Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

18 avril 2008

Césaire, un héritage

Je crois que ce qui me frappe le plus chez Césaire, c'est que, comme Senghor, il a illustré qu'un homme pouvait adhérer aux valeurs universelles des lumières sans que cela signifie le renoncement à ses racines et à son identité "nègre". C'est un beau message.
Pour une courte bio du poète martiniquais cliquez sur le tire.

17 avril 2008

Sarko n'a plus rien dans son chapeau

Ayant de temps en temps la dent dure envers la gauche française, je crois juste de dire la consternation qui me traverse de part en part au vu de cette première année de "Sarkozie". Ce n'est pas tant le bling-bling, ni le "pauvre con" symptomatique d'une difficulté, comme l'a bien résumé Fabius à se gouverner soit même. Tout cela, j'aurais pu l'accepter, le mettre sur le compte d'une recherche de "contemporainité". Je ne veux pas non plus m'en prendre à Sarkozy personnellement. Trop facile. Non, ce qui m'inquiète c'est que je pensais que nous avions touché le fond avec Chirac et que je commence à me demander si ce n'est pas pire avec Sarkozy. Là aussi, croyez-moi, je pense que la situation du pays est si grave que j'espère vraiment me tromper.
Car au fond, un an après et alors que la France s'apprête à prendre les rennes de l'UE, je ne sais toujours pas ou Sarko veut nous mener. Il y a, en effet un programme de réformes sans précédent mis sur les rails, mais on ne voit ni la direction, ni surtout la cohérence.
Souvenez-vous: Acte un: Le Président s'avance comme le champion du pouvoir d'achat. Il dillapide 40 milliards et se retrouve à sec. Bien sûr, beaucoup de français ont des problèmes de fins de mois, surtout avec la hausse de l'énergie et de l'agroalimentaire. Mais la consommation continue de se tenir à peu près et surtout peut-on distribuer plus quand on produit moins? Mais surtout, à quoi servait-il de faire une telle campagne si au bout du compte c'était pour ronger un des rares leviers de l'Etat, à savoir les allocations familiales? Comment croire Fillon lorsqu'il affirme qu'il est hors de question de faire une politique de rigueur en période de basse croissance, car cela ne ferait, en effet, qu'aggraver les effets de la crise, lorsque dans le même temps on prend la responsabilité de diminuer les ressources des familles? Comme l'a bien expliqué l'économiste du CNAM Michel Godet (qui avait pourtant il n'y a pas si longtemps encore l'oreille du président), chaque enfant grève de 10 à 20% le revenu d'un ménage. Ce qui veut dire que le revenu des familles nombreuses est davantage consommé et contribue au soutient l'activité économique. Sans compter que la démographie française reste l'un de nos derniers atouts en Europe.
Bien sûr, l'Etat doit faire des économies- c'est même la clé-mais pour reprendre une expression en vogue au gouvernement, n'y a-t-il pas à la fois inélégance et lâcheté à faire payer les familles plutôt que de s'attaquer aux dépenses improductives de l'Etat? Evidement cela peut sembler moins risqué politiquement que de défier les syndicats de la fonction publique...
De surcroit, le festival de couacs auquel a encore donné lieu cette affaire- bien raconté ici- renforce l'impression que cette équipe gouvernementale n'est pas "tenue" et n'a pas de feuille de route précise. Enfin, tous ces sujets ne sont-ils pas discutés en conseil des ministres, en interministeriel? C'est proprement hallucinant.
Sarko a joué les durs devant ses ministres en promettant la porte aux mauvais élèves. Pour ne pas perdre toute crédibilité, peut-être devra-t-il passer à l'acte et si cela ne suffit pas virer Fillon. Le Premier Ministre est là pour servir de fusible. Mais sans doute pourrait-il-avant de sacrifier un Premier Ministre compétent et sérieux- se demander si son équipe dispose d'une idée claire de sa ligne politique. Sur ce sujet, comme sur les OGM (souvenez-vous des engagements du Grenelle), ou même sur la politique étrangère, on y comprend que pouic...Car au bout du compte, si d'ici 4 ans et quelques premiers ministres on en est encore là, c'est Sarko qui en fera les frais!
Prenons l'attitude envers la Chine. Vous avez compris, vous, quelle position voulait adopter la France envers Pékin sur la question des JO? Un jour on veut leur vendre des centrales nucléaires et on fait des grandes déclarations d'amitiés en mettant un mouchoir sur les droits de l'homme au Tibet ou ailleurs, le lendemain on évoque un éventuel boycott de la cérémonie d'ouverture, "si les choses n'évoluent pas favorablement". Total, les Chinois sont furieux, spécialement contre la France arrogante et sournoise et ont l'impression, excusez-moi, qu'elle se fout de leurs gueules, alors qu'ils ont l'habitude que les Anglais ou les Allemands les cherchent sur les libertés démocratiques, mais avec moins de bruit de grosse caisse. A l'arrivée, on perd sur tous les tableaux.
Je crois qu'il ne reste plus qu'une seule chose à faire pour corriger ces débuts calamiteux: Se décider enfin à pratiquer un peu de parler vrai, faire la pédagogie de la réforme et surtout agir plus vite en se souciant un peu moins de l'opinion à court terme et en cessant de penser que l'électeur peut être abusé par des tours de passe-passe aussi grotesques. Bref que Sarkozy arrête de se prendre pour Mandrake, sinon il va finir comme Garcimore.

15 avril 2008

Leçons transalpines

Parlons un peu politique. Dans quelques jours sortira un livre très attendu signé Manuel Valls (avec Claude Askolovitch, copinage), intitulé "Pour en finir avec le vieux socialisme". Le très stimulant et prometteur député-maire d'Evry aurait pu aussi bien supprimer l'adjectif...
Dans le débat de France 24 lundi, j'ai animé un face à face entre Antonio Tajani, co-fondateur de Forza Italia et Franco Bassanini du Parti Démocrate, ancien ministre et membre de la commission Attali. Tous les deux revendiquaient leur proximité intellectuelle avec le programme économique de Sarkozy! On pourrait dire que Bassanini est proche de ce que Sarkozy avait promis de faire et Tajani de ce qu'il fait. Reste qu'aucun des deux ne fait l'apologie des dépenses publiques. Au contraire ils se prononcent l'un comme l'autre pour une politique de l'offre, des baisses d'impôts et un désendettement de l'Etat. Bassanini, comme d'ailleurs Weltroni, refuse de présenter le PD comme "la gauche", mais seulement comme "le centre-gauche". Certes la gauche du PS français ne manquera pas de faire remarquer à l'aile droite (Royal, Delanoë etValls) que la rupture du centre et de la gauche, en Italie, a été synonyme de défaite. Ce qu'Eric Dupin remarque aussi ici.
C'est oublier un autre facteur bien plus important que les programmes: Le "Storytelling", (Voir l'essai passionnant de Christian Salmon à la Découverte), c'est à dire la capacité d'un candidat à créer de l'émotion à partir de ses idées politiques, à mettre en marche l' imaginaire de l'électeur, sa capacité de représentation symbolique, un système de valeurs auquel il aura envie d'adhérer. Bref de faire rêver, comme on disait jadis de ce côté des Alpes. Sur ce plan Berlusconi, avec toutes ses casseroles, l'a emporté haut la main.
Reste que l'idéologie socialiste-la tendance pro-chinoise à la Melenchon- jadis très forte en Italie a été complètement laminée lors de ces législatives.
Nous avons eu en France cette gauche, la deuxième, la rocardienne. Elle a réussi intellectuellement mais échoué politiquement parce qu'elle n'a pas voulu ajouter à son réalisme une dimension subjective, affective y voyant- notamment son chef de file Rocard- une trahison, la manifestation d'une inepte démagogie.
La gauche convertie aux réalités économiques, acceptant de porter elle aussi les valeurs individualistes et refusant la diabolisation du liberalisme, devra bien un jour se rendre à l'évidence: Elle n'a plus le monopole du soucis social. Elle pourra alors poser son encombrant bagage socialiste.

