hamas serait prêt à un accord de paix avec Israël sur base des frontières de 67. Cela reste à démontrer. Pour l'instant on voit surtout qu'il veut prouver aux Palestiniens qu'on ne peut rien obtenir d'Israël sinon par la force, c'est à dire qu'il cherche à ridiculiser et à humilier les Palestiniens qui, depuis Oslo, ont fait le choix courageux de la négociation et de la coexistence.
Mais malgré celà le Hamas controle la bande de Gaza et Israël doit faire avec. Il ne décide plus du destin de Gaza. c'était même tout l'interêt de l'évacuation: couper le cordon avec les Palestiniens.
Pour en revenir à notre écrivain de gauche, quand on fait une citation, il faut le lire au delà du premier paragraphe.
Or, un peu plus loin dans le même texte, Amos Oz ajoute ceci:
"le Hamas désire passionnément pousser Israël à une campagne militaire : si, au cours de cette opération israélienne, des dizaines ou des centaines de civils palestiniens – y compris des femmes et des enfants - sont tués, la radicalisation s'en trouvera renforcée à Gaza, ébranlant peut-être même, en Cisjordanie, le gouvernement d'Abou Mazen, qui laisserait alors la place aux extrémistes du Hamas(...)Pour Israël, la meilleure solution serait d'arriver à un cessez-le-feu total, en contrepartie d'un allégement du blocus imposé à la Bande de Gaza. Si le Hamas persiste dans son refus de cessez le feu et poursuit ses bombardements contre les civils israéliens, il faut redouter qu'une opération militaire ne joue le jeu du Hamas. Le calcul du Hamas est simple, cynique et scélérat : si d'innocents civils israéliens sont tués - parfait. Si de nombreux Palestiniens innocents sont tués - mieux encore. Face à cette position, Israël doit agir intelligemment, et non pas dans une explosion de fureur."
Encore une fois Amos Oz a parfaitement raison.
Et nous en sommes ce soir, selon l'UNRWA à 64 civils tués, parmi eux des enfants.
Le problème avec cette opération "Plomb durci", ce n'est pas qu'elle soit illégitime-Israël a le devoir de protéger ses citoyens-, mais plutôt qu'elle soit dictée par des considérations à courte vue, électoralistes, et que si elle est militairement réussie (ce qui est probable, le Hamas n'étant pas aussi redoutable que le Hezbollah), elle risque d'être politiquement contre-productive...et coûter un grand nombre de vies innocentes.
Dans toute guerre, il y a toujours des sacrifices pénibles.
En règle générale on en estime le prix et on le compare avec celui de l'inaction.
Si un danger vital est encouru on est enclin à prendre davantage de risques et à exposer davantage de vies, de son côté et du côté de l'ennemi.
En trois jours de guerre 2 civils israéliens ont été tués, soit autant qu'en 8 ans de harcèlement du Hamas.
La vie des habitants de Sdérot est absolument infernale, mais le Hamas ne fait pas peser un danger vital sur Israël. En revanche les différents leaders politiques israéliens avaient peur de payer le prix fort en terme électoral le 10 fevrier en cas d'inaction.
Le Hamas n'est pas exactement le partenaire idéal qu'Israël aimerait avoir. Mais Israël n'a pas toujours bien traité ses partenaires.
Or, demain, il pourrait même y avoir pire que le Hamas à Gaza.
Aujourd'hui le Hamas pousse Israël à agir dans une direction douteuse. Le Hamas n'y gagnera peut-être pas, mais Israël non plus.
Il pourrait donc ne pas y avoir de gagnant du tout.
Zvi Harel, le très avisé commentateur de Haaretz estime lui aussi que cette guerre était parfaitement évitable, car les exigences des deux côtés sont parfaitement raisonables et acceptables:
Le Hamas se dit prêt à reconduire la trève à condition qu'Israël allège substantiellement le blocus de Gaza.
Israël réclame un calme absolu sur les localités du sud-ce qui suppose que le Hamas se fasse respecter de groupes encore plus extrémistes que lui, en échange de quoi Israël se consolera que les gazaouis vivent sous la férule des islamistes, et aura alors rempli ses devoirs vis à vis de ses citoyens.
18 décembre 2008
Les droits de l'homme sont-ils un concept universel?
