Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

09 octobre 2005

Goulag, vers l'oubli?

"Si nous ne faisons pas plus d'efforts pour nous rappeler l'histoire de l'autre moitié du continent européen, l'histoire de l'autre régime totalitaire du XXème siècle, c'est nous en occident qui finirons par ne pas comprendre notre passé, nous qui ne saurons comment notre monde est devenu ce qu'il est."
Ceci est tiré de l'épilogue du livre d'Anne Applebaum "Goulag, une histoire" (Grasset). Tout a peut-être été dit et écrit sur les crimes du communisme, mais avons fait correctement le même "effort de mémoire" que pour les crimes du nazisme? Pas sûr. Sinon les partis qui se réclament encore, en France, du marxisme-léninisme ne recueilleraient pas environ 17% des intentions de vote en France, selon les derniers sondages. Sinon le PCF ne se féliciterait pas d'accueillir 7000 nouveaux adhérents depuis janvier dernier. Sinon, notre Président de la République n'aurait pas traité comme il l'a fait les Polonais, au moment ou ceux-ci étaient candidats à l'entrée dans l'UE et, pour autant ne partageaient pas les mêmes vues que Paris sur la guerre en Irak. Un jeune de 20 ans sait parfaitement à quoi s'en tenir dès qu'il s'agit du nazisme. Mais sait-il que 28 millions d'êtres humains, koulaks, polonais, tchèques et autres membres d'autres minorités nationales, opposants et dissidents, parfois rien de tout cela, furent déportés ou Goulag entre 1917 et 1992? Et qu'entre 14 et 20 millions n'en sont jamais revenus? Car c'est l'un des apports de cette journaliste américaine de rappeler que les camps de concentration ne sont pas le seul fait du stalinisme mais sont au contraire aussi vieux que la révolution bolchevique elle-même et que le dernier d'entre eux n'a fermé qu'avec la chute de l'URSS. En matière d'Histoire et de mémoire, somme-nous devenus hémiplégiques?

PS: sur l'usage abusif du terme "goulag", au sujet de Guantanamo (par Amnesty International), Anne Applebaum a écrit un article intéressant intitulé "l'Amnésie d'Amnesty".

04 octobre 2005

Cure de télé et lectures

Etant contraint à m'économiser je passe le plus clair de mes journées allongé. Mon corps est occupé à cicatriser mon fémur et cela me coûte énormément en énergie. La marche, avec béquilles, ne pose, elle pas trop de problème. Mais cent mètres me font l'effet d'un jogging!
J'ai donc passé beaucoup de temps à dormir, mais aussi à lire et un peu plus que d'habitude à regarder la télé. Parmi les nouveautés de la rentrée, j''ai trouvé Elise Lucet très convaincante dans le difficile exercice du 13 H. Elle est sans doute la meilleure présentatrice du moment. LCI, en revanche ne cesse de m'affliger. Field n'a plus rien gardé de ce qui faisait sa pétulance à l'époque de 7 sur 7. Sa partition est empruntée et en dehors de l'excellent "politiquement show" le 18/20 est un désert. Les interview sont trop longues et déconnectées de l'info. LCI ennuie et I télé est encore un peu loin, mais le coup est jouable si Canal se décide à mettre un peu de moyens et relève le niveau professionnel.
Denisot, que je n'avais pas vu depuis longtemps essaie de renouer avec la "music live" de la grande époque NPA. Mais là encore tout est vraiment au ras de pâquerettes. Finalement je ne suis pas si mal sur Public Sénat. Enfin, quand j'y suis. Je compte bien reprendre dès lundi, d'ailleurs.
Côté lectures, Houellebecq m'a un peu agacé. Son truc ronronne. On voit bien l'intuition de la fin de l'humanité mais je le trouve trop noir, trop pessimiste. Il ne reste que les scènes de cul pas trop mal écrites d'ailleurs, mais à la fin vous êtes plutôt soulagé que ça se termine. bref il n'y a pas ce déchirement que l'on ressent en quittant un grand roman. (
La possibilité d'une île, Fayard)
J'ai été passionné, en revanche, par "
Le Fils du Serpent" de mon confrère du "Nouvel Obs" Airy Routier (Albin Michel). La vie et la mort du banquier Edouard Stern, enfant terrible de la finance et enfant martyr qui a trouvé la mort des mains de sa maîtresse dominatrice. Une fille assez moyenne mais qui avait révélé son moi intime. Routier laisse entendre que la dame n'a pas agi sur un coup de folie passionnelle mais qu'elle aurait exécuté un contrat lancé par un des nombreux ennemi de Stern. Sa mort pourrait être lié à l'affaire Rhodia, dont Thierry Breton fut administrateur. Stern qui avait perdu des dizaines de millions d'euros dans la combine avait juré la perte des responsables. Quel polar!
Côté politique, hommage à Denis Jeambar qui dit ses 4 vérités à Chirac dans un court essai: "
Accusé Chirac Levez-vous!" (Seuil). Impitoyable mais juste. Je n'en retirerais pas une virgule. Comment la France a-t-elle pu en arriver là, à voter deux fois pour un homme qui, écrit Jeambar, a fait passer sa passion du pouvoir avant celle de la France et à dévoyé une grande intelligence. Le mystère Chirac, s'étonne-t-il, c'est que la fonction suprême ne l'a jamais grandi.

