Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

19 novembre 2007

Faut-il bombarder l'Iran?

Depuis maintenant des mois la question est là , angoissante. Il n’est pas facile d’y répondre, encore moins de décider l’implication de son pays. Commençons par ce qui ne fait guère de doute : La république islamique d’Iran cherche bien à se doter d’une capacité de dissuasion ou d’intimidation nucléaire. Cette perspective est dangereuse, non pas tant en raison des menaces sur Israël (qui ne sont pas des menaces d’agression militaire, il faut le souligner), qu’en raison des risques de dissémination dans les autres pays de la région, inquiets de voir la grande puissance chiite accéder au club envié et prestigieux des nations disposant de « la » bombe. Si le monde laisse l’Iran disposer d’un arsenal nucléaire, ces pays accélèreraient alors leur course anarchique vers l’atome militaire. Le vrai danger serait alors de se retrouver un jour, en raison de cette prolifération, face à des dizaines ou des centaines de bombes sales aux mains de terroristes qui pourraient s’en servir sans encourir, comme l’Iran, le risque d’une réplique nucléaire immédiate sur leur territoire, c'est-à-dire l’enfer…
Il est donc important d’empêcher l’Iran de faire aboutir son projet. Ce constat ne permet pas de répondre plus facilement à la question, la seule, attaquer ou non un Etat souverain. Certains pensent que le bombardement de l’Iran serait une folie pour de mauvaises raisons. Partisans en toute circonstance de l’apaisement ceux là sont de toute façon incapables, à l’image des munichois de jadis, d’envisager la guerre, même pour éviter un péril encore plus grand. D’autres ont de meilleurs arguments, tel Martin Van Crevel, spécialiste des questions stratégiques, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, qui expliquait récemment pourquoi le bombardement de l’Iran serait à la fois sans risque majeur pour les Américains (et leurs alliés), en raison d’une surestimation des capacités de réaction iranienne… mais pourtant sans intérêt car ayant peu de chance de toucher au but.
Les iraniens doivent se sentir vulnérables puisque, devant les autres chefs d’Etat des pays de l’Opep ce week-end, leur président a menacé, en cas d’affrontement avec les Etats-Unis, de recourir aux bonnes vieilles méthodes années 70 : coupure du robinet et blocage du détroit d’Ormuz. C’est peut-être du bluff, mais le marché-assez nerveux ces jours-ci- a aussitôt été repris par sa fièvre haussière.
Ce soir, sur le plateau du débat, l’affable ambassadeur iranien soufflait comme toujours le chaud et le froid, assurant que l’Iran ne souhaitait pas faire un usage politique du pétrole, mais qu’il ne resterait pas non plus les bras croisés. Comprenne qui pourra.
Alors que faire ?...La non plus aucune réponse n’apporte une assurance de succès. Sans doute peut-on prendre des sanctions plus sévères contre l’Iran, par exemple sur ses approvisionnements en pétrole raffiné, puisque Téhéran importe-un comble !- un tiers de sa consommation, en raison d’une trop faible capacité de raffinage.
On ne serait pas à l’abri d’une riposte « pétrolière », mais, comme le soulignait Pierre Terzian, de toute façon le marché spécule à la hausse dès que les rumeurs de confrontation sont confortées par l’actualité. Comme disait le Général, la politique (de la France) ne se fait pas à la corbeille. Et puis cela vaut sans doute mieux que de ne rien faire.
Les Iraniens peuvent se braquer, surréagir, mais on peut avoir une bonne surprise. L’Iran est un pays paradoxal. Ce n’est pas une démocratie, mais il y a une opposition et des élections et la situation économique du pays n’est guère reluisante. Les Iraniens commencent à se rendre compte que leur turbulent président n’a tenu aucune de ses promesses. Et puis, tout le monde le sait, il faut s’habituer à vivre avec un pétrole cher. Raison de plus pour éviter de se montrer pusillanime.

3 commentaires:

Ahmad Abdel Salam Hamdan a dit…

Je vous juste savoir, qui vous a donné le droit de décider qui a le droit d'avoir l'énergie nucléaire et qui n'a pas le droit? Qui a donné le droit à la France, le Royaume Uni, les Etats unis, israel et autres d'avoir l'énergie nucléaire et l'ARME nucléaire? Vous parlez des droits de l'homme, et que tous les êtres humains sont égaux, donc vous n'avez aucun droit de dire que l'Iran ne peut pas avoir l'énergie nucléaire. Il faut être hônète vers soi, et ne pas se donner un droit qu'on refuse aux autres.

Sylvain Attal a dit…

Il s'agit de l'argument du deux poids deux mesures auquel les pays arabes (et eux seuls d'ailleurs) sont particulièrement sensibles. A leurs yeux la possession de l'arme atomique serait au fond le marqueur de leurs retrouvailles avec la grandeur passée de l'Islam.
j'entends cet argument et évidement aucun pays n'a éternellement le droit d'empêcher un autre de se doter de quoi que ce soit. Je fais seulement remarquer que le monde arabe a mille problèmes de développement plus sérieux que celui là dont il devrait se soucier davantage et essayer d'analyser cette névrose de la puissance qui l'empêche d'avancer.
Il ne s'agit pas d'une question de droit, argument assez puéril (j'ai le droit! disent les enfants à tout propos). Il se trouve que certains pays plus que d'autres ont la possibilité de surveiller l'évolution de la sécurité sur cette planète et pour les raisons que j'ai évoquées(précisément le risque de la prolifération aboutissant à donner des armes nucléaires à des terroristes), ont la responsabilité d'éviter les facteurs de risques.
Il me semble que même si ce point est discutable l'Iran peut même avoir une attitude responsable vis à vis de la bombe mais c'est précisément l'argument "tout le monde y a droit" qui m'inquiète. Tout le monde y a peut-être droit mais il vaut mieux qu'elle ne tombe pas entre n'importe quelles mains...

Amaury de Buchet a dit…

Brr ... c'est le sujet qui me donne le plus froid dans le dos. Est-on déjà en train de préparer une guerre ? Oui, car c'est de la responsabilité de l'Etat de se préparer à toutes les éventualités pour garantir la sécurité de ses citoyens. Mais ce n'est qu'un scenario parmi d'autres qui - tout le monde l'espère - n'arrivera pas. C'est le rôle des diplomates de "jouer" ce jeu au combien dangereux. "La guerre n'est rien d'autre que la continuation de la politique par d'autres moyens." selon C. von Clausewitz. J'espère que la diplomatie a innové depuis ...