Cette année 2008 se termine et avec elle les célébrations du 60 ème anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée en 1948 par l'assemblée générale des nations unies. On ne peut pas dire que ces célébrations aient été très remarquées tant le spectacle du monde montre bien que les outrages aux droits fondamentaux de l'homme restent hélas encore la règle...crimes de guerre et génocides ont continué d'émailler la chronique de la fin du 20ème siècle, et même de ce début de 21ème siècle...très récemment on a vu par exemple en RDC un chef de guerre se réclamant pourtant d'une ethnie victime d'un génocide au Rwanda se livrer à des massacres de masse. Au Zimbabwe, on a vu un chef d'Etat, Robert Mugabe, héros de la décolonisation laisser mourir son peuple en le privant de la protection et des soins les plus élementaires. Il semble que nombreux sont ceux qui peinent à condamner aussi sévèrement qu'ils le devraient des pays, des dirigeants qui violent les droits de l'homme parfois de façon odieuse, sous pretexte que ce sont d'anciennes victimes. Le respect des droits des femmes sont souvent mis en veilleuse au nom du respect des cultures, et pas seulement dans les pays musulmans, comme le montrent certaines décisions de justice étranges dans des pays occidentaux. Aucune société, pas même nos démocraties ne sont exemptes de reproches: Les Etats Unis dont l'intervention en Irak a débarassé la planète d'un de ses dictateurs les plus sanguinaires depuis Hitler et Staline sont sur la sellette pour Abou Ghraib et Guantanamo. La France est par exemple régulièrement montrée du doigt pour l'état de ses prisons ou son non respect de la présomption d'innocence, ou des droits de la defense. L'histoire récente montre aussi que lorsqu'on est une grande puissance, avec par exemple un droit de veto au conseil de sécurité des nations unies, on peut bafouer les droits de l'homme en jouissant d'une assez grande impunité, voire la Russie en Tchetchénie ou la Chine au Tibet. J'ajoute, pour terminer ce tableau assez sombre, que les militants des droits de l'homme sont eux même profondément divisés sur la question du droit d'ingérence humanitaire, l'opportunité de recourir ou non à la force lorsque les droits de l'homme sont en cause.
Il y a quand même des avancées, par exemple le travail des tribunaux sur l'ex Yougoslavie ou le Rwanda qui jugent les auteurs de génocide et mettent ainsi fin à l'impunité qui (si l'on excepte le tribunal de Nuremberg était la règle depuis 1945.
Mais la Cour Pénale internationale n'est pas encore universellement reconnue.
Les droits de l'homme sont ils un concept universel?
16 décembre 2008
Lancer de Babouches sur Bush: est-ce de l'art ou de la politique?
C'est le happening de l'année 2008: Le double lancer de tatane du journaliste egyptien Mountadar al Zaidi. La double esquive de Bush. Bon pied, bon oeil. Le premier (sorte de version orientale de notre entartreur belge) est devenu le héros de l'année dans le monde arabe, détronant le petit Mohamed Al-Duhra. Dans les rues arabes on ne défile plus en brulant le drapeau américain, mais en brandissant des chaussures: la nouvelle arme de l'opprimé arabe face à la puissante armée du "grand satan". Le second quitte la scène en montrant que si sa politique moyen-orientale fut pour le moins approximative, il lui reste de bon reflèxes. Aux dernières nouvelles chacun s'emploierait à éviter la prison à "Human Pompe", et c'est tant mieux. Si tous les anti-américains se contentaient de lancer des chaussures sur l'objet de leur ressentiment plutôt que de poser des bombes ou de mitrailler d'innocentes victimes, l'humanité aura fait un grand pas en avant. Mieux vaut une paire de godasses sur Bush que deux avions sur le World Trade Center. Une chose parait certaine, compte tenu de l'enthousiasme arabe, aucun Thierry Meyssan ne viendra nous expliquer qu'il s'agit d'une conspiration américaine destinée à prouver la santé de leur Président. Just kiding.
Notons déjà qu'en plus d'être devenu mondialement célèbre (A-t-il entendu parler de la prophétie d'Andy Warhol sur le quart d'heure de célèbrité auquel chacun a droit?), l'obscur journaliste sera peut-être riche. En effet, sans même passer par la case E-bay, l'objet du délit s'arrache à prix d'or. $100000 à droite pour l'ancien coach de l'équipe de foot irakienne! 10 millions à gauche pour un saoudien anonyme! La paire de babouches achetée quelques dollars sur un marché de Bagdad spécialement pour l'occasion est devenue une oeuvre d'art...la video visionnée des millions de fois sur You-Tube. Gageons que modèle en question fera fureur à Bagdad ou au Caïre en 2009. Je me pose quand même la question: En droit irakien, l'agresseur reste-t-il le propriétaire des chaussures, qui deviennent des pièces à conviction? Rien n'est moins sûr, puisque si en la matière, s'agissant d'un "meuble", possession vaut titre, les chaussures appartiennent donc désormais-si la justice et l'Etat irakien ne s'en saisissent pas-à celui qui les a ramassées, c'est à dire, très probablement, à un membre du service de sécurité du Président américain. Mais cessons de pérorer.
En 2003, les irakiens heureux d'être liberés du tyran Saddam frappaient sa statue de la semelle de leurs chaussures, geste qui vaut suprême insulte dans le monde arabe. 5 ans plus tard, Bush échappe de justesse au ridicule grâce à son sens de l'esquive. Il s'en est fallu de peu, mais, après tout, c'est le geste qui compte, non? Dans son premier commentaire, Bush, sur un ton assez patelin, a fait observer que c'était une façon comme une autre d'attirer l'attention sur soi dans une société libre et démocratique. Façon de souligner le chemin parcouru par les irakiens en quelques années. Nous vous avons débarassé d'un dictateur et en plus nous vous donnons même la possibilité de nous foutre des coups de semelles sur la gueule. C'est pas extra la démocratie? Encore une victoire de Washington, donc, mais que les Arabes transforment en défaite. Pourtant, essayez donc de lancer une paire de chaussures à la figure, disons de Khadafi ou d'Assad, et on en reparlera.
