Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

16 février 2006

Nous avons besoin de victoires


Cette "abracadabrantesque" affaire du Clemenceau me rappelle la façon dont nous avons perdu les JO de 2012.
Dans les deux cas ces défaites humiliantes illustrent quelques travers français, en particulier le fonctionnement exagérément pyramidal et monarchique de l'administration et de l'Etat. En France, beaucoup d'entreprises ont épousé ces tares de fonctionnement en raison des liens incestueux entre monde des affaires et de la politique, et de l'imbrication étroite entre les réseaux de hauts fonctionnaires et de dirigeants d'entreprises qui ont souvent fait les mêmes écoles (Sciences-po, l'Ena, parfois l'X).
Comme je l'ai constaté lors de ma brève collaboration avec "Paris 2012", comme consultant, les réunions de travail sont purement formelles. Aucune idée originale ou à contre-courant n'y est formulée par les responsables opérationnels parce que l'originalité est perçue comme une menace par et pour les "chefs". Résultat: ces séances de travail collectif sont le plus souvent l'occasion de rivalités de conformisme bon teint. Quand on a quelque chose à dire, qui risque d'aller contre le consensus, il vaut mieux se taire et le dire à la machine à café ou au restaurant, lors du déjeuner. On découvre alors que la "piétaille" a, plus souvent qu'on ne le croit, conscience que les "décisionnaires" coupés du terrain, vont dans le mur, que leurs choix ne sont pas les bons, mais que personne n'ose l'ouvrir de peur de compromettre sa progression de carrière. Les "juniors", les personnalités extérieures sont considérées comme n'ayant pas voie au chapitre. Quand à ceux qui ont gagné quelques galons, ils prennent le moins de risques possible.
Dans le cas de "Paris 2012", le pouvoir était beaucoup trop concentré entre les mains du maire de Paris qui a forcément privilégié une gestion politique et "d"honneur" dans ce dossier. Toute initiative, même la plus insignifiante devait systématiquement remonter à lui ou à ses conseillers. A Londres, Ken Livingstone a su déléguer sans disparaître et quand il a fallu changer de cap cela a été fait rapidement, en confiant le pilotage à Sebastian Coe, ancien athlète ayant parfaitement réussi sa reconversion dans la politique. Lors des présentations devant le CIO, c'est lui et non le maire qui défendait la candidature de Londres. A Paris tout était fait pour que brille l'étoile de Delanoë et que personne ne lui fasse de l'ombre.
J'en viens au Clemenceau. Comme pour la candidature aux JO, nous avons fait preuve d'un excès de révérence monarchique. Protéger le sommet (le ministre, le Président), lui plaire, devient pour les conseillers, les experts et les consultants une obsession plus importante que la solidité de l'argument. En bon monarque, l'élu n'aime pas être contrarié. Il est en général conforté dans ses préjugés par ses courtisans qui ne veulent surtout pas le contrarier. Ainsi nous avons dans ces situations une grande propension à nous raconter des histoires. Ce qui peut aussi, bien souvent être interprété comme de l'arrogance, même si, par ailleurs, on prêche la modestie: Ainsi, n'avions nous pas "le meilleur dossier technique"? N'étions nous pas les plus "éthiques"? Ne défendions nous pas( au contraire des Anglais) la paix universelle, comme l'avait montré notre position lors de la guerre en Irak? Vérités révélées, dont on exagère l'importance, répétées comme des évidences par des équipes, mais dont les membres, individuellement, savaient bien qu'elles relevaient de la méthode Coué. Ici, avec le Clemenceau, comme nous l'a dit hier Michèle Alliot Marie, nous avions l'intention de créer une "filière de désamiantage en partenariat avec une grande puissance industrielle, l'Inde." Tout cela, bien sûr, dans "le respect absolu de la santé des hommes et de l'environnement." Alors que la gauche, elle, "n'avait rien fait pendant 5 ans" et que d'autres pays, à notre place se seraient contentés d'envoyer leur tas de ferraille et d'amiante par le fond, de préférence au large de l'Afrique. Enfin, nous avons été "transparents"...tout en ayant recours à une société écran de droit panaméen... Bref, pour un peu, si c'était à refaire, on ne changerait rien. Et, comme nous l'a dit hier MAM, en pleine débâcle, elle continue de penser que c'était la meilleure décision...
Mais s'est-on assez demandé si telle était, dans le public, la perception de nos louables intentions? Les conseillers juridiques se sont-ils suffisamment interrogés sur les éventuelles failles que pourraient exploiter des associations comme Greenpeace, qui semblent avoir un éternel compte à régler avec la France? Car si le fonctionnement de l'administration (les courbettes des fonctionnaires) n'ont pas changé depuis l'ancien régime, nous vivons quand même- d'autres le savent- dans un Etat de droit (le conseil d'Etat l'a rappelé), avec des réglements internationaux qui finissent par s'appliquer à tous, pour peu qu'en face, ceux qui se plaisent à nous humilier, fassent preuve d'un minimum d'obstination et de savoir faire.
Tout cela porte un nom: amateurisme. Il conduit à la catastrophe. Et lorsque celle-ci arrive immanquablement, les plus responsables (le sommet), ne pensent qu'à se dédouaner en accablant les échelons inférieurs. Ainsi, Chirac est-il, dit-on, furieux contre MAM, laquelle ne manquera pas de faire tomber quelques têtes de lampistes, etc...
La leçon de tout cela, ou au moins l'une des leçons c'est que nous passons trop de temps à contempler notre gloire passée ou présente en évitant le plus possible de regarder le monde tel qu'il est, avec ses chausses-trappes. Nous avons les meilleurs ingénieurs paraît-il, avec les meilleurs intentions du monde, mais les batailles se gagnent davantage aujourd'hui avec de fins juristes et des "spin doctors"chevronnés. Soyons donc un peu moins auto satisfaits et politiquement corrects. Un peu plus iconoclastes et courageux.

