
Le lancement de France 24 a été de l'avis général une réussite. Evidement nous sommes conscients d'avoir encore une marge considérable de progression...Mais compte tenu des circonstances, le travail accompli par tous fut assez énorme. Finalement le génie "français" ça existe peut-être. Je mets des guillements car, comme on le sait, une partie de l'équipe n'est pas française.
Dès mercredi soir, j'ai interviewé le journaliste Thomas Friedman, qui avait publié, en 2003,
un éditorial intitulé "Notre guerre avec la France" et qui disait notament ceci: "La France n'est pas notre rivale, elle est notre ennemie". C'était évidement dans le contexte du "veto" de la France au conseil de sécurité de l'ONU sur le mandat réclamé par les Etats-Unis en Irak. Dans
un autre papier, il avait suggéré de donner le siège permanent de la France à l'Inde!
Aujourd'hui, Friedman-qui affirme beaucoup aimer la France- ne regrette pas l'excès de son propos. Il continue de penser que l'histoire eut été différente si l'Amérique ne s'était pas lancé dans l'aventure toute seule.
Sa participation à la soirée de lancement est, pour moi, un signe fort que France 24 ne sera pas une chaine au service de la diplomatie française ni "taillée sur mesure" pour qui que ce soit d'ailleurs. Mais je sais que nous devrons donner davantage de gages de nos bonnes intentions.
Pour autant, je trouve normal que nous aillons aussi interrogé Dominique de Villepin ce soir là. Il était interessant d'avoir la réaction de l'homme du "discours de l'ONU" au rapport Baker. Evidément le gouvernement, comme l'opposition encensent ce document.
Le lendemain, toutefois, dans le premier "débat de France 24" la tonalité était toute différente. Pas seulement de la part de Laurent Murawiec, néo-conservateur déclaré qui y voit dans les préconisations de Baker-Hamilton une capitulation pure et simple devant les dictatures moyen-orientales. Denis Lacorne, professeur à Science-po, y a vu un "tissu de banalité" et l'expert militaire Pierre Servent était à peine plus enthousiaste.
Ce rapport est assez peu original, en effet, et il relève finalement davantage de la politique intérieure américaine. Passons.
Le lendemain, encore des propos assez critiques pour la France et ses gouvernants chez Pascal Lamy premier invité de mon "entretien de france 24". Le directeur général de l'OMC estime que si la France s'adapte moins bien, ou moins vite, que ses voisins à la mondialisation, la faute en incombe à ses gouvernants. C'est à eux et à personne d'autre que revient la responsabilité d'élever le niveau éducatif de la population. C'est à cette condition que nous seront peut-être capables de créer des emplois qualifiés en nombre suffisant pour remplacer ceux qui sont détruits ou délocalisés. Et si notre système universitaire est si défaillant ce n'est ni la faute de la mondialisation, ni celle de l'Europe, mais bien celle des gouvernements successifs qui ont été incapables de le moderniser. Cela fait 20 ans que ça dure (j'y reviendrai dans une prochaine note avec l'anniversaire des évènements de 1986).
Il y avait plus fort, à mon avis dans l'interview de Lamy: En réponse à une question, il estime qu'il faut se préparer à un mouvement d'émigration des peuples européens vers des pays émergeants dont l'économie est plus dynamique que la notre et où se créeront de plus en plus d'emplois à haute valeur ajoutée.

Après tout, dit-il, un tel processus n'est pas inédit et on l'a déjà observé au début du XXème siècle quand les Européens émigraient aux Etats-Unis, en Australie ou en Nouvelle Zélande...
Le risque pour notre vieux continent, dont le poids relatif dans l
e "monde plat" va mécaniquement baisser, c'est que ses cerveaux fasse leurs valises pour l'Inde ou la Chine et qu'il ne soit plus en mesure que d' attirer que des immigrants indigeants en provenance de pays pauvres, attirés par un généreux système de protection sociale et d'assistance qui sera devenu impossible à financer.
D'où l'urgence de réformer notre marché du travail. Ce n'est pas du libéralisme, c'est du bon sens et un simple instinct de survie si on est attaché au maintient d'une culture européenne vivante et... généreuse!
PS: Ce blog sera bientôt consultable sur
le site de France 24