Les libérateurs (spécialement les liberateurs américains comme Donald Rumsfeld) commettent des erreurs. Celles-ci se nomment Abu-Ghraïb ou encore la dissolution du parti Baas. Mais leur plus grande est de penser que les opprimés leur seront reconnaissant éternellement d'avoir mis fin à leur calvaire. La victoire du libérateur ne fait au contraire que souligner leur propre impuissance à se soustraire au joug qui les écrasait.
11 décembre 2008
Blog what you know best and link the rest!
C'est Francis Pisani qui m'en a donné l'idée, et surtout qui m'a expliqué comment faire!
Les contenus ne manquent pas sur le web, ce serait plutôt le trop plein. La plupart des internautes se plaignent d'avoir de plus en plus de mal à faire le tri entre les informations. Or, le travail d'un journaliste n'est-il pas précisément d'aider ses lecteurs, son public à faire ce tri?
05 décembre 2008
Un ministère de la relance? Courtelinesque...
La crise est là. la récession est annoncée en 2009. Avec elle, hélas, une inévitable montée du chômage annoncée déjà par les fermetures partielles dans l'industrie, parfois dès le 15 décembre pour plusieurs semaines. C'est d'accord, l'Etat doit absolument se substituer au marché déprimé et jouer son rôle d'acheteur, d'investisseur, de prêteur en dernier recours. Relance keynesienne. Tant pis pour le déficit qui va se creuser, et aussi pour la dette. La crise est mondiale, Bruxelles a mis entre parenthèse l'application des critères de convergence, ses objections face aux distorsions de concurrence que vont générer ces soutiens étatiques à des secteurs en déclin. Tout cela vaut, à conditions que ces dépenses de relance soient strictement limitées dans le temps et que l'on indique dès maintenant comment l'on entend assainir rapidement les finances publiques et désendetter l'Etat, lorsque la reprise sera là. Aux Etats-Unis, pays qui a une aversion traditionnelle pour la dépense publique, Obama a indiqué qu'à côté des plans de sauvetage et de relance, on ferait la chasse au gaspi. En France, on ne dit rien. Au contraire, histoire de faciliter la reprise en main de l'ump voulue par Sarkozy, on crée...un ministère, une administration supplémentaire avec force chauffeurs, secretaires, conseillers techniques etc...avec ses dépenses courantes et extraordinaires...Et tout celà pour...coordonner les dépenses liées à la relance. Du Courteline.
Pensiez-vous que le Premier ministre, dont on se demande chaque jour un peu plus à quoi il sert, pouvait parfaitement faire l'affaire? L'Elysée n'est pas de cet avis qui s'empresse de servir ce marroquin sur un plateau à Patrick Devedjian, sans attendre le remaniement annoncé pour début 2009.
Et vous voulez que l'on croit à la "rupture"?
26 novembre 2008
En hausse, en baisse, explications.
Comment ne pas choisir Ségolène Royal à la baisse? Elle est incontestablement la perdante de la semaine. Elle voulait prendre le PS. Son offensive a échoué, de justesse, mais elle échoue. Cela dit, je lui voit encore un grand avenir. L'affaire laissera des traces. Royal pèse plus ou moins la moitié du parti, alors qu'il y a une semaine elle n'avait pas de véritable courant! Et elle représente cela presque toute seule, même si elle est entourée de quelques lieutenants de talent (Peillon, Valls, Rebsamen, Bianco, Dray). Evidement le mur sur lequel elle s'est fracassé n'est pas vraiment en béton: un rafistolage des fabiusiens et des jospinistes, les emmanuellistes, hamonistes, la moitié des strauss-khanien, les delanoistes, les Hollandais (moins Rebsamen), auxquels s'ajoutent les quelques "Aubrystes"...soit à peu de chose près 90% de ce qu'était le PS ces 20 dernières années. Sans doute a-t-elle été un peu trop loin (tactiquement) en menaçant de trainer ses camarades devant les tribunaux. Le déballage mettrait aussi mis à jour des pratiques assez louches dans des fédérations qui la soutienne come l'Herault ou les Bouche du Rhône. Mais qu'importe, il faudra compter avec Royal et sa popularité dans le parti et dans l'opinion, d'autant que je prévois un contrecoup électoral sévère pour le PS de Martine Aubry. Disons qu'on verra sans doute lors des prochaines échéances une portion importante des électeurs de gauche, particulièrement de centre gauche se tourner vers d'autres "offres", celle que s'apprête à lancer Daniel Cohn Bendit, ou celle, déjà connue, de François Bayrou qui méritait d'être mis à la hausse, cette semaine.
18 novembre 2008
Chers camarades...
En fait, ce que je crois c'est que nous avons encore beaucoup de progrès à faire vers la démocratie en France. Jadis, le fonctionnement interne du PS pouvait être donné en exemple, aujourd'hui la seule chose qui en reste c'est le vote des militants sur le nom du premier secretaire. Jeudi prochain ils auront tout simplement le pouvoir de faire changer leur parti. Ce n'est déjà pas si mal, mais le lendemain on ne leur demandera dejà plus rien. En face ce n'est guère mieux puisque le parti majoritaire, l'ump, est aujourd'hui toujours présidé par Nicolas Sarkozy depuis l'Elysée ou il tient régulièrement des conseils restreints, certains week-end. A ce sujet Patrick Devedjian, secretaire géneral de l'ump, homme sympathique et estimable, en attente d'un marroquin a commis un beau lapsus dimanche soir sur Europe 1, en disant qu'il remettait son mandat "entre les mains du Président de la République..."
