Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

21 mars 2006

Qui sont les casseurs? Réponse de France 2


France 2 a diffusé hier soir au 20 heures deux reportages très instructifs et "incorrects" sur les manifs, ou plutôt les "after". Le premier montre une bataille rangée, samedi soir place de la nation longtemps après la dispersion, entre CRS et "manifestants". Ceux-ci lancent des projectiles divers sur les policiers qui finissent par charger. Au milieu, un homme gît à terre, probablement piétiné au passage. On nous le présente comme le syndicaliste de Sud-PTT qui depuis se trouve dans le coma, pronostic vital reservé. Ses camarades interviewés témoignent: C'est bien lui, il a été frappé puis piétiné sans ménagement. Alors, on se demande si, journalistiquement, on peut aller un tout petit peu plus loin et poser cette question, sans passer pour un affreux réactionnaire: Est-ce donc le rôle de syndicalistes de défier ainsi les forces de l'ordre? Comment peut-on, ne serait-ce qu'évoquer l'hypothèse d'une bavure, à partir du moment où les affrontements ont été provoqués par les activistes de Sud, syndicat d'extrême gauche? Au moins France 2 nous a-t-il montré autre chose qui contredit les lénifiantes affirmations habituelles en pareil cas, à savoir: "les casseurs n'ont rien à voir avec les paisibles manifestants, ce sont des autonomes, des anarchistes, des provocateurs incontrôlés."
Les casseurs dont il s'agit ici ont repris tranquillement leur travail à la poste le lundi matin. Si, par malheur, leur camarade décède, le "mouvement" aura son martyr et le gouvernement sera montré du doigt.
Un postier. En 1986, les policiers voltigeurs motocyclistes-dissous depuis- dispersaient à coup de matraque les manifestants pacifistes. Malik Oussekine a été tabassé dans une petite rue alors qu'il rentrait chez lui. On ne sait même pas s'il avait pris une part active au défilé.
Deuxième reportage. Des jeunes interpellés samedi passent en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel. Il leur est reproché d'avoir cassé la vitrine d'un magasin d'électronique et/ou d'avoir volé des ordinateurs. Surprise. Là aussi il ne s'agit ni d'un casseur autonome, ni même d'un jeune de banlieue "issu de l'immigration" venu en découdre avec les flics et piller (Il y en a, France 2 nous montre aussi ceux qui viennent aux manifs uniquement pour ça), mais d'un jeune étudiant en économie bien sous tout rapport. Il prend trois mois avec sursis, et paraît désolé: Il s'excuse, même: "
Je me suis laissé tenter. Je regrette. J'aurais pu gâcher mes études." L'erreur est humaine, mais avouez que cela modifie un peu la perception que l'on a de ce mouvement.

9 commentaires:

koz a dit…

Content de voir que certains osent ne pas rejoindre le choeur des vierges suite à ce "dramatique incident".

Tout est dans votre billet mais je le répète, tant je suis d'accord : ce type est un militant d'un syndicat d'extrème-gauche, et pas de splus "pacifistes" (il faut semble-t-il le préciser), il a plus de 2 grammes d'alcool dans le sang, il est au beau milieu d'affrontements déclenchés par ses "camarades" et on devrait pleurer sur son sort ?

Bien sûr, comme tout le monde, je ne me réjouis pas un seul instant de ce qui lui est arrivé. Mais on a bien le sentiment que SUD et d'autres vont nous transformer un homme ivre et violent en petite icône...

LittleFeat a dit…

Je me suis posé exactement la même question que vous: mais que vient donc faire un syndicaliste, saoul qui plus est, au milieu de ces affrontement, car à l'heure où se sont passés les affrontements il n'y avait plus que les casseurs à vouloir affronter les forces de l'ordre. Forces de l'ordre qui d'ailleurs me semblent rester sur une extrême réserve quand on voit les jets de barrières, de pavés et autres projectiles divers dont ils font l'objet.

no more anonymous a dit…

Les bandes vidéos montrées hier soir donnent une impression encore plus étrange. On voit cette personne entre policiers et casseurs, erratique. On a l'impression qu'il ne se rend pas compte de la violence autour de lui (des planches, des pierres volent).
Je me pose même la question : qu'ont fait ses éventuels collègues de SUD PTT ? N'ont-ils pas vu que leur camarade était dans un état second ? Comment un CRS qui charge peut-il faire la différence entre un manifestant hargneux et un type hagard dans cette ambiance nocturne et pleine de fumigènes ?

Bref, je ne crois pas du tout à une redite de Malik Oussekine, même si dans les deux cas ça se passe en fin de journée quand l'heure des cogneurs est venue. Les voltigeurs de 1986 étaient dangereux, prédateurs dans leur comportement, avec la volonté affichée de faire peur. Ce n'est pas du tout ce qu'on voit sur les images de l'autre jour. Au contraire, les manifestants lancent des projectiles sans compter sur des CRS assez calmes (d'accord ici avec Littlefeat).

