Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

04 juillet 2005

Deuil d'un journal indépendant



Le journal Proche-orient.Info, auquel j'ai si souvent collaboré depuis deux ans, ferme. De nombreux lecteurs de ce blog l'ont découvert grâce à ce (bref) compagnonnage. Je ne cacherai ni ma tristesse ni mon inquiétude.
POI, c'est (c'était?) un journal en ligne, une chose encore assez unique il y a 48 heures. Pas seulement un site, mais une équipe de journaliste mettant son talent à disposition sur le web. C'est à dire, pas de propagande, de rumeurs, de professions de foi militantes, seulement de l'information, des éditoriaux, des analyses, une réputation déjà excellentes due à quelques scoop comme récemment les déclarations antisémites de Dieudonné en Algérie.
POI n'était pas un organe "communautaire", il n'y a qu'à voir pour s'en convaincre ses exécrables relations avec les représentants officiels de la communauté juive qui pourtant adorait lire ses articles. Les pamphlets contre Elisabeth Schemla, la directrice de POI, précisément sur les sites internet communautaires. Englués dans leurs raisonnements binaires, il aura fallu du temps à tout ces gens pour comprendre cela, si toutefois ils l'ont compris.
Bien sûr les ennemis conscient ou inconscients de la ligne rédactionelle intransigeante et courageuse de POI avaient compris l'intérêt que pouvait avoir l'utilisation de cette épithète infamante: "communautaire". Celle que l'on utilise aujourd'hui pour discréditer un adversaire face auquel on est légèrement à court d'argument.
En réalité, POI était tout simplement un media indépendant, donc fragile. Ses actionnaires ne pouvaient éternellement le soutenir à bout de bras. Or, les lecteurs, eux, n'ont pas compris que pour vivre n'importe quel journal, même sur internet, a besoin du soutien financier de ses lecteurs. N'en déplaise à Bové, l'information
est une marchandise. C'est un bien précieux. Son prix, c'est sa valeur.
Il faut dire que la télévision et la radio, les blogs, fournissent de l'information gratuitement et que la presse gratuite se développe si vite qu'elle met en danger de mort de nombreux titres. Certains sont même déjà morts mais ne le savent pas encore.
Cela rend assez pessimiste sur l'avenir du journalisme. Il pèse sur lui de très nombreuses menaces, dont la moindre n'est pas la nouvelle vague de concentration, incarnée par l'offensive de Dassault à l'Express ou au Figaro. Et quand ce ne sont pas des "marchands de canons", ce sont des vendeurs de "temps de cerveau humain".
Méfions nous de devoir nous lever un matin sans information crédible et réellement indépendante. Les lieux qui correspondent à ces critères, sont déjà des îlots. Ce jour-là me paraît malheureusement assez proche.

28 juin 2005

Nettoyage, n.m.



Vive controverse entre les chroniqueurs d' "On refait le monde", la semaine dernière au sujet de l'emploi par Nicolas Sarkozy du mot "nettoyer". Nettoyer la Courneuve, des voyous qui règlent leurs comptes à coups de flingues sans s'apercevoir que des gosses de onze ans sont là au milieu, quelle idée les morveux, à nettoyer justement la voiture de leur papa, pour leur fête.
Nous avons été mis en minorité, ceux d'entre nous qui avons déclaré ne pas être choqués par l'emploi de ce terme, mais plutôt par l'absence de résultat dans le nettoyage, au "karsher" pourtant. Et pour cause puisque Sarkozy avait envoyé un faire-part de descente aux voyous... Pouvait pas se taire avant d'envoyer les flics? C'est encore la preuve qu' il tient davantage à l'effet d'annonce et aux conséquences sur sa propre image qu'aux résultats, notre sauveur de dans deux ans. Putain, deux ans...
Oui, la majorité de mes confrères estimaient fâcheux ce terme, ou plutôt facho, Cabannes (l'Huma) m'a dit que je parlais comme le FN, puis s'est excusé. Bon c'est la loi du genre, on est là pour polémiquer, alors parfois on va trop loin. Faut pas se formaliser, mais quand même ça m'a énervé.
La discussion s'est même prolongée jusqu'à notre dîner de fin d'année. "
Nettoyer, m'a-t-on dit, c'est trop connoté, ça rappelle trop de mauvais souvenirs. " Quoi? On n'a plus le droit de nettoyer? Je vire ma femme de ménage? Les nettoyages à sec vont bientôt disparaître? La propreté des rues aussi? Non bien sûr, c'est quand ça s'adresse à des banlieues peuplées d'Arabes qu'il ne faut pas dire qu'on va nettoyer. Chez eux ça doit rester sale. Pourquoi? Parce que ça rappelle le langage de la guerre d'Algérie. c'est encore frais ce qu'on leur a fait. Le nettoyage ethnique, aussi. Alors là, j'ai dit, vous n'avez pas compris, c'est pas les habitants qu'il veut nettoyer, Sarkozy, c'est les voyous! Ils doivent être d'accord les habitants, j'imagine. C'est leurs enfants qui crêvent! A moins que vous pensiez qu'ils ont moins droit à la sécurité que les administrés de Sarko à Neuilly?
Il paraît que des gens qui m'entendent trouvent que j'ai viré sarkozyste. Je les rassure. ce n'est que son discours que j'approuve pas son action. Et encore, pas tout son discours. J'aurais envie de critiquer davantage ses propos sur la religion (voir "Tableau d'honneur gouvernemental"), ou bien sa scandaleuse transgression de la séparation des pouvoirs, lorsqu'il demande de sanctionner un magistrat qui a appliqué la loi en remettant en liberté un récidiviste. Aujourd'hui, je me dis simplement que la gauche n'a absolument rien compris à ce qui lui est arrivé le 21 avril 2002. Pourtant elle avait semblé faire son aggiornamento, sous l'influence de Julien Dray, de Bruno Le Roux et de quelques autres, en observant que puisque l'insécurité frappait d'abord les plus fragiles économiquement, ce devait devenir une priorité de la gauche. Mais voilà, depuis ce sont les gauchistes, type Besancenot, qui disent le Bien à Gauche. Ils préfèrent brosser l'électorat fonctionnaire dans le sens du poil que l'électorat populaire. Tant qu'il en ira ainsi il n'y aura pas de Tony Blair français. Et les même causes produiront les mêmes effets.
Ce que je crains, c'est que dans cette affaire aussi, la gauche bien pensante, celle du Mrap et de la ligue des droits de l'homme, celle des "indigènes de la République", n'estime que les voyous des banlieues sont des victimes de la société post-coloniale raciste et ultra-libérale et que le Karsher, dans leur cas, soit un outrage de plus. Il y a même quelqu'un qui m'a dit: "
Karsher, c'est connoté ça aussi, ça sonne comme Kasher". Oulala...

PS: au sujet de l'imam de Vénissieux, ("Peut-on juger le Coran?") une lectrice -que je crois bien connaître- fait observer que l'imam aurait du être jugé depuis bien longtemps pour polygamie. Elle a bien raison de rappeler ce point sur lequel j'aurais du insister. Quand à Ivan Riouffol,
dans Le Figaro, il fait bien de rappeler le cas de Louis Chagnon ce prof d'Histoire scandaleusement sanctionné et condamné pour avoir fait une description historiquement juste mais sévère de Mahomet, insupportable pour les musulmans, et le Mrap qui l'avait poursuivi. Les juges ont estimé qu'il avait moins d'excuses qu'un imam inculte qui dit que le Coran permet aux hommes de battre leur(s) femme(s).

23 juin 2005

Peut-on juger le Coran?



