
Je tiens la publication du petit livre du dénommé Besson, Eric- que désormais tout le monde connaît-comme un des rares événements de cette campagne. Et pas seulement parce qu'il a été écrit en collaboration avec mon ami Askolovitch.Derrière son côté évidement pamphlétaire, ce bouquin est tout simplement passionnant par ce qu'il révèle du fonctionnement d'une grande machine politique comme le PS. Besson y était un peu un OVNI, un des rares cadres qui viennent de l'entreprise privée et qui n'ait pas tété de la politique au biberon selon le schéma: Unef- (option sciences-po-Ena)-cabinet ministériel-députation-et pour les plus vernis maroquin ministériel. Le citoyen Besson avait un "vrai" métier et a décidé de s'engager en politique dans le parti dont il se sentait le plus proche, c'est à dire, naturellement pour un social démocrate, le PS. Sa vie, sa liberté il peut et il va la reprendre. Quoiqu'on pense du bonhomme c'est rafraichissant de constater qu'il y a encore des gars qui pensent qu'il y a une vie avant et après la politique.
Dans les années 70, immédiatement avant la conquête du pouvoir il y avait encore beaucoup de militants et cadres du PS qui travaillaient dans le monde de l'entreprise. Forcément, à l'époque ils ne pouvaient pas croûter autrement vu que leurs copains n'étaient pas au pouvoir. C'était des militants de "l'économie sociale", qui rêvaient parfois d'autogestion et parlaient encore de Lip, mais ils étaient encore ancrés dans la réalité. Puis ça s'est gâté, ou ils se sont gâtés on ne sait pas.
Besson nous rapporte ses prises de bec avec son collègue Gaëtan Gorce qui lui balança un jour dans les gencives qu'il se méfiait fondamentalement d'un type qui avait travaillé, comme lui, avec Meissier et en était plutôt fier.
La vie politique française (c'est aussi valable même dans une légèrement moindre mesure à droite) est essentiellement le fait de fonctionnaires ou de permanents politiques ou syndicaux, protégés par un statut. C'est leur métier. Cherchez dans les travées de l'Assemblée les representants de la "vraie vie", les cadres ou les chefs d'entreprise, les artisans et professions libérale...il faut un microscope. Besson est de cette espèce là qui ne peut pas prendre durablement des vessies pour des lanternes. Certains y voient un traitre, moi plutôt un honnête homme.
Il se désole comme des dixaines d'autres responsables qui eux ne peuvent pas vivre sans la politique de ce que le PS reste croupi dans un bain politicien qui l'empêche d'être le parti du mouvement et de la réforme. Il confirme ce que j'écrivais ici il y a peu, à savoir que le PS n'avait effectué aucun travail de fond, progamatique durant ses cinq années d'opposition. La victoire aux régionales est venue trop vite et leur a laissé croire que ce travail était superflu.
Et puis il y a l'affect, bien sûr: Besson, pied noir qui a passé sa jeunesse au Maroc, passionné de football dit avoir compris le geste de Zidane. Il y a des choses avec lesquelles on ne transige pas, par exemple le respect de la famille. Quand ses amis socialistes se sont mis à salir sa vie privée, il leur a filé un méchant coup de boule!