Bon, je ne cherche pas à transformer la France en démocratie scandinave, ou figurez-vous que les ministres payent leur loyer et font leurs courses avec leur propre carte bleue. Non, quand même pas! La France ne sera même jamais les Etats-Unis, ou Obama a été prié de se séparer de son Blackberry perso, car toutes les communications du Président étant propriété de l'Etat, le Congrès exige de pouvoir éventuellement accéder à ses mails qui doivent donc être archivés pour la postérité. Vous vous rendez compte, chez nous, le nombre de sms de Sarkozy-et pas seulement les milliers envoyés à Cécilia- disparus dans la nature! Ils vont pas rigoler les historiens de son quinquénat!
Pour en revenir à Ségolène Royal, je ne sais pas si elle ferait une bonne premier secretaire ou une bonne présidente, mais je ne suis convaincu par aucun argument de ceux qui la croient à peine capable d'apporter les cafés aux membres du Bureau National. Je trouve qu'elle mène sa barque avec intelligence, en évitant les initiatives personnelles qui avaient le don d'agacer ses alliés et conseillers. On lui reproche de presidentialiser le PS? Mais à quoi sert un parti politique sinon avant tout à prendre le pouvoir, puisque nous savons tous qu'une fois élus les Présidents (et c'est tant mieux) sont obligés de faire passer leurs idées après les réalités. Si demain Sarko est convaincu qu'il faut nationaliser les banques pour aider l'économie soyez sûrs qu'il le fera! Quand à cette histoire d'alliance avec le centre, mes amis, je vous conseille d'écouter la réponse de Martine Aubry à David Pujadas, dans le journal de 20 heures de ce soir, alors qu'il lui demande s'il n'y a pas de contradiction à la refuser tout en la faisant à Lille. J'ai eu beau l'écouter trois fois je n'y ai encore rien compris: A peu près ça: "J'étais contre les alliances locales, mais après avoir fait l'union de la gauche, je l'ai faite quand même avec des gens qui sont dans l'opposition à Sarkozy, et je ne le regrette pas, car ces gens vont nous rejoindre au Parti socialiste." Je n'exagère pas. Martine, si Ségolène en avait sorti une comme celle-là, qu'est-ce qu'on aurait entendu!
12 novembre 2008
PS: Big Bang ou trou noir?
Il y a deux façons, en effet, d'interprèter le vote des militants.
-La première, est de constater que 80% d'entre eux se sont prononcés clairement pour des solutions social-démocrates, l'économie de marché et le libre échange. Et encore, les vieilles recettes protectionnistes auxquelles semblent encore croire les signataires de la motion "Hamon" peuvent apparaitre comme le fruit de circonstances particulières, le spectacle affligeant et inquiétant que donne le capitalisme dérégulé.
Il y a beaucoup de positionnements tactiques, trop sans doute, dans la préparation d'un congrès socialiste. La motion la plus à gauche obtient toujours une prime, ce qui a été le cas cette fois encore.
Quoiqu'il en soit il devrait en résulter une direction clairement "modernisatrice", derrière Segolène Royal qui a obtenu le plus de suffrage mais avec les deux motions suivantes que rien de fondamental ne différencie, et qui rapprocherait le PS des autres partis sociaux-démocrates européens.
-La seconde, c' est d'observer que le parti est ingouvernable, qu'il fonctionne encore comme la IV ème république alors que le PS a été au pouvoir une vingtaine d'années sous la Vème et fait des projets de VIème. Que les militants n'ont pas choisi assez clairement pour faire taire les innimitiés voire les haines personelles des "égos" socialistes: Bertrand deteste Martine qui hait Ségo laquelle trouve Bertrand décidément macho etc. Il peut en resulter tout et n'importe quoi y compris un front anti Royal, ce qui serait une insulte au vote des militants et à la démocratie. Et tout ça au nom de quoi? Ne vous y trompez pas, toute haine mise à part, le sujet sur lequel s'apprêtent à s'affronter ces braves camarades n'a trait ni à la mondialisation ou à la façon de la réguler, on ne se déchire pas non plus sur la politique d'intégration, d'éducation défaillante, ni sur aucun autre sujet fondamental, mais sur celle-ci: Doit-on oui ou non s'allier au Modem pour gagner? Le fait que certains (Aubry) aient répondu positivement lors d'élections locales n'empêche d'ailleurs pas les mêmes de combattre farouchement cette idée dans la préparation du congrès, prêts à faire don de leur personne pour combattre l'hydre libérale supposée se cacher derrière Bayrou, lequel Bayrou a profité de ce psychodrame interminable depuis un an et demi pour se positionner en opposant numéro un à Sarkozy, et se frotte les mains d'avance de ce qui pourrait se passer à Reims.