10 avril 2008

Retour à Olympie


Confronté aux manifestations de Londres et Paris qui ont donné au parcours de la flamme olympique (transportée dans un bus!) un air de farce, le CIO s'est enfin décidé à réagir, quoique sur un mode très modéré, pour rappeler la Chine à ses engagements. C'était déjà trop pour Pékin qui a répliqué de manière cinglante en rappelant aux gardiens du temple les principes édictés par eux même, à savoir le pseudo "apolitisme" de la charte olympique. Un comble.
L'Olympisme moderne est dans une impasse totale, coincé entre nécessités économiques et contraintes politiques, dont il ne sortira que par un retour aux sources.
On peut d'ailleurs se demander si trouver une ville prête et surtout capable de remplir les multiples critères pour pouvoir organiser les prochains jeux à attribuer- ceux de 2016- ne s'avérera pas une tâche quasi-impossible.
Durant de mon expérience comme consultant éphémère pour "Paris 2012" j'ai analysé les expériences des 30 dernières années. Elles illustrent parfaitement la situation actuelle. Pardonnez l'énumération:
-Munich 1972: La tragédie que l'on sait, et les Jeux n'ont pas été interrompus un seul jour!
-Montréal 1976: Derniers jeux financés exclusivement sur fonds publics. Un désastre économique dont la ville a mis 25 ans à se sortir.
-Moscou 1980: Année du boycott d'athlètes de nombreux pays, dont les Etats-Unis en raison de l'intervention des chars russes en Afghanistan. De ce fait bilan sportif insignifiant. Des jeux pour rien, ou presque.
-Los Angeles 1984: Premier Jeux entièrement privatisés, de ce fait bénéficiaires. Mais dès lors plus rien ne peut plus se concevoir sans les sponsors.
Séoul 1988: On peut admirer pour la première fois le sens de l'organisation asiatique. La Corée du Sud montre qu'elle accède au rang de pays développé.
-Barcelone 1992: Les jeux marquent le retour de l'Espagne dans la modernité. Tout a été pensé pour que la ville soit transfigurée. Triomphe de J.A Samaranch, alors président du CIO. Aujourd'hui, en partie grâce aux Jeux, Barcelone est une des capitales européennes les plus attractives. Ces Jeux sont encore régulièrement cités en exemple d'héritage positif.
-Atlanta 1996: Les JO "Coca-Cola", Ce ne sont pas les Etats Unis qui ont été choisis mais la capitale d'un des principaux sponsors du CIO, et accessoirement de CNN. Choix uniquement dicté par les contraintes du business. Atlanta s'avère être une ville trop petite, ses infrastructures sont ridicules. Il y a des ratés dans l'informatisation des résultats. Modèle de mauvaise organisation, comme le montre en particulier l'attentat devant le parc olympique qui fait 2 morts et 112 bléssés.
Sydney 2000: L'exemple de jeux parfaitement organisés et réussis, portés par une nation qui porte aux nues les valeurs et la pratique du sport. L'Australie a de l'espace, est à l'écart des troubles géopolitiques et...c'est une démocratie. Elle profite de l'évènement pour compenser son éloignement du reste du monde. Une référence, mais difficile de reproduire ces Jeux ailleurs.
Athènes 2004: La Grèce obtient enfin, après plusieurs échecs, le retour des Jeux dans leur mère-patrie. Mais le CIO (et tous les observateurs) sont un peu nerveux. La Grèce moderne n'est-elle pas un trop petit pays? Ses moeurs "méditerranéennes" ne seront-elles pas un handicap insurmontable? Néanmoins impossible de bloquer plus longtemps la demande des Grecs. A l'arrivée, on passe tout près de la catastrophe. Athènes faillit ne pas être prête à l'heure. Les retards dus aux impayés ont pu être rattrapés grâce à la solidarité européenne qui a joué à plein. Du coup, Athènes s'est offert, en quelques années, au prix d'un endettement important et grâce au contribuable européen une modernisation de ses infrastructures qui aurait demandé 20 ans sans les Jeux.
Pékin 2008: C'est le tour de Pékin. Les sponsors et le CIO sont alléchés par les records de croissance. La Chine est un grand pays qui ne lésine pas sur les moyens, y compris les plus discutables pour arriver à ses fins. On a fermé les yeux sur les quasi esclaves venus des campagnes et les expropriations. Une telle "réussite" qu'il a fallu interrompre les chantiers pour ne pas être prêts trop tôt. La Chine prend des engagements sur les droits de l'homme qui resteront lettre morte.
Londres 2012: Paris échoue pour la troisième fois, pour 4 voix seulement (sur 104). Un camouflet pour les héritiers de Coubertin, à qui il est cyniquement rappelé que l'essentiel est de participer! Les raisons de l'échec sont multiples mais on ne dira jamais assez à quel point la grève des transports parisiens, le jour de la visite de la commission d'évaluation du CIO aura été un coup de poignard dans le dos. Finalement le CIO a davantage confiance dans le dynamisme et le cosmopolitisme londonien qu'en ces imprévisibles et quelque peu arrogants Français.
Conclusion: Mis à part Barcelone, Sydney et dans une moindre mesure Séoul le bilan est largement négatif. L'idée de l'apolitisme des JO est une fiction. Tout montre au contraire que l'histoire des Jeux s'inscrit dans l'Histoire tout court. En choisissant Pékin, le CIO a pensé au business tandis que les Chinois, comme tous ceux qui les ont précédé ont pensé réaliser une opération de relations publiques à l'échelle mondiale. Cela ne saurait être neutre ni se limiter à un événement purement sportif. Du reste on peut s'attendre à un festival de performances d'athlètes chinois plus ou moins suspectes, ce qui ne manquera pas de relancer la polémique sur le dopage.
Enfin, réflexion faite, si des Jeux correctement pensés (Barcelone) peuvent durablement façonner une ville, il est exagéré de dire que celle-ci en retire un supplément de croissance. En général celle-ci précède les Jeux qui constituent une lourde charge pour un pays et ses habitants, à peine compensée-pas toujours!- par des retombées d'image positives.
Pour 2016, le CIO cherchera un candidat en dehors de l'Europe en vertu d'une règle non écrite d'alternance entre les continents. Remis de l'expérience chinoise, il souhaitera privilégier une démocratie et en tout cas un pays à économie forte et fiable car les Jeux sont de plus en plus compliqués à organiser. L'Afrique étant de fait hors concours, on regardera vers l'Amérique. Il y aura le Brésil mais apparemment Rio préfère concourir pour la coupe du monde de foot 2014, choix indiscutable et quasi assuré. Les Etats-Unis ayant organisé deux fois des Jeux en 30 ans, cela ne laisse guère que le Canada (Toronto est un éternel candidat malchanceux). Le Mexique étant exclu car il a remplacé la Colombie comme pays le plus dangereux de la région. En Asie, il n'y aurait guère que le Japon mais rien n'indique qu'il souhaite être candidat. On pourra être tenté de retourner en Australie, à Melbourne, cette fois, qui a eu des velléités..Le choix, en tout cas, est restreint. Reste une autre solution, une vieille idée qui pourrait être un remède à tous ces tourments: Décider de revenir à l'esprit des Jeux de l'Antiquité, c'est à dire qu'ils se déroulent tous les quatre ans à Olympie, ou plutôt à Athènes dont les installations viennent d'être modernisées. Les investissements rendus nécessaires seraient bien sûr mutualisés, les installations sportives enfin amorties car contrairement à ce que l'on dit cela n'est jamais le cas. En effet, on ne peut plus y organiser par la suite d'événements comparables aux JO. Et contrairement aux infrastructures touristiques ou logistiques elles sont à fonds perdus, ne profitent qu'aux athlètes de haut niveau et ne laissent aucun héritage. On aurait enfin des JO durables! Mais les sponsors seront-ils d'accord? Le mouvement olympique va devoir faire un choix qui déterminera l'avenir des Jeux au XXIème siècle.

14 mars 2008

Un boycott archaïque et contreproductif

Un confrère arabe du journal « Al qods al arabi » me demande mon sentiment « à chaud » sur l’appel (arabe) au boycott du salon du livre dont l’invité d’honneur est cette année Israël, ou plutôt, comme ont du le préciser les organisateurs, « la littérature israélienne ». Il est sur le point de « boucler » et ne me laisse même pas quelques minutes pour me retourner.
Voici ce que je lui ai dit, et aussi ce que je n’ai pas eu le temps de lui dire :
-La coïncidence avec la célébration du soixantième anniversaire de l’Etat d’Israël a pu donner le sentiment à certains qu’il s’agissait d’une manifestation politique s’inscrivant dans le cadre de la célébration de l’évènement. En réalité il n’en est rien. Il s’agit d’une manifestation essentiellement culturelle dédiée à une des littératures les plus inventives et inspirées du moment, comme du reste son cinéma.
-Cet appel, motivé par la situation alarmante dans laquelle se trouve le peuple palestinien, est d’autant plus contreproductif qu’elle vise à pénaliser des hommes et des femmes qui sont presque tous résolument engagés dans le combat pour la reconnaissance mutuelle et pour la coexistence de deux Etats. Je pense exactement la même chose, pour les mêmes raisons des tentatives de boycott des universités israéliennes. Dans un pays dont 20% des habitants sont arabes, elles font en particulier un énorme travail pour l’accès de cette communauté à l’enseignement supérieur, dont beaucoup d’universités française pourraient utilement s’inspirer.
-Les auteurs et éditeurs arabes qui se priveraient de participer à la vitrine que représente le salon du livre de Paris ne feraient que se tirer une balle dans le pied. Le salon est, pour eux aussi, une occasion unique de se faire connaitre et aussi d’encourager la traduction en arabe d’autres auteurs. On cite souvent cette statistique du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) : Dans l’ensemble du monde arabe on traduit à peine autant de livres étrangers que dans un pays comme la Grèce ! Et ce ne sont pas toujours les meilleurs, quand on songe au succès que rencontre dans les échoppes arabes la traduction de « Mein Kampf », du « Protocole des sages de Sion », ou-pour parler d’un livre plus récent- de « l’effroyable imposture » de Thierry Meyssan qui prétend qu’un complot américain est derrière les attentats du 11 septembre.
-Bref, il n’est hélas pas impossible de penser que cet énième appel-qui n’émane d’ailleurs pas des intellectuels arabes mais d’autorités politiques comme la Ligue Arabe-est une nouvelle manifestation de rejet d’Israël, de sa société, de sa réalité moderne, plutôt que de sa politique envers les Palestiniens.
Espérons qu’il sera peu entendu et que de nombreux auteurs arabes iront au salon avec enthousiasme. Leur démarche ne vaut évidement pas soutien à Israël, elle contribue seulement à la paix. En effet, mieux que n’importe quelle initiative politique, le roman, le récit, le livre en général est la meilleure façon de découvrir ou de mieux comprendre la réalité de « l’autre ».

26 février 2008

Des regrets téléphonés (le salon, suite et fin?)

Et bien, les regrets que j'évoquais ici ce matin étaient bien peu spontanés comme l'atteste cette dépêche AFP tombée cet après-midi.