30 septembre 2005

Quand les urgences de Cochin ne répondent pas

Quelques explications pour les lecteurs assidus de ce blog, pour expliquer cette longue (8 jours) interruption de mes notes. Dimanche dernier, de retour du jardin du Luxembourg, j'ai fait une mauvaise chute en rollers et je me suis fracturé le col du fémur. "Sport de jeune, blessure de vieux", a, assez bien résumé une amie! Il faut dire que je prête le flanc (ah! ah!) aux mises en boite. Ok, je n'avais jamais fait de patin à roulettes de ma vie, et, impétueux, j'avais récemment décidé de m'y mettre, avec mon fils de 7 ans et demi. Le coup classique: j'ai d'abord été excessivement prudent, puis je me suis laissé griser par mon aisance aussi nouvelle que surprenante dans cette discipline qui m'a toujours attirée. J'ai pris une (petite) descente, ce qu'évidement je n'aurais jamais du faire. Et, alors que j'étais pratiquement rentré chez moi, vlam! Le gadin magnifique, de tout mon poids sur le bitume. Pompiers (service trois étoiles, les gestes, les mots qu'il faut etc...), puis les urgence de Cochin. Là, dans la salle d'attente, j'avais à peine commencé à méditer sur cette tuile (je devais commencer le 18 heures de Public sénat le lendemain), que les choses commençaient aussitôt à se compliquer pour l'usager de base du système-de-santé-éblouissant de M.Chirac que je suis. Les urgentistes de l'hôpital Cochin,, après m'avoir annoncé la mauvaise nouvelle (optimiste incorrigible, je pensais m'être seulement luxé la hanche), me disent qu'ils ne peuvent pas m'opérer avant au moins 36 heures et me proposent un transfert vers la clinique B. Ils m'avaient déjà fait le même coup pour un panaris, il y a environ deux ans. J'avais alors pensé que mon cas n'était pas assez sérieux pour l'un des hôpitaux les plus réputés de France, particulièrement en orthopédie. J'en étais ressorti avec un ordonnance d'Héxomédine Trancutanée et une feuille de route vers la même clinique B. où opèrent un certains nombre de chirurgiens de Cochin. Mais, là, je me voyais quand même assez mal barré pour un nouveau tourisme hospitalier avec une fracture que je ne souhaitais pas laisser traîner. L'interne a quand même ajouté que si je connaissais un chirurgien ailleurs, il ne voyait pas d'inconvénient à me transférer, même à Pétaouchnoque, si tel était mon bon plaisir. Ayant une préférence pour les hôpitaux dès qu'il s'agit d'opération sous anesthésie générale, me voilà, pendu à mon portable, toujours allongé sur ma civière, lutant contre la douleur, et en train d'essayer de joindre, un dimanche, tout ce que mon carnet d'adresse compte de sommités du corps médical. Finalement, après plusieurs avis tous contradictoires, j'optai pour l'Hopital Saint-Antoine, ou j'étais attendu, puis opéré dès le lendemain et traité comme...un être humain pendant 6 jours par une équipe dont le savoir faire et la disponibilité m'a, en effet "ébloui". Et je n'ai bénéficié d'aucun traitement de faveur puisque mes "collègues" d'infortune furent traités avec les mêmes égards. Une infirmière m'a même fait un shampooing sur mon lit hier soir! Je les remerce tous au passage.
Deux conclusions s'imposent:
1: J'ai de plus en plus de soupçons sur le fait que l'hopital Cochin fait tout ce qui est en son pouvoir pour arrondir le chiffre d'affaire d'une clinique privée ou exercent une partie de ses chirurgiens.
2: Il va falloir que je trouve autre chose que le roller pour avoir l'air de rester jeune. Si vous avez des idées...
Bon week-end quand même!

22 septembre 2005

Pétrole contre nourriture: pudeurs françaises


L'instruction du volet français de l'affaire "pétrole contre nourriture" avance à grand pas sous la conduite du juge Philippe Courroye. Hier, Claude Kaspereit, fils de Gabriel, ancien pilier du système parisien de l'époque chiraquienne, a été mis en examen. Il aurait bénéficié de 8,5 millions de barils de brut irakien revendus ensuite avec plusieurs millions de dollars de bénéfice.
Le 11 septembre dernier, celle de Serge Boidevaix, pour "trafic d'influence et corruption" a bien failli passer inaperçue. L'AFP l'a présentée comme celle d'un "ancien diplomate français." Comme s'il s'agissait d'un simple fonctionnaire du rang! Or, Boidevaix est, excusez du peu, un ancien secrétaire général du quai d'Orsay formé à l'école de Michel Jobert. Lui aussi est un membre du sérail chiraquien. Il fut le conseiller diplomatique de Jacques Chirac de 1974 à 1976, à la grande époque d'Osirak, celle ou le jeune occupant de Matignon était tombé sous le charme d'un non moins jeune vice-président irakien du nom de Saddam Hussein. Boidevaix est aussi un proche de Maurice Gourdeau Montagne, actuel conseiller diplomatique du chef de l'Etat. Voilà qui ne suffit pas à affirmer que Chirac est mouillé dans "Pétrole contre nourriture", mais au moins peut-on émettre l'hypothèse d'une implication possible de l'Elysée.
Boidevaix, reconverti dans le monde des affaires, est bien un ancien directeur de la chambre de commerce franco-arabe, c'est un intime de Tarek Aziz. Cela fait beaucoup de raisons pour lesquelles le pouvoir irakien de Saddam pouvait juger utile de le récompenser. Boidevaix s'est vu attribué, lui, plus de 32 millions de barils! En a-t-il ensuite fait profiter ses mentors politiques de cette manne? La question mérite, me semble-t-il, d'être posée avec un peu plus d'insistance.

En cherchant des informations sur Boidevaix, je suis tombé sur un excellent blog intitulé "politique arabe de la France", qui retrace complètement la carrière de l'ancien diplomate.
Voyez aussi comment l'agence reuters a traité l'information en soulignant correctement, elle, la qualité du mis en examen

19 septembre 2005

Premier jour au Sénat

Journée de prise de fonction à Public Sénat aujourd'hui. Mes fenêtres donnent sur le jardin du Luxembourg. Il y a pire comme environnement.
Attrait de la nouveauté, intérêt aussi pour la participation à l'encadrement d'une équipe jeune et motivée par la politique. Bref citoyenne. Elle donne une autre image de ce métier ou l'apparence et la course au vedettariat ont tendance à l'emporter sur les "fondamentaux". Je pense que ce pari peut-être gagné. Un signe: j'ai appris que le talk show de Fogiel sur France3 était en chute brutale (et irrémédiable) d'audience. Je crois vraiment que ces émissions sont condamnées aux gloires éphémères. Tant mieux. Même si Fogiel lui même fait preuve d'une certaine ténacité dans ses interview, que l'on aimerait voir chez d'autres journalistes encartés, il tombe un peu trop souvent dans la posture du pitbull. Attendons janvier pour que la nouvelle équipe de France télévision dévoile ses intentions.
Et puis il y a la nouvelle tranche d'info de 18 h qui sera à l'antenne la semaine prochaine.
Retrouvailles aussi avec l'équipe de Proche-Orient. Info qui lance une souscription en vue de reprendre son activité. Sympathique et chaleureux de retrouver l'équipe qui donnera bientôt de ses nouvelles. La souscription est encore ouverte sur le site. C'est important.

14 septembre 2005

Ségolène Royal s'essuie les escarpins sur le Sénat


Je suis en colère. En colère contre Ségolène Royal. A peine avais-je signé mon contrat avec Public Sénat que Madame Royal déclarait qu'il fallait supprimer le Sénat. Pourquoi subitement? D'autant que, franchement, c'est un sacré serpent de mer, De Gaulle lui-même y avait déjà pensé, avec le succès que l'on sait. S'agit-il d' une attaque personnelle? Je me suis posé la question.
Ségolène Royal a tout à fait le droit de demander la suppression du Sénat, des départements, de la fête des mères, du Beaujolais nouveau, des prix littéraires, des reality shows etc...Ce qui me met en colère c'est qu'elle le demande pour des raisons politiciennes, c'est à dire pour tacler (par derrière) son rival régional Raffarin qui entend faire son retour dans la haute assemblée, et en briguer la présidence. En cas d'empêchement de Chirac, il pourrait alors lui succéder, même temporairement. Amusant non? Mais n'allons pas si vite en besogne. Le" Pompidou du Poitou" (quelle trouvaille!) n'en est pas encore là.
Et bien j'ai le regret de dire à Mme Royal qu'elle a tort. Et pas seulement parce que je pense qu'une institution qui m'emploie a largement justifié son utilité (!). Je suis prêt à apporter la démonstration du caractère indispensable du Sénat. Même si l'on est en droit d' estimer que le mode de désignation des sénateurs (qui a déjà beaucoup évolué vers plus de représentativité) peut encore évoluer, et que la durée du mandat devrait être réduite. Un seul fait, afin de ne pas être trop long, sur un sujet qui, je le sens bien ne vous passionne pas: Dans un monde de plus en plus mercantile, où les puissances économiques sont en mesure de dicter leur loi aux citoyens, il est pour le moins surprenant, pour ne pas dire suspect, qu'une élue de gauche veuille supprimer une institution qui représente le peuple, ne rend de comptes à personne d'autre et contrôle l'exécutif de façon parfois plus approfondie que l'Assemblée Nationale.
Quant à moi, j'en suis arrivé à la conclusion qu'avoir pour employeur l'une des deux chambres parlementaires- qui n'a à vendre que des rapports difficiles à lire- ce n'est pas plus honteux ou compromettant que d'être salarié de marchands de canons ou de béton.