La relaxe de l'imam salafiste de Vénissieux est choquante, insultante. Comme si la justice ne trouvait rien de répréhensible à ses propos sur les femmes, et qu'au moins de manière tacite elle laissait libre les musulmans de croire qu'au nom de leur foi, il avaient le droit de battre leur femme. De croire, car bien sûr s'il venait à l'un d'eux l'idée de passer à l'acte, et si par extraordinaire son épouse se plaignait devant la justice, il subirait évidement les foudres de la loi française.
En réalité, cette affaire souligne la difficulté de plus en plus grande, pour les juges, de qualifier ces délits "d'opinion". On l'a déjà vu ça avec les démêlés de Dieudonné et de Le Pen, pour antisémitisme. Sauf quand l'injure, l'incitation à la haine raciale, à la discrimination sexuelle, la diffamation, l'homophobie, sont au premier degré, il est toujours plus facile pour les magistrats de ne pas sembler prendre partie dans des controverses politiques, pire, de paraître porter des jugements de valeurs sur des convictions religieuses.
Dans le cas de l'imam Bouziane, le problème ce n'est pas ce qu'il dit, c'est que le Coran le dise!
En effet, Il n'a fait, très exactement, que dire ce qui est écrit noir sur blanc dans le Coran. Or il est déjà très difficile, voire même impossible, pour un journaliste de porter publiquement un jugement sur ce texte sacré, intouchable aux yeux des musulmans, surtout par un "impur",
sans s'exposer à l'épithète infamante "d'islamophobe", alors imaginez pour un juge! La seule chose qui restera de ce jugement c'est que les magistrats se sont ridiculisés, en particulier lorsqu'ls estiment benoitement que: "Cet homme de religion s'est limité à expliquer ce que dit sa religion au travers du Coran. "puis, plus loin: "Evidemment, ce n'est pas l'Islam des lumières, mais le tribunal n'a pas à entrer dans ces considérations." (!) Ah! l'Islam des lumières! Malheureusement on ne sent pas une énorme nostalgie de cet Islam là dans le monde musulman contemporain...
Sur de nombreux points, le Coran est en contradiction flagrante avec nos valeurs républicaines, ou simplement démocratiques. Il n'est pas le seul texte religieux dans ce cas. On pourrait en dire autant de certains passage de la Thora, l'ancien testament, qui n'est pas un chef d'oeuvre de tolérance! Les évangiles passeraient, eux, plutôt mieux l'examen de conformité démocratique, puisqu'il s'agit d'un texte "libérateur", assez révolutionnaire en fait, on dirait aujourd'hui qu'il est d'inspiration "progressiste".
Mais la grande différence entre la Thora et le Coran, c'est que je connais peu de Juifs qui entendent l'appliquer à la lettre, l'imposer aux non-croyants, à part peut-être quelques ultra-orthodoxes en Israël. C'est d'ailleurs un problème de plus en plus sérieux pour les laïcs en Israël. Or on le sait, le problème de l'Islam, travaillé par l'intégrisme, en particulier par sa version salafiste, c'est qu'il croit à la supériorité du Coran sur tout autre constitution civile, que le retour à l'interprétation littérale est, pour lui, seule à même de rendre aux Musulmans leur dignité et à la "Oumma" sa gloire passée, qu'il ne fait aucune séparation entre le religieux et le politique, le domaine public et le domaine privé.
Il faut maintenant se faire une raison: l'imam relaxé va très certainement rentrer en France, blanchi. Il était de toute manière difficile d'empêcher un homme de revoir ses enfants qui sont, eux, Français et qui n'ont pas les moyens d'aller le voir en Algérie. Surtout qu'il a d'ores et déjà annoncé qu'il se tiendrait désormais éloigné de la mosquée pour ne pas faire de vagues. L'expulsion qui pouvait être justifiée sous le coup de l'émotion suscitée par les propos de Bouziane, n'est pas ici la sanction qui convient dans le temps. Demain, si un imam français tient des propos du même tonneau, où l'expulsera-t-on? Que l'on me comprenne bien, contrairement à la Ligue des Droits de l'Homme, je ne tiens pas cet imam pour une "victime", je pense simplement que nous faisons fausse route si nous croyons que la réponse est d'ordre judiciaire.
Oui mais alors, direz-vous, quelle sanction?
Seule la sanction politique et morale est appropriée.
C'est d'abord- Sarkozy a raison sur ce point- à l'Islam français de se prononcer clairement sur ces affaires dans lesquelles le Coran contredit les principes laïcs, au delà même du cas de Bouziane, ce qu'il n'a pas fait, en tout cas pas assez nettement. C'est à l'Islam français de montrer qu'il se "dissout" dans la République. Toutes les autres religions ont du passer sous cette toise. Or, aujourd'hui, il existe beaucoup trop de courants de pensée dans l'Islam de France qui entendent, au contraire faire céder la République.
C'est à nous, enfin, de poser la question de la compatibilité de l'Islam avec la démocratie, des conditions de son intégration dans le projet européen. Or ce débat est systématiquement escamoté, par peur des conséquences, exactement comme l'on escamoté les juges dans l'affaire Bouziane, parce qu'ils ne sont que le reflet de la société dans laquelle il vivent. On ne peut leur faire supporter les conséquences d'un manque de courage politique.
D'un point de vue strictement juridique, en tout cas, les juges étaient obligés de constater que les propos litigieux n'avaient pas été tenus spontanément mais avaient été sollicités, que l'imam avait pris soin de faire la différence entre ce que dit le Coran et ce que dit la loi française, qu'il n'avait pas bien compris le sens du mot "lapidation" ( le journaliste lui avait dit qu'il signifiait "battre sa femme") et que, de surcroît, ses propos n'avaient été retranscrits ni intégralement, ni littéralement. Comme chacun a pu constater qu'il s'agissait d'un homme frustre, il était facile de conclure qu'il était tombé dans un traquenard journalistique. Encore une fois il est injuste de faire peser sur un homme ce que l'on peut et doit reprocher au Coran. Mais, de nouveau, peut-on juger le Coran?

22 juin 2005

Tableau d'honneur gouvernemental

"La France vit au dessus de ses moyens". Voilà enfin un ministre, Thierry Breton, qui se décide à dire la vérité aux Français. Je suis surpris que dès le lendemain, cette vraie-fausse révélation ne fasse déjà plus les gros titres, ne suscite pas aussitôt un grand débat, comme si, au fond ce n'était pas grave.
Que nous dit Breton? Tout simplement que nos impôts, tous nos impôts, ne servent plus qu'à une seule chose: rembourser les intérêts de la dette des administrations. Celle-ci représente, plus de mille milliards d'euros, près de 40000 euros par actif!
Et une fois cela fait comment fait-on pour financer les investissements publics, payer les fonctionnaires etc? On fait de nouveaux emprunts, évidement! Ce qui fait qu'à ce rythme là, la dette doublera tous les cinq ans. Combien de temps pensez-vous que cela peut durer? Quel père (ou mère) de famille pourrait ad vitam eternam se montrer aussi impécunieux, faisant reposer sur les générations futures, sur nos enfants, le poids de ses inconduites. Et dire qu'hier encore j'ai entendu, une sénatrice communiste, Mme Beaufils, dénoncer la libéralisation du fret ferroviaire et demander que l'Etat finance le "service public" SNCF. Mais en quoi le transport de marchandise est-il un service public?
Nous faisons tous partie de la "copropriété" France. Si notre syndic dilapidait nos charges et s'endettait sur notre dos, nous ferions vite en sorte de le virer non? Bravo en tout cas M. Breton!



Je ne tresserais pas autant de lauriers à Nicolas Sarkozy, notre sauveur de 2007. Au moment où Breton nous affirme qu'il n'y a pas de miracle et que l'on ne peut pas changer l'eau en vin, je me demande si "Sarko" n'a pas tendance à se prendre de plus en plus pour Jésus?
Non content de vouloir "nettoyer" la Courneuve (chiche! Hier lors de sa première "descente" la police a fait chou blanc.), le ministre de cultes à réuni des religieux et les a invité à se faire davantage entendre dans le débat public. Pourquoi pas? Là ou l'on peut s'inquiéter c'est lorsque Sarkozy a récusé la distinction entre sphère publique et sphère privée, qui est le mal dont souffre l'Islam: "
Il n'y a pas deux vies. Comme si la part de soi la plus intime et la plus intéressante, il fallait l'abandonner jusqu'au samedi matin et au dimanche soir inclus. Le domaine de vie privée n'a pas de sens. C'est le domaine de la vie tout court." un ministre a des journée de 20 heures et n'a pas de week-end mais tout de même! Drôle de conception de la laïcité. Mais il est vrai que son dernier livre, "La République, les religions, l'espérance", d'entretiens avec le père dominicain Philippe Verdin était déjà alarmant, tout comme la publicité donnée à Tom Cruise, devenu l'apôtre mondial de l'Eglise de Scientologie, alors que tout Hollywood s'inquiète de voir son prosélytisme gangrener les tournées de promo de l'acteur-producteur...
Les cités se meurent, le chômage, la délinquance y prolifère, et Sarko pense, lui, que c'est parce qu'il y manque surtout de la "spiritualité". Quand on connaît le rôle de certaines mosquées dans la propagation de l'islam radical, ça laisse songeur.

21 juin 2005

Le combat de Christophe Grébert

Le procès en diffamation intenté, aujourd'hui, par la mairie de Puteaux au bloggeur Christophe Grébert est une première, Clochemerle à l'heure numérique, variante moderne du "pot de fer contre le pot de terre".
Je ne sais pas si elle doit inquiéter, comme l'écrit Libération de ce matin, ou si, au contraire, elle fera date dans notre aventure collective. Toute notre solidarité va en tout cas à ce bloggeur remarquable, pionnier d'un nouveau journalisme. Grâce à Monputeaux.com, il fait ce qu'aucune presse locale n'a jamais réussi à faire: une information citoyenne, exigente, sans concession. J'y retrouve un peu ce qui fut l'esprit "d'Argent Public".
Certes, il ne cache pas qu'il est un opposant politique à la mairie UMP de Puteaux, mais quelle importance? Nous avons besoin d'une presse d'opinion qui soit en même temps une presse d'information. A condition de bien séparer les deux évidement.
Les blogs sont, fort heureusement, soumis aux mêmes textes et à la même jurisprudence que les sites internet, c'est à dire, en gros, aux lois sur la presse. Je ne sais pas si Grébert a commis des erreurs qui pourraient l'exposer à une condamnation. Mais je sais, en revanche, que les journalistes "fouineurs" seront de plus en plus soumis au harcèlement juridique des puissants auxquels ils s'attaquent, pour tenter de les faire taire.
Le magistère de la presse se craquelle, on le voit à la baisse des ventes et du lectorat qui s'explique par un manque d'intérêt de plus en plus manifeste du public pour les sujets abordés, un excès de connivence, un manque d'indépendance et aussi de proximité. Mais les bloggeurs n'ont pas encore pris le relais.
Indépendants,par définition, ils seront particulièrement vulnérables à ce type d'intimidation. Il n'est pas facile de se retrouver, tout seul, du jour au lendemain devant la 17ème chambre correctionnelle de Paris!
Nécessairement les bloggeurs-journalistes, catégorie qui est appelée à se développer, devront songer à une forme de mutuelle juridique qui conseille et assiste les auteurs en cas d'action contre eux. Malgré l'élan de solidarité de la bloggosphère, Christophe n'a pu couvrir qu'une toute petite partie de ses frais de justice, ce qui posera aussi le problème de l'indépendance financière des blogs et à terme de la publicité. Bref, les blogs vont connaître une histoire semblable à celle du développement de la presse écrite au XIXème siècle, avec les mêmes problèmes de conscience, et c'est bien ce qui est excitant! Nous n'en sommes qu'au début.

20 juin 2005

Nostalgie

Pour une fois ce sera rapide et je m'en excuse à l'avance. Les "nonistes" devront non seulement nous expliquer ou est leur fameux "plan B", mais aussi pourquoi, subitement, une grande majorité de Français regrettent le franc.
C'est une situation qui était tout à fait inimaginable avant le réferendum et qui montre que nous avons perdu beaucoup plus qu'un projet de "constitution" hautement perfectible.
Le conseil européen de Bruxelles s'est, en revanche, terminé sur la consécration des égoïsmes nationaux que des esprits plus avertis avaient prévu et une victoire britannique assez peu glorieuse.