REMOUS AUTOUR D'UNE PHRASE DE REGRET AJOUTéE DANS UN ENTRETIEN DE SARKOZY

Une phrase de regret de Nicolas Sarkozy sur l'algarade qui l'a opposé à un visiteur du salon de l'agriculture a été ajoutée par l'Elysée dans un entretien avec les lecteurs du Parisien, de l'aveu d'un responsable du quotidien, suscitant mardi quelques remous.

La phrase en question, "J'aurais mieux fait de ne pas lui répondre", sert de titre à l'article publié mardi. Elle se trouve également dans une réponse du chef de l'Etat à une lectrice qui l'interroge sur sa réplique ("Casse-toi pauvre con") lancée samedi à un homme l'ayant insulté au salon de l'agriculture.

"Cette phrase n'a pas été prononcée" devant les lecteurs du Parisien, a expliqué mardi sur différents médias Dominique de Montvalon, directeur adjoint de la rédaction du quotidien. Elle a été ajoutée par l'Elysée tardivement lundi soir après relecture de l'entretien original.

Interrogé sur cette modification, l'Elysée a expliqué à l'AFP qu'on "était passé d'un entretien de 2H15 à trois pages" de journal. "Le texte nous est parvenu hier (lundi) soir tard et a été amendé et corrigé comme ça se fait habituellement. On dit la même chose, l'état d'esprit est le même", a assuré Franck Louvrier, responsable de la communication.

"A 23h45, dans les ultimes délais de notre bouclage, on s'est retrouvé avec une phrase qui n'avait pas été prononcée, une phrase qui devient le titre, car elle est très intéressante et très percutante", a raconté pour sa part M. de Montvalon.

Selon lui, le président "n'avait pas exprimé le moindre regret" lors de son entretien lundi matin, et la nouvelle citation "marquait un changement de ton, on était dans le registre cette fois du regret sinon du remords". "J'en déduis qu'au cours de la journée (de lundi), l'Elysée a fini par prendre la mesure de l'ampleur des secousses provoquées par cette affaire", a-t-il estimé.

Mais le fait que les lecteurs du Parisien qui ont rencontré M. Sarkozy "retrouvent dans le journal quelque chose qu'ils n'ont pas entendu" pose "quand même problème, et on s'en expliquera demain (mercredi) à l'intention de nos lecteurs", a observé M. de Montvalon, promettant de publier la version originale.

Les lecteurs ayant participé à l'interview, et interrogés par l'AFP, réagissaient diversement à cette affaire. Nicolas Sarkozy "n'a pas prononcé cette phrase. Cela pose un petit problème: il nous a dit 25 fois au cours de la rencontre qu'il ne mentait pas. Pourquoi cette phrase et en gros titre ? Ce n'est pas terrible franchement", a réagi Michel Augagneur, retraité de Lagny (Seine-et-Marne).

Mais pour Philippe Laratte, entrepreneur à Bus-Saint-Rémy (Eure), "si ce n'est pas les mots exacts, c'est la même chose dans l'esprit. Je retrouve ce qu'il nous a dit et ce que j'ai ressenti. C'est vraiment un détail".

Selon un verbatim de l'entretien original auquel l'AFP a eu accès, le président a notamment dit aux lecteurs du Parisien: "j'aurais pas dû lui dire: casse-toi".

Cette affaire soulève plus largement la question de la relecture des entretiens par les personnes interrogées. "Les journaux français, je pense au Monde, aux Echos, à des titres très respectables ont une politique qui consiste à faire relire les interviews, alors que déjà, je trouve que c'est critiquable", souligne François Malye, secrétaire général du Forum des Sociétés de journalistes.

Un journal, quel qu'il soit, a-t-il les moyens de dire non au président de la République ? Pour M. Malye, "la marge de maneuvre vis-à-vis des politiques ou des +puissants+ en général est de plus en plus faible".

Faut-il dire tout le mal que je pense de cette pratique de la relecture des interviews (même quand ce ne sont pas, comme ici, des interviews), pratique qui n'est plus guère signalée en exergue, même plus par le Monde qui, il fut un temps, faisait précéder celles-ci de la formule: "Cet entretien a été relu et amendé par M. X"
Mais en France, le rapport de force entre politiques et journalistes est tel que, pas de relecture, pas d'interview.
A la télévision ou à la radio, pourtant, les politiques n'ont aucun droit de regard sur le montage...

Sarkozy au salon (suite)

Pas tout à fait des excuses mais des regrets exprimés devant les lecteurs du Parisien, après le "casse-toi pauvre con"du salon de l'agriculture. On a semble-t-il enfin pris conscience, à l'Elysée, des dégats qu'allaient provoqué cette video dans une opinion déjà passablement déconcertée. Une bien meilleure réaction que celle de Brice Hortefeu qui, voulant prendre la défense du chef de l'Etat, avait cru bon d'affirmer: "il est bon que le Président de la République parle comme tous les Français."

24 février 2008

Sarkozy au salon de l'agriculture: une victoire du net sur la télé

Dans les heures et les jours qui viennent tout le monde va, si ce n'est déjà fait, donner son avis sur l'écart de langage de Nicolas Sarkozy au salon de l'agriculture. Pour ceux qui n'ont pas vu et entendu le Président traiter de "pauvre con" un visiteur qui refuse de lui serrer la main, la video se trouve sur le site du Parisien.fr. Elle a surtout été reprise par tous les grands journaux (Dès hier soir par France 3 et ce soir par France 2 et même (et oui!) par TF1. Claire Chazal-un peu pincée tout de même-a quand même fait le boulot. J'ai voulu en effet vérifier mon intuition, le sujet figurait bien dans les journaux, même si ce n'était pas l'ouverture ni sur la une si sur la 2, chose à mo avis hautement contestable. Il ne faut pas trp en demander! Demain ce sera l'ouverture des radios. Et bien sûr le sujet de conversation numero un au bistro, à l'usine ou au bureau.
Néanmoins, la question n'est pas de savoir-comme je le lis ici ou là- comment les hommes politiques, les stars ou les "pipoles" vont s'y prendre désormais pour contrôler ou essayer de bloquer la diffusion de telles séquences aussi dévastatrices pour leur image. Pour la simple raison que c'est devenu absolument impossible tant il y a d'émetteurs , qu'il s'agisse de blogueurs indépendants ou maintenant de sites de la presse traditionnelle comme celui du Parisien. Ce soir, à 20 Heures, la vidéo avait été déjà vue par plus de 700000 internautes sur le seul site du parisien, sans compter l'effet boule de neige. Il y a quelques années, si ces images avaient été enregistrées par une équipe d'une télévision nationale, le pouvoir politique aurait pu exercer des pressions pour qu'elles soient coupées au montage, ou au moins rapidement retirées de la diffusion. Ce type de censure ou d'autocensure n'est heureusement plus possible, grâce à internet. Non, M. Raffarin, il ne s'agit pas d'images "volées" comme vous l'avez affirmé sur Europe 1! Comment pouvez-vous employer ce terme s'agissant d'un échange enregistré dans un lieu public? En ajoutant que vous regrettez que la presse s'intéresse trop à la vie privée des hommes politique. Alors la visite présidentielle au salon de l'agriculture cela relève donc aussi de la vie privée de Sarkozy?
Pour faire allusion à une autre affaire de vidéo, abordée ici même récemment, j'ajouterai que ce qui est important ce n'est pas le nombre de video mises sur le net, mais leur valeur informative. Et dans ce cas présent, pas de doute que c'est "de la bombe"! Nicolas Sarkozy est à nouveau pris en défaut de sang froid. Il n'est pas piégé, il sait qu'il est filmé et pourtant, comme avec les pêcheurs du Guilvinec, ça sort quand même. Il a décidement un énorme problème de self contrôle. Qui osera lui dire que même s'il est normal d'avoir envie de répondre de la sorte à quelqu'un qui refuse votre main et vous dit "tu me salis", un Président de la République, qui dispose de tous les moyens coercitifs de l'Etat, ne peut tout simplement pas se permettre de s'adresser de la sorte à un Français. Sur le sujet du langage aussi il se doit d'être exemplaire s'il veut pouvoir en remontrer à "la racaille". Plus il s'exprimera de cette façon et moins il sera respecté de ses opposants ou détracteurs, dont les rangs ne feront que grossir. Car on est là au coeur de ce que les Français lui reprochent: Comme le montre la popularité de Fillon qui a cessé de faire pitié, ce n'est pas la politique qu'il mène qui est en cause. Ils l'ont élu en connaissance de cause. Il s'agit de la manière dont il incarne la fonction, le rôle dans lequel l'ont mis les Français, ou du moins l'idée qu'ils s'en font généralement. A la réunion de 8H30 demain à l'Elysée, on serait bien inspiré de lui conseiller de s'excuser.

20 février 2008

Cavada complice d'antisémitisme?