13 septembre 2005

Ramadan à Blair: Supprimez la journée de la Shoah!


La nomination récente de Tarik Ramadan comme conseiller de Tony Blair avait de quoi intriguer. La première idée de ces nouveaux conseillers issus pour la plupart de la communauté musulmane britannique dépasse toutes les craintes: Invités à faire des propositions pour lutter contre l'émergeance d'une génération de terroristes "home made" et "home grown", ces messieurs, si l'on en croit cet article du Sunday Times, estiment que Tony Blair devrait commencer par supprimer la journée de commémoration de la shoah. Parce que, disent-ils, elle offense les musulmans de Grande Bretagne. A la place, il conviendrait, si on les suit,d' instituer une journée de célébration de tous les génocides, parmi lesquels (ou plutôt surtout) le "génocide palestinien". Du Ramadan tout craché.
En vérité, par cette proposition, les nouveaux conseillers de Tony Blair font la démonstration par l'absurde et à leur corps défendant que l'Islam ne comprend rien à l'histoire européenne (faudrait-il dire à l'histoire commune de l'humanité?) et à la place à part qu'y occupe la Shoah. Bref Blair est là face à la quadrature du cercle communautariste.

11 septembre 2005

Quatre ans après


Quatrième anniversaire des attentats. J'ai apprécié l'analyse de Mark Danner tirée de son livre dans un article du Herald Tribune (je sais, deux citations en deux jours c'est limite pédant mais c'est devenu mon journal préféré.)
Je la trouve néanmoins faible sur un point. On peut soutenir que l'intervention en Irak a sucité des vocations de jihadistes par centaines. Il me semble que ce qui a le plus alimenté la mystique du kamikaze islamiste et favorisé les recrutements c'est l'audace des attentats eux-mêmes, la diffusion en boucle, névrotique, des images des tours en flammes. Cette démonstration, enfin faite aux yeux su monde entier, que l'Amérique n'était pas invincible avait de quoi transformer dans le monde arabe les frustrations en une determination farouche à infliger le plus de mal possible à l'Amérique. On comprend mieux la necessité pour l'Amérique de réagir vite et fort, quitte à obliger l'ennemi à livrer le combat sur un champ de bataille. Ce sera l'Afghanistan, puis (trop?) rapidement l'Irak.
Ce qui reste le plus regrettable dans cette affaire: Que le travail n'ait pas été terminé en Afghanistan, le mensonge des ADM bien sûr, et enfin, c'est lié, l'absence de coalition internationale et un mandat de l'ONU pour renverser Saddam Hussein
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10 septembre 2005

Philip Roth Canonisé de son vivant

Philip Roth vient de voir son oeuvre distinguée en entrant au catalogue de la prestigieuse "Library of America", sorte de Panthéon des lettres américaines. Un privilège d'ailleurs presque toujours réservé aux écrivains disparus, comme nous l'apprend cet article de Charles Mc Grath dans le Herald Tribune. Je me demande ce qu'attends son éditeur pour traduire et publier le dernier opus de Roth, "A plot against America" (un complot contre l'Amérique), paru il y a presque un an.
Dans ce roman, Roth depeint les drames d'une famille juive du New Jersey entre 1940 et 42. Il imagine les conséquences qu'auraient pu entrainer la nomination par les Républicains de Charles Lindbergh comme candidat contre Roosevelt. Antisémite déclaré, ouvertement isolationiste et pro-nazi (à la différence de Wendell Willkie, le candidat que choisirent alors les républicains), Lindbergh, héros national, l'aurait, dans le climat de l'époque, emporté sur l'homme du New Deal. C'est en tout cas l'hypothèse de Roth. Devenu Président, Lindbergh signe alors un traité d'amitié avec Hitler et laisse se développer une vague d'antisémitisme aux Etats-Unis. Sous pretexte que les Juifs sont accusés de ne pas être assez fondus dans la culture américaine, l'administration de Lindbergh encourage tout ce qui peut les arracher à leurs quartiers de prédilection, en envoyant par exemple leurs enfants dans des familles d'agriculteurs du Middle West, ou en organisant des mutations professionnelles.
Pendant ce temps, Hitler tisse tranquillement sa toile en Europe, assuré de ne pas entrer en guerre contre les Etats-Unis.
L'Amérique heureusement, réussira finalement- grâce à des hommes comme La Guardia, le maire de New York- à racheter son âme...

09 septembre 2005

Enorme: Chirac réapparaît!



Chirac est sorti du Val de Grâce! Il était temps les médias commençaient à se poser des questions sur sa disparition totale du paysage depuis près d'une semaine. Pour quelqu'un qui était censé marcher et travailler dans sa chambre...
Et à la sortie quoi? Rien ou presque. Pas un mot, pas une question, évidement, sur sa santé. Chez nous, les journalistes-et encore, triés sur le volet- ont le droit de poser des questions au Président une fois pas an, le 14 juillet. Le reste est à discrétion. Trois minutes de discours de sous-préfecture crispé sur l'excellence du système hospitalier ("aussi bien au plan humain qu'au plan technique." Ah, ce qu'il aime ressembler à sa caricature notre Chi!"). Du reste qu'est-ce que Chirac a bien pu en voir du "système hospitalier", dans sa chambre présidentielle du VDG? On devine quand même que la nourriture était passable car Chirac semblait nous dire: "J'ai hâte d'aller manger un vrai truc". Et ce "Chez moi" pour parler de l'Elysée dont il n'est qu'un hôte de passage (long passage, d'accord), cela faisait un peu propriétaire non?
Alors faute d'info, disons ce que l'on a cru assez nettement déceler: une raideur évidente dans le côté droit, perceptible tant dans l'oeil (torve) que dans la démarche, très peu assurée.
Voilà à quoi, journaliste ou pas, on en est réduit. Il paraît qu'au pays des aveugles...
Compte tenu des pouvoirs qui sont les siens, ne serait-ce que celui d'appuyer sur le bouton nucléaire, ne sommes-nous pas en droit de demander la transparence sur la santé du Président. Ah le grand mot de transparence. Ce n'est pas une curiosité maladive, une manifestation de la tyrannie démocratique. Seulement je ne m'en remets toujours pas que, pour être informé de la santé de Mitterrand en 1981, il fallait être abonné à Minute!
Dans le cas présidentiel, l'application de la loi sur le secret médical est simplement une incongruïté. Le Président devrait être contraint à des examens réguliers et sincères qui devraient, au minimum, comme le suggère Olivier Duhamel, être soumis au Président du Conseil Constitutionnel.