16 juin 2005

Quand l'oncle Sam s'invite chez Molière



Parlons culture. Ce matin, sur France Culture, un dialogue passionnant avec Gérard Mortier, ancien directeur du festival de Salzbourg. Un homme qui a été confronté aux sinistres préjugés ostracisés de la clique de Haider, en Autriche. Cela rappelle un peu ce qu'à tenté de faire le FN dans le midi de la France, avec parfois des succès, comme à Orange, mais jamais avec une réussite totale car la politique culturelle est fortement centralisée en France, pour le pire, comme-c'est le cas ici- pour le meilleur.
Passionnant dialogue, car Alexandre Adler a fait observer que, de plus d'un point de vue, notre Europe actuelle semble plongée dans un climat weimarien. Y compris avec le rayonnement culturel qui fut celui de cette époque. "
seulement, un jour, on a cessé de s'amuser." nous rappelle Adler. Mortier, qui crois, lui, le concept d'Etat Nation dépassé, pense que la culture est la seule chose qui puisse fonder l'homme, le citoyen européen.
Il est vrai que Mozart ou Beethoven se sentaient plus européens qu'autrichien ou allemand et que la réalité des Etats Nations est récente (deuxième moitié du XIXème siècle). Il est vrai aussi que, l'on pourrait sans dommage excessif augmenter la part du budget européen consacré à la culture (aujourd'hui 0,4% du total avec l'Education! la seule PAC ingurgitant 40 % des dépenses.)
Mais en France, nous avons une foi sans borne, aveugle, dans "l'exception culturelle", davantage encore que dans notre modèle social. C'est désormais notre unique fierté, et nous voyons dans cette forme d'étatisation de la culture la preuve de la supériorité de notre civilisation sur celle des prosaïques (pour ne pas dire pire) anglo-saxons.
Or, je ne partage pas du tout cette vision. La culture, c'est indispensable, mais cela ne suffit pas, surtout au XXIème ou l'information et le commerce ont pris une importance aussi grande dans les rapports sociaux. La culture, pour 90% des gens se résume à la télévision, devant laquelle il passent plus de trois heures par jour. On peut ésperer faire évoluer cela, mais cela ne se fera pas en un jour. Par ailleurs une Europe du chômage est, me semble-t-il, condamnée à voir se propager le populisme et la xénophobie. La politique culturelle n'y changera rien.
Surtout, ce complexe de supériorité, très français, n'augure parfois rien de bon.
Je voudrais en donner un exemple.
Il s'agit du spectacle que donne actuellement la Comédie Française: Molière-Lully. Le projet de Jean-Marie Villegier est de jouer Molière, comme au temps du Roi Soleil, avec la musique de Jean-Baptiste Lully, interprétée par les Arts Florissants, et avec des ballets réglés par Wilfride Piollet et Jean Guizerix.
Je ne vais pas faire une critique détaillée, ce n'est pas mon métier. Il y a deux pièces, la première, la plus connue, l'Amour médecin est savoureuse, mais avec, déjà, une légère tendance à la caricature. Or avec Molière, ce n'est pas la peine d'en rajouter, sinon le burlesque n'est pas loin. Et Molière n'est pas Buster Keaton. Quand à la deuxième pièce, "Le sicilien, ou l'amour peintre", outre que la mise en scène est tout à fait consternante (on se croirait chez Philippe Bouvard), au dernier acte, le personnage incarnant la justice est représenté sous les traits d'un oncle Sam, barbe, chapeau haut de forme et manteau taillés dans la bannière étoilée. Le mari trompé et abandonné fait appel à lui pour venger son honneur. Vous voyez la subtile allusion. Le pire c'est que le public s'est mis à applaudir à tout rompre devant cette "trouvaille" de mise en scène, ne s'apercevant pas que l'on faisait appel ici à ses plus bas instincts, comme trop souvent à la télé. J'ai le regret de le dire, mais, dans un autre contexte, à la fin du XIXème siècle par exemple, on aurait fait appel au même genre d'effet, mais on se serait servi d'une caricature de Juif à papillotes. Cette forme d'anti-américanisme "culturel" a desormais la fonction qu'avait, jadis, l'antisémitisme aujourd'hui discrédité, comme disait Bernanos.

13 juin 2005

Ravissant



D'abord la joie, bien sûr. La joie simple de voir une femme, une consoeur, une condisciple du CFJ, revenir enfin de cet enfer. Ensuite voir ce beau sourire déjà si franc sur les photos que nous avions d'elle, nous qui ne la connaissions pas personnellement. Nous étions ravis de la voir de retour. Ravis nous avions été aussi pendant ces 158 jours, puisque nous avions accepté, de bonne grâce, d'être tous ensemble, la France entière prise en otage par ces bandits. Il y avait cette affiche qui le disait très bien: "leur liberté, c'est aussi la notre." Mais liberté de quoi au fait? D'informer? D'être informé? Il faudra revenir la dessus. Mais puisque nous l'avions décidé ainsi, peu importait le prix de cette libération (car évidement il y en a un), nous pouvions nous permettre de le payer, tant l'élan de solidarité fut grand. Nous sommes un grand peuple, intraitable, qui dit non,( aux américains, à la constitution), mais qui fond devant la douleur d'une compatriote et accepte le chantage crapuleux. Assumons.

En ce qui me concerne, comme beaucoup, j'ai souvent pensé au calvaire de Florence Aubenas, mais j'ai plutôt bridé mon envie de participer à cette médiatisation, ne pouvant me résoudre à contribuer à la hausse des prix de l'otage français. Je ne sais pas si j'avais raison. Je suis encore partagé. Bien sûr, Florence (puisque tout le monde l'appelle ainsi) a bien expliqué le baume que lui avait apporté TV5, lorsqu'elle fut autorisée par ses geôliers à regarder la télévision. Jean-Paul Kaufman avait dit la même chose déjà. Mais elle a aussi, en bonne journaliste, évoqué le
cynisme des ravisseurs qui exultaient, à chaque fois qu'on parlait d'elle à la télé: "C'est bon ça marche, on parle de vous!"
De tout cela, du réconfort, du cynisme, de tout nous avons été des complices plus ou moins conscients.
Le prix, je le dis, ne me gêne pas. Que valent quelques millions de dollars, comparés ne serait-ce qu'à une seule vie humaine? Mais pourquoi donc s'obstiner à nier, comme l'a fait Jean-François Copé, qu'il y ait eu "
demande de rançon." Avez-vous remarqué? Il a dit "demande", pas "versement". Parce-que le gouvernement Français ne s'est pas occupé directement de cet aspect des choses? Parce que ce sont des intermédiaires sentant fortement le pétrole qui s'en sont chargé? Possible, mais il y aura alors forcément une contrepartie, un jour ou l'autre, dont on ne nous dira rien, hélas. Et ces intermédiaires ne se contenterons sans doute pas de la Légion d'honneur...
Si l'enlèvement ne répondait pas, ou pas entièrement à des préoccupations d'ordre politique, mais était bien essentiellement d'ordre crapuleux, le prix à payer, lui, sera peut-être politique, ce qui est plus grave que de verser quelques millions de dollars à des bandits. Car ce prix-là entravera encore plus la politique étrangère de la France, dont on voit bien qu'elle ne pèse plus d'aucun poids dans cette région, hors-mis, hélas, d'un début d'expérience en matière de négociation d'otages, dont elle pourra toujours se prévaloir.
Quand à nous, journalistes, contentons nous de constater que l'information indépendante en Irak est devenue une mission réellement impossible. Le risque était devenu si grand déjà, que le gros des journalistes ne sortaient pratiquement plus de leurs hôtels à Bagdad, où ils étaient devenus de simples boites aux lettres. Les autres sont soit encadrés de telle sorte (les Américains), qu'ils ne voient plus rien, soit inconscients et se font enlever. La dernière catégorie, est, en France en voie de disparition, du fait, justement, de la valeur marchande importante du Français sur le marché de l'otage. Ce n'est pas le moindre des paradoxes de ce mouvement national pour "Florence et Hussein" que d'avoir tué le métier d'envoyé-spécial français en Irak, au nom, bien sûr, des meilleures intentions du monde.

06 juin 2005

Le 21 avril-bis reste à venir



On n'a pas fini de mesurer les effets de la bombe à fragmentation du "non de gôche". L'élimination de Fabius de la direction du PS n'est qu'un premier épisode d'un scénario implacable décrit devant moi par René Rémond, à Tel Aviv, en marge du colloque sur Vichy (voir notes précédentes). Voici ce que disait, deux semaines avant le référendum ce pionnier, ce maître Yoda de la science politique française: "Si le Non l'emporte, je pense qu"il n'y aura pas de candidat de gauche au second tour de la prochaine élection présidentielle." Et cela, bien sûr, parce qu'il y en aura eu trop au premier tour comme ce fut le cas le 21 avril 2002.
On peut expliciter le raisonnement:

Premier cas de figure: Les militants PS se rassemblent derrière Fabius pour les faire gagner en 2007. C'est le moins probable car la victoire du non n'a absolument pas amélioré la perception qu'ont de lui les militants, ni d'ailleurs les Français, si l'on se réfère aux études qualitatives faites par les sondeurs. Mais enfin, admettons qu'à l'issu d'une intrigue de couloir dont les socialistes ont le secret, type "congrès de Metz", Fabius se trouve suffisamment d'alliés pour prendre le contrôle du parti, et se faire désigner. Il se trouvera certainement plus d' un dirigeant socialiste pour lui rendre la monnaie de sa pièce: Aubry, DSK et pourquoi pas Jospin? Ils ne voudront pas qu'on dise que "le crime a payé". Fabius a créé lui-même un précédent en s'affranchissant d'un vote interne.

Second cas de figure: Le Parti désigne un candidat de l'actuelle direction. Ce ne sera pas sans peine car elle est elle-même divisée en chapelles représentant autant d'ambitions forcenées, mais enfin, elle peut y arriver. Les socialistes s'étripent souvent, mais, jusqu'à Fabius, la ligne rouge était le respect du vote des militants. Même Rocard s'y est plié en 81, malgré sa haine envers Mitterrand. En 88, il le fit à nouveau, en échange de Matignon. Aucun de ces arrangements ne peut se faire entre Fabius et les dirigeants du PS car, a leurs yeux, l'attitude de Fabius, en contribuant grandement au succès du non a joué contre la France en même temps que contre la gauche.
De surcroît, Fabius a montré qu'il n'avait pas le même sens du sacrifice que Rocard, et surtout, aujourd'hui, aucun éléphant socialiste n'a un ascendant sur les autres: Fabius, Hollande, Aubry, DSK, Emmanuelli et même Peillon et Montebourg jouent grosso-modo dans la même catégorie, ou le pensent.
Pour toutes ces raisons, plus le fait qu'il a déjà montré le peu de cas qu'il faisait des décisions collectives de son parti, Fabius se présentera quand même. Il pensera pouvoir sortir vainqueur d'une primaire devant les Français. Emmanuelli a d'ailleurs lancé un ballon d'essai le 29 mai au soir en proposant une primaire "à l'américaine". Fabius reprendra sans doute l'idée au vol, pour que les Français, ou plus sûrement les sympathisants de gauche, se prononcent dans un scrutin préalable qui n'est pas prévu dans les statuts. La direction n'acceptera jamais, car la situation du pays ne va pas s'améliorer et bien sûr Fabius pourrait surfer sur le mécontentement des nonistes de gauche . Hollande n'acceptera d'ailleurs jamais rien venant de lui, d'ici 2007. Les couteaux sont tirés.