Notez que cette question a d'autant moins de sens que si le PS devenait-un miracle?- une force d'opposition crédible rassemblée derrière un leader respecté (qui peut tout à fait être Royal), le député du Béarn pourrait commencer à se faire du soucis.
De quel scénario sommes-nous le plus proche? Réponse à Reims dès samedi.
05 novembre 2008
A dream comes true
Obama a parlé du rêve des "pères fondateurs", c'est plutôt celui de Martin Luther King qui se réalise 40 ans après son assassinat. (Ah les larmes de Jesse Jackson!-Un rêve de fraternité et de réconciliation raciale.
Le plus impressionnant est ailleurs:
-Obama n'a pas été élu par la mobilisation il est vrai exceptionnelle des électeurs afro-américains. Il en va ainsi à peu de choses près envers tout candidat démocrate. Obama a bénéficié, sur foi des sondages de sortie des urnes, du soutien le plus important des électeurs blancs-pour un démocrate-depuis Jimmy Carter, un blanc sudiste! Quel démnti plus éclatant à tous ceux qui craignaient que d'obscures pulsions racistes ne s'éxpriment dans l'intimité des électeurs blancs. Il y a bien eu une participation record, mais on ne note pas, d'ailleurs, qu'elle ait été beaucoup plus forte parmi les noirs.
-Il n'y a que parmi les électeurs mâles blancs de la classe ouvrière que Mc Cain devance le président élu, mais là aussi ce n'est pas vraiment étonnant.
-Obama doit son succès aux nouveaux électeurs, les jeunes qui votaient pour la première fois. Mais aussi ces nouvelles classes moyennes d'origine hispanique poussées vers le nord par les créations d'emploi dans des Etats comme le Colorado. Signe que l'Amérique a énormément changé en moins de 10 ans.
-Il le doit particulièrement aussi à l'impopularité de George W Bush. Quelque soit leur appartenance partisane, leur couleur de peau, leur religion, les électeurs qui avaient une opinion négative de Bush ont voté Obama à près de 65%. Mc Cain n'est pas parvenu à se défaire d'une image de "sortant".
La signification de l'élection est donc bien "post raciale".
-Beaucoup le feront, mais toute extrapolation à la situation française est vaine: Nous n'avons pas la même histoire que les Etats Unis. Le colonialisme a commis beaucoup de crimes, mais ici, on n'a jamais pratiqué, comme aux Etats-Unis la ségrégation raciale et encore moins la chasse au nègre. Il ne faut pas oublier que les nominations de Colin Powel puis celle de Condolezza Rice( par Bush!) aux fonctions de responsabilités politique les plus élevées après celles du Président ont préparé le terrain.
-Le silence des socialistes français, trop occupés à préparer leur congrès pichrocholin est en effet assourdissant. Les déclarations de certains ministres affirmant que Nicolas Sarkozy a montré la voie à Obama sont ridicules: Obama a certes profité dans sa jeunesse des programes de discrimination positive. Mais une fois entré en politique il ne doit sa brillante carrière qu'à ses propres qualités, et d'abord à une extraordinaire confiance en soi.
-Les Etats Unis sont en bien mauvais état. Une tâche énorme attend le Président Obama. Il est poussé par un élan et une ferveur qui rappelle celle qui accompagna l'élection de Kennedy. mais ces choses sont fragiles. Le discours de défaite d'une rare élegance de John Mc Cain indique que les américains sauront s'unir et trouver les ressources necessaires à un sursaut qui nous impressionera pas sa rapidité.
21 octobre 2008
Pourquoi le capitalisme est encore l'avenir
Nos socialistes, ou en tout cas la majorité d'entre eux, comme à la veille de chaque congrès (dont on sait qu'ils se gagnent bien entendu à gauche, même si l'élection qui suit est perdue, elle, au centre) sont à leur meilleur dans cette surenchère permanente avec l'extrême gauche. Car là, évidement c'est encore pire. Une banderole de Lutte Ouvrière-pour ne citer qu'elle- aperçue sur le chemin de la manifestation des enseignants nous informe naturellement que: "le capitalisme est en faillite, le communisme c'est l'avenir". L'éditorialiste du Figaro, Yves de Kerdrel a résumé celà à sa façon: le Krach (avec un K) est devenu le nouvel "opium des intellectuels" d'où la redécouverte dans le débat des intellectuels de gauche de ce socialisme "vintage" dont les PS venait à peine de répudier les codes marxiste pour revendiquer, enfin, ceux de l'économie de marché. Avec les subprimes, l'éclatement de la bulle immobilière et la chute de Wall Street, c'est le grand bond en arrière.
Tout ou presque a déjà été dit sur le sujet, et d'abord que libéralisme ne signifie pas dérégulation sauvage. De ce point de vue là, le mouvement entrepris sous Reagan et pouruivi par Clinton et W. Bush aux Etats-Unis relève plus d'une perversion du libéralisme que d'autre chose. Que cette crise est autant le résultat d'une dérèglementaion abusive que d'une aventureuse intervention politique sur le marché des prêts hypothécaires. N'est-ce pas Bush qui avait poussé les feux de cette société de "propriétaires", incitant à prêter à n'importe qui?
