Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

04 juillet 2005

Deuil d'un journal indépendant



Le journal Proche-orient.Info, auquel j'ai si souvent collaboré depuis deux ans, ferme. De nombreux lecteurs de ce blog l'ont découvert grâce à ce (bref) compagnonnage. Je ne cacherai ni ma tristesse ni mon inquiétude.
POI, c'est (c'était?) un journal en ligne, une chose encore assez unique il y a 48 heures. Pas seulement un site, mais une équipe de journaliste mettant son talent à disposition sur le web. C'est à dire, pas de propagande, de rumeurs, de professions de foi militantes, seulement de l'information, des éditoriaux, des analyses, une réputation déjà excellentes due à quelques scoop comme récemment les déclarations antisémites de Dieudonné en Algérie.
POI n'était pas un organe "communautaire", il n'y a qu'à voir pour s'en convaincre ses exécrables relations avec les représentants officiels de la communauté juive qui pourtant adorait lire ses articles. Les pamphlets contre Elisabeth Schemla, la directrice de POI, précisément sur les sites internet communautaires. Englués dans leurs raisonnements binaires, il aura fallu du temps à tout ces gens pour comprendre cela, si toutefois ils l'ont compris.
Bien sûr les ennemis conscient ou inconscients de la ligne rédactionelle intransigeante et courageuse de POI avaient compris l'intérêt que pouvait avoir l'utilisation de cette épithète infamante: "communautaire". Celle que l'on utilise aujourd'hui pour discréditer un adversaire face auquel on est légèrement à court d'argument.
En réalité, POI était tout simplement un media indépendant, donc fragile. Ses actionnaires ne pouvaient éternellement le soutenir à bout de bras. Or, les lecteurs, eux, n'ont pas compris que pour vivre n'importe quel journal, même sur internet, a besoin du soutien financier de ses lecteurs. N'en déplaise à Bové, l'information
est une marchandise. C'est un bien précieux. Son prix, c'est sa valeur.
Il faut dire que la télévision et la radio, les blogs, fournissent de l'information gratuitement et que la presse gratuite se développe si vite qu'elle met en danger de mort de nombreux titres. Certains sont même déjà morts mais ne le savent pas encore.
Cela rend assez pessimiste sur l'avenir du journalisme. Il pèse sur lui de très nombreuses menaces, dont la moindre n'est pas la nouvelle vague de concentration, incarnée par l'offensive de Dassault à l'Express ou au Figaro. Et quand ce ne sont pas des "marchands de canons", ce sont des vendeurs de "temps de cerveau humain".
Méfions nous de devoir nous lever un matin sans information crédible et réellement indépendante. Les lieux qui correspondent à ces critères, sont déjà des îlots. Ce jour-là me paraît malheureusement assez proche.

14 commentaires:

Nikita a dit…

oui, l'indépendance d'un journal a un prix, cela se paie . La presse indépendante ne peut vivre sans le soutien financier de son lectorat, beaucoup n'ont pas encore capté cela . La disparition de P-O.I laisse libre cours à tous les propagandistes haineux, et on va bientôt nous faire accroire que Al Jaezeera est un modèle de journalisme éthique...

guigui from paris a dit…


La fin de POI est une mauvaise nouvelle, personne ne le contestera.
Cependant j'ai pu entendre et lire l'argumentation de E.Chemla sur le pourquoi de cette fin et j'en suis resté perplexe.
Tout serait de la faute du radin lecteur adepte du tout-gratuit, pour elle nous avons fait une "faute politique" (notons la gravité de la charge) et ce serait nos pires ennemis ("les gauchistes, les islamistes, les antisionistes, les antisémites") qui auraient gagné la partie; un peu simpliste comme propos.
Ce que Chemla ne dit pas c'est que les actionnaires ( qui sont-ils) n'ont pas tenus leurs engagements (est-ce la faute du radin-lecteur)
POI n'était pas financé par la pub, existe-t-il auj une presse pouvant se passer de la pub ?

Pour résumer ma pensée je dirais que POI était un business comme un autre et quand on se casse la gueule on vient pas pleurer et presque engeuler les consommateurs car c'est bien de ça dont il s'agit, l'info est un marchandise qui se vend

Cette disparition demeure problématique mais je suis certain qu'il y a un plan B...

Antoine a dit…

"Culturellement" je n´accepte pas de payer pour consulter en ligne et même les 5 Euros par mois du Monde me paraissent trop chers. En fait, c´est donné mais c´est une question de principe.

Personnellement, je lisais parfois Proche-Orient Info mais je n´en aimais guère le ton. Schemla me semblait très intolérante. Je me souviens d´un compte rendu sur une manif de musulmans où on avait droit à tous les clichés; comme le remarqua finement un lecteur, il ne manquait que "l´odeur des merguez".

Schemla aurait du ouvrir un espace "forum" pour que les lecteurs débattent et mettre plus de pub à cet endroit (il n´y avait que cet agaçant pop-up de "Partouche, casino online").