Je ne parle évidement pas des éternelles candidatures d'extrême-gauche (une , deux, trois, quatre? tout est possible), des candidatures de témoignages venant de toutes les bonnes volontés qui seront sûres de détenir la recette pour réconcilier la gauche et qui à l'arrivée feront 1 ou 2%. Tout cela risque bien d'être suffisant pour éliminer tous les candidats de gauche du second tour.
Evidement ce scénario n'est pas inéluctable. On peut espérer un sursaut. Mais il est quand même le plus vraisemblable. C'est encore un résultat du vote "révolutionnaire" du 29 mai. Electeurs de gauche, bravo, et préparez-vous donc à voter pour Sarkozy en 2007, contre Le Pen, Jean-Marie ou Marine.

03 juin 2005

Les deux populismes

Echange, mercredi, sur RTL, avec Denis Tillinac. Ce qui m'inquiète le plus, dis-je, dans la victoire du "Non", c'est l'apparition d'un populisme de gauche, décomplexé, qui n'hésite pas à se mélanger avec le populisme lepéniste par pur opportunisme. Tillinac reprend la balle au bond et me fait observer que cette évolution n'est pas nouvelle. Il invoque l'antisémitisme de l'extrême gauche à travers le soutien romantique à la cause palestinienne. (écoutez l'émission du 1er Juin) Ce que Luc Rozensweig appelle justement dans son pamphlet "Lettre à mes amis pro-palestiniens" (Doc en stock, La Martinière), "la propalestine", territoire mental ayant particulièrement élu domicile en France (Voir l'épisode de la mort d'Arafat, veillé tel un saint) et qui empêche la Palestine, Etat-Nation, de voir le jour.
Je n'avais pas pensé à faire ce lien mais, plus j'y pense, plus il me semble pertinent. Les amis de cette "propalestine", que l'on trouve aussi bien au PS, au PCF, chez les verts, à la LCR... qu'au Front National, ont voté Non. En dignes émules de Jean Genet, ils n'aiment rien tant que le palestinien mort, si possible supplicié par un soldat Juif, qu'ils peuvent d'autant mieux nazifier. Que les palestiniens, dans un futur compromis (quelle horreur!) puissent un jour se prendre en charge, en fondant un Etat ne les intéresse guère. Ce qu'ils aiment dans la cause palestinienne-ce qu'ils aimaient plutôt avec Arafat, car on voit bien que Mahmoud Abbas avec sa civilité les laisse complètement froid-c'est justement le mythe révolutionnaire "néo-guevariste" qu'elle est capable de charrier, quand ce n'est pas tout simplement la possibilité d'exprimer un antisémitisme vertueux car habillé d'antisionisme "droit-de-l'hommiste".
Et j'entrevois là ce que je m'évertuais à expliquer lors de la parution de mon livre sur l'antisémitisme: Ce n'est pas une affaire qui ne concerne que les Juifs. Qu'une telle résurgence se manifeste aujourd'hui en dit long sur la décomposition de notre démocratie, et préfigure une nouvelle montée des périls en Europe. Elle doit nous alerter plus que jamais sur le risque totalitaire qu'elle porte en germe. Cela d'autant plus que les démocrates, indécrottablement corrompus, et/ou seulement intéressés par la préservation de leur prébendes républicaines (qui croit encore à la "nouvelle impulsion"?), se montrent prisonniers de leur démagogie.
Après Jean-Marie Colombani, dans Le Monde, Serge July dans Libération, et Elisabeth Schemla dans "Proche-Orient Info" qui ont eux aussi- et courageusement car à contre-courant de leur lectorat- alerté sur les relents de "moisi" (Schemla), voire de xénophobie (July), contenus dans ce "Non", ce propos va certainement me valoir des injures de la part d'électeurs du Non qui ne supporteront pas d'être ainsi assimilés à des antisémites. (voir les réactions à l'edito d'Elisabeth Schemla,)
Je dis tout de suite que tel n'est évidement pas mon intention. Je ne croit pas qu'ils en soient conscient et ne porte aucun jugement sur leur vote. Leurs raisons de voter Non étaient souvent respectables, qu'il s'agisse de la volonté de sanctionner le principal responsable de l'état de la France, Jacques Chirac, de la précarité qu'ils subissent, de leurs critiques contre la politique économique menée en Europe, du déficit démocratique ayant entouré l'élargissement, de la crainte de voire entrer la Turquie, du mépris de plus en plus intolérable des élites politiques envers le peuple etc...Je partage même la plupart de ces inquiétudes. Je pense seulement que ces électeurs n'ont pas compris qu'ils étaient instrumentalisés par des cyniques (Fabius), ou par des nostalgiques de la terreur révolutionnaire (je rappelle que quelqu'un comme Mélenchon, qui n'a que mépris pour la gauche de Jaurès et de Blum, trop ploutocratique à ses yeux, se réclame sans vergogne de Robespierre et de Saint-Just!) Or, je le répète, si je crois que nous sommes naturellement immunisés contre le lepénisme, nous le sommes en revanche beaucoup moins contre ce néo-poujadisme de gauche, sautillant et festif, prometteur de lendemains qui chantent, et qui s'est déjà illustré, le soir des résultats, par un antiparlementarisme échevelé (Emmanuelli) qui, s'il avait émané de Le Pen, aurait entraîné des protestations scandalisées de nos belles âmes françaises.
Les artisans politiques du "Non de gauche" (je fais la différence avec leurs électeurs) ont bien réussi leur coup en stoppant net la construction européenne au point que l'on spécule déjà sur un éclatement de l'Euro. On attend avec intérêt leurs propositions pour nous sortir de là, mis à part l'exportation des faillites françaises.
L'art de la politique, en démocratie, consiste à agréger des voix dont les motivations peuvent être bien différentes, pour, en principe, guider le peuple. On peut le faire en le respectant, en lui disant la vérité et en lui rendant des comptes. On peut aussi l'abuser en jouant sur ses impatiences, sur sa souffrance, par simple goût du pouvoir. C'est alors que les loups sont en embuscade.

31 mai 2005

L'homme qui a dit "Non"



Je prenais peu de risque en annonçant dès hier que Jacques Chirac ne pourrait résister à la tentation de nommer Dominique de Villepin à Matignon. Villepin, l'homme de la dissolution! Oui mais, aux yeux de Chirac, l'homme qui incarne le sommet de son quinquennat, le discours de l'ONU, le "Non" aux Etats-Unis, qui leur valut à tous les deux un éphémère mais réel prestige international. Discours particulièrement apprécié des "nonistes" de gauche, anti-atlantistes et même anti-américains. Le choix de l'homme du Non répondant à un autre Non. C'est la logique Chiraquienne. La réconciliation des mythologies communistes et gaullistes dont parlait Daniel Cohn Bendit. Il ne manque plus que Marie-George Buffet au gouvernement!
Ce choix prend à rebrousse poil la majorité parlementaire qui voulait Sarkozy. Mais si le parlement avait quelque pouvoir dans notre pays, ça se saurait. Sarkozy avait bien résumé les choses: "
Dans une démocratie normale le président du parti majoritaire serait appelé à Matignon. Chez nous, on envisage d'y nommer celui qui est le mieux placé pour le combattre!"
Pour amadouer l'UMP, Chirac a semble-t-il réussi à convaincre Nicolas Sarkozy d'occuper le poste de numéro 2 derrière son ennemi juré. Sarkozy préconise une rupture avec le modèle social français, or Villepin a pour feuille de route de répondre au malaise social...on va s'amuser.
Il y a quelques mois seulement Chirac obligeait Sarkozy à quitter le ministère des finances pour ne pas cumuler avec le poste de président de l'UMP. Aujourd'hui Sarkozy gardera, évidement, la tête du parti. On a le tournis!
Quand à Raffarin, dont le dernier geste de premier ministre aura été de donner la légion d'honneur à Philippe Bouvard (!) et qui quitte Matignon en nous expliquant que tout commençait à aller mieux, mais que la baisse du dollar a provoqué un "
décalage de quelques mois", là, on est dans le loufoque.
Derrière tout cela, il y a, ne nous y trompons pas, un système institutionnel exténué. Vous n'êtes pas fatigué, vous, de voir cette valse de premier ministres, alors que les monarques républicains, restent, eux, tranquillement au chaud?

30 mai 2005

Le Boomerang

Chirac s'est mangé un retour de fracture sociale en pleine figure. Les Français n'ont pas rejeté l'Europe, ils ont poussé un cri contre les conséquences des politiques européennes sur leur vie, et particulièrement sur l' emploi. Tout le monde est pourtant d'accord, de Paris à Berlin sur l'ineptie des "critères de convergences" que, du reste, plus personne ne respecte, sur l'imperium, pour la BCE, de baisser les taux d'intérêt, sur la nécessité de mettre en place une véritable politique de croissance, financée par l'emprunt, et une préférence européenne qui protège le salarié européen du dumping social. Faute d'avoir compris cela à temps, on a laissé une alliance improbable de populistes de droite et de gauche récupérer le malaise français. Le résultat est devant nous: L'Europe est stoppée et de quelle façon! Demain Chirac avec son futur premier ministre Dominique de Villepin referont ce qui leur a le mieux réussi dans les sondages: de la démagogie. Au lieu de dire non aux Etats-Unis, ils passeront leur temps à dire non à Bruxelles, à Tony Blair qui sera bientôt le président de l'Union pour six mois. Ils croiront ainsi interpréter le vote de dimanche en canardant les Bolkestein et les Mandelson, tentant ainsi de canaliser la bronca française vers de nouveaux boucs émissaires alors qu'ils sont, eux, les véritables responsables. "Si nous ne pouvons les gouverner, suivons les", sera leur mot d'ordre.
Et pourtant l'Europe n'est pas seule responsable. Pas davantage le libéralisme, dont Chirac a fait un repoussoir, contribuant ainsi à la victoire du non qui est, en France celle de tous les anti-libéraux.
Il n'y avait pas de fatalité à laisser la technocratie bruxelloise en faire à sa tête. Depuis dix ans, Chirac mais aussi Jospin qui a gouverné pendant 5 ans, n'ont absolument rien fait pour réformer le marché du travail français dont la rigidité explique beaucoup la précarité sociale. Du coup comme ils n'ont pas tenu ce discours de vérité, ls n'ont pas pu réclamer assez fortement, à Bruxelles, cette nouvelle politique européenne qui s'impose.
La France, après un tel Non, n'a plus, en Europe qu'un pouvoir de nuisance.
L'autre solution, après un tel désaveu du pouvoir, serait une clarification, avec, au moins, une dissolution de l'Assemblée Nationale. Mais Chirac ne s'y résoudra jamais car elle sonnerait la fin de son règne calamiteux.