Peut-on utiliser dans une même phrase « juif » et « 4X4 » en faisant allusion au caractère polluant, ou réputé tel, de ces engins sans risquer l’infamie d’une accusation d’antisémitisme ? Nous devons au talent d’agitateur de Guy Birenbaum, à sa "vigilance" et surtout à son sens de l’auto-publicité de nous poser cette question, on l’imagine, cruciale.
Sans rire, elle ne vaudrait pas que j’y consacre plus de deux minutes si elle n’avait pas donné lieu à un début de chasse à l’homme contre Jean-Marie Cavada, candidat ump aux municipales dans le XIIème arrondissement de Paris. Mettons tout de suite les choses au point. Je connais à peine Jean-Marie Cavada et mon objectif n’est pas d’intervenir en faveur de tel ou tel dans cette campagne. Pour être encore plus clair, je considère que, même si on peut discuter de tel ou tel aspect de son action, Bertrand Delanoë est un bon maire de Paris qui mérite sa réélection, d’ailleurs largement prévisible.
D’où vient alors que, grâce à Birenbaum, une partie de la « blogosphère », à laquelle l’équipe de campagne du maire de Paris emboite étrangement le pas, soupçonne Jean-Marie Cavada, sinon d’antisémitisme au moins d’indifférence coupable face à ce qui est présenté comme des propos antisémites ?
Il suffit de prendre la peine de regarder cette video jusqu’au bout avec un tout petit peu d’honnêteté intellectuelle pour se convaincre du caractère scandaleux du procès et même du procédé.
De quoi s’agit-il ? D’un journaliste, M. Stefanovitch qui, devant une assistance au premier rang de laquelle est installé le candidat Cavada, tient des propos de comptoir au lieu d’arguments digne du journaliste qu’il prétend être. Tout y est confondu, à commencer par les camps nazis de déportés politiques (Dachau), avec les camps d’extermination (Auschwitz). L’orateur évoque ensuite un prétendu vote juif, alors que l’on ne peut tout au plus parler que d’un vote communautaire, parmi les Juifs pratiquants dans certains arrondissements de l’Est parisien ( qui peut néanmoins avoir un certain impact local sur le résultat). Le reproche sur côté arbitraire des subventions aux associations est vieux comme la mandature parisienne de Jacques Chirac. Delanöe y a plutôt mis un peu d’ordre mais c’est vrai que la liste des bénéficiaires est digne d’un inventaire à la Prévert. Les montants cités sont au demeurant assez ridicules. Peut-on vraiment prétendre qu’on achète des associations de déportés avec quelques milliers d’euros par an, tout juste suffisants pour payer un coup à boire de temps en temps ? Pas de quoi fouetter un chat.
Il est vrai que les écoles juives bénéficient de subventions publiques et n’accueillent que des élèves juifs, ce qui est contraire à la loi. Cela s’explique par le caractère non prosélyte du judaïsme, mais c’est surtout un débat de sophiste : Je ne connais aucune famille non juive qui souhaite inscrire son enfant dans ce genre d’école.
Venons-en à l’argument massue : Dire que les parents juifs polluent avec leurs 4X4 serait une expression caractérisée d’antisémitisme. Bien sûr, prétendre que les Juifs naitraient avec les clés d’un SUV serait un stéréotype antisémite. Mais on peut aussi affirmer qu’il ne s’agit que de stigmatiser les habitants des banlieues (il est fait référence au 93 et au 94), qui possèdent et conduisent plus volontiers qu’à Paris des voitures encombrantes…et polluantes. Il me semble que Stefanovitch critique là le principe des subventions municipales pour des écoles fréquentées par des enfants de banlieue, alors que les petits parisiens non-juifs n’y sont pas acceptés. En tout cas il est outrageant d’affirmer qu’il s’agit là d’une remarque antisémite voilée.
J’admets qu’affirmer que le maire de Paris privilégie les Juifs et les homosexuels dans un but politique a quelque chose d’un peu de scabreux, et de certainement pas innocent. C’est surtout stupide, et peut-être Stefanovitch a-t-il là du mal à réprimer des préjugés. Je n’en sais rien, et là n’est pas le problème.

A travers Stefanovitch, c’est évidemment Cavada qui est visé. Or, j’affirme qu’il n’y avait rien qui justifiait ou plutôt qui obligeait Cavada à se lever, cramoisi de colère ou d’indignation et à sommer l’intervenant de s’excuser en menaçant de claquer la porte, comme l’aurait jugé correct l’expert autoproclamé des bonnes mœurs politiques Guy Birenbaum.
Cavada ne débat pas directement avec Stefanovitch. Il n’a pas de micro en main et on seulement lui reprocher d’écouter trop distraitement.
Je comprends que l’entourage de Delanöe soit agacé qu’un personnage aussi peu rigoureux que Stefanovitch parade dans des meeting de l’ump, avec un argumentaire aussi faible et partial, et le dénonce. Mais au fond ça fait partie du côté trash des campagnes électorales. Ce qui n’est pas acceptable c’est, sous prétexte de campagne électorale, de chercher à disqualifier un adversaire en laissant entendre qu’il aurait « un fond » antisémite, simplement à cause de ce qu’il n’a pas dit ou pas fait. On n’est pas loin d’un procédé totalitaire, et en tout cas (évitons de devenir outrancier) il s’agit d’ une instrumentalisation scandaleuse de l’antisémitisme. Pour avoir consacré un livre au danger bien réel du « nouvel antisémitisme » (édité, ironie de l’histoire chez Denoël, par le même Guy Birenbaum), je me sens autorisé à le dire : Si tout le monde est antisémite, alors personne ne l’est plus.
C’est ce genre de campagne, de plus en plus répandue sur le net par des polémistes en mal d’existence qui risque de rendre irrespirable si l’on y prend garde le climat du débat démocratique.

31 janvier 2008

Un plan pour l'audiovisuel public

Je suis sollicité par des amis journalistes de l'audiovisuel public pour signer une pétition contre la réforme annoncée par Sarkozy. Bien que farouchement attaché à l'idée d'un service public fort et respecté, je ne suis pas persuadé que leur démarche aille au delà que la revendication du statu-quo. Or, en ce domaine, comme en d'autres, je suis blairiste, c'est à dire que je pense que pour être soutenu et sauvé le service public aurait du faire des efforts financiers, et, oui, des économies qu'on ne lui a d'ailleurs même jamais demandé. On invoque toujours le modèle de la BBC en oubliant qu'en contrepartie d'un soutien financier et d'une garantie absolue de son indépendance éditoriale, la tutelle de la beeb exige d'elle une utilisation rationnelle de ses moyens, et lorsqu'il le faut des plans d'économie qui peuvent comporter des suppressions d'emplois. A France Télévision, c'est l'inverse: saupoudrage des moyens au lieu de les concentrer sur des missions de qualité, stratification des statuts de personnel et des chaines qui s'empilent sans que soient distingués leur rôle, et bien sûr faible indépendance par rapport au pouvoir politique. Dire que les effectifs sont pléthoriques (Ah! les placards dorés et autres sinécures du public...) et qu'il y a peut-être une chaine de trop est une évidence. Pour autant, et c'est le paradoxe, le service public est sous-financé et ne peut se permettre la politique de production prestigieuse qu'on est en droit d'attendre de lui. A plus forte raison si on le libère de la publicité et de la course à l'audience qu'elle suppose, ce qui n'est pas une idée idiote.
La chaine monde qu'est France24 devrait, en toute logique être rattachée au pôle public, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui alors qu'elle est financée à 100% par l'Etat! Ses moyens devraient être considérablement augmentés pour rivaliser avec BBC world, CNN ou Al Jazeera.
Ce n'est qu'une fois que le service public aura fait la preuve de sa capacité à faire des économies que le gouvernement, au lieu d'imaginer une taxe sur les activités les plus créatrices de richesse et génératrices de croissance, pourra à son tour montrer son soutien au service public en expliquant courageusement aux Français que pour qu'ils aient un service public indépendant des pouvoirs économiques et politique, qui porte haut et loin l'idéal de qualité, il doivent accepter une hausse substantielle de la redevance.