Bok a dit…

Fidèle lecteur et sympahtisant de procheorient.info (depuis la premiere heure), pas forcément toujours d'accord : j'ai trouvé que certains articles étaient un peu "réac" et aurait mérité un peu plus de temps et /ou recul, je n'en demeure pas moins attaché à votre publication et à cette liberté de ton qui vous caractérise.

Je suis un lecteur "gratuit", parce que meme si je paye la musique que j'écoute, j'ai bien du mal à payer pour de l'information, que je considére comme un produit(n'ayons pas peur des mots) de premiere nécessité. Je comprend que cela puisse vous choquer, cependant c'est ainsi que je consomme, je ne pense pas que plus cher veut dire mieux, encore moins en matiere intellectuelle et culturelle.

Et je pense que si vous aviez pu faire un journal gratuit pour ses lecteurs, vous l'auriez fait, donc le probléme n'est pas une question idéologique sur le "qui doit payer".

Suis-je un des facteurs de la faillite de proche-orient ? je pense qu'il faut se garder de trouver tel ou tel bouc emissaire, le probleme est bel et bien le "business model", or il y a quand même une grande illusion ou un grand paradoxe : certain parleront de tabou.
En effet, on entend parler de faillite, d'actionnaires, de manques de revenus, de la nécessité de payer (faut il dire "consommer"?) l'information... et d'un autre on nous parle de presse indépendante qui a refusé la pub ect...

Il est temps de repenser ce "business model", faire payer des article sur le web n'est pas mauvais en soi, il faut l'assumer, certes, mais baser tous les revenus dessus en refusant de faire du publicitaire.... ca fait un peu juste tout de même.

Si j'avais quelques conseils à donner à l'équipe de proche-orient.info :

- La publicité sur le web ne fonctionne pas comme sur la presse papier, la plupart du temps vous passez par des régies pub web qui se charge d'utiliser un espace mis à elur disposition pour diffuser leur publicité. Il y a peu de chance de perdre votre indépendance vu que vous n'étes pas dépendant d'une régie pub en particulier (yen a un bon paquet) ni d'un annonceur, puisque cette espace pub est "dynamique" (vous seriez bien incapable de prévoir quel annonceur utilise proche orient et lui meme ne le sait pas)

- Cependant la pub ne paye pas tout (tout juste les frais en général), et vous l'avez bien vu, si vous voulez faire fortune, la presse est rarement la bonne adresse, il conviendrait donc de trouver un autre mode d'alimentation des articles. Pourquoi ne pas associer des partenaires issus d'autre médias non-web (TV et radio) qui ferait don de leur contenu sous forme de version écrite. Certains article de proche orient .info pourrait leur etre cédé en échange. Les partenariats sont un facteurs non négligeable de réussite sur le web.

D'autre part, une source de revenu pourrait être la diffusion d'ensemble d'article/dossier au sein d'un périodique (bimestriel, semestrielle????) dont l'abonnement pourrai etre combiné avec l'abonnement de news "on-line".
Un des modes valorisation de contenu web est indéniablement la publication "multi canal" (je parle en connaissance de cause car travaillant dans ce domaine), diffuser un même contenu sous plusieurs formes : papier, voix, video, pages web (+ ou - interactive)....
Je pense que vous n'avez pas encore tout tenter et que la solution à l'équilibre financier existe.
Contrairement a ce que pense Sylvain Attal (que je salue), vous ne m'apparaissez pas comme les derniers des dinosaures mais plutot comme des pionniers d'une nouvelle epoque de l'information, telle que l'avenement de l'imprimerie.

Sylvain Attal a dit…

1: je ne pense pas que POI soit un dinosaure, mais bien un pionnier. Parfois on se fait mal comprendre.
2: je ne crois pas que POI ait refusé la pub. Pour l'instant le Business model d'internet ne eprmet pas de faire des recettes suffisantes. (les quotidiens de la PQN eux mêmes n'en ont pas assez)
3 Voici pourquoi on ne peut pas dire que l'info est un bien de première necessité et refuser de payer. Le pain est-il gratuit?

Bok a dit…

Excusez moi si je vous ai mal compris. Nous sommes donc d'accord sur le fait que proche-orient.info est un pionner, et commme tout les pionniers, il tente de s'adapter à un nouvel environnement en essayant différente piste et en apprenant de ses déconvenues, il lui faut donc un "nouveau" business model et pas la transposition de ce qui existe déja.
Concernant le fait de payer des articles, je n'ai rien contre le principe de faire payer l'information, mais, à titre personnel, je refuse de payer pour cela car je ne suis pas dans une logique de consommation quand je lis la presse en ligne, d'autant que nombre de titres ont trouvé un business model adequat.
Il y a un certain nombre de pistes (indexation de contenu, partenariats, diffusion multi canal...) qui, je le pense, ne remettent pas fondamentalement en cause l'indépendance de proche-orient.info tout en offrant une part de gratuité à ses lecteurs.

Anonyme a dit…

Se defiler derriere le terme "culturellement" pour dire qu'on ne veut pas payer, c'est moche...comme de dire que "culturellement" on ne veut pas payer ses impots ou le metro, ca veut dire quoi? tout simplement qu'on est un resquilleur. Quant a dire que l'info est un produit de premiere necessite donc doit etre gratuit, encore une fois une vision pseudo-socio-communo hypocrite. Tres tres pseudo !!! La bouffe c'est aussi de premiere necessite, pourtant quand on va au resto on paye, et de plus personne ne vous force a y aller, comme personne ne vous force a recevoir POI sur votre ecran, alors treve d'hypocrisie.