08 septembre 2005

Dieudonné ou l'antisémitisme au second degré



La confirmation, en appel, de la relaxe de Dieudonné pour son sketch antisémite conforte ma conviction que ces affaires ne gagnent rien, sauf les agressions physiques, à être portées devant les tribunaux.
Comprenez bien:
1/ Je pense que Dieudonné n'est pas seulement antisioniste et anti-israélien, comme le prétendait ce matin encore une journaliste d'une radio de service public qui ne parvenait pas à masquer son soulagement. Il est bel est bien antisémite et même dangereusement, puisqu'il à l'ambition, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, de fédérer autour de lui, sous habillage humoristique, un parti antisémite. Ses réunions publiques sont ses spectacles ou on se marre bien sur le dos des juifs, en toute bonne conscience donc puisque c'est pour rire. Ben voyons...
On pourrait parler d'un antisémitisme de second degré, comme il y a dans le droit pénal anglo-saxon des homicides de premier et de deuxième degré. Or nos tribunaux, nos juges, ne disposent pas des outils conceptuels et juridiques nécessaires pour trancher ces affaires. Notre arsenal de lois antiracistes, déjà l'un des plus répressif qui soit, n'est ni efficace ni adapté et ne le sera jamais sauf à apparaître encore plus comme une atteinte à la liberté d'expression. Tout simplement parce que les propos antisémitisme au premier degré sont devenus extrêmement rares. L'antisémite au premier degré a compris qu'il serait infailliblement condamné, donc il se doit de présenter différemment ses prises de positions. D'utiliser "l'understatement", la litote..ou le rire qui n'est pas la même chose que l'humour, comme chacun devrait le savoir.
Le registre de l'antisionisme total lui fournit un contexte idéal pour être compris par son auditoire (déjà acquit) à son antisémitisme, sans s'exposer à des représailles juridiques.
Dieudonné est un cas limite. En faisant mine de se retrancher derrière la licence de l'humoriste il profite d'une jurisprudence constante. Pour les tribunaux on peut rire de tout. Ils ont raison d'ailleurs, mais comme disait Pierre Desproges, pas avec n'importe qui. C'est là ou Dieudonné est plus que douteux. Le fait que la présidente de la cour se soit sentie obligée d'assortir son arrêt de relaxe par un jugement moral montrant qu'elle réprouvait Dieudonné est à la fois regrettable (la morale ne devrait rien à voir là dedans surtout quand il est flagrant qu'elle contredit instantanément une lecture du droit) et montre le désarroi des juges face à ces affaires.
2/ Si ce n'est pas à la justice de condamner Dieudonné, c'est la société, notamment ses médias qui devraient le faire. Pour le coup au nom de la morale et en prenant enfin conscience de nos responsabilités face à un politicien manipulateur. Aucun animateur de télévision ne devrait l'inviter. C'est à peu près le cas, me semble-t-il, depuis le début de cette polémique. Mais il y a fort à parier que Dieudonné se servira de cette nouvelle relaxe pour conforter sa paranoïa victimaire ("je suis victime d'un complot, d'un acharnement") et comme une autorisation pour continuer son oeuvre nuisible. Certains animateurs de talk Show ne tarderont pas, en ce qui les concerne, à refaire venir sur leur plateau un homme sulfureux qui vient d'être blanchi (pardon du jeu de mot) par la justice. Qui pourra encore le leur reprocher?
Le ton du papier de France Culture ce matin, en était un début d'illustration. A suivre avec l'affaire Edgar Morin qui a su mobiliser en sa faveur le monde intellectuel.
S'en remettre à la justice pour s'exonérer de ses responsabilités morales et politiques est un très mauvais signe. C'est celui que donne les médias mais aussi les inconditionnels de la judiciarisation de ces affaires. Le combat se mène ailleurs que dans les prétoires.

06 septembre 2005

L'Amérique malade. La France léthargique

L'Amérique est à la fois hyperpuissante et malade. La catastrophe humanitaire provoquée par Katrina nous montre la première puissance mondiale, incontestée et pourtant totalement démunie comme une vulgaire nation du tiers-monde. Tout dans les images du drame évoque cela, de la couleur de la peau des victimes, jusqu'au sauveteurs terrorisés, obligés, souvent, de jeter des rations du haut des hélicoptères, en se protégeant des gangs par des fusils à pompe.
Il est bien possible que l'opinion américaine, déjà en train de basculer au sujet de l'Irak mette à profit cet électrochoc pour se décider à soigner ses propres blessures. "
Que sommes-nous devenus si nous ne savons plus nous occuper de nous-mêmes?", écrit par exemple Maureen Dowd, en conclusion d'un éditorial du New York Times d'une extrême sévérité sur l'incompétence de cette administration.
On aurait pourtant tort de se réjouir par avance, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, d'un retour à plus d'isolationnisme, car, me semble-t-il, le monde a encore besoin des Etats-Unis, pourvu qu'ils soient dirigés par quelqu'un d'autre que Bush.
Face à cette Amérique en pleine détresse, il est extrêmement choquant de voir la France, son peuple, ses médias, qui s'étaient montrés si prompt dans la compassion au moment du Tsunami, pratiquement silencieuse. Certes, les offres d'aide étrangère sont rarement dénuées d'arrière pensées. Qu'il s'agisse des Russes, des Cubains, des Vénézuéliens, ou de certains pays musulmans, il y a là une façon de rappeler à bon compte à l'Amérique qu'elle est plus fragile qu'elle ne le pensait et qu'elle ferait bien de considérer le reste du monde avec un peu moins d'arrogance.
On pouvait espérer de la France,qui a une telle dette envers les Etats-Unis, un geste désintéressé, plus spontané, qui aille surtout au delà de la dizaine de volontaires de la Croix Rouge envoyés en Louisiane où la France a pourtant laissé une emprunte culturelle, même si elle s'est sédimentée. Ou sont les campagnes, les appels aux dons pour les centaines de milliers de réfugiés américains qui ont perdu le peu qu'ils avaient? Rien. Un silence affligeant, une indifférence, au mieux, que je ne peux expliquer autrement que par le niveau inquiétant atteint par cette vieille passion française qu'est l'anti-américanisme: "
Ils n'ont qu'à s'occuper de leurs pauvres au lieu d'envoyer leurs troupes en Irak. Ça leur apprendra!" Voilà ce que l'on croit entendre dans les chaumières. Un Américain, même noir, de l'Alabama vaut-il moins qu'un indonésien de Banda Ace? Où bien, terrible hypothèse, le mouvement de solidarité du début d'année s'expliquait-il par le nombre de Français, d'occidentaux, qui ont péri en Asie et ne sont pas rentrés de leurs vacances?
J'ai quand même noté, je le note pour la bonne bouche, la proposition d'aide venant de la ville d'Orléans. Est-ce un message codé, une clauque, des vieux européens, des vieux orléanais, en direction de Rumsfeld qui avait ironisé sur la mollesse de la vieille Europe? Sur le dos des pauvres sans-abri de la Nouvelle-Orléans? Je pense à cette chanson de Sardou un peu triviale, mais de circonstance: "Si les ricains n'étaient pas là..." Mais pour les moins de vingt ans tout ça est bien loin.