28 janvier 2008

Obama, l'homme à abattre

Dans le camp Clinton, l'affolement suscité par la victoire d'Obama dans les caucus de l'Iowa a cédé le pas à un calcul cynique et dangereux. Puisque le grand rival, déjà considéré comme plus sincère et meilleur pour la cohésion sociale du pays, était capable de l'emporter dans un Etat très largement "blanc", il fallait d'urgence le faire rentrer dans le rang. Le ramener à ce qu'il n'aurait jamais du cesser d'être: Le candidat des Noirs.
Hillary Clinton a à peine fait campagne en Caroline du Sud, laissant ce soin à son mari, pendant qu'elle parcourait les tréteaux en Californie. A l'annonce des résultats, elle a rapidement félicité son adversaire et s'est dite impatiente que les choses sérieuses commencent, le 5 Février. Sous entendu: Obama a gagné en Caroline du Sud. Ok, Bravo. Mais au fond, quoi de plus normal puisque c'est un Etat "Noir". Ce sous-entendu, venant après les attaques au dessous de la ceinture de Bill, témoigne de ce que sont vraiment les Clinton: Des petits parvenus sans foi ni loi, qui veulent laisser croire que la présidence leur revient en raison de leur rang, de leur antécédents et d'une supposée compétence naturelle, que les sondages semblent, allez savoir pourquoi, leur reconnaitre. Il s'emploient à persuader les électeurs démocrates tentés de voter pour le jeune sénateur de l'Illinois, sa fraicheur, ses promesses de renouvèlement, qu'une majorité d'Américains n'est pas encore prête à installer un Noir dans le bureau ovale, et donc que leur vote serait contreproductif. C'est pourquoi les militants d'Hillary ont cru trouvé la parade en expliquant que, bien entendu, le très doué Barack serait un jour président des Etats Unis, mais pas cette fois-ci. Trop tôt...
Dans l'Ouest, Hillary a même fait pire en montant les Hispaniques contre les Noirs . Dans plusieurs Etats de l'ouest les "latinos" sont légions, parfois même, dans certaines villes comme L.A., une majorité de la population. Or, ils ont l'impression que leur promotion économique et politique a été retardée par les avantages dont jouissent les Noirs en raison du principe de discrimination positive, et du clientélisme démocrate. Ils sont prêts à bloquer l'ascension d'un Noir, d'autant plus qu' ils n'éprouvent, eux, aucun sentiment de culpabilité pour l'esclavage...ils n'étaient pas encore là. Dans le Nevada, ils ont fait basculer le vote démocrate en faveur de Clinton. Forte de ce succès, elle espère que les mêmes ressentiments communautaires lui permettront de gagner la Californie, et de s'envoler irrésistiblement vers l'investiture.
Il y a déjà eu des candidats démocrates Noirs dans les primaires, mais c'était seulement pour mettre un peu d'animation dans la campagne, fidéliser l'électorat noir déjà très captif. Au fond, le candidat Noir servait de lièvre dans la course. Tout le monde, à commencer par les électeurs démocrates étaient bien convaincu qu'il n'avait aucune chance de s'installer à la maison blanche. C'est pourquoi, une fois effectué un ou deux tours de piste, en forçant le trait sur les thèmes "de gauche", il finissait en général par se retirer gentiment au profit du favori campant sur des positions centristes. C'est ainsi que l'électorat noir restait, et reste encore accroché au Parti Démocrate. L'ennui avec Obama, c'est qu'il a refusé de jouer ce petit jeu, n'a jamais voulu faire de sa couleur de peau un argument électoral, et n'a jamais cédé à la surrenchère gauchiste. Attitude qui l'honore, que nous autres européens comprenons bien, mais qui, dans une société communautariste relève de la gageure.
Clinton est considérée comme la grande favorite des primaires. Pourtant, je n'exclue pas totalement une surprise Obama, j'avoue même que je la souhaite. D'ailleurs la stratégie- risquée- des Clinton montre bien qu'ils ont senti le danger: Voici un candidat Noir qui attire bien au delà de sa clientèle "naturelle". Qui est capable de gagner des Etats Blancs ou, pour le moins, de réaliser des scores dans la population blanche bien plus élevés que d'habitude un Noir. Pour couronner le tout il a reçu le soutien de personnalités historiques du parti, comme Edward Kennedy.
Compte tenu de ce qu'est l'histoire des Etats-Unis, il est certes difficile de parier sur l'élection d'un Président noir. Pourtant, cela finira bien par arriver un jour. Tout candidat démocrate, c'est à dire censé promouvoir les droits des minorités, serait bien inspiré de ne pas faire un usage politicien des questions raciales. D'autant plus que, pour les démocrates, c'est jouer avec le feu. Si Obama est un mauvais candidat, autrement qu'en raison de sa couleur de peau, il faut dire pourquoi, entrer dans le débat d'idées. Autrement, si la primaire se polarise excessivement sur les questions de couleur, une part plus ou moins grande des électeurs blacks qui se sentiraient légitimement floués, voire insultés, pourrait rester à la maison en novembre, faisant ainsi perdre la Maison bBlanche aux démocrates. Ce phénomène pourrait être encore amplifié si le candidat républicain est John Mc Cain, un homme tolérant et favorable à l'égalité raciale. L'élection du prochain président américain est bel est bien devenue, du fait des Clinton, une affaire raciale.

18 janvier 2008

Fumer comme un turc...dans son bain

Depuis le 1er janvier le cendrier est une relique archéologique. Direction le musée. La rue est devenue un cendrier. Curieux, je n'ai pas l'impression que ça ait fait avancer pour autant la "politique de civilisation". Au contraire.
Il se passe aussi un truc bizarre: J'ai arrêté de fumer(des cigarettes) voilà plus 7 ans (très exactement- je m'en souviens c'était insupportable- depuis le jour de la finale du championnat d'Europe 2000 remportée aux tirs aux buts par la France contre l'Italie), et pourtant voilà: je n'ai jamais eu autant envie d'en fumer que depuis que le couperet de l'interdiction est tombé. J'ai l'impression de commettre un acte de résistance, de partager le sort de ces pauvres accrocs que l'on traquera bientôt jusque sur les trottoirs, pour tapage. Il parait que ça rit fort le soir un fumeur, surtout quand il a un peu bu. Alors , couic...une fois que sera passé un dernier délai de grâce de quelques mois on leur coupera définitivement le sifflet. Certains s'attendent d'ailleurs à la prochaine étape de la politique hygiéniste: l'interdiction de l'alcool. Si la France ne produisait pas autant de vin ce serait d'ailleurs fait depuis longtemps. Comment? Vous dites que l'alcool, à la différence du tabac, ne tue que ceux qui en consomment directement? D'abord c'est oublier les accidents de la route, les femmes battues et autres crimes commis sous l'emprise de l'alcool. Bientôt les activistes des ligues de vertu moderne nous expliqueront ce qu'ils entendent par "alcoolisme passif". Bien sûr ce concept n'aura pas plus de rigueur scientifique que celui de "tabagisme passif". Les médecins sérieux savent qu'il a été forgé car c'était le seul moyen de parvenir à une prohibition totale du tabac.
Donc les fumeurs font-pour l'instant- le trottoir. Mais où fumer un cigare désormais? Mieux vaut avoir un grand chez soi si l'on est adepte de cette pratique éminemment civilisée. Si l'on a, bien sûr, la courtoisie élémentaire de ne pas l'imposer à son entourage. Fumer le cigare était déjà particulièrement onéreux (mais plutôt moins, et moins sot que de bruler de l'essence dans une voiture), cela (re) devient un luxe, depuis que les quelques bars "havanophiles" ont fermé leurs portes aux porteurs de "puros". Il se dit même que les fumeurs les plus aisés louent des appartements en ville, des sortes de garçonnières à volutes, aux seules fins d'y faire, en compagnie, quelques cendres.
On se prive, on se cache, on se retranche. On imagine que c'est ça l'Europe de demain: 300 millions de citoyens infantilisés. Plus si on compte les turcs. Car eux aussi s'y mettent. Ah, vous pensiez les tenir hors du club encore longtemps comme ça: Pensez! Trop incorrigiblement orientaux pour comprendre que fumer n'est pas "civilisé"? On ne parviendra jamais à obliger un turc à se couper de sa clope ou de sa chicha. Serons jamais aux normes les turcs. Raté. Ni une ni deux, le gouvernement turc viens de nous faire la démonstration du contraire. Il en veut tellement de l'Europe qu'il est prêt à y entrer même si c'est un espace non fumeur. Il prend même les devants: parait-il qu'en Turquie l'interdiction s'étend désormais aux voitures personnelles. C'est aussi prévu ici, sachez le bien, comme me l'a confirmé "entre4zyeux", le député ayatollah Yves Bur: "pour protéger les enfants des parents qui fument". Je lui ai alors objecté: parce qu'il faut une loi (ou un décret en l'occurrence) pour que les parents songent à la santé de leurs enfants? Drôle de civilisation. Ça l'a tellement énervé qu'il m'a traité de journaliste malhonnête. Encore un peu j'étais bon pour un camp de rééducation à l'air pur, mais la civilisation ne les a pas encore inventé.
Sinon, amis fumeurs, il vous reste une solution: fermez les portes, ouvrez les fenêtres, même en hiver, et transformez votre salle d'eau, en bain...turc.

02 janvier 2008

Qu'est-ce qu'une politique de civilisation?