Bok a dit…

Ce type de reflexion qui consiste a assimiler contenu web et bien matériel ne mene nulle part.
Ce n'est à mon avis pas comme cela que l'on doit envisager le contexte "web", pas avec ce genre de transposition. A ma connaissance il n'y a pas de business model qui ai fait ses preuves et qui soit fondé explicitement sur la vente (et facturation) d'informations à des particuliers.
Le web est a l'origine un espace culturel totalement libre, certaines entreprises y ont trouvé leur compte, mais ses fondements ne sont en aucun cas à vocations commerciales. Dans cet environnement, toute organisation à but lucratif doit bien en comprendre les régles avant de choisir de s'y intégrer, ce n'est pas au web de s'adapter à elles. Sinon, c'est la selection naturelle, seuls les plus adaptés survivront, pas les plus chers, regardez google, yahoo, etc.

L'expérience Minitel a existé en France et dans ce contexte, à vocation lucratif, les régles n'étaient pas les mêmes, de ce fait l'audience étaient évidement moins large et donc peu adapté à la diffusion de contenu pour particuliers.

nikita a dit…

Un simple rappel : un hebdomadaire indépendant vit et survit, depuis des décennies, en France sans pression publicitaire et grâce à un lectorat payant : c'est "Le canard enchaîné", tout le monde en conviendra.
Payer un travail de journaliste me semble d'une évidence basique.

Anonyme a dit…

Personne ne parle de bénévolat, tout le problème est dans le "comment" il doit être payé dans un environnement web. quand on veut vendre de l'information, on vend un produit fini c'est à dire contenu + forme + format qui a un cycle de vie défini (validité de l'information, archivage...) c'est un tout et pas seulement du contenu brut.
Il y a donc un ensemble de paramétre sur lesquels jouer pour disposer d'une solution viable.

Le drame de POI est que les meilleurs journaliste ne sont pas les meilleurs hommes et femmes d'affaires (c'est d'ailleurs tout a leur honneur).

Anatole a dit…

Silence assourdissant de l'ensemble des media : une entreprise originale, un media d'information proposant chaque jour la traduction en français de nombreux articles de la presse arabe et de la presse israélienne, une revue de la presse française sur les thèmes liés au conflit arabo-israélo-palestinien, un fil AFP sur ces mêmes thèmes, bref, un outil probablement très consulté par tous les journalistes intéressé par ces thèmes, POI donc disparaît il y a bientôt une semaine et personne n'en parle : ni Le Monde, ni Libé, ni Le Figaro, ni les hebdos en ligne, ni la radio, ni la télé : rien.

Cela dit exactement la mesure du manque que signifie la fermeture de Proche-Orient.info.

Avec le soutien apporté par une partie, une partie seulement mais une parie conséquente, de la crème intellectualo-milito-journalistique de notre pays, à l'article condamné du journal Le Monde, je crois que nous sommes en train de connaître une nouvelle phase dans la destruction de la pensée, une espèce de court-circuit. Tant que la fascination des "élites" pour la radicalité n'aura pas été traversée (si encore ils avaient le courage d'y plonger totalement, dans leur "vraie-fausse" pensée, peut-être cette radicalité en fusion s'y dissoudrait-elle), tant qu'on n'aura pas compris que la couleur intègre et le noir et le blanc, qu'à refuser ces deux-là on se prive aussitôt de toutes les autres tandis qu'à les confondre on "pète simplement les plombs" si vous me passez l'expression, eh bien ça risque de durer...

Sans POI, ce sera encore plus difficile. D'autant que POI n'était pas un site communautaire (je dirais que La Mena non plus, d'ailleurs, ni Primo), mais les autres sites de qualité le sont souvent tels que desinfos.com, RCJ, l'Arche, Maghrébins Laïques de France, UPJF, etc...

Oui, ça va être difficile. Nos nerfs vont être mis à l'épreuve. Notre humour aussi. J'ai heureusement trouvé chez un auteur corse, Stephen Jourdain, un remède excellent contre la perte d'humour. L'humour, explique-t-il, est le meilleur remède contre le manque d'humour. Il est vrai qu'il ajoute aussi la conscience.au remède...

Bien à toi Attal,


Anatole

François a dit…

On s'esbaudit aujourd'hui sur POI, mais personne pour nous dire combien ce media avait de lecteurs et pour quel budget, mais je subodore que POI coutait une fortune pour une qualité somme toute moyenne et un lectorat certainement assez limité.

Pour gratuit, et sans recevoir des mails culpabilisant à tire=larigots je conseille plutôt des blogs de géopo comme www.ludovicmonnerat.com ou www.politiquearabedelafrance.blogspot.com

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Sylvain Attal a dit…

le message précédent avait échappé à ma vigilance, pendant mes vacances. Désormais je supprimerai systématiquement tous les messages haineux ou insultants.