La mondialisation posait un défi aux nations. Quand tout allait bien on pouvait toujours dire que même avec des laissés pour compte, la richesse globale des nations augmentait, même et surtout au sud. Des millions d'individus sortaient en effet de la pauvreté. Certains s'enrichissaient à une vitesse jamais vue depuis la révolution industrielle en Europe, et les lendemains de la première guerre mondiale aux Etats-Unis. Au moment où cette bulle a éclaté, il fallait que les gouvernements fasse la preuve qu'ils pouvaient s'organiser entre eux pour réagir selon les principes keynesiens. Ce qu'ils firent de manière étonnament rapide et concertée, en faisant preuve de beaucoup de pragmatisme, sachant que parmi eux très peu étaient dirigés par des socialistes étatistes. Il ne s'agit pas que d'une socialisation des pertes, comme cela a été dit. L'Etat se substitue aux marchés en prétant en dernier recours, lorsque plus aucune banque ne voulait plus prendre ce risque, mais il compte bien récupérer ses billes lorsque le marché repartira à la hausse. Celà ne veut pas dire qu'il est le mieux placé pour dicter la politique du crédit, comme dans feu les économies plannifiées.
Surtout, ce que beaucoup de gens semblent avoir oublié, c'est que les cycles économiques n'ont pas disparu. Et que c'est tant mieux. Ils sont là pour purger le système de ses excès, mettre hors d'état de nuire quelques chauffards qui, sous pretexte qu'ils conduisent une ferrari se croient autorisés à rouler à plus de 200km/h, rappeler que les arbres ne montent jamais au ciel, et lui permettre de repartir sur des bases plus saines. Déjà on voit les risques d'inflation s'éloigner (à condition que ça n'aille pas trop loin), et les prix des matières premières baisser, ce qui facilitera grandement la reprise.Bref, ces crises sont salutaires car elles permettent au capitalisme-qui n'est pas un système parfait- de se régénérer. Il a encore de beaux jours devant lui. Je n'en dirais pas autant du PS.
19 octobre 2008
Vous avez dit: vive la crise?
Alors? L'affaire est dans le sac? Ça se pourrait bien. Que peut il encore arriver? Tout le monde pense notament à une sous-estimation énorme du vote racial par les sondages qui ne sont pas très fiables aux Etats-Unis. Ou pire, à un attentat terroriste ou contre la vie d'Obama. On joue à se faire peur sur le thème: Il n'y aura jamais un noir à la Maison Blanche, il y aura un coup de théatre de dernière minute. Je crois quant à moi-c'est un pari, le grand pari de cette élection- que, hors mis dans quelues Etats du sud, l'Amérique blanche souhaite entrer dans une ère post raciale pour se débarrasser de la culpabilité de l'esclavage et de la ségrégation. Dans ce dessein, Obama, noir juste ce qu'il faut, apparait comme l'homme idéal.
06 octobre 2008
30 septembre 2008
World's Worst - Obama, Hannity, Rove
Keith Olbermann. Un talk Show qui décoiffe. Qui oserait mettre à l'antenne un type pareil dans notre belle Télé française endormie?
23 septembre 2008
Le déclin de l'empire américain?
Et là, on commence à pourvoir pronostiquer un recul de l'influence américaine dans le monde. Cette crise financière dont on n'a pas encore commencé de mesurer les effets marque la fin de la période commencée le 11 septembre 2001, durant laquelle l'hyperpuissance américaine se lançait quasiment seule dans la "guerre contre le terrorisme"afin de restaurer sa crédibilité. Cette crise n'efface pas la précédente mais s'y ajoute, ce qui complique encore davantage les problèmes du monde et le rend encore plus incertain et dangereux. Certains espèrent qu'au moins les Américains se montreront davantage disposés à la coopération avec leurs alliés naturels, notament en Europe. Ce serait un bien, mais n'est pas totalement certain. On ne doit d'ailleurs pas se réjouir de ce déclin relatif car le reste du monde n'est pas prêt à occuper la place que tenaient jusqu'ici les Etats-Unis, que ce soit en tant que garant de la sécurité ou comme moteur de la croissance mondiale. A terme, je crois que l'on peut faire confiance au génie américain pour sortir le pays de l'impasse, mais dans l'intervalle, ça va sérieusement tanguer!
14 septembre 2008
Obama est loin d'avoir gagné
En fait les Républicains sont en train, avec le retour de Karl Rove, de refaire peu ou prou le même coup qu'en 2000 et surtout 2004. L'éditorialiste du New York Times, Moreen Dowd a très bien résumé le choix qui s'offre désormais aux américains, surtout depuis le choix de la candidate à la vice présidence sur le ticket républicain:
Primo: Palin donne le sentiment que "réflechir, c'est du passé". Seule compte l'action. Elle est capable de débiter des platitudes apprises par coeur avec la même décontraction que W. Bush en 2000. Il lui suffit, par exemple, d'observer la Russie depuis l'Alaska pour savoir ce qu'il faut faire avec elle et pour le reste elle est prête à partir en guerre pour la Georgie si celle-ci devient membre de l'Otan et rester sans rien dire ni penser si Israël attaque l'Iran, car elle considère que ce n'est pas le problème des Etats-Unis.