Pardonnez-moi de commencer l'année avec un tel sujet qui n'aura pas la légèreté des bulles de champagne du réveillon...Mais il promet d'être "la" grande controverse politique de ce début 2008: Qu'entendait donc notre Président lorsqu'il concluait ses premiers voeux, le 31 décembre, par cette affirmation: "J’ai la conviction que dans l’époque où nous sommes, nous avons besoin de ce que j’appelle une politique de civilisation." Il y a ceux que le simple mot civilisation fait frémir ou bondir. Pour ceux-là la cause est entendue, Sarkozy s'est encore un peu rapproché de Bush et veut entrainer la France dans le sillage d'un "choc de civilisation". Ce sont les autruches, les "exorcistes du dialogue des cultures" auxquel faisaient référence Hubert Védrine dans un article fameux de 2003, intitulé "Comment nier le clash Islam-Occident?" En effet, il est inutile de nier que ces civilisations sont en plein conflit. Encore plus stérile de se contenter d'observer que les partisans de la confrontation sont ultra-minoritaires des deux côtés. La réalité est bien là: De plus en plus de gens croient à la supériorité de leurs valeurs et de leur culture, aussi bien en Islam qu'en Occident, ce qui occasionne des déflagrations aussi bien au large (Irak, Afghanistan, Pakistan, Israël) qu'au sein des sociétés multiculturelles que sont devenues les nations occidentales. Faut-il pour autant tomber dans l'écueil du relativisme culturel? Ce serait une erreur fatale. Si c'est ce qu'a voulu dire Nicolas Sarkozy, alors il aura eu l'immense mérite d'enfin sortir du déni permanent dans lequel, à quelques exceptions près, se réfugie notre classe politique dès que l'on aborde ces sujets. On ne peut plus s'en tirer par des pirouettes sur le "respect". C'est d'ailleurs ce que semble indiquer la suite de son allocution de voeux:
Nous ne résoudrons rien si nous ne bâtissons pas l’école et la ville du XXIème siècle, si nous ne mettons pas au cœur de la politique le souci de l’intégration, de la diversité, de la justice, des droits de l’Homme, de l’environnement, si nous ne retrouvons pas le goût de l’aventure et du risque, le sens de la responsabilité en même temps que celui du respect et de la solidarité, ou si nous n’entreprenons pas de moraliser le capitalisme financier (...)
Beau programme en effet. Qui voudrait y retrancher quoi que ce soit?
Dans la même optique, le projet "d'union de la méditerranée", cher au Président français peut et doit se concevoir comme un projet "de civilisation". Il doit montrer, idée si chère à Camus, qu'au delà des différences culturelles et religieuses, il existe de vraies valeurs communes, celles de cette vieille civilisation méditerranéenne, et qu'il faut d'urgence réinventer un grand projet fédérateur autour d'elles, qui ne soit pas seulement économique et social, mais aussi culturel. Cela n'ira pas sans difficultés car des fossés se sont creusé. Là encore inutile de se dissimuler ces choses. Et nous devons, ici en Europe, assurer notre cohésion sociale sans rien céder sur nos valeurs, mais aussi sans tomber dans le complexe de supériorité.
Celà suppose, je le crois, de rester absolument intransigeant sur la laïcité. Cela ne veut pas dire ostraciser les religions. Mais rester ferme sur les seuls principes qui nous permettent de vivre ensemble. Et sur ce sujet, Sarkozy donne des signaux contradictoires et disons-le parfois franchement inquiétants, comme récemment dans son discours aux cardinaux au palais de Latran (Vatican). Nul ne peut lui reprocher d'appeler à un peu de transcendance, ne ne pas se limiter au champ du matériel (même s'il est lui-même visiblement très à l'aise dans la société de consommation et du paraitre!), ni même de rappeler les racines chrétiennes de la France. Mais sans doute est-t-il allé trop loin en proclamant que:
Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme de l'engagement porté par l'espérance.
Certes, il est possible de le vérifier tous les jours les instituteurs d'aujourd'hui ne sont hélas plus ceux de la IIIème République, et l'école de la république faillit de plus en plus à sa mission d'intégration. Par négligence de l'Etat, mais aussi parce qu'une génération de maitres a versé dans un irénique relativisme culturel. Mais de là à sous entendre que ceux qui croient encore à cette mission de l'école laïque sont condamnés à ne pas enseigner à leurs enfants la différence entre le bien et le mal...Voilà une conception bien réductrice de la laïcité et qui, surtout, fait l'impasse sur les échanges heureux de la République avec le monde spirituel et religieux, continue à raisonner comme si la guerre faisait encore rage entre laïcs et religieux, ou pire donne le sentiment qu'un rééquilibrage est souhaitable au profit des religions. C'est ce que peut avoir de dangereux ce concept de laïcité "positive" ou "ouverte". Car il laisse entendre que jusqu'ici elle aurait été "négative" ou "fermée", précisément ce que veulent faire croire les intégristes et fondamentalistes de tout poil, alors qu' évidemment il n'en est rien.
Surtout, poussons le raisonnement du Président jusqu'au bout. Si les instituteurs ne peuvent remplacer les curés et les pasteurs, pourquoi ne pas ajouter à la liste les imams puisque l'Islam est devenue la deuxième religion de France? Et là, ce serait remettre le doigt dans l'engrenage infernal que Sarkozy dit vouloir stopper, même quand-fort maladroitement -il laisse entendre dans ses conversations privées qu'il y a trop de musulmans en Europe (voir le récit qu'en fait JM Quatremer dans son blog). On ne peut imaginer plus mauvais signal envoyé aux populations musulmanes-ou d'origine musulmanes- qui sont déjà, particulièrement en France, scandaleusement discriminées.
Je sais bien que le but est plutôt de réaffirmer la foi dans nos valeurs pour résister au défi représenté par le choc de Islam-occident. C'est néanmoins une impasse. C'est oublié que l'ennemi ce ne sont pas les "musulmans" mais l'emprise de la religion, particulièrement de l'Islam, sur la société. C'est ne pas voir, au delà du danger du fanatisme islamique, l'espoir (pour reprendre un terme religieux) que recèle la capacité d'intégration des sociétés démocratiques, et laïques occidentales. J'en ai relevé un dernier exemple dans un reportage sur le milieu des homosexuels musulmans à Berlin, publié le jour de l'an, dans le Herald Tribune. Et le témoignage de Fatma Souad, transexuel turc de 43 ans, figure des nuits "gay" de Berlin: "Selon la partie de la ville ou je me promène, je peux recevoir un coup de poing dans la gueule parce que je suis étranger, ou parce que je suis un pédé." D'autres jeunes homosexuels originaires de Turquie avouent que si leurs parents ou leurs frères connaissaient leur vie sexuelle, ils les tueraient. Encore une fois les premières victimes du choc de civilisation sont là, dans les cabarets berlinois, mais aussi dans les universités, les journaux, les cabinets d'avocat, des pays musulmans.
Aujourd'hui, la liberté d'avoir ou non une religion, de pouvoir en changer, le respect du libre choix de ses orientations sexuelles sont mieux garanties par notre système de valeurs occidentales, symbolisé par la laïcité. Respecter la religion est une chose. Admettre qu'elle a aussi influencé nos sociétés est une évidence, comme le fait qu'elle puisse être nécessaire à un certain questionnement spirituel ou moral. Mais la laisser empiéter sur l'espace public serait une faute.




19 décembre 2007

brèves de fin d'année

-Deux traders de chez Goldman Sachs (New York) vont gagner cette année entre 5 et 15 millions de dollars de bonus. Dans leurs analyses de marché il avaient prévu la crise des "subprimes" et ont convaincu leur chef d'équipe qu'il fallait prendre des positions à la baisse sur ce titres. Conséquence: ils ont fait gagner 4 milliards à la firme, à rapprocher des 2 milliards perdus sur les "subprimes", que dans le même temps d'autres banquiers de Goldman Sachs continuaient de faire acheter à leur clients! Vive la crise!

-La conférence de Bali s'est terminée sans accord sur une réduction quantifiée des émissions de gaz à effet de serre, mais sur un engagement des pays en développement de participer à l'effort global. C'est déjà ça. A Kyoto, les mêmes ne voulaient absolument pas en entendre parler, considérant que c'était aux pays développés de réparer leurs erreurs. Entre-temps la Chine est devenue aussi productrice de CO2 que les Etats-Unis. Cela dit, l'objectif de réduction de 50% les émissions d'ici 2050 reste très hypothétique. Les spécialistes considèrent que c'est un seuil minimum pour contenir à 2°C le réchauffement climatique...à la fin du siècle. D'ici là, en effet, la situation ne fera qu'empirer car il faut que le stock de CO2 constitué (et qui continue d'augmenter) s'évacue. Il y a une obligation morale à prendre néanmoins le problème à bras le corps. Une question reste toutefois en suspend: Le progrès technique, les économies d'énergie, le recours aux énergies renouvelables seront ils suffisants pour faire face à la demande mondiale croissante d'énergie, ou bien allons nous devoir changer de façon de vivre? En attendant rassurons ceux qui se demandent comment faire un Noël écologiquement responsable. Ce soucis est louable mais ses conséquences ne sont même pas infinitésimales...

-Après Annapolis, Paris, où les Palestiniens ont moissonné 7 milliards et demi de dollars de (promesses de) dons sur 3 ans. Les trois quarts de la somme de ce "Palesthon" serviront à payer les arriérés de salaires de la pléthore de fonctionnaires qu'il a fallu créer pour compenser l'asthénie économique des territoires. S'il y a bien une chose qui ne manquera pas dans le futur Etat, c'est bien de fonctionnaires! Pour qu'il y ait une réelle amélioration de l'éco nomie il faudrait que les Palestiniens, personnes et biens, puissent circuler librement d'une ville de la Cisjordanie à une autre. Ne parlons même pas de Gaza d'où même les malades ne peuvent pas sortir. Les Israéliens expliquent, et ils ont sans doute raison, que la levée immédiate des blocages laisserait passer les Palestiniens mais aussi les bombes humaines et qu'au premier attentat à Tel Aviv tout le processus s'écroulerait. La solution est donc de restaurer au plus vite la capacité des palestiniens à lutter contre le terrorisme, car la volonté d'Abbas et du Fatah parait ne plus manquer.

-Tout le monde le redoute: Ingrid Bettancourt est trop précieuse pour que les Farc ne la garde pas avec les derniers otages (ils sont une quarantaine, certains retenus depuis 10 ans). On pourrait en déduire que la médiatisation de son calvaire a eu des effets pervers. C'est tout le contraire. Car même les Farcs, isolées dans la jungle et tout marxiste-leninistes qu'elles prétendent être restées font partie du "village global". Ils reçoivent les chaines par satellite et diffusent leurs communiqués par internet. Ils en deviennent forcément sensibles à l' image qu'ils donnent d'eux même. D'où ce premier geste qui peut être suivi par d'autres. A condition de ne surtout pas céder quoi que ce soit.

-Sarko et Carla. On entend plus parler que de cela dès que l'on met (prudemment et bien couverts) le nez dehors ces jours-ci. Cela passionne et amuse les Français qui ne sont surement pas dupes pour autant. Je ne rentrerai pas dans le débat sur la mise en scène de la vie privée du président. Est-ce une rupture avec l'hypocrisie du passé? Un signe de modernité "kennedien"? Un envahissement de la com? Un peu de tout cela sans doute. Bornons nous à relever qu'avec Sarkozy, mais aussi avec Royal, la France est entrée dans une peopolisation à l'américaine de sa vie politique. Jusqu'ici en Europe, à part Berlusconi, aucun leader n'était allé aussi loin. Au début du XXème siècle on pouvait être élu sur ses seules compétences politiques ou politiciennes. Le look ne comptait pas. A la fin du dit siècle il était devenu indispensable de maitriser les medias et en particulier de bien passer à la télévision. Désormais impossible d'être élu et de durer sans mettre en pratique les recettes marketing des stars de la télé et du show biz avec la presse people: La vérité compte peu ou pas. Il faut qu'ils racontent, écrivent et mettent en scène à leur intention et en permanence une, ou des histoires privées bien glamour et limiter, par ailleurs, leur curiosité sur les aspects de leur intimité qu'ils souhaitent vraiment cacher. Pour l'instant la presse française se prête assez bien au jeu. Jusqu'à quand?

