
Vive controverse entre les chroniqueurs d' "On refait le monde", la semaine dernière au sujet de l'emploi par Nicolas Sarkozy du mot "nettoyer". Nettoyer la Courneuve, des voyous qui règlent leurs comptes à coups de flingues sans s'apercevoir que des gosses de onze ans sont là au milieu, quelle idée les morveux, à nettoyer justement la voiture de leur papa, pour leur fête.
Nous avons été mis en minorité, ceux d'entre nous qui avons déclaré ne pas être choqués par l'emploi de ce terme, mais plutôt par l'absence de résultat dans le nettoyage, au "karsher" pourtant. Et pour cause puisque Sarkozy avait envoyé un faire-part de descente aux voyous... Pouvait pas se taire avant d'envoyer les flics? C'est encore la preuve qu' il tient davantage à l'effet d'annonce et aux conséquences sur sa propre image qu'aux résultats, notre sauveur de dans deux ans. Putain, deux ans...
Oui, la majorité de mes confrères estimaient fâcheux ce terme, ou plutôt facho, Cabannes (l'Huma) m'a dit que je parlais comme le FN, puis s'est excusé. Bon c'est la loi du genre, on est là pour polémiquer, alors parfois on va trop loin. Faut pas se formaliser, mais quand même ça m'a énervé.
La discussion s'est même prolongée jusqu'à notre dîner de fin d'année. "Nettoyer, m'a-t-on dit, c'est trop connoté, ça rappelle trop de mauvais souvenirs. " Quoi? On n'a plus le droit de nettoyer? Je vire ma femme de ménage? Les nettoyages à sec vont bientôt disparaître? La propreté des rues aussi? Non bien sûr, c'est quand ça s'adresse à des banlieues peuplées d'Arabes qu'il ne faut pas dire qu'on va nettoyer. Chez eux ça doit rester sale. Pourquoi? Parce que ça rappelle le langage de la guerre d'Algérie. c'est encore frais ce qu'on leur a fait. Le nettoyage ethnique, aussi. Alors là, j'ai dit, vous n'avez pas compris, c'est pas les habitants qu'il veut nettoyer, Sarkozy, c'est les voyous! Ils doivent être d'accord les habitants, j'imagine. C'est leurs enfants qui crêvent! A moins que vous pensiez qu'ils ont moins droit à la sécurité que les administrés de Sarko à Neuilly?
Il paraît que des gens qui m'entendent trouvent que j'ai viré sarkozyste. Je les rassure. ce n'est que son discours que j'approuve pas son action. Et encore, pas tout son discours. J'aurais envie de critiquer davantage ses propos sur la religion (voir "Tableau d'honneur gouvernemental"), ou bien sa scandaleuse transgression de la séparation des pouvoirs, lorsqu'il demande de sanctionner un magistrat qui a appliqué la loi en remettant en liberté un récidiviste. Aujourd'hui, je me dis simplement que la gauche n'a absolument rien compris à ce qui lui est arrivé le 21 avril 2002. Pourtant elle avait semblé faire son aggiornamento, sous l'influence de Julien Dray, de Bruno Le Roux et de quelques autres, en observant que puisque l'insécurité frappait d'abord les plus fragiles économiquement, ce devait devenir une priorité de la gauche. Mais voilà, depuis ce sont les gauchistes, type Besancenot, qui disent le Bien à Gauche. Ils préfèrent brosser l'électorat fonctionnaire dans le sens du poil que l'électorat populaire. Tant qu'il en ira ainsi il n'y aura pas de Tony Blair français. Et les même causes produiront les mêmes effets.
Ce que je crains, c'est que dans cette affaire aussi, la gauche bien pensante, celle du Mrap et de la ligue des droits de l'homme, celle des "indigènes de la République", n'estime que les voyous des banlieues sont des victimes de la société post-coloniale raciste et ultra-libérale et que le Karsher, dans leur cas, soit un outrage de plus. Il y a même quelqu'un qui m'a dit: "Karsher, c'est connoté ça aussi, ça sonne comme Kasher". Oulala...
PS: au sujet de l'imam de Vénissieux, ("Peut-on juger le Coran?") une lectrice -que je crois bien connaître- fait observer que l'imam aurait du être jugé depuis bien longtemps pour polygamie. Elle a bien raison de rappeler ce point sur lequel j'aurais du insister. Quand à Ivan Riouffol, dans Le Figaro, il fait bien de rappeler le cas de Louis Chagnon ce prof d'Histoire scandaleusement sanctionné et condamné pour avoir fait une description historiquement juste mais sévère de Mahomet, insupportable pour les musulmans, et le Mrap qui l'avait poursuivi. Les juges ont estimé qu'il avait moins d'excuses qu'un imam inculte qui dit que le Coran permet aux hommes de battre leur(s) femme(s).