Affligeant également, le désintérêt manifeste de la presse française pour l'accident de santé de Chirac. Elle s'est, dans l'ensemble, contentée des communiqués officiels, quand on voulait bien lui en distiller, s'interdisant de poser les questions élémentaires sur la capacité de Chirac à diriger la France, dans ces temps difficiles, en pleine possession de ses moyens. 48 heures après la nouvelle est déjà reléguée en page intérieure, bien après l'augmentation du prix de l'essence. Cette apathie consterne venant d'une profession malade du conformisme et à la bienséance à laquelle on a continuellement menti sur cette question, ne serait-ce que par omission. Comment s'étonner, après ça que les français rechignent à payer 1€ (au moins) pour acheter un journal!

Pour ceux qui souhaitent aider les sinistrés américains, le Herald tribune donne quelques pistes

30 août 2005

Bayrou, le Tony Blair français?


J'ai, je le confesse, longtemps sous-estimé François Bayrou. Trop longtemps. Je n'aimais non plus ses manières. Un jour avant une interview en direct à la radio il a voulu me dicter la première question (un sujet de société, je ne sais plus lequel, qui lui tenait à coeur et sur lequel il voulait prendre date.) Comme je m'obstinais à respecter mon plan initial, il m'a fait le coup (horripilant) du: "je vais répondre à votre question mais je voudrais d'abord dire quelque chose..." Bon, ça faisait un peu trop ancienne école pour mordre au portrait du gentil Bayrou qui va moderniser la politique.
Et bien j'avais tort d'en rester aux sarcasmes répandus sur son compte (voir les guignols de l'info, grâce auxquels nous devons au moins sept des dix ans de règne Chirac et ce n'est pas fini...).
Voilà, je viens de suivre sans décrocher le discours de clôture de l'université d'été de l'UDF que LCI et i télé ont eu la bonne idée de retransmettre. (Public Sénat est encore en vacances, sinon elle l'aurait fait aussi.)
Et bien, je n'avais pas entendu un aussi bon discours politique depuis des lustres. C'était dense, inspiré, plein de lucidité et d'idées sur la façon de remettre la valeur travail au coeur. Du social sans incantation ni démagogie et en prime il se paye le luxe de reprendre à son compte l'idée d'une taxe Tobin sociale, la meilleure idée qu'ai jamais pondu ATTAC. La seule d'ailleurs.
Et bien je suis séduit. Voilà. Et je pense que, oui, il n'y a plus aucune, je dis bien aucune différence aujourd'hui entre DSK, Kouchner, Rocard et quelqu'un comme Bayrou. Que les premiers devraient bel et bien laisser Fabius, Emmanuelli et l'hystérique Mélenchon à leur combines et leurs rêves d'alliance avec Bové et Besancenot et créer enfin un vrai parti social démocrate dans ce pays. Quand au second il devrait entrer résolument dans l'opposition, opposition dont il est, pour l'heure, le porte parole le plus inspiré et constructif.

23 août 2005

Misère du sionisme



Comment des hommes et des femmes venus en Israël par idéal sioniste, originaires de France ou des Etats-Unis, peuvent-ils quelques années après s'opposer aux opérations de leur armée, celle dans laquelle ils ont combattu, dans laquelle se font encore tuer leurs enfants, leurs voisins? Jusqu'à jeter des produits chimiques sur ces soldats qui obéissent aux ordres de leur gouvernement légitime et démocratiquement élu, même si ces ordres heurtent parfois leurs convictions personnelles ou religieuses. Comment l'un de ces colons extrémistes (tous ne le sont pas heureusement) peut-il qualifier devant les caméras ces mêmes soldats de "
bâtards"? Pire encore, comment certains d'entre osent-ils s'agrafer une étoile jaune "Jude", comparer les colonies de Gaza aux ghettos juifs d'Europe de l'Est avant la Shoah, laissant entendre que l'armée israélienne et le gouvernement auquel elle obéit se conduisent comme le firent les nazis? Certains colons ne se sont pas contentés de le laisser entendre, ils ont dit de cette évacuation forcée qu'elle était une "deuxième shoah". Blasphème! Insulte à la mémoire des morts et des rescapés qui ont trouvé en Israël une nouvelle patrie d'accueil! Quand à l'idéologie des colons jusqu'au-boutistes dont le seul horizon est la guerre et la négation de l'humanité des Palestiniens, il s'agit bien d'une forme de fascisme. Ce fascisme juif, déjà responsable de l'assassinat de Rabin, est tout simplement en train d'entrer en guerre contre l'Etat d'Israël.

19 août 2005

Marianne, l'argent public et moi.

Il fallait bien que cela arrive et que Marianne s'intéresse enfin à la dépense publique. Vous trouverez donc en kiosque, dans le numéro de demain samedi, le dossier réalisé par votre serviteur sur cette brulante question qui m'a valu tant d'ennuis à la télévision. Là encore je persiste. Avec, pour les lecteurs de ce blog, l'exclusivité du passage coupé au "marbre". En effet Marianne et moi avons quelques divergences sur la question des effectifs de la fonction publique. Il est effectivement apparu que les deux premiers feuillets de ce dossier auraient risqué de heurter une partie de la rédaction. Soyons clair, je me suis plié de bonne grâce à ce compromis. Il ne s'agit nullement de censure. Je respecte les points de vue de Marianne, que j'aime bien, étant un des derniers journaux d'idées de la presse française.
Mais pour plus de clarté, j'ai pensé qu'il n'était pas inutile de vous proposer la version "complète", plus exactement ces deux premiers feuillets. Le reste de l'article n'a pas été modifié.

Réduire de 10%(au moins) le nombre de fonctionnaires.