-Vengeance sur internet: La pauvre Laure Manaudou en a fait les frais. Désormais les people devront prendre garde: Une rupture un peu mouvementée... et hop! A poil sur internet. Espérons que l'amie du Président n'aime pas prendre de photos, activité à laquelle on le sait nombre de jeunes couples mûs par une passion réciproque aiment s'adonner. Une solution: faire signer un contrat avant tout rapport sexuel assurant que l'on ne cache aucun appareil photo ou video. Vive l'amour! Allez, bonnes fêtes à toutes et à tous!

28 novembre 2007

Denise, rescapée de l'enfer khmer rouge


C’est une petite dame très digne. Son livre n’aura jamais de prix littéraire, d’ailleurs ce n’est pas un roman. Justement. Lors de l’enregistrement, nous étions tous, sur le plateau comme en régie, au bord des larmes. Pour la première fois, je me suis demandé si j’allais être capable de terminer une interview. Après, nous avons tous eu besoin de l’embrasser. De serrer dans nos bras ce petit morceau d’humanité martyrisé…De lui demander pardon. En notre nom à tous, le notre celui de nos ainés qui n’ont pas su ou pu la protéger.
Je venais juste de terminer, déchiré, la lecture de son récit « La digue des veuves », aux Presses de la Renaissance. Bien trouvé l’éditeur car Denise Affonço, franco-cambodgienne, est revenue à la vie après quatre ans (entre 1975 et 1979) passés dans les camps de concentration à ciel ouvert des Khmers rouge pendant lesquels elle est morte plusieurs fois. Sa fille, elle, est morte de faim, à l’âge de 9 ans, sous ses yeux. Comme elle était trop jeune pour trimer comme les autres du lever du jour au coucher du soleil, sept jours sur sept, ses bourreaux ne lui donnaient qu’une demi-ration de riz. Les privations de sa mère n’ont pas suffi à la sauver. La pauvre fillette est morte, non sans avoir demandé pardon à sa mère pour avoir « été méchante avec elle ». Les jours qui ont précédé sa mort, Jeannie, possédée par le démon de la faim avait insulté sa mère parce qu’elle ne la nourrissait pas assez. Comment peut-on jamais se remettre d’un tel supplice ? Toute la famille de Denise a connu le même sort. Son mari, un intellectuel communiste, a été exterminé dans un « camp de redressement ». Quant les Khmers rouge sont arrivés à Phnom Phen, il était pourtant enthousiaste. Les révolutionnaires allaient, pensait-il les débarrasser du régime honni de Lon Nol. Denise, citoyenne française, aurait pu être évacuée. Mais pas son compagnon et père de ses enfants. D’autres femmes ont fait ce choix et n’ont jamais revu leur mari, mais comme dit Denise, aucune n’a la conscience tranquille. Denise est donc restée et n’en veut même pas à la France pour avoir eu un cœur de pierre.
Il ne reste à Denise qu’un fils, Jean-Jacques, réfugié en France comme elle. Il avait douze ans à l’époque et fut traité comme adulte. C'est-à-dire envoyé au travail forcé, séparé de sa mère et constamment battu. Sous alimenté, sa croissance s’en est ressentie mais il doit néanmoins à ce traitement d’avoir eu la vie sauve. Il n’y avait pas de chambre à gaz au Cambodge, mais on exterminait tout aussi sûrement par la famine et les maladies. Avec les cadavres les SS khmers fabriquaient de l’engrais humain…
Aujourd’hui Jean-jacques a 43 ans. Il a encore du mal à regarder des scènes de violence trop réalistes à la télévision, et croit toujours que son père est vivant.
Tous les récits des survivants d’un génocide se ressemblent.
Celui-ci s’est déroulé, avec la complicité de la Chine, sans réaction des « nations du monde libre », trente ans après la fin de la deuxième guerre mondiale. A part quelques lampistes, les responsables n’ont pas été jugés. Pol Pot est mort dans son lit. Il y a eu d’autres génocides depuis. Rien ne change. Et c’est ça qui est vraiment à pleurer.
Pour voir ou revor l'entretien de Denise Affonço sur France24, cliquez ici

26 novembre 2007

Les moeurs politico-médiatiques

Ce n'est pas moi qui raconte, cette fois-ci mais l'excellent Jean-Michel Apathie, de RTL. Bernard Kouchner a beau incarner une "autre façon de faire de la politique", l'humanitaire et tout et tout...Quand on en vient aux media, indécrottable, comme les autres, les réalpoliticiens. Non seulement ils s'invitent quand ça leur toque, mais en plus ils prétendent faire les questions à la place de l'interviewer, et quand ils n'y arrivent pas ils s'en vont sans même dire au revoir en faisant la gueule. Je vous le dit, il faut avoir sacrément la foi pour continuer de faire ce métier. Ce sera tout.

21 novembre 2007

Pourquoi 2007 ne sera pas 95

Chirac mis en examen pour détournement de fond. Cela n'émeut personne tant Chirac, cela parait déjà du passé. Au passage, la dégringolade physique de l'homme fait peine à voir. Sur les quelques images prises de lui ces derniers mois, il marche comme un vieillard.
95 est donc la préhistoire.
Il y a de nombreuses raisons pertinentes qui expliquent que le conflit de 2007 ne ressemble en rien à celui de 1995. Laissons de côté la saison des grèves, novembre ici, décembre il y a douze ans.
Il y a bien sûr le fait que la société, le monde a énormément changé (la mondialisation est un phénomène assez bien intégré en général, même si certains Français ont encore du mal à s'y faire). Les Allemands-pour prendre un cas proche de nous- ont repoussé l'age de la retraite à 67 ans et, il faut le souligner, outre-Rhin les fonctionnaires n'ont pas le droit de grève.Chez nous, les régimes de retraite du privé et aussi de la fonction publique ont déjà été en partie réformés et la durée du travail allongée. Le bilan des 35 heures est considéré comme globalement négatif pour les salariés modestes. Tout cela, plus l'exceptionnelle victoire de Sarkozy (en terme de mobilisation et de score) explique que l'opinion ne sympathise plus avec les cheminots sur lesquels le conflit se polarise puisqu'ils ont, en théorie, la possibilité de "paralyser" le pays.
Or justement, contrairement à ce que l'on lit ici ou là, et en particulier dans la presse étrangère, il n'y a ni "blocage", et encore moins paralysie du pays. Tout juste un ralentissement, qui a un coût on y reviendra, mais en tout cas rien à voir avec le chaos de décembre 95.
La principale perturbation se situe dans les transports régionaux pour aller travailler et rentrer chez soi le soir. Les autres déplacements peuvent encore se faire en avion, et au bout de quelques jours il y avait à nouveau quelques TGV. Le Thalys et l'Eurostar ont fonctionné tout à fait normalement, conduits par des Belges ou des Anglais, merci l'Europe.
Les salariés se sont donc organisés, au prix de quelques jours de RTT (qui n'existaient pas en 95...), avec un peu de co-voiturage (découvert en 95), puis ils ont pris leur mal en patience. Beaucoup de sociétés ont mis en place des systèmes parfois collectifs pour leurs employés, à France 24 par exemple la direction a payé le taxi à tous ceux qui ne pouvaient pas faire autrement. A condition d'en trouver un, de ce côté là ça ne s'est pas arrangé. La note va être salée, de toute façon, car il n'y a pas de caisse noire patronale chez nous! Mais on n'a pas revu ces autobus qui partaient parfois à 5 heures du matin des villes de lointaine banlieues pour arriver à 8 heures et demi au centre de Paris.
La principale différence avec 95 vient de l'extraordinaire essor du deux roues, qu'il soit motorisé ou non. Depuis 12 ans les ventes de scooters croissent d'environ 10 à 15% par an. Et puis à Paris, comme dans d'autres grandes villes, il y a, bien sûr, le Vélib... Ajoutés aux vélos "privés" qu'on a ressorti des caves, ce sont des centaines de milliers de bicyclettes, poussées par la mode écolo et le réchauffement climatique, qui ont envahi nos rues, parfois de façon anarchique. C'est, hélas, le revers à la médaille: l'augmentation exponentielle des accidents corporels engageant des deux roues durant les grèves: +70% à Paris selon la Préfecture de Police! A mettre aussi sur le dos des grévistes?
C'est à Paris, plutôt en Ile de France, (et dans une moindre mesure à Marseille) que les syndicats des transports sont les plus puissants. Presque partout ailleurs les transports urbains ont été privatisés ou municipalisés. Il est donc ironique de penser que Bertrand Delanoé qui, selon la formule consacrée a inventé les embouteillages de nuit, en a aussi fourni l'excellente antidote avec le Vélib, et que de cette façon il a rendu un fier service aux usagers et indirectement aussi au gouvernement qui peut négocier sans subir une insupportable pression des salariés "paralysés".
Autre différence majeure: En 95 la surenchère avait coûté très cher aux syndicats "installés"avec l'apparition de Sud Rail sur la gauche de la CGT, et aux dépens de la CFDT. Même s'il y a eu débat interne, il est clair que la leçon a été retenue et que Thibaut avait intérêt à une reprise du travail la plus rapide possible.
Il y a d'autant plus intérêt qu'une fois admis le principe des 40 annuités (ce qu'a fait en réalité la CGT sans bien sûr le crier), il y a du grain à moudre! On le savait avant même que la négociation ne commence, entreprise par entreprise, ce qui est évidement la meilleure formule.
La SNCF propose déjà 90 millions d'euros en compensation aux cheminots sous forme d'augmentation de salaire en fin de carrière, ou de régime de retraite complémentaire. Ses confortables bénéfices (417 millions en 2006), le lui permettent, et au bout du compte, le client paiera. Ce qui n'est pas choquant d'autant que le train est, en France, encore très bon marché. Les entreprises, les clients, et pour une part aussi les salariés paieront pour des retraites qui seront peut-être meilleures, ce qui est quand même plus normal que de faire payer le contribuable. Et puis 90 millions comparés aux 5 milliards que l'Etat économisera avec la disparition des régimes spéciaux, cela laisse même une marge de négociation aux syndicats qui auront en face d'eux un représentant du dit-Etat!
Bref, en deux mots, on est revenu- enfin presque- à un fonctionnement normal dans un pays démocratique et social, à défaut d'être social démocrate.
Pour toutes ces raisons, il n'est pas exagéré de dire que la grève de 2007 aura été un bide.
Mais, même si ce n'est pas 95, il aura fallu en passer par une grève anachronique qui va couter des centaines de millions, certains disent des milliards d'euros et pas loin d'un demi point de croissance. La France pouvait-elle se le permettre? Bien sûr que non. Et tout cela parce que les syndicats modérés (dans lesquels on peut aussi ranger désormais la CGT) doivent composer avec une base influencée intellectuellement par l'idéologie d'extrême gauche que l'on voit aussi à l'œuvre dans les campus avec le refus dogmatique et suicidaire de toute réforme de l'université. Une extrême gauche qui a contribué au déclin du PC et affaiblit aussi le PS, qui pèse près de 10% aux élections, qui joue ouvertement la rue contre le suffrage universel, refuse de s'incliner devant le votes à bulletin secret dans les AG des facs, en reste à des slogans démagogiques et "anti-capitalistes", bref un courant politique anti-démocratique face auquel, bizarrement, la société ne s'alarme pas, ne se gendarme pas, ne se montre pas "vigilante", comme elle le fait avec l'extrême droite dont la toxicité est pourtant, j'ose le dire, dix fois moins grande!
Attendez, vous ne me croyez pas? Le FN, au faîte de son influence électorale, aurait-il jamais pu, l'eut-il voulu, organiser une telle tentative de déstabilisation? Vous croyez que l'extrême gauche, à la différence de l'extrême droite est non violente? Voyez les destructions dans les facs et à la SNCF...sans parler de sa complaisance "border line" envers le terrorisme politique, la violence contre l'Etat justifiée par la violence de l'Etat et autres foutaises théoriques.
Comme l'extrême droite, l'extrême gauche sera défaite. Elle le sait déjà. Alors que se profile l'inéluctable reprise et les non moins inéluctables compromis, apparaissent les premiers sabotages (que Sud Rail refuse de condamner!). Car elle va ainsi au bout de sa logique de minoritaire. Comme les réformistes finissent par faire valoir leur point de vue et que tout le monde en est à peu près satisfait, elle ne peut que casser, car tel est en réalité son seul programme politique.
Reste qu'elle jouit d'une étonnante tolérance politique et sociale, car on l'assimile à tort au côté sympathique de 68.
Il est temps que juchés sur leurs vélib', les bobos, qui s'adonnent parfois au vote de protestation pour l'extrême gauche- sans même l'excuse sociale des prolos qui votaient Le Pen-le réalisent. Ils jouent tout simplement contre leur pays.