29 mai 2005

Carnet de route en Israël (4 et der)

Samedi, Kibboutz Metzer

"
Demain nous seront en première ligne. S'ils veulent nous bombarder au lieu de construire leur Etat, c'est sur nous que les "Qassam" tomberont." Metzer longe en effet la "clôture de sécurité". De l'autre côté, c'est le nord de la Samarie (Cisjordanie). Tsahal aura, en principe, evacué le 15 Août les quelques colonies isolées qui s'y trouvent. Dov Avital, le nouveau secrétaire du kibboutz dit cela sans amertume, mais avec fatalisme. Le kibboutz a déjà payé un prix très lourd. Un soir de novembre 2002, un terroriste, membre des "Tanzim" (donc affilié au Fatah d'Arafat), s'est introduit facilement ici. Vers minuit, il est entré dans une maison et a abattu de sang froid une mère et ses deux enfants, dans leur lit. En s'enfuyant il a encore tué deux autres membres du kibboutz, dont le secrétaire, auquel Dov a succédé. L'un des épisodes les plus terribles de la deuxième intifada. Les médias du monde entier en ont parlé. Dov explique que le terroriste aurait pu s'attaquer à bien d'autres cibles plus faciles et lui offrant de meilleures chances de repli. Il a choisi Metzer comme modèle, comme espoir de coexistence avec les Arabes. Depuis longtemps les habitants avaientt pris l'habitude de régler leurs différents avec ceux du village arabe voisin de Qafin en palabrant, dans le respect mutuel. A chaque fois que cela a été nécessaire, le Kibboutz avait plaidé la cause des habitants de Qafin auprès de l'administration. Comme à propos du tracé de la clôture de sécurité que Dov conteste parce qu'elle coupe les paysans d'une partie de leurs oliviers. "Elle aurait dû passer sur la ligne verte, à 500 mètres à l'ouest. C'était si simple! Mais, non, il a fallu rassurer les colons. Résultat, les colons s'en vont et on a cette situation absurde." Autre exemple: avant, les jeunes de Qafin jouaient au foot dans l'équipe du kibboutz, l'Hapoël Metzer, et les mères arabes venaient promener leurs enfants au kibboutz, sans même être accompagnées d' un homme. "Pour aller faire leur courses au village, les maris n'auraient pas eu ma même confiance!" note Dov.
Juste après l'attaque, la communauté s'est réunie. Tout le monde a pleuré, parlé et décidé de continuer, comme avant, le combat pour la paix.
Dov, militant de gauche, parle néanmoins des Palestiniens sans la moindre complaisance, particulièrement envers l'Autorité palestinienne (AP).
"Ils sont soit ineptes, soit corrompus. Soit les deux à la fois. Jusqu'ici, rien, absolument rien n'a été fait des millions d'euros accordés par l'Union Européenne. A eux de se prendre en charge." Il nous donne un autre exemple de la façon dont est jugé l'AP: A quelques kilomètres au nord, en Galilée se trouve la ville arabe (israélienne) de Oumm-el-Fahm. Un bastion du Parti Islamique Israélien. A un certain moment, il a été envisagé que, dans le cadre d'unn règlement, ces villes là puissent être "échangées" contre les blocs de colonies juives de Cisjordanie, comme Ariel. "Dans le quart d'heure qui a suivi la publication de cette simple hypothèse, nous dit Dov, le maire d'Oum-el-Fahm a appelé Sharon pour exiger une assurance écrite que jamais rien de tel ne se produirait jamais!" Qu'un musulman islamiste préfère se battre dans le cadre de la démocratie israélienne plutôt que de rejoindre ses "frères" dans un régime dont on ignore encore qu'elle en sera la nature, voilà bien un casse tête pour les tenants du "choc des civilisations."

Dov nous montre l'endroit de l'ancienne ligne de cessez-le-feu de 67. Un magnifique point de vue sur...la barrière, et la route asphaltée sur laquelle patrouille, en contrebas, une jeep de l'armée. Un endroit stratégique idéal, ou il aurait, en effet été logique de faire passer la séparation. "
Tôt ou tard, nous nous replierons ici. Et les palestiniens auront une route magnifique qui ne va nulle part." s'amuse Dov. Car ici, les habitants de Metzer, comme ceux de Qafin, approuvent le principe de la clotûre. Ils en contestent seulement le tracé. S'il doit y avoir des expropriations pour raison de sécurité, les deux parties veulent que chacun en prenne une part égale. En somme, ils sont une illustration vivante des idées de l'écrivain Amos Oz qui plaide pour le "divorce" nécessaire entre les deux peuples. Nécessaire surtout pour que les palestiniens construisent enfin leur Etat.
Quand la clôture est passée ici, Dov a proposé aux villageois de Qafin d'entretenir les oliviers pour leur compte. Mais le maire de Qafin, menacé par le Hamas, a décliné l'offre, à contrecoeur. Les villageois sont seulement autorisés à passer de l'autre côté pour la cueillette. Par la force des choses les liens se sont distendus. Après l'attaque, les villageois arabes ont été empêchés de venir présenter leur condoléances aux habitants de Metzer. "pour se parler,
Il reste le téléphone mais ce n'est pas pareil." regrette Dov. Les deux communautés retiennent leur souffle. Dans quelques semaines les voisins seront soit pionniers de la coexistence, soit, à nouveau, les otages du conflit.

Les vignes de Tabor.





La journée se termine par une dégustation de vins au domaine de Tabor, à quelques encablures du lac de Tibériade. Dégustation commentée par Jean Robert Pitte, président de la Sorbonne, membre fondateur des amis de l'université de Tel Aviv. L'histoire du vin, qui a pratiquement été inventé ici, n'a aucun secret pour ce professeur de géographie. Un orfèvre qui sait parler à nos papilles! S'il sent de la mûre ou de l'herbe coupée, soudain vous les sentez aussi, alors qu'un instant plus tôt vous ne buviez que du vin! Les vignobles israéliens qui ont réimplanté les cépages les plus connus (Chardonnay, Merlot, Cabernet Sauvignon et même, c'est moins heureux, Gerwürtzraminer) ont un très fort potentiel, même s'il ne s'agit pas encore de vins de terroir.
Peu avant le coucher du soleil, Lecture, par Jean-Robert Pitte, du "sermon sur la montagne", in situ, sur le Mont des Béatitudes, face au lac de Tibériade illuminé par un faiblissant soleil d'Orient.

27 mai 2005

Intermède sur le TCE

De Villiers, comme toujours assez créatif: "On a tous une bonne raison de voter non".
Oui, mais c'est pas pour ça qu'on va faire les cons...
Surtout si on n'a qu'une seule raison. Moi j'en aurais plusieurs.

De Villiers est un type honnête. Un souverainiste. Normal qu'il vote non. J'ai plus de respect pour lui que pour certains qui frisent le lepénisme de gauche.

Au fond cette élection est peut-être l'une des plus importantes depuis bien longtemps.

Je reprendrai le carnet de route très bientôt.

26 mai 2005

Carnet de route en Israël (3)

Vendredi soir. Shabbat avec les vestales du "Grand Israël "

David Shapira est un pilier du "Yesha", le mouvement des colons. Il nous invite à partager le repas traditionnel du vendredi soir avec sa famille à Bet El, une implantationde 1000 familles environ, "bourgeoise", comme il le reconnait lui-même, située à quelques kilomètres au nord de Ramallah et de sa Mouqata. D'ici on était aux premières loges lorsque les hélicoptères israéliens pilonnaient le QG d'Arafat. Le taxi nous a laissé à l'entrée du lotissement. Ici, tout le monde, ou presque est religieux, fondamentaliste même. Aucune voiture ne circule dans les rues jusqu'au samedi soir.
Petits pavillons coquets. Jeunesse en papillotes.
"La première richesse de Bet El, nous dit fièrement David, ce sont les enfants." C'est leur arme, leur supériorité, sur les laïcs, les matérialistes de Tel Aviv. Cinq enfants par famille en moyenne. Ce soir, on les aperçoit à travers les vitres de la Yeshiva, offerte par un riche juif américain. Eliel, l'aîné des garçons de David y étudie pour être rabbin. Il veut aller manifester à Gaza contre le désengagement. Il ferait tout pour l'éviter, "sauf tuer d'autres juifs ou être tué." Pas d'autre argument que la certitude que "cette terre est à nous." Mais à Bet El ce viatique est suffisant. David pense la même chose, se sent trahi par Sharon et milite via internet, ou la radio des colons quand elle n'était pas interdite. Mais il est moins chaud pour rejoindre les activistes sur le bitume à Gaza. Il a vécu en France jusqu'à l'âge de 22 ans. Ça le modère. Au mur, des estampes de paysages de Provence. Un fac-similé du "j'accuse" de Zola, aussi, comme vestige républicain sur lequel il a bâtit sa nouvelle vie . Il dit que "ça ne mérite quand même pas une guerre civile." Sharon est-il le De Gaulle qu'attendait Arafat? Cherche-t-il seulement à gagner du temps et à embrouiller les Américains comme on le pense à gauche? Cette affaire commence en tout cas de plus en plus à ressembler à l'Algérie. Sauf qu'il n'y aura jamais la mer entre Israéliens et Palestiniens.
Irène, l'épouse de David, dentiste à Jérusalem, excellente cuisinière, nous accueille avec une extrême gentillesse. Elle voudrait la paix, mais elle n'y croit pas. Ici, il y a les choses auxquelles on croit et celles auxquelles on ne croit pas. Point final. Esther, l'aînée, n'est guère plus conciliante que son frère. Histoire de tremper ses convictions déjà bien forgées, elle est volontaire un jour par semaine au Magen David Adom, la croix rouge israélienne. Elle ramasse les restes humains sur les lieux des attentats suicide. Après la Pâque juive, la famille bien a pensé déménager à Goush Katif, un bloc d'implantations dans le sud de Gaza, en solidarité. "
Mais l'administration refuse de délivrer des papiers d'identité avec cette adresse." A malin, malin et demi. C'est une partie de cache-cache. Combien sont-ils à avoir déjà accepté les propositions de relogement du gouvernement? la moitié, les deux tiers? Info ou intox? Les Shapira semblent résignés: "on n'aura pas le choix."
Parenthèse à propos du relogement: la ministre de la Justice, Tsipi Livni, a proposé un déménagement en communauté, à quelques kilomètres au Nord de Gaza, à Nitsanim, dans un paysage de dunes magnifiques, ou les colons devraient être réinstallés en deux temps. Dans des mobile-homes d'abord, dans du dur ensuite. Or, les écolos contestent ce choix qui risque de dégrader l'un des derniers sites sauvages de la côte. Le maire de la ville d'Ashkelon, la grande ville voisine, qui veut lui aussi accueillir cette population dynamique et travailleuse les soutient et affirme qu'il peut les loger tout de suite et définitivement, ce qui leur éviterait un deuxième déménagement. La découverte de l'importance de l'environnement, ça aussi c'est un signe du développement de la classe moyenne. Jadis on bétonnait en se fichant pas mal de cette végétation aride, de ces sables et de leurs dizaines d'espèces de lézards. Le pionnier venait pour installer la civilisation et faire pousser des légumes. D'une certaine façon les colons d'aujourd'hui sont les héritiers de cette tradition-là, avec d'ailleurs une prédilection pour les cultures biologiques, chères à José Bové. Il y a des familles de cultivateurs-ce n'est pas le cas des Shapira- ou l'on bannit même le coca-cola et tous les produits trop emblématiques de la "malbouffe."


