Le journal Proche-orient.Info, auquel j'ai si souvent collaboré depuis deux ans, ferme. De nombreux lecteurs de ce blog l'ont découvert grâce à ce (bref) compagnonnage. Je ne cacherai ni ma tristesse ni mon inquiétude.
POI, c'est (c'était?) un journal en ligne, une chose encore assez unique il y a 48 heures. Pas seulement un site, mais une équipe de journaliste mettant son talent à disposition sur le web. C'est à dire, pas de propagande, de rumeurs, de professions de foi militantes, seulement de l'information, des éditoriaux, des analyses, une réputation déjà excellentes due à quelques scoop comme récemment les déclarations antisémites de Dieudonné en Algérie.
POI n'était pas un organe "communautaire", il n'y a qu'à voir pour s'en convaincre ses exécrables relations avec les représentants officiels de la communauté juive qui pourtant adorait lire ses articles. Les pamphlets contre Elisabeth Schemla, la directrice de POI, précisément sur les sites internet communautaires. Englués dans leurs raisonnements binaires, il aura fallu du temps à tout ces gens pour comprendre cela, si toutefois ils l'ont compris.
Bien sûr les ennemis conscient ou inconscients de la ligne rédactionelle intransigeante et courageuse de POI avaient compris l'intérêt que pouvait avoir l'utilisation de cette épithète infamante: "communautaire". Celle que l'on utilise aujourd'hui pour discréditer un adversaire face auquel on est légèrement à court d'argument.
En réalité, POI était tout simplement un media indépendant, donc fragile. Ses actionnaires ne pouvaient éternellement le soutenir à bout de bras. Or, les lecteurs, eux, n'ont pas compris que pour vivre n'importe quel journal, même sur internet, a besoin du soutien financier de ses lecteurs. N'en déplaise à Bové, l'information est une marchandise. C'est un bien précieux. Son prix, c'est sa valeur.
Il faut dire que la télévision et la radio, les blogs, fournissent de l'information gratuitement et que la presse gratuite se développe si vite qu'elle met en danger de mort de nombreux titres. Certains sont même déjà morts mais ne le savent pas encore.
Cela rend assez pessimiste sur l'avenir du journalisme. Il pèse sur lui de très nombreuses menaces, dont la moindre n'est pas la nouvelle vague de concentration, incarnée par l'offensive de Dassault à l'Express ou au Figaro. Et quand ce ne sont pas des "marchands de canons", ce sont des vendeurs de "temps de cerveau humain".
Méfions nous de devoir nous lever un matin sans information crédible et réellement indépendante. Les lieux qui correspondent à ces critères, sont déjà des îlots. Ce jour-là me paraît malheureusement assez proche.
