Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

11 septembre 2007

Suis-je un barbare?

Si j'en crois Renaud Séchan, il faut croire que oui. Car je fais partie de ceux qui prennent plaisir au spectacle de la corrida, avec-je le précise sans aucune volonté de provocation-mise à mort du taureau. Je ne vous ai jamais entretenu de cette passion jusqu'ici, étant le contraire d'un prosélyte. Je trouve parfaitement respectable qu'on n'aime pas la corrida et même qu'elle répugne à certains. Ce qui m'a poussé à transiger avec ce principe c'est le clip anti-corrida commenté par M. Renaud. Que dit-il? Qu'il s'agit "à l'aube du troisième millénaire" d' un spectacle "barbare" où l'on "torture" impitoyablement un animal en public. Je reviendrai sur le terme. Mais surtout il invite chacun à "rejoindre la civilisation", en signant évidement la pétition des anti. Me voici donc rejeté, exclu de la civilisation, au sens de Renaud évidement. Car, à vous je ne sais pas, mais à moi ce type de discours m'évoque furieusement la rhétorique du bien et du mal qui hérisse tant le même Renaud et d'autres avec lui, lorsqu'elle est employée par Bush, par exemple, à propos de l'Irak. M. Renaud est tellement persuadé d'incarner la civilisation, que, forcément, tout ce qu'il n'aime pas et ne comprend pas est assimilé par lui à de la barbarie.
Je ne vais pas me livrer à une longue argumentation sur le sujet. Je renvoie simplement à l'ouvrage de Francis Wolff (ENS) "Philosophie de la Corrida"(Fayard), et pour ceux qui ont moins de temps à sa récente tribune dans Libé.
J'insiste seulement sur un point: Pour qu'il y ait torture, il faut que le "torturé" soit au préalable privé de ses moyens de défense, ce qui n'est nullement le cas du toro de combat. Celui-ci est au contraire élevé afin de développer au maximum son agressivité et sa combattivité. Une toute petite partie des bêtes sera d'ailleurs jugée digne de combattre dans des arènes, ce qui rend l'activité d'éleveur extrêmement aléatoire. Interdire la corrida aboutirait au contraire de ce que souhaitent les "anti"( du moins je l'espère) à la disparition totale de ces races de taureau, élevées chèrement dans le seul objectif du combat. ce serait un véritable génocide. On touche ici au ridicule de ce combat: "protéger" cet animal si particulier, revient donc, paradoxe absolu à la faire disparaitre en tant qu'espèce.
Reste la question du spectacle. S'agit-il d'un spectacle visible par "tous publics". Certainement pas. Il y a tous ceux qui ne supportent pas, ne comprennent pas. Ceux-là ne sont pas obligés de payer (cher) des places pour les arènes, ni même de le regarder à la télévision. Et les enfants? Je ne crois même pas qu'il s'agisse d'une question d'âge. J'ai élevé mon fils dans le respect des animaux, et nous avons un animal domestique qui est pour nous comme un membre à part entière de notre famille. Je ne l'ai jamais obligé à voir une corrida. Pendant longtemps, l'idée de la mise à mort lui posait problème. Jusqu'au jour où, à 9 ans, il était lui même demandeur. Il avait l'intention de se cacher les yeux pendant ce moment qu'il continuait de redouter, mais, sans s'en rendre compte, il l'a parfaitement supporté, et, je crois compris la chose.
L'animal meurt(souvent) dans l'arène. Bien ou mal c'est une autre question qui n'intéresse que les aficionados. C'est violent. Il meurt aussi violemment dans la nature lorsqu'il se trouve face à un de ses prédateurs. Or le taureau est une proie et l'homme qui l'a élevé est son prédateur. Il en va de même de la vache qui discrètement est emmenée à l'abattoir pour finir en steak dans nos assiettes. Sans que cela suscite autant d'émotion, alors que soit dit en passant, parfois cela devrait.
Certains enfants, et même certains adultes-ce qui est moins excusable- ont du mal à admettre ces évidences de l'ordre naturel qu'ils perçoivent comme de la cruauté. Un lion qui broie le cou d'une gazelle est-ce de la cruauté, ou simplement naturel, l'exercice de son instinct? Un chat peut-il encore chasser des oiseaux, ou bien cela lui sera-t-il bientôt interdit? Et les vers de terre dont se repaissent les oiseaux ne font-ils pas eux aussi partie du règne du vivant? Allons nous aussi les protéger et faire en sorte que les oiseaux deviennent végétariens? La bien-pensance actuelle, le principe de précaution et l'hygiénisme triomphant voudraient nous faire oublier cela et nous parlent de torture en mettant sur le même plan le sort des taureaux de combat et celui des réfugiés du Darfour. Au fond, tout simplement l'homme sur le même plan que l'animal. Mais si nous avons bien des devoirs envers les animaux, n'est-il pas, au contraire indispensable que l'homme prenne conscience de sa supériorité sur l'animal. Contrairement au fauve qui charge par instinct (en tout cas c'est dans cet objectif qu'il est élevé), l'homme ou plutôt le torero, lui, n'obéit pas à une pulsion. Au contraire, il codifie étroitement la mise à mort, la sublime et l'apprivoise en même temps, sans doute pour adoucir le sentiment de l'ineluctable. En respectant ces règles qu'il a lui-même fixées, il accepte aussi la possibilité d'y laisser sa vie. Il est aussi possible de voir dans la mise à mort l'accomplissement de la civilisation (et oui!) sur la bestialité. L'homme peut tuer un taureau dans une arène. Mais il a su faire preuve du savoir faire nécessaire pour faire naitre, vivre et mourir celui qui devient, une après-midi, son adversaire.