Secondo: Elle offre une alternative à l'image de la femme libérée heroïne de "Sex and the City". Voici revenue avec elle la femme pionnière avec un bébé dans une main et dans l'autre une bible et un fusil.
Tercio: Elle fait passer Obama pour un crâne d'oeuf. Intelligent, beau parleur mais crâne d'oeuf. Pensez: une espèce de Fabius ou de Juppé noir...
Et face à cet iceberg qui déboule dans la campagne comment réagit-il? Avec calme et rationnalité. Il dit que ce n'est pas ce qui interesse vraiment les gens, que ces mensonges qui ne trompent personne c'est précisément ce pourquoi de plus en plus d'Américains se détournent de la politique. Il a raison, bien sûr, et ce n'est pas seulement vrai là-bas. Et il proclame de sa belle voix grâve: "enough!", Assez! Mais les Républicains, eux, trouvent que ce n'est pas du tout assez et ils sont près à faire à M. Parfait, M.Gendre-idéal-même-s'il-est-noir le même coup qu'à Kerry et avant lui à Gore qui était des types infiniments supérieurs intellectuellement et moralement aussi à Bush.
La presse, télé comprise, se déchaine contre McCain et Palin dénonçant leurs arguments, les mensonges de l'un et l'incompétence de l'autre, mais on dirait qu'à part quelques cercles privilégiés ou intellectuels, on n'écoute plus leurs remarques. Après tout, Bush n'a pas été élu pour sa compétence en politique étrangère, et confronté à une terrifiante attaque terroriste dont tout le monde pensait qu'elle serait infailliblement suivie de répliques, il a assuré la séurité du territoire national, fût-ce au prix de la guerre en Afghanistan et surtout en Irak.
Bien sûr, rien n'est encore tout à fait joué. Obama compte sur l'Economie, le ras le bol de l'Irak, l'effet des scandales financiers comme Enron ou encore le traumatisme du passage de Katrina qui aurait, selon certains analystes comme l'économiste Jacques Mistral annoncé le retour du besoin d'Etat et de régulation chez les américains.
Tout ça est bien beau, mais pour l'instant c'est une campagne ou il est impossible de parler un minimum de politique et Obama va bien devoir trouver la solution rapidement, sinon les beaux espoirs placés dans cette Amérique "que nous aimons" risquent de s'effondrer comme chateau de sable.
Ci-dessus quelques moments de la première interview de Palin à un grand network. Pas très convaincant et pourtant cel sera-t-il déterminant?
07 septembre 2008
Sarkozy est-il un (mauvais) social-democrate?
Pour cela, il faut non seulement maitriser les dépenses publiques mais rester à un niveau de taxation raisonnable. Or, de ce point de vue la France ne peut plus se permettre-et depuis bien longtemps déjà- d'augmenter les prélèvements obligatoires. Leur part représente 43,5% du Pib en 2007, soit à peine moins que les 44,9% du pic historique de 1999. Ce poids s'explique essentiellement par les besoins de financements de la Sécurité Sociale. Du reste on paye relativement peu d'impôts en France et beaucoup de cotisations sociales, c'est à dire qu'en France on continue de trouver plus normal de taxer les salariés que les rentiers et les héritiers, le travail, l'arbre, plutôt que son fruit. Resultat, très rapidement il n'y a plus de fruits... Lorsque tous les grands pays européens-y compris les social-democraties du nord de l'Europe- s'employaient à faire baisser les prélèvements obligatoires, la France, seule ou presque, continuait de montrer son incapacité à suivre ce chemin vertueux, s'obstinant à vivre au dessus de ses moyens. Résultat: nous avons aujourd'hui le record d'Europe des prélèvements. Et on continue!
Le RSA est une excellente disposition qui transformera un revenu d'assistance (le RMI) en une incitation à reprendre une activité. Encore eut-il fallu en limiter l'application dans le temps pour ne pas encourager la précarité sur fonds publics. Avouer que l'on est incapable de trouver 1 milliard et demi d'euros d'économies (ne serait-ce que dans des dépenses improductives, il ne s'agit pas de couper les dépenses de recherche et developpement d'ailleurs trop faibles) dans un budget de près de 1000 milliards est tout simplement à désesperer du génie français. Les plus démoralisés doivent être ceux qui ont voté pour Sarkozy en ésperant précisément une rupture avec les mauvaises habitudes du passé. Pour l'instant, à quelques exceptions près, comme celle du sénateur Alain Lambert, nul dans son camp ne cherche à le remettre dans le droit chemin de ses promesses électorales. La décision du Président (Le parlement n'a pas été consulté. On attend les effets de la réforme de la constitution avec impatience!) de le financer par une taxation de l'épargne est donc non seulement anti économique mais injuste socialement (le bouclier fiscal). Cela ressemble à une mesure de gauche, raison pour laquelle le PS et les medias politiquement corrects l'on d'abord saluée, mais c'est uniquement un trompe-l'oeil: On ne taxe pas les "gros" capitalistes (il n'y a qu'à voir le scandale du régime fiscal des stocks-option), mais seulement la consommation differée de millions de français moyens inquiets pour leur retraite. En espérant simplement que le prélèvement soit suffisament faible pour être indolore et donc sans conséquences politiques. Tout celà confirme que la politique économique n'a pas de pilote en France. D'ailleurs savez-vous qu' il n'y a même pas de conseiller en charge de l'économie à l'Elysée? A moins qu'Henri Gaino ne s'en charge. Dans ce cas, helas, tout s'explique.