Combien y a-t-il de fonctionnaires en France ? Pendant longtemps, personne n’était en mesure de répondre exactement à la question. Complexité des définitions, juridiques ou économiques, des statuts des personnels (titulaires, contractuels, temps partiels, en détachements, maladie etc..), opacité des admnistrations qui ne savent pas (ou ne veulent pas) évaluer le nombre d’agents à leur service. On devine bien la finalité de cette obstruction systématique à tout demande de transparence : Echappant au contrôle public, en particulier à celui de élus, les effectifs de la fonction publique ont gonflé sans tenir compte du rythme de croissance de l’économie (voir ci-dessus), et sans amélioration notable de la qualité du service rendu.
Pour que les choses commencent à changer, il était donc impératif de compter d’abord les fonctionnaires. Ce qui commence à peine à être fait. Ainsi, selon l’Observatoire de l’Emploi Public, il y avait 5, 7 millions de fonctionnaires en France fin 2001, hors TOM et étranger pour lesquels il est impossible d’avoir le moindre chiffre ! Un salarié sur quatre. Ce chiffre correspond aux «
emplois rémunérés par les prélévements obligatoires et dont la fonction est de fournir des services non marchands ou d’effectuer des opérations de redistribution de revenus. » C’est la définition économique la plus signifiante qui englobe les trois fonctions publiques : d’Etat, hospitalière et locale ainsi que les caisses de Sécurité sociale. Si l’on veut tenir compte des agents d’entreprises publiques jouissant du même statut ( et parfois même meilleur), il convient d’ ajouter 360 000 emplois, dont 340 000 pour la Poste et France Telecom. On arrive alors à un effectif légérement supérieur à 6 millions.
Le rapport de la Cour des Comptes sur l’éxécution des dépenses publiques 2004 montre un décrochage de la France par rapport aux autres pays de la zone euro : Certes, les dépenses publiques ont –faiblement- baissé par rapport à 2003 :- 0,1%. Mais le rythme est, chez nos partenaires de -0,5% ! Les dépenses de personnels representant près de la moitié du budget de l’Etat, il est illusoire d’envisager une baisse des dépenses sans diminution sensible du nombre des fonctionnaires. Ce d’autant plus que l’Etat est particulièrement généreux : le pouvoir d’achat a tendance a augmenter presque une fois et demi plus vite dans le public que dans le privé. En 15 ans, 60% de l’augmentation du budget de l’Etat a été absorbé par les dépenses de personnel. Autant d’argent qui ne peut être affecté aux investissements de modernisation. Résultat : Un Etat obèse et sous-équipé. Il suffit de regarder le matériel mis à la disposition des élèves dans les écoles.
L’idée d’avoir moins de fonctionnaires, mais de mieux les payer, par exemple en récompensant le mérite (disposition prévue dans le statut de la fonction publique de 1946, pourtant jamais appliquée) ou les efforts de productivité, n’est pas nouvelle. C’était, par exemple, celle de Pierre Beregovoy. Elle aurait le mérite de lier les économies à l’amélioration du service rendu.
Aujourd’hui, Pierre Méhaignerie, le très actif président de la commission des finances de l’Assemblée Nationale, constate que la France est un pays « sur-administré et sous-organisé. »
Comment s’y prendre ? Tout simplement profiter de l’ occasion historique fournie par les importants départs en retraite des fonctionnaires nés dans l’immédiat après-guerre. Pour ne parler que des fonctionnaires d’Etat il seront 75000 à partir en 2005. En 2016, la moitié des fonctionnaires présents en 2003 seront retraités. Le projet de budget 2006 prévoyait un peu plus de 7000 suppressions de postes, soit moins de 10%. George Tron, rapporteur du budget de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, estimait au printemps dernier dans un rapport special que, «
face à la situation actuelle de crise des finances publiques il est devenu impérieux de faire mieux avec moins de fonctionnaires et qui soient plus associés à la mise en œuvre des politiques publiques, mieux rémunérés et plus motivés.” Or, depuis le changement de gouvernement on évoque un chiffre plus proche de 5000 postes supprimés, soit moins de 7% des départs en retraite. En Allemagne, par exemple, le programme de réduction entrepris en 1989 a consisté à ne pas renouveler les deux tiers des départs. Encore faudrait-il se doter d’un outil de gestion previsionnel des outils et des compétences qui peine à se mettre en place. En faisant aussi bien, la France pourrait attendre en 10 ans l’objectif d’une baisse de 10% des effectifs, soit une économie d’au moins 15 Mds d’€.

17 août 2005

Le retour du vacancier impénitent

J'ai beaucoup de retard à rattraper après cette (trop) longue interruption due à l'absence d'ADSL sur mon lieu de vacances. Je me fais épingler parce que je serais parti trop longtemps. En Corse, pour moi, le temps n'est jamais trop long et je quitte toujours cette île le coeur gros.
Par ailleurs, si le blog est une passion, il ne faudrait pas qu'il devienne une addiction!
Quoi de neuf?

-Proche-Orient Info lance une souscription en vue de reprendre (éventuellement) son activité. Si vous êtes intéressés, cliquez ici.

-Vu, hier, la conférence de presse de Villepin et de quelques-uns de ses ministres. Depuis qu'il a été nommé, Villepin surprend et commence même à inquiéter certains sarkozystes. Ils me l'ont confié. A défaut d'avoir une politique, M. Gallouzeau a au moins un style qui donne un coup de jeune à la communication entre le gouvernement et les Français. Villepin, qui a commencé sa carrière de diplomate au service de presse de l'ambassade de France à Washington, met en application les recettes américaines. Une conférence de presse par mois ce n'est pas encore aussi bien que Bush qui rencontre les journalistes au moins une fois par semaine mais c'est beaucoup mieux que Chirac (14 juillet et 31 décembre et encore jamais de questions génantes). Je me demande la leçon qu'en tireront mes amis et confrères triés sur le volet pour les scéances de faire-valoir élyséennes.

-Cette "une" du Daily Telegraph, lu pendant mes vacances. On y voyait un des terroristes du 7 juillet en costume de "college boy" et cette manchette:
GRATITUDE
Nous avons accueilli leurs parents, offert la citoyenneté aux enfants, nous les avons nourris, éduqués dans nos écoles et ils nous remercient en faisant exploser des bombes!
Dur non? Et avec ça, le Daily Telegraph, ce n'est pas le Sun. Les Anglais, apôtres de la tolérance et du libéralisme, sont obligés de poser la question de la place de l'islam dans leur société. Chez nous ce débat est toujours interdit, politiquement correct oblige. Jusqu'à quand?
Encore une fois, en tout cas, le profil des terroristes kamikazes (jeunes sans histoire issus de la classe moyenne) prouve aux plus récalcitrants que ce n'est pas l'injustice sociale ou la pauvreté, encore moins le désespoir qui crée le terrorisme. C'est l'idéologie totalitaire qui se cache derrière les "islamistes". Elle instrumente la religion à son profit mais les musulmans paisibles (l'écrasante majorité heureusement) ne s'en désolidarisent pas assez nettement. En Angleterre, il n'auront bientôt plus le choix. Blair leur demande de coopérer avec leur gouvernement dans la traque aux djihadistes. Ils devront choisir entre la "oumma" et l'union jack.

-Je connaissais le journaliste, j'ai découvert un grand écrivain, ce qui n'est pas si fréquent. Korsakov, d'Eric Fotorino (Gallimard) est un grand roman. On songe à Julien Gracq, parfois à Albert Cohen. Rien que ça? Rien que ça.
En attendant le dernier Houellebecq, "La possibilité d'une île", annoncé par Fayard pour la fin du mois.