14 commentaires:

Anonyme a dit…

Et bien moi petit pêcheur ai eu un compte très chargé le jour où, sacrifiant un ver de vase innocent pour ferrer un gardon de printemps, ce dernier s'est lui même fait déchiqueter avant de quitter l'eau par un brochet qui a du coup retrouvé tout le monde dans la bourriche : trois meurtres sur la conscience, enfin allégée de ce poids, merci à toi Sylvain.
Vincent

Pierre-Olivier a dit…

Je ne suis pas certain que l'on puisse argumenter de la fin de cette espèce de taureaux, si la corrida devait s'arrêter... On n'est pas forcé d'éradiquer la race, même si on ne peut plus la vendre.

Mis à part cela, je partage en partie cette analyse, qui nous amène peu à peu dans un monde plat et aseptisé, avec une tendance incroyable à vouloir nier la violence, comme si cela la faisait disparaitre. Combien de personnes sont capables de mettre le Darfour sur une carte ? Et pourtant, on ne parle pas de taureaux, là-bas...

Il est bon, de temps en temps, d'expliquer que ce sont des taureaux de combats et, également, d'expliquer tout ce qu'une corrida porte de patrimoine et de culture. Il est bon, également, d'expliquer à un toréro qui rate plusieurs mises à mort, transformant un final en boucherie, qu'il devrait simplement changer de métier et qu'il ne mérite pas ces taureaux.

Pour le reste, chaque journal de 20:00 (que je m'interdis de regarder pour ne pas y exposer mes enfants) comporte systématiquement 3 ou 4 faits d'une telle violence, qu'ils me laissent penser que le débat sur la cruauté de la corrida est vraiment futile...

PS : Sylvain, si ça ce n'est pas un futur billet polémique ?!? :-)

Marcoroz a dit…

Oui Sylvain, tu es un barbare! Et en plus, tu y amènes un gosse de 9 ans, c'est absolument honteux!

Je pourrais facilement mettre en pièce tous tes arguments biaisés, un par un, simplement je n'ai pas le temps.

Honte à toi et à tous ceux qui prisent ou excusent ces horreurs.

Anonyme a dit…

Je ne suis pas intégriste et je me méfie des jugements outranciers comme ceux de renaud (Voir texte sur Mme Thatcher...).
Mais ce qui me gêne dans la corrida c'est que c'est une fête autour de la mort. Cela me parait assez barbare.

Philippe a dit…

Doit-on avoir un avis sur tout ?