25 août 2008
Perles de l'été
-Dès mon retour, crise internationale majeure avec la guerre russo-georgienne qui balaie les espoirs de l'après guerre froide. Je me suis d'abord méfié de l'anti-poutinisme primaire, réflexe des medias français. Saakachvili n'avait-il pas déclenché les hostilités en lançant cette attaque contre les séparatistes ossètes au prix de nombreuses victimes civiles? Puis, très vite la réalité du piège russe n'a pas tardé à éclater, tout comme les réelles intentions de Moscou: Abattre le régime pro-occidental georgien et "finlandiser" un pays qui regarde vers l'Union Européenne et l'Otan. Medvedev et Poutine se sont joué de Sarko qui pensait sincèrement que les Russes étaient encore des "partenaires" qui voulaient seulement donner une leçon au diablotin de Tbilissi. Il s'agissait en fait de défier l'Otan et de mettre à l'épreuve la résolution de l'occident. L'affaire n'est pas terminée. Certes, personne n'a envie de "mourrir pour Tbilissi", mais il est inconcevable de laisser la Russie contrôler le transit du pétrole d'Azerbaïdjan via l'oleoduc BTC, alors qu'elle a déjà montré qu'elle n'hésitait pas à faire un usage politique des robinets de gaz.
La donne géopolitique globaleva s'en trouver durablement modifiée. Cela a déjà pour éffet de remettre en selle Mc Cain dans la course à la Maison Blanche et explique le choix du véteran Jo Biden comme collistier d'Obama. Ce n'est qu'un début. Avec la Russie on est passé en quelques semaines de la détente d'après guerre froide à la sècheresse des thèses Huntingtonienne sur le "choc des civilisations".
-Les JO ont été un triomphe total, sportif et politique, pour la Chine. Poulidor est bien français. Nous sommes quasiment champions du monde des medailles d'argent et de bronze et nous sommes satisfaits, semble-t-il, de jouer les seconds rôle (pardon aux experts, étonnants et à Alain Bernard). Comme prévu, les milliers de journalistes accrédités à Pekin ont décortiqué les vices du régime chinois, aux quatre coins d'un pays-continent, ouvert les yeux du monde sur les exactions au Tibet, les atteintes au droits sociaux et humains etc...Je plaisante bien sûr. Il n'y en a eu que pour l'excellence de l'organisation chinoise, la gentillesse de l'accueil etc. Ces jeux resteront comme ceux de la honte et de la crétinisation de masse. Mais c'était inévitable tant le CIO a abdiqué son ideal. Le choix de Pékin était bien entendu une erreur. Il n'a été fait que pour satisfaire les sponsors, ces nouveaux dieux du stade. C'est d'ailleurs, hélas tout ce que sont devenus les JO: Tout sauf des "jeux" justement, plutôt une opération commerciale planétaire, comme l'attestent les émoluments extravagants du héros de ces jeux, Michael Phelps.
Est-il trop tard pour en tirer les leçons, à Sotchi par exemple?
-Dix soldats français tombés en Afghanistan en une seule journée. Etait-ce une erreur de les y envoyer? Je ne crois pas. Mais de laisser le pilotage de cette "guerre" aux Américains qui viennent encore de commettre une gigantesque bavure en bombardant un rassemblement de civils et ont ainsi le don de se mettre à dos les populations civiles, certainement. De faire comme si le Pakistan n'était pas la source du problème, aussi.
-Coup de chapeau à Jack Lang. Dieu sait s'il n'est pas toujours irréprochable, mais en votant en faveur d'une réforme constitutionnelle certes incomplète (le Sénat), mais qui restaure le parlementarisme, il a été un des rares fidèles aux idéaux du Parti Socialiste depuis 50 ans. Quand au PS il s'est encore discrédité dans une opposition bête et méchante. Pitoyable.
-Siné antisémite? J'ai écrit, il y a quelques années et avant d'autres-dans "La plaie"- que cette question est déplacée. La seule chose interessante c'est de se prononcer sur ce qui est dit et écrit. De ce point de vue, il n'y a pas deux sortes d'antisémitisme. Un antisémitisme de droite, à la Le Pen qui mériterait châtiment immédiat, et un autre auquel l'anarchisme servirait de circonstance atténuante. Or la sortie du vieil anar de Charlie Hebdo était bien puante, révélatrice d'une levée d' interdits. Il n'y a qu'à voir, sur google (et depuis des années) le nombre de recherches du type "Sarkozy+juif" et ces derniers jours, comme le révèle site de La Paix Maintenant, "Biden+juif". Il semble que dès qu'une personnalité émerge dans une position de pouvoir, le dernier jeu à la mode, à l'abri de ce cabinet d'ombre qu'est internet, soit de vérifier si il, ou elle, n'a pas des accointances juives. Inquiétant...et surtout révélateur.