Yaacov Katz, "Katsele"-© David Shapira

Le clou sera après le dessert. David nous l'avait dit:
"Vous ne regretterez pas votre soirée. C'est un personnage. Il ne rencontre jamais de journalistes." Yaacov Katz, dit "Katsele", longue barbe et regard d'acier, est le fondateur de Bet El. Il a été le bras droit, le bâton de Sharon en Cisjordanie et à Gaza , lorsque celui-ci était ministre du logement et lançait le programme d'implantations à la fin des années 70. Mieux. Pendant la guerre de Kippour "Katsele" (petit chat!) a combattu sous les ordres de Sharon. Il a fait partie de ces officiers d'élite qui ont franchi le canal, inversé une situation catastrophique et peut-être sauvé Israël. Sauf qu'il a reçu une roquette RPG sur le flan qui l'a coupé en morceaux. "Arik" Sharon enverra un hélicoptère derrière les lignes ennemies pour, pensait-il, récupérer le corps de son ami. Il a survécu et, comme dans les films, a épousé son infirmière. Il est certain de remporter ce combat sur son ancien mentor et moque la résignation de David et la met sur le compte de ses origines françaises. Aujourd'hui Sharon ne le prend plus au téléphone. "Mais je le connais, dit-il. Mieux que vous. J'ai passé des années sous la tente avec lui. Il a déjà reporté le retrait, il y aura d'autres reports. Puis, il finira par m'appeler et me dire: Katsele, j'avais tort. Tout le monde peut avoir des difficultés dans la vie." Comment peut-il en être si sûr? "On ne peut pas déplacer 10000 personnes (8000 en réalité) contre leur volonté. On peut les tuer, mais pas les déplacer." Katz ne condamne pas les appels à la désobéissance lancés par des rabbins aux soldats de "Tsahal". Fait-il donc si peu de cas de l'armée? de l'Etat? C'est un sophiste: "Si on donnait l'ordre d'évacuer des Arabes, je leur demanderais de désobéir de la même façon et ça ne vous choquerait pas. Vous pensez que les Juifs sont moins importants que les Arabes?" Tout ça pour se retrouver dans dix ans minoritaires parmi les Arabes? "Vous verrez, bientôt tous les Juifs du monde, de France particulièrement, vont venir nous rejoindre. Je n'ai pas peur! Regardez ce que nous avons fait de ce pays. Personne n'a jamais cru que nous y arriverions! Croyez-moi, vous verrez." Aucun raisonnement ne peut faire vaciller la foi. Il croit tellement à son rêve qu'il se dit prêt à donner aux palestiniens le droit de vote. Ce qui veut dire que, comme l'extrême gauche, il est en train de plaider devant nous pour un Etat binational!
Pendant une bonne partie de la conversation, avant que nous ne migrions dans le jardin, Eliel fêtait son anniversaire avec ses copains de la yeshiva et leur rabbin. Leurs chants et leurs prières recouvraient nos conversations pour lesquelles, je l'ai bien senti, il n'avait que mépris. Spectacle assez inquiétant. Dommage, Eliel, lui, ne connaîtra jamais la Provence.

25 mai 2005

carnet de route en Israël (2)

Jeudi. Tel-Aviv, la "Big Apple" de la Méditerranée.



"La ville qui ne dort jamais". Tel Aviv n'a pas volé son surnom. Je ne sais pas, d'ailleurs, quand, du jour ou de la nuit, elle s'offre le mieux à nos regards et à nos fantasmes. La beauté des filles, les plages, le soleil, la vie nocturne évoqueraient Rio de Janeiro. Mais Tel Aviv revèle de plus en plus sa parenté avec New York. Après tout, elle n'est que la deuxième ville juive du monde, après la mégalopole américaine! C'est peut-être cela qui donne aux deux cités, malgré une évidente différence de latitude et de climat, cet air de famille. Tel Aviv, surgie du sable il y a presque un siècle, suit bien la voie de son aînée. Elle vient d'être classé par l'Unesco au patrimoine mondial, en raison de son architecture typiquement représentative du Bauhaus.
Comme à New York il y a 20 ans, la rénovation urbaine progresse vers le sud, la hausse des loyers poussant irrémédiablement la jeunesse bohème et vaguement artiste davantage vers Yafo (Jaffa), la ville arabe, ou, me dit S.
"Il est de plus en plus difficile de distinguer un jeune musulman d'un jeune juif." A part, peut-être si on parle de politique et encore...Je vais encore faire hurler mais en dépit des discriminations indiscutables, on peut parler d'une "intégration" remarquable des arabes israéliens. Là encore, cela donne à penser...
Revenons au tourisme "chic". Sheinkin, la rue des boutiques de créateurs extravagants serait un peu l'équivalent de Houston street, à Manhattan. En dessous, donc, se trouve le Soho "telavivien": Neveh Tsedek, Florentin et leurs cafés et restaurants branchés (Je recommande Nana Bar, Nanoutchka, ou, plus au nord, Escobar) ou l'on dîne en belle compagnie et très convenablement en buvant un verre de (bon) vin israélien (je reviendrai sur cet aspect capital!). C'est l'une des choses qui surprend le plus le voyageur français: Fini l'obligatoire sandwich de falafel! Désormais,on mange réellement bien en Israël, et -autre point commun avec NY- on y trouve à peu près toutes les gastronomies du monde. En fait, tout ceci (la gastronomie, la viticulture, le développement urbain, etc...) s'explique par le même phénomène déjà engagé au moment de ma dernière visite, il y a huit ans: l'émergence d'une classe moyenne aisée, voire riche, sous l'effet du vent de libéralisation économique. Je ne fais que constater les choses, sans idéaliser, et je suis bien conscient que la société israélienne est de plus en plus inégalitaire. Par ailleurs, cet argent n'est pas forcément toujours synonyme de civilisation. J'ai malheureusement assisté, au Velvet, une boite tendance, à une scène assez navrante: un de ces "nouveaux riches", hélas d'origine française, s'est mis à asperger les tables voisines de "Dom Perignon". Il a failli s'en suivre une bagarre générale. Les "arrosés", qui avaient moins consommé, ont été priés de quitter les lieux. Et moi, écoeuré, j'ai décidé de rentrer me coucher.
Israël, est en tout cas, malgré la guerre, une société extraordinairement dynamique, comparable aux nations européennes disposant du meilleur niveau de vie. Une révolution qui a pris moins de vingt ans. Assistera-t-on au cercle vertueux décrit par les économistes classiques, l'enrichissement des uns profitant finalement aussi aux classes défavorisées? On verra bien, et la paix en sera une condition préalable. On comprend mieux, en tout cas, qu'à Tel Aviv, l'hédoniste, on rencontre surtout des partisans du retrait des territoires occupés. Sur cela aussi, j'aurais bientôt l'occasion de revenir.

24 mai 2005

Carnet de route en Israël (1)

Pour cause de voyage en Israël, à l'invitation de l'Université de Tel Aviv, j'ai un peu délaissé les lecteurs de ce blog, mais j'ai l'intention de me faire pardonner en vous faisant partager les moments le plus intenses de ce voyage.

Mardi soir, Roissy Charles De Gaulle.


Comme dit Nougaro, "dès l'aéroport, j'ai senti le choc". Je n'étais pas retourné en Israël depuis 8 ans. Voyageant sur El Al, la compagnie nationale israélienne, récemment privatisée, d'emblée je suis frappé de voir que les règles de sécurité y sont complètement différentes que pour tout autre voyage. Ici pas de traque obsessionnelle aux ciseaux à ongles (ou aux coupe-cigare en ce qui me concerne, combien ai-je du en sacrifier par étourderie!), en revanche, les bagages sont auscultés avant enregistrement à l'aide d'une sorte de stéthoscope "high-tech" dont je me demande bien comment il fonctionne. L'agent de sécurité s'intéresse particulièrement aux poignées et aux fermetures éclair. Il repose ensuite l'objet sur sa base et attend le verdict de l'ordinateur central. Après son feu vert, je passe les autres contrôles sans trop de tracasserie. Je me sens en sécurité, plus qu'avec aucun autre transporteur sans doute. El Al est une des rares compagnies à disposer, dit-on, d'un dispositif de contre-mesures en cas d'attaque par un missile. La plupart des autres compagnies y ont renoncé en raison du coût prohibitif, même si elles savent que le prochain acte de terrorisme pourrait venir de là. Je m'endors donc tranquillement. D'autant plus que la nuit sera courte.