19 novembre 2007

Faut-il bombarder l'Iran?

Depuis maintenant des mois la question est là , angoissante. Il n’est pas facile d’y répondre, encore moins de décider l’implication de son pays. Commençons par ce qui ne fait guère de doute : La république islamique d’Iran cherche bien à se doter d’une capacité de dissuasion ou d’intimidation nucléaire. Cette perspective est dangereuse, non pas tant en raison des menaces sur Israël (qui ne sont pas des menaces d’agression militaire, il faut le souligner), qu’en raison des risques de dissémination dans les autres pays de la région, inquiets de voir la grande puissance chiite accéder au club envié et prestigieux des nations disposant de « la » bombe. Si le monde laisse l’Iran disposer d’un arsenal nucléaire, ces pays accélèreraient alors leur course anarchique vers l’atome militaire. Le vrai danger serait alors de se retrouver un jour, en raison de cette prolifération, face à des dizaines ou des centaines de bombes sales aux mains de terroristes qui pourraient s’en servir sans encourir, comme l’Iran, le risque d’une réplique nucléaire immédiate sur leur territoire, c'est-à-dire l’enfer…
Il est donc important d’empêcher l’Iran de faire aboutir son projet. Ce constat ne permet pas de répondre plus facilement à la question, la seule, attaquer ou non un Etat souverain. Certains pensent que le bombardement de l’Iran serait une folie pour de mauvaises raisons. Partisans en toute circonstance de l’apaisement ceux là sont de toute façon incapables, à l’image des munichois de jadis, d’envisager la guerre, même pour éviter un péril encore plus grand. D’autres ont de meilleurs arguments, tel Martin Van Crevel, spécialiste des questions stratégiques, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, qui expliquait récemment pourquoi le bombardement de l’Iran serait à la fois sans risque majeur pour les Américains (et leurs alliés), en raison d’une surestimation des capacités de réaction iranienne… mais pourtant sans intérêt car ayant peu de chance de toucher au but.
Les iraniens doivent se sentir vulnérables puisque, devant les autres chefs d’Etat des pays de l’Opep ce week-end, leur président a menacé, en cas d’affrontement avec les Etats-Unis, de recourir aux bonnes vieilles méthodes années 70 : coupure du robinet et blocage du détroit d’Ormuz. C’est peut-être du bluff, mais le marché-assez nerveux ces jours-ci- a aussitôt été repris par sa fièvre haussière.
Ce soir, sur le plateau du débat, l’affable ambassadeur iranien soufflait comme toujours le chaud et le froid, assurant que l’Iran ne souhaitait pas faire un usage politique du pétrole, mais qu’il ne resterait pas non plus les bras croisés. Comprenne qui pourra.
Alors que faire ?...La non plus aucune réponse n’apporte une assurance de succès. Sans doute peut-on prendre des sanctions plus sévères contre l’Iran, par exemple sur ses approvisionnements en pétrole raffiné, puisque Téhéran importe-un comble !- un tiers de sa consommation, en raison d’une trop faible capacité de raffinage.
On ne serait pas à l’abri d’une riposte « pétrolière », mais, comme le soulignait Pierre Terzian, de toute façon le marché spécule à la hausse dès que les rumeurs de confrontation sont confortées par l’actualité. Comme disait le Général, la politique (de la France) ne se fait pas à la corbeille. Et puis cela vaut sans doute mieux que de ne rien faire.
Les Iraniens peuvent se braquer, surréagir, mais on peut avoir une bonne surprise. L’Iran est un pays paradoxal. Ce n’est pas une démocratie, mais il y a une opposition et des élections et la situation économique du pays n’est guère reluisante. Les Iraniens commencent à se rendre compte que leur turbulent président n’a tenu aucune de ses promesses. Et puis, tout le monde le sait, il faut s’habituer à vivre avec un pétrole cher. Raison de plus pour éviter de se montrer pusillanime.

16 novembre 2007

Elément de langage pour répondre aux emmerdeurs

C'est à la fin de l'article de Baqué et Gurrey sur la dépression de Jacques Chirac, dans le Monde de ce jour. Il faut bien relire l'une des dernières phrases:
"Le couple Chirac occupe toujours le vaste appartement du Quai Voltaire prêté par la famille Hariri. "Il n'a pas de patrimoine", plaide un ami, semblant oublier le château corrézien de Bity."

S'il n'y avait que Bity...

Donc, pendant les quarante dernières années, vous, moi, nous tous avons tenté de nous constituer un petit patrimoine à la mesure de nos moyens, pour nos vieux jours, pour nos enfants, mais lui qui était notre député, maire, premier ministre, Président, non. Rien. Démuni totalement, réduit à demander l'hospitalité, "provisoirement" à un ami.

Ah, ça va leur clouer le bec, aux emmerdeurs...

Excusez la trivialité mais là, on nous prend vraiment pour des cons...

08 novembre 2007

Voiture balai


Les jurés du Goncourt-Renaudot ont donc une fois de plus choisi de remercier la maison Gallimard à qui sont revenus les deux prix cette année encore. Très fort, car le livre de Daniel Pennac (chagrin d'école) n'est même pas à proprement parler un roman, mais une énième digression sur les tares par ailleurs bien réelles de notre Education Nationale. Il parait (Giesbert) que c'est digne de Pagnol. S'il le dit...
Moi, je regretterai que les prix, les grands en tout cas puisqu'il reste encore le Médicis et l'Interallié aient encore laissé passer Olivier Adam. Mais il faut dire que lorsqu'on a déjà ignoré Michel Houellebecq, le seul auteur qui ait réellement secoué une littérature française moribonde, on est pas à ça près. Ça, en l'occurrence, s'appelle "A l'abri de rien" (L'olivier). Je ne crie pas au chef d'oeuvre, c'est plein de défauts agaçants ( comme ces allusions répétées à Céline et au "Voyage"), mais par ailleurs c'est fort, juste, engagé, courageux, et oui, social. Une écriture fluide et qui donne en même temps des coups de poing dans le ventre. Adam touche, émeut avec son héroïne brisée et qui perd pied parce qu'elle ne parvient pas à canaliser ses sentiments. Et puis, par dessus tout, moi, ce qui me plait c'est qu'il me fait réfléchir aussi, en appuyant sur une plaie de notre société, à savoir notre façon de nous comporter face aux réfugiés, à l'étrangeté. Bref un roman français qui ne vous fait pas perdre votre temps. Plutôt rare.