PS: Le maire (socialiste) de Brest vient de dire qu'il ne voulait pas que le "Clem" pourisse dans sa rade. Misère!

7 commentaires:

David a dit…

Bonjour,

Je ne commenterai pas l'histoire du "Clem" mais c'est juste pour dire que je suis votre blog depuis quelques jours et j'ai été assez surpris par vos propos.
Les langue se délient de plus en plus.
Sinon, avez-vous vu les 2 sites conçus par des danois,destinés à calmer les esprits arabo-musulmans?
Peut-être ferez-vous un article sur le sujet.
http://www.forsoningnu.dk/underskrift/english.html
http://www.anotherdenmark.org/

Oseriez-vous, vous aussi, parler en la circonstance de "dhimmi attitude"?
Bien à vous,

thebeathunters a dit…

la république bananière commence à perdre ses oripeaux et c'est tant mieux. il serait bon que les langues se délient enfin...
une suggestion pour le clemenceau et le chômage:
établissons donc en france cette "grande filière de désamiantage" de pointe et qui aura pour sûr, des carnets de commande pleins à revendre. en plus cela fera plein de contrats jeunes en cpe...

Anonyme a dit…

nous n'avons pas besoin de victoire nous avons besoin d'une colonne vertebrale. c'est elle qui amenra les victoires

Philippe Astor a dit…

A quoi sert d'avoir coupé la tête d'un roi pour se retrouver avec un ramassis de roitelets ?

no more anonymous a dit…

Beau billet d'humeur !
J'ajouterais au "monarchisme" décrit par Sylvain Attal, l'éternel problème de la fonction publique. Ceux qui courbent le dos, à l'inverse des pays anglo-saxons, ne peuvent pas rendre leur tablier dans le cas où leurs décisions sont mises sous le boisseau ou en cas de grave désaccord. Ils perdraient plus que leur emploi, ils y perdraient un chemin de vie tout traçé. Pas de démission dans les bureaux ministériels, donc.

Ensuite, j'ajouterais aussi la mentalité latine "maffieuse" au sens très large. Au sommet le parrain (l'élu), avec des services rendus qui sont autant de dettes. Il y a toujours un "ami" à privilégier, un ascenseur à renvoyer, une amitié utile à renforcer. Déplaire, c'est s'exclure.
Je veux dire par là qu'un certain nombre de "béni oui-oui" de Delanoë que vous décrivez avaient ou pensaient avoir quelque chose à perdre à contredire le Maire de Paris. C'est la maffia soft, avec le ballet des nominations en fin de règne pour expression la plus pitoyable.

g.poney a dit…

Le passage sur Paris 2012 a au moins le mérite d'être clair. Il aurait même surement fallu y ajouter Lamour et tous les autres politiques qui ont travaillé sur le sujet. La notion "d'amateurisme" développée colle parfaitement avec de très nombreux domaines dans laquelle la France excelle. L'élite dirigeante s'est d'ailleurs fait une spécialité de ce domaine qui doit tout de même interpeller le peuple qui, lui, ne sort pas des grandes écoles, mais qui aurait surement fait autrement en réfléchissant un tant soit peu. Le contribuable commence d'ailleurs à réfléchir à combien tout cela lui coûte... Une fois de plus

Citrouille a dit…

Pour en finir avec la declinologie francaise, les britanniques ne sont pas foutus de finir leurs stades pour l'equivalent de la Coupe de France (FA Cup), on va bien rire quand on va voir les spin doctors empiler des parpaings pour finir les travaux a temps:
http://news.bbc.co.uk/sport1/hi/football/4731888.stm

Par ailleurs, Kenny the red pourrait etre rebaptiser Kenny le brun:
http://news.bbc.co.uk/1/hi/england/london/4746016.stm