16 août 2005

Dépasser Gaza

Je rentre de mes vacances corses le jour même ou commence le désengagement israélien de Gaza et de quelques colonies isolées de Cisjordanie.
Quelques observations s'imposent à ce sujet:
Tout d'abord, il faut espérer que cette démonstration de courage politique aidera les dénonciateurs maniaques d'Israël à remettre quelque peu en cause leurs jugements diffamatoires d' Ariel Sharon. Voilà un homme qu'ils décrivaient comme une brute sanguinaire, un nationaliste inflexible qui, au nom des intérêts supérieurs de son pays ou à l'idée qu'il s'en fait, n'hésite pas à prendre de front la frange messianique, national-religieuse, pionnière du sionisme, à utiliser contre elle la force s'il le faut pour faire exécuter sa décision souveraine. Avouez qu'il y a la matière à revoir quelques portraits expéditifs, pour ne pas dire des caricatures inlassablement servies, au détriment de la vérité pendant des années. A cette égard la visite qu'il a effectuée le mois dernier à Paris est un tournant, compte tenu du rôle néfaste joué pendant trop longtemps par la diplomatie française.
En second lieu, ne nous y trompons pas, ce retrait ne signifie nullement la paix. Il est au contraire, comme le fut jadis le processus d'Oslo, lourd de nouvelles menaces de guerre entre israéliens et palestiniens. Pour les déjouer les ennemis devront passer avec succès un double test:
-Pour les Israéliens éviter, d'abord, la tentation, bien perceptible chez Sharon, d'en rester là. Après le retrait de Gaza le déséquilibre démographique entre Juifs et Arabes ne sera plus aussi mauvais qu'annoncé et permettra même d'envisager le maintien d' une majorité juive dans l'espace compris entre la Méditerranée et le Jourdain. Mais il serait absurde de se leurrer: le maintien de l'occupation conduirait à de nouvelles déceptions et frustrations chez les Palestiniens, lesquelles auront vite fait de balayer les modérés de l'Autorité palestinienne et, comme cela fut le cas après les désillusions d'Oslo, de porter une nouvelle avant-garde palestinienne qui voudra lancer un troisième soulèvement contre l'occupation, avec peut-être encore plus de détermination qu'elle n'en a montré jusqu'ici.
-Les Palestiniens, quand à eux, devront absolument faire la preuve que leur volonté de bâtir une nation est réelle, qu'elle peut se satisfaire d'un compromis, et de la capacité de se doter d'un pourvoir central fort et respecté, d'éradiquer la corruption qui est pourtant une donnée cardinale des sociétés politiques arabes. Les israéliens et le monde attendent d'eux une preuve que leur cause ne sert pas seulement depuis des décennies de simple alibi aux partisans de la disparition d'Israël.
Gaza peut devenir soit l'embryon de ce nouvel Etat, soit un émirat islamiste et terroriste. Dans cette dernière hypothèse la cause palestinienne et l'énorme potentiel de sympathie dont elle jouit encore dans le monde ne s'en relèverait pas. Mais Israël quand à lui, n'aurait rien à y gagner et serait condamné à une guerre permanente avec un ennemi qui ne pourrait l'emporter mais dont il ne pourrait jamais se débarrasser. Il serait donc judicieux de la part de Sharon d'accepter que les Palestiniens se renforcent militairement. Le risque n'est pas si élevé que cela, même si cette force peut être utilisée un jour contre Israël. A charge pour les Palestiniens de faire la preuve qu'il peuvent résolument affronter leurs propres extrémistes, comme le font en ce moment l'armée et la police israéliennes, en acceptant d'en payer le prix douloureux.
De même, le discours israélien consistant à refuser aux palestiniens ce qu'ils estiment être une victoire me semble contreproductif...et avant tout une contre-vérité. De quoi d'autre peut-il s'agir alors que le Likoud avait toujours juré qu'il ne céderait pas un pouce de colonie à Gaza? Toutefois, il vaut mieux que ce soit la victoire d'Abbas que celle du Hamas...
On peut mesurer la difficulté de la tâche restant à accomplir, au vu des difficultés que représentent l'évacuation de seulement deux à trois mille colons irréductibles, quand il seraient plusieurs dizaines voire centaines de milliers en Cisjordanie! Sans compter que si l'élimination de toute présence juive peut encore se concevoir à Gaza, elle serait extrêmement choquante dans des lieux aussi marqués par l'histoire juive que Hébron ou même Naplouse où se trouvent, faut-il le rappeler, les tombeaux des prophètes les plus importants de la tradition hébraïque. Il faudra qu'un présence internationale se porte garante du libre accès des Juifs à ces lieux saints, et de leur garde. Israël, souvent mis au banc des nations, a, là encore, montré l'exemple, en accordant à une très importante minorité arabe (20%) de très larges droits politiques, même s'ils demandent à être améliorés. N'est-ce pas au traitement réservé aux minorités (qui plus est aux minorités conflictuelles) que l'on doit juger vraiment une démocratie?
Enfin, il faut encore le souligner, ce début de "désoccupation", même mené à son terme, ne constitue en aucun cas à lui seul une assurance de paix. Car Israël est au coeur d'un conflit territorial qui se double d'un conflit de civilisation. Le même que celui qui vient de frapper à Londres.
PS:
Je signale, avec beaucoup de retard, le numéro 58 de la revue internationale et stratégique (de l'IRIS), sous la direction de Pascal Boniface, consacré aux répercussions françaises du conflit Israélo-palestinien, et auquel j'ai modestement contribué.