Mercredi, 5 heures locales, Lod.


Choc, encore, devant le nouveau "Ben Gourion". Il s'agit du nouvel aéroport international de Tel Aviv, inauguré il y a seulement 5 mois. Quel luxe! Quel contraste surtout avec notre bon vieux "Charles De Gaulle" où l'on a sans arrêt envie de demander au responsable de bien vouloir allumer la lumière et dont les boutiques font pitié. Et oui, question aéroport l'héritage de David surclasse celui du géant Charles! Je me demande s'il faut y voir un symbole. Après tout, le premier regard qu'un pays offre à ses visiteurs étrangers et assez révélateur de son état d'esprit. La France a-t-elle encore envie de rayonner? A-t-elle, pour cela, encore suffisamment confiance en elle?

Mercredi, 10 heures, TAU, Ramat Aviv.



Après quelques heures de sommeil, à l'hôtel cette fois, arrivée au campus de l'Université de Tel Aviv. Autant le dire tout de suite, un rêve d'étudiant. Espace, confort, soleil gagnant et surtout, respect des lieux. Propreté irréprochable et bien sûr pas le moindre graffiti. Il faut dire qu'ici presque tous les étudiants travaillent pour payer leurs études. Etudes qu'ils entreprennent en général après leur service militaire, qui coûtent fort cher et qu'il doivent interrompre régulièrement (pour les garçons) par leurs périodes de réserve. Lorsqu'on a le privilège d'y être admis ou d'avoir une bourse, on ne s'amuse pas à faire des cochonneries. Là encore le souvenir de mes années d'université, de ces locaux froids, sous-équipés et de ces odeurs d'urine, ne me laissent aucun regret.
Le colloque auquel nous sommes invités s'intitule: "
Guerre, résistance, collaboration, un demi-siècle d'historiographie française". Il est organisé par Jean-Pierre Azéma pour l'Institut d'études politiques de Paris (Science-Po) et par Elie Barnavi pour l'université de Tel Aviv (TAU). Tous les meilleurs spécialistes sont là, René Rémond, Henri Rousso, Zeev Sternhell, Pierre Laborie, Pascal Ory, pour citer les plus connus, et aussi, qui l'est moins, Jean-Marc Berlière, de l'université de Dijon, auteur d'une Histoire de la police sous Vichy que je me promets de lire au plus vite tant elle semble passionante.
Sciences-Po et la TAU viennent de signer un accord de partenariat qui se veut une réponse aux tentatives de boycott des universités israéliennes au nom du "palestianisme", venues, en France, de Jussieu ou de Grenoble.



Un colloque de plus sur Vichy? Peut-être, mais à Tel Aviv, ce qui lui confère un intérêt particulier.
Première surprise: alors que l'on s'attendait à une série de récriminations des historiens israéliens envers leurs pairs français qui auraient trop tardé à s'emparer de cette Histoire, rien de tel ne se produit. Au contraire, Shlomo Sand, professeur au département d'Histoire de la TAU se dit envieux devant le travail de mémoire des chercheurs français et leur indépendance d'esprit: "
Je souhaite, dit-il, que nous en fassions autant avec nos propres heures noires." Sand, connu pour ses opinions de gauche (et même très à gauche) pense bien sûr à 1948. Il est quand même un peu injuste car si on lui parle de Tom Segev ou de Benny Morris (entre autres), il répond que ce ne sont pas universitaires, ce qui n'a, bien-sûr, aucune importance. S'agissant de 67, Sand s'enflamme même en lâchant: "Si on avait plus écouté de Gaulle, on n'en serait pas là!". Comme me le confiera plus tard Zeev Sternhell, "on n'avait pas besoin de De Gaulle. Chez nous aussi beaucoup de gens plaidaient pour l'évacuation rapide des territoires occupés." En tout cas, Sand, bien que minoritaire, et surtout parce que minoritaire, est à lui seul une réponse cinglante à l'idiotie des partisans du boycott. Les universités israéliennes avec leurs étudiants arabes, souvent boursiers, (10 % environ) sont un lieu d'échange et de paix assez unique.
La France doit-elle encore se sentir collectivement coupable? Et en premier lieu envers les Juifs. Telle fut, au fond, la question centrale de ce colloque. Le consensus s'est fait autour des constatations suivantes:
1/ La France a suivi un cycle Deuil/amnésie/anamnèse/hypermnésie (Rousso) qui n'a rien d'exceptionnel. La période d'amnésie, bien réelle, pouvant être bordée par 1950 et 1972, date de la publication du fameux livre de l'historien américain Paxton dont le succès -progressif- réveilla, dans le climat post soixante-huitard, la curiosité des Français. Aujourd'hui, Rousso estime que, mis à part l'Allemagne,
"la France est le pays qui est allé le plus loin dans l'effort de réparation et de mémoire." Pour preuve,dit-il, " sur le plan de l'historiographie, la fièvre d'un événement comme le procès Papon n'a débouché sur aucune avancée". En gros, ce que nous a appris Papon, on le savait déjà, et même davantage.
Ce cycle de la mémoire n'est donc en rien une exception française. Le refoulement est classique, même en Israël...Il a suivi le même cours, en France, que dans la plupart des autres pays d'Europe occupés par les nazis, même quand ils n'ont pas adopté, comme Vichy, une politique de collaboration d'Etat. Un seul exemple: Il a fallu attendre une thèse de 2000 pour apprendre que le bourgmestre d'Anvers avait activement participé aux rafles des Juifs de sa ville. Trop tard, car il avait, entre-temps, été fait citoyen d'honneur de la ville de Haïfa!
2/ Contrairement à une idée reçue, il y a, à ce jour, encore bien plus de références bibliographiques sur Vichy que sur la Résistance. Cela tient surtout au fait que la petite élite de la résistance a très longtemps conservé le silence, pensant que son histoire n'appartenait qu'à elle. A cet égard, selon Laurent Dauzou (IEP Lyon), "
la panthéonisation de Jean Moulin a été l'arbre qui a caché la forêt. La résistance ne ressortait simplement pas à l'ordinaire."
3/ Contrairement à l'idée qu'en avait Paxton, la France n'a pas été cet amas de lâcheté et de veulerie, réfugiée dans un attentisme nombriliste, indifférente, notamment, au sort des Juifs. Les rapports des préfets, révélés par l'ouverture récente des archives (dont ne disposait pas l'historien américain) indiquent une prise de distance de la population dès la poignée de main de Montoire et un vrai décrochage, comme on dirait aujourd'hui, à partir du printemps 1941. Décrochage avec le régime, condamnation évidement de l'occupant et de la collaboration, mais pas de la personne du Maréchal, c'est là la grande différence. Pierre Laborie (EHESS) parle "
d'ambivalence", on pourrait dire aussi bien ambiguïté ou inconséquence...Tout se passe, selon lui, comme si la personne de Pétain opérait auprès du Français moyen "comme un écran l'empêchant d'avoir accès à la réalité." Au point qu'il peut parler d'une véritable "histoire d'amour" entre les Français et lui. Qui dura fort longtemps...
Quelle interprétation donner à cet attentisme? Là, on touche à ce qui reste le plus fascinant dans Vichy. Le silence, interprété comme de la lâcheté est d'abord, selon Laborie,
"un signe de dignité". L'occupant inspirant surtout "la trouille". A partir des rafles de 42, ce silence sera pire que de la lâcheté, "de la complicité." Mais en tout cas, dit-il, "on n'était pas ou résistant ou collabo. Ce n'était pas ou/ou. Mais souvent et/et. Ainsi, vit-on des ouvriers travailler le jour pour l'industrie de guerre des allemands et la nuit pour la résistance. Ou d'authentiques FTP conduire des trains bourrés de Juifs pour avoir des primes."



En résumé, le sursaut des consciences individuelles, donnant ces milliers d'authentiques actes de courage, sauvant des milliers de vies, ont- dans une certaine mesure- racheté la pusillanimité, la lâcheté des institutions et des corps constitués. C'est toute cette zone grise qui commence à peine à être révélée, avec en particulier le concept de "Vichysto-résistants" forgé par les historiens pour qualifier ceux qui furent d'authentiques vichystes, puis d'authentiques résistants. Comme François Mitterrand. Ou comme un René Carmille, déporté et mort à Dachau comme résistant (réseau BCRA Marco-Polo) mais qui, jusqu'en 42, participait avec application à Vichy, à la chasse aux Juifs.
Cela explique, en partie, la controverse encore ouverte sur la nature profonde de Vichy. Vrai régime fasciste, selon Sternhell, ou simple révolution conservatrice pervertie dans la collaboration? Troublant est le fait que les idées réformistes émises sous la IIIe République aient été mises en oeuvre, à Vichy, par ceux-là même qui les avaient énoncées. Sur le plan social en particulier. L'Etat-Providence fut ainsi largement institué par Pétain et perpétué par la IVe République. Ce qui rend encore plus légitime la grande reconnaissance des responsabilités au nom de l'Etat français, faite en 1995 par Jacques Chirac.
Reste que, comme l'a magistralement expliqué Zeev Sternhell, "
Un régime fasciste est différent d'un autre, de même que chaque régime démocratique est particulier." Puis, invoquant Toqueville: "Ce qui compte c'est l'idée-mère, les structures essentielles, pas les détails que l'on ne peut voir dans le champ de l'histoire sociologique."
Et l'idée-mère de Vichy, peu importe comment on l'appelle, c'est bien l'anti-Lumières, l'anti-libéralisme, l'anti-démocratie, et bien sûr, obsessionnel, l'antisémitisme.



René Rémond avec Zeev Sternhell au colloque de Tel Aviv

12 mai 2005

Le rapport Obin, enfin!