Fabien a dit…

A lire, la chronique de Michel Onfray sur la tauromachie: http://perso.orange.fr/michel.onfray/Chronique_fev07.htm

Il reprend un a un les arguments classiques des afficionados (dont certains repris dans ce post), et les refute, sans jugement outrancier a mon sens.

Il pose enfin une question, sur laquelle, j'aimerais bien avoir l'avis de Mr Attal "que signifie jouir du spectacle de la mort? [...] sinon qu'on jubile de la plus mauvaise part en soi"

Personellement, je ne me permettrais pas de juger Mr Attal ou les afficionados en general...permettez moi seulement d'etre, a chaque corride, du cote du taureau (suis-je un barbare?)

Fabien

Marcoroz a dit…

Le sujet, ce n'est pas la personnalité, les idées ni les outrances de Renaud, c'est les mauvais traitements et les coups mortels infligés à un animal en public pour le plaisir.

Marcoroz a dit…

Sylvain, tout de même, un mot sur tes considérations de sémantique: réfuter la notion de "torture" lorsque l'on plante des piques, des crochets et des épées dans le corps d'un animal vivant, et en même temps, qualifier de "génocide" l'abandon d'une pratique d'élevage... rassure-moi, tu ne crois pas à ce que tu écris?

Anonyme a dit…

Monsieur,
Puisque je vois que vous etes du signe du taureau,je vous suggère d'aller faire un petit tour d'arène ,un taureau "bien élevé" ,saurait surement vous faire passer un bon moment,avec l'aide de quelques banderilles, plantées adroitement dans votre postérieur.
Croyez-moi ,le public taurin apprécierait ...

Sylvain Attal a dit…

Monsieur, je publie uniquement votre commentaire afin d'édifier les lecteurs de ce blog sur l'élegance des arguments de certains anti-corrida...Bonjour chez vous...

Sylvain Attal a dit…

J'ai effacé par mégarde le commentaire d'un lecteur et c'est bien dommage. Il était assez bref: "La corrida ne sera jamais de l'art que pour les imbéciles" me dit cet "anonyme. J'accepte volontiers d'être rangé dans cette catégorie aux côtés de Picasso, Cocteau, Hemingway, Leiris et j'en passe...

Anonyme a dit…

Une trentaine de médecins, psychiatres et psychologues, représentés par le Dr Jean-Paul Richier (Hôpital Paul-Guiraud à Villejuif, Val-de-Marne), ont pour leur part présenté un rapport qui corroborerait le bien-fondé d'une interdiction de la corrida aux moins de 16 ans. Selon ces praticiens, il est légitime de redouter chez le jeune spectateur "des effets traumatiques", "une accoutumance à la violence", mais aussi "une fragilisation du système moral" et "une perturbation du sens des valeurs".
Nouvel Obs.

Sylvain Attal a dit…

J'adore ce genre d'info. Je suis un peu curieux, de profession...Quels sont donc les patients qu'ont eu l'occasion d'examiner ces honorables cliniciens afin de réaliser leur "rapport". Vous imaginez: Voilà Docteur, j'ai un grave problème, j'aime trop la corrida.Je ne peux pas m'en empêcher mais je sais que c'est mal. Pourriez vous m'examiner, m'allonger sur votre divan. Une petite psychothérapie afin de me dire si par hasard ces spectacles n'engendrent pas chez moi une "fragilisation du sens moral" et une "perturbation du sens des valeurs"? J'en rigole, excusez-moi...Il s'agit ni plus ni moins que de l'opinion subjective de ces médecins sur la tauromachie.Le produit de la représentation que se font de la corrida ses adversaires acharnés auquel on donne une caution scientifique.Bref, de la pure désinformation.Cela montre en tout cas à quel point les anti sont pr^sts à user de n'importe quelles méthodes pour parvenir à leur fins, ce qui devraient nous alerter. Pacifiquement s'entend. Car s'agissant "d'accoutumance à la violence" et de violence tout court d'ailleurs, j'observe que ce sont les soit disant défenseurs de la cause animale qui en usent et en abusent.

FalconHill a dit…

Je suis aussi un méchant, un barbare, un vilain... Circonstance atténuante, je suis gardois, mais bon...

Joli billet M. Attal. Il m'a touché. Bon weekend