11 juillet 2005

Reflexions d'avant-vacances

Pas tout à fait les vacances, mais déjà un peu de relâchement sur la régularité des "post".
Samedi, j'ai eu le plaisir d'animer les "rencontres citoyennes" de Venasque (Vaucluse) organisées par Marianne, journal pour lequel je prépare par ailleurs un dossier, une "cover", sur les gaspillages d'argent public. Retour à d'anciennes amours! J'avais oublié à quel point ces sujets s'abordaient comme la face nord de l'Everest. Je suis donc plongé, en ce moment, dans les rapports de la Cour des comptes et j'enquête sur les gisements d'économie les plus significatifs. Vous lirez donc ça, si vous le voulez, en Août dans Marianne, sur la plage ou ailleurs.
Je commence à réfléchir à un projet d'émission s'inspirant de la démarche de feu "Argent Public", mais qui serait plus large, quelque chose d'économique et de politique à la fois qui essaierait d'explorer des pistes pour remettre la France dans le bon sens. J'en discutais avec Bernard Marris, à Venasque justement, un type que j'aime bien et qui m'a tendu une perche. En tout cas le départ de Marc Tessier de France Télévisions est une circonstance favorable. Et pour cause, puisqu' il m'avait viré! Son mandat ne s'est pas caractérisé par une grande exigence en matière de programmes. Les engagements pris par son successeur, Patrick de Carolis, sont encourageants. Surtout, on annonce déjà le retour à ses côtés de Patrice Duhamel qui avait installé et fortement soutenu "Argent Public". Alors...
A part ça, Venasque, où il était question de la pertinence du clivage Droite/Gauche, est un bien bel endroit où l'on se sent déjà en vacances. Je retiens que l'on y a dit énormément de bien de Tony Blair, mais aussi que Philippe Manière, directeur de l'Institut Montaigne, a fait applaudir Margaret Thatcher! Nicolas Baverez, très brillant, a noté que l'échec de la France devant le CIO semblait avoir davantage marqué les esprits que la victoire du non au réferendum. Tout le monde semblait d'accord pour dire que nous allions devoir perdre deux ans, faute d'une démission de Chirac. Marc Ferro a, lui, dressé la (longue) liste des occasions où la gauche au pouvoir avait déçu ses électeurs. En tête, la décolonisation et la promotion sociale des immigrés, sujets sur lesquels la droite a davantage osé. Reste les congés payés, la retraite à 60 ans et les 35 heures. La gauche contre le travail. N'oublions pas, quand même, l'abolition de la peine de mort.
Je m'aperçois que je n'ai pas dit un mot des attentats de Londres. Est-ce parce que je savais, nous savions qu'une telle horreur était inéluctable? Cette retenue, c'est au fond un bon signe, car elle montre que nous avons peut-être intégré la menace et, qu'à l'image des Anglais dont le sang froid est le même que celui de leurs aînés du "blitzkrieg", nous refusons de changer en quoi-que ce soit nos habitudes. Ces attentats ont instantanément gommé le ressentiment français envers les vainqueurs de Singapour. A part, malheureusement, celui de Delanoë, indécent sur ce coup là (voir plus bas).
Je retiens surtout, les propos du maire de Londres Ken Livingstone, personnage pourtant assez souvent "border line". Son discours sur la supériorité de la liberté sur le fanatisme que les londoniens de toutes origines fuient était un petit chef d'oeuvre. Davantage encore que les accents, il est vrai churchilliens, de Blair. J'attendais cela depuis le 11 septembre 2001. Le vent qui vient de Londres est décidément réconfortant. Peut-être son élection par le CIO n'est pas, au fond, si imméritée que cela.

JO: Les raisons d'un échec

Je me sens libre à présent de dire, comme je l'ai fait à Venasque, que la politisation,dont j'ai été le témoin, des moindres décisions de cette candidature est une des raisons de son échec. Il a manqué, dans cette aventure, du professionnalisme et du réalisme. Car comment interpréter autrement les réactions sur le mode "
on ne comprend pas". Si "on ne comprend pas", c'est qu'on n'a pas voulu comprendre les règles du jeu. A savoir, que celles qu'édictaient le CIO n'étaient pas à prendre " at face value", qu'elles n'étaient peut-être pas à observer à la lettre. Qu'on ne feigne pas de découvrir maintenant la corruption et l'hypocrisie. Et si cela révulse, on n'était pas obligé de se présenter. Evidément avec un CIO à la botte de Chirac, ou élu par les français, cela aurait été plus facile. Comment ne pas y voir un ènième rejet de la mondialisation par les élites françaises?
Bien sûr, Daniel Schneidermann a raison de dire que les journalistes français se laissent intoxiquer comme des bleus et manquent de sens critique dès qu'il s'agit de montrer leur patriotisme. Mais que n'a-t-il écrit lui-même cette chronique avant le 6 juillet!
Plus grave, le manque d'esprit critique des journalistes confortait celui des équipes de la candidature qui faisaient souvent assaut de remarques acerbes à la pause café mais n'osaient pas l'ouvrir en réunion, là où leur scepticisme aurait pu être rapporté en haut- lieu et nuire à leur carrière. Pourtant, qui sait, s'ils l'avaient davantage ouvert, sur le film de Besson par exemple, on n'en serait peut-être pas là. Cela ne marche-t-il pas souvent comme ça en France?

Je vais devoir interrompre ces notes pendant quelques semaines, ou en tout cas les espacer considérablement. Je vous souhaite donc de bonnes vacances

06 juillet 2005

La France Hors Jeux


La nouvelle vient de tomber et c'est naturellement une grande tristesse pour la France et spécialement pour tous ceux qui ont joué un rôle dans la candidature.
L'anglophobie est une vieille maladie française. Beaucoup y succomberont.
J'avais un mauvais préssentiment depuis quelques heures.
Pourtant, il est clair que l'on peut mesurer les tares françaises à la tonalité des premières réactions: les Anglais auraient trahi l'esprit olympique "par un lobbying agressif". Que n'en avons-nous pas fait autant! Mais voilà, chez nous ce mot "lobbying" a une conotation péjorative, en déclage avec le fonctionement des relations internationales.
Il faut, je crois, regarder du côté des explications géopolitiques. Et économiques. car si l'on regarde la situation économique catastrophique de la France, et surtout l'absence de réalisme de ceux qui devraient y remédier, le déphasage de Chirac, le vieil homme de l'Europe, il faut se demander si la France avait réellement les moyens de s'offrir, d'offrir au monde des JO. Nous sommes à tous les sens du terme une nation hors-jeu(x).

05 juillet 2005

L'Humour gras de Chirac, le finish anglais

Il a fallu que je tombe sur Cette dépêche pour comprendre le sens de l'accueil à Singapour de Jacques Chirac par les journalistes anglais au cri de: "Do you like roastbeef?"
Aucun media français n'avait auparavant songé à m'informer de la colère de la presse anglaise, pas seulement tabloïd, contre Chirac, qui, lui, parle comme l'aurait fait un journaliste du "Sun" éméché.
Je ne sais pas combien Chirac avait bu de Corona avant de faire cette fine sortie sur la cuisine anglaise, mais il a sans doute manqué une occasion de se taire, alors que l'équipe de Paris 2012 déploie depuis deux ans des efforts permanents sur elle-même pour éviter toute démonstration d'arrogance. Espérons que cette maladresse indigne ne coûte pas à Paris la victoire dans cette lutte plus indécise que prévue.
Londres a, en effet, réussi un superbe finish, très habile, très pro dans le lobbying. Ajoutez à cela le fair play de Tony Blair s'exprimant en français (langue olympique comme l'anglais) et vous aurez à nouveau la preuve que le principal obstacle au redressement français s'appelle bien Jacques Chirac. Cette plaisanterie, en effet xénophobe, est du même ordre que sa fameuse saillie sur les "odeurs" des immigrés. Les beaux esprits qui, à l'époque, s'étaient montrés impitoyables, se sont montrés bien sourd cette fois-ci. Peut-on être tranquillement anglophobe, même si l'on est Président?
Après le 29 mai et la victoire du Non j'avais pronostiqué, ici même, une réaction anglophobe du couple Chirac-Villepin, mais je ne m'attendais pas à être entendu aussi vite et aussi fort...