Près d'un an après sa remise, le rapport Obin est enfin disponible sur le site du ministère de l'Education Nationale! Vous n'avez aucune idée de ce dont il s'agit, et pour cause! Je suis encore, à ce jour, le seul journaliste à en avoir rendu compte, sur Proche-orient .info : record mondial du scoop! Je n'en tire aucune gloire. C'est une amie prof et militante à la LICRA qui me l'avait communiqué et j'avais tardé plusieurs semaines avant de m'y plonger.
Pour ceux d'entre-vous qui ne seraient pas abonnés à ce journal en ligne, quelques mots d'explication s'imposent: Il s'agit d'un rapport officiel de l'inspection générale de l'éducation nationale sur les "signes et manifestations d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires." Fruit d'un travail méthodique (21 départements, une soixantaine d'établissements), les enquêteurs dirigés par Jean-Pierre Obin décrivent une généralisation de la contestation des usages et des prescriptions laïques et républicaines, un prosélytisme galopant. Dans ce tableau noir et inquiétant, dont une phrase, lucide et courageuse (inconsciente?), a dû particulièrement paniquer le ministère: Ces manifestations de rejet, de contestation de plus en plus systématique du contenu des enseignements, sont "
exceptionnellement le fait du christianisme, parfois du judaïsme, le plus souvent de l'Islam."
Ce rapport ne fait que confirmer ce que savaient depuis longtemps tous ceux qui se sont intéressés à la question de l'islamisation de la jeunesse, mais cette fois il ne s'agit plus d'un livre de sociologue ou d'une enquête de journaliste. Cela vient de l'Education Nationale elle-même et au plus haut niveau!
Pourquoi, dans ces conditions ce rapport a-t-il été relégué au fond d'un tiroir pendant près d'un an? Selon un ancien conseiller de Jack Lang, lui-même inspecteur, tout simplement "
parce que le ministère a eu peur". Peur de voir la réalité en face. A savoir: violences psychologiques voire physiques exercées par les barbus sur les femmes musulmanes qui seraient tentées de s'écarter du "droit chemin". Le rapport parle de "mise sous surveillance", d'une phobie de la mixité, d'un objectif "ségrégationniste". Au dérives connues (mépris de l'enseignement des sciences de la vie ou de la gym), il en déplore d'autres plus inattendues comme le refus de chanter, de jouer de la musique, de dessiner des visages, celà dès l'école maternelle! L'instauration de toilettes réservées aux seuls musulmans, et même, en mathématique, le refus par certains élèves de tracer le signe +, parce que ressemblant trop à une croix! Encore une fois, il ne s'agit pas là d'anecdotes mais de pratiques qui se répètent d'un bout à l'autre de la France.
Quand à la question de l'antisémitisme, le rapport fait ce terrible constat: "
En France, les enfants juifs, et ils sont les seuls dans ce cas, ne peuvent plus être scolarisés dans n'importe quel endroit."
Face à ces manifestations, le rapport s'inquiète du nombre de plus en plus grand d'enseignants, en particulier les plus jeunes, qui sont tentés par la résignation, ou pire par le relativisme: Ceux-là acceptent de considérer la théorie de l'évolution comme "
une croyance parmi d'autres", ou de se référer au Coran (édition bilingue car les élèves n'ont pas confiance dans les traductions) pour trancher sur ce que dit ou ne dit pas l'Islam de telle ou telle question. Bref, ces enseignants là, laissent la religion envahir l'école, pourtant décrite comme le dernier bastion de résistance de la laïcité dans des quartiers déjà transformés en ghettos religieux (et plus seulement ethniques). Parmi ceux-là, j'en suis sûr, beaucoup appellent à voter "NON" à la constitution au prétexte (fallacieux) qu'elle remettrait en cause la laïcité!
Face à cette déferlante, Obin plaide pour la "
lucidité et le courage". notant que c'est là où l'on a transigé (par exemple sur le voile) qu'ont été constatées les dérives les plus graves.
Un an après, le rapport est publié mais l'éteignoir maintenu. Et comment réagissent ceux, comme les parents d'élèves de la FCPE, qui sont sensés se battre pour défendre la laïcité? Ils interprètent cette maigre et tardive publicité comme "
un signe politique"! et qualifient ceux qui en ont parlé (moi, donc) "d'extrémistes". N'en déplaise à ces belles âmes en perte de sens et de repères, pour l'instant, le rapport Obin n'a pas reçu la réponse politique (ni même journalistique) qu'il mérite.

10 mai 2005

Le chemin est droit mais la Pente(côte) est raide!



Pourquoi la suppression du lundi de Pentecôte est-elle une vaste connerie?(Je me mets au niveau du Président de la République). Je renvoie la dessus au dossier du CAL, le très surréaliste "collectif des amis du lundi". Bien que partisan (c'est son objectif), il est néanmoins très documenté et argumenté. Depuis que je leur ai fait de la pub sur RTL, ils ont fait de moi quelque chose comme un membre d'honneur.
L'idée que l'on travaille davantage par solidarité pour les personnes âgées est bien entendu excellente. En revanche ce qui est hautement critiquable c'est:

1/ l'aspect "corvée" de la mesure. Le supplément de croissance théoriquement généré est ponctionné (en partie) sur les entreprises. La part qui devrait revenir aux salariés, elle, est tout simplement confisquée.

2/ Le fait qu'entre ce qui est théoriquement prélevé (0,3 % de la masse salariale) et ce qui-en principe- doit être produit en une journée, il y a un écart de 0,1 % qui profitera-en principe toujours- aux employeurs. Les études ont en effet évalué à 0,4 % de la masse salariale le différentiel de produit intérieur brut résultant d'une journée supplémentaire de travail.

3/ Le caractère technocratique de la mesure. Si j'ai pris des précautions c'est que tous les secteurs d'activité ne sont pas logés à la même enseigne. Pour que la mesure marche il faut qu'il y ait ce supplément de croissance, ce qui est loin d'être évident. Dans les entreprises qui pratiquent le travail posté (l'industrie en général), le surcroît de production est automatique, à supposer bien sûr que les produits de cette journée trouvent des débouchés commerciaux (admettons), ils se transformeront alors en profits et viendront compenser le prélèvement.
En revanche, dans le commerce, une journée supplémentaire de travail ne signifie pas journée supplémentaire de production. Exemple, fourni hier par mon coiffeur: Le salon sera ouvert lundi 16 mai. Si les employés ne viennent pas, ils perdront automatiquement une journée de RTT. Comme ils veulent continuer de choisir à leur guise la façon dont ils organisent leur temps libre, la plupart d'entre eux sera là. Or le lundi est traditionnellement la journée la plus calme de la semaine (comme dans le commerce en général). Donc les coiffeurs vont se tourner les pouces et la recette de ce maigre lundi (car les clients ne seront pas sûrs que le salon est ouvert) ne compensera pas le prélèvement. Dans le cas de mon coiffeur, comme dans la plupart des commerces, il y a tout lieu de croire que la mesure sera antiéconomique, c'est à dire qu'elle pèsera sur l'activité.

4/ Pour mémoire, que penser d'une mesure présentée comme relevant de la solidarité nationale, dès lors qu'une entreprise comme la SNCF s'en dispense, alors qu'elle coûte déjà plus de 10 milliards d'euros au contribuable, dont 2 milliards pour financer le régime spécial de retraite des cheminots?

N'aurait-il pas été plus efficace de demander aux salariés de se priver d'une journée de RTT, le jour qui leur convient le mieux sans perturber leur activité et celle de leur entreprise? Par soucis d'équité on aurait prévu un autre prélèvement sur les actifs non salariés et pourquoi pas aussi sur les retraités et, même symboliquement, sur les chômeurs.
Mieux, pourquoi ne pas, enfin, réhabiliter l'impôt, seul mécanisme indiscutable de solidarité dans un pays civilisé. L'ennui c'est qu'il y en a trop et que l'on ne sait pas à quoi ils servent. Il vaudrait mieux d'abord reformer l'Etat, avant d'en créer de nouveaux.
Reste une dernière solution: Rétablir la vignette auto...

04 mai 2005

Karl Marx Nostalgie ou Tony Blair III ?



Karl is back in Berlin. Pas seulement sur les T-shirts. Je vois, dans le Figaro de lundi, que les drapeaux rouges et les effigies du grand Karl étaient de retour dans les cortèges du SPD, le 1er mai. Pour les plus jeunes je rappelle qu'en Allemagne avant la chute du mur il y avait ça :



Alors que la social-démocratie allemande est tentée par un "Bad Godesberg" à rebours, que les socialistes français sont en train de vivre, à leur corps défendant, un nouveau schisme entre réformistes et marxistes, Tony Blair est, lui, en passe de réaliser son "hat trick" : un troisième mandat à Downing street, ce qui serait du jamais vu pour un travailliste. Malgré l'Irak. Car Blair présente un bilan à faire pâlir d'envie un social-démocrate européen : un chômage deux fois moins élevé que de l'autre côté de Manche, mais aussi des dépenses dans les services publiques qui dépassent maintenant celles de la France ou de l'Allemagne : 38 nouveaux Hôpitaux, 100 000 nouveaux médecins embauchés, des files d'attentes divisées par trois. En douze ans, de 1991 à 2003, pour ne parler que de la santé, les investissements publics ont augmenté de 140 % ! Bien sûr, on me dit qu'il y a encore des pauvres et des précaires en Grande Bretagne. Je signale à ceux-là les résultats déjà spectaculaires obtenus contre la pauvreté infantile au Royaume Uni : 250 000 enfants en moins dans les familles sans emploi (mesuré en 2002), et je demande que l'on lise le rapport de Martin Hirsh (Emmaüs) qui propose de s'inspirer des méthodes britanniques pour éradiquer la pauvreté en France , qui touche cinq millions de personnes dont un million d'enfants ! Sans remettre en cause la solidarité, il s'agit de favoriser par tous les moyens le retour de ces exclus vers l'activité. Car, comme le dit Hirsh, ce ne sont pas les exclus qui ne savent rien faire, c'est nous qui ne leur faisons plus confiance
Après cela, je dois avouer que je ne comprends plus très bien la question que nous posait Pascale Clarke, hier soir sur RTL dans "On refait le Monde" : "Tony Blair est-il vraiment de gauche?" Avis à ceux qui cherchent l'Europe Sociale : Contre toute attente elle est peut-être en train de se faire dans un seul pays, le Royaume Uni.
Si le New Labour, qui réussit dans la lutte contre le chômage et contre la pauvreté, est désormais-aux yeux de la gauche française- l'incarnation de la droite, alors vive la droite, et adieu au parti des bobos et des fonctionnaires ?