J'ajoute que dans ce simulacre permanent de 68 (voire 34), il est presque comique de constater que les éléments violents (anars, gauchistes) ne sont pas des adversaires du CPE mais du capitalisme, ce que ne disent absolument pas les autres manifestants. Si en 68, le marxisme sous divers formes était omniprésent, ce n'est plus du tout le cas.
Enfin, il est navrant de voir les salariés les plus protégés défiler avec les étudiants. S'il y a bien une forteresse qui a rendu le marché de l'emploi français si spécifiquement rigide, c'est bien celle de la fonction publique. Des fonctionnaires, parfois enseignants, pointent du doigt d'autres fonctionnaires (enarques), en arguant de la duplicité d'un troisième groupe, les patrons.

mikiane a dit…

A ce propos je vous conseille la lecture de ce post: "Le triomphe de la terreur"

Anonyme a dit…

Bigre, Relativement réacs les points de vue postés sur ce blog...

Petite mise au point: Entre 19h00 et 20h00, samedi dernier, la place de la Nation était encore occupée par de très nombreux manifestants paisibles, (à 19h00 la place était totalement pleine et à 20h00 au plus fort des coups de matraques des crs, il en restait plusieurs milliers.

Les casseurs étaient quelques centaines (200-300 max). Et effectivement ils étaient violents envers les crs.

Mais la grande majorité des manifestants qui s'attardaient était pacifique. Ambiance copains, guitare sèche, merguez, et joints par ci par là. Et le militant SUD était de ceux là.

Le problème c'est que la préfecture a donné au crs l'ordre de vider la place de la Nation beaucoup trop tôt. En fin de soirée, il ne reste en général que des casseurs. Mais en début de soirée, si les crs sont lachés trop tôt, ils matraquent casseurs ET manifestants pacifiques. Et à leur décharge dans la confusion, la fumée et la peur réciproque la différence est bien difficile à faire.
En revanche il y a à mon sens une bavure policière: Elle a eu lieu à la Préfecture de Police. L'ordre d'évacuer la Place a été donné trop tôt. Et voilà le triste résultat...

Anonyme a dit…

Si vous ne voulez pas passer pour un "affreux réactionnaire", soyez précis dans ce que vous dîtes. Attention aux sous-entendus. Sur l'ensemble du billet, rien à dire. Mais sur la dernière phrase, que devons-nous comprendre ?

"Cela modifie un peu la perception que l'on a du mouvement". Vous accusez le mouvement de vouloir faire un martyr. Mais par cette petite phrase, vous faites l'inverse et jetez un discredit sur l'ensemble d'un mouvement à partir de deux cas particuliers.

La plupart des manifestants sont des étudiants ou des salariés pret à sacrifier une partie de leurs examens ou de leur salaire pour défendre ce qu'il croient justes. On peut juger qu'ils se trompent de combat mais pas les mépriser. Ce petit sous-entendu généralisant deux cas particuliers à l'ensemble "du mouvement" m'a poussé à réagir. Le mouvement se passerait bien des casseurs.

Quand au message de "no more Anonymous" qui reprend le refrain, à la mode, des fonctionnaires favorisant l'immobilisme par leur crispation sur leur petits acquis sociaux, je n'ai même plus envie d'y répondre. Je lui propose juste de montrer l'exemple et d'abandonner tout ce qui est stable dans sa vie. Qu'il propose sa démission par exemple, et propose à son employeur de le reprendre en CNE. Et s'il est en libéral, qu'il revende tout et tente de tout recommencer comme s'il avait 20 ans en 2006.

no more anonymous a dit…

Cher anonyme

Vous vous trompez, hélas, car suis bien un réac-libéral-impérialo-sioniste. Sans détailler, je suis effectivement "un professionnel liberal" de tout petit format, sans congés payés, sans RTT, sans assedic si je me plante, etc... Si j'avais 20 ans, je serais sûrement dans la rue, c'est un passage obligé pour tout étudiant qui se respecte. Mais cela ne signifie pas pour autant que la vérité est là. J'ai dit "non" à Saunier Saïté, Devaquet, comme ont dit "non" tous les étudiants et profs à toutes les réformes depuis 20 ans. Le mammouth est un fossile pétrifié.

Passer pour un réactionnaire ne me gêne pas, même si je conteste la formule (qui est conservateur aujourd'hui en France ?). Aux yeux de qui d'ailleurs ? Quel regard devrait tout à coup me pétrifier de honte ?

J'ai voté Mitterrand puis socialiste pendant plus de 10 ans, mais j'ai acquis la conviction que le progressisme est devenu conservatisme. En économie comme en politique internationale (ah nos amis Serbes...).
Ce Mardi, ce sont bien les fonctionnaires qui feront grève. Oui, je sais, ils sont censés défiler au nom de tous les salariés. Quelle blague... Qu'ont gagné les salariés du privé à défendre les retraites privilégiées de la SNCF ? Que gagneront les salariés du privé à contester le CPE (qui ne concerne aucunement la fonction publique)?

Les fonctionnaires ont parfaitement le droit de défendre leurs acquis. Mais les défendre au nom de la précarité supposée des jeunes, là est l'arnaque du raisonnement.

Anonyme a dit…

Cher no more anonymous,

d'abord une petite présicion, le terme "affreux réactionnaire" n'était pas pour vous. Je reprenais l'expression de Sylvain Attal pour commenter son billet.

Je ne vous accusais pas d'être un affreux réactionnaire. Je vous accusais juste de reprendre à votre compte un refrain rabaché et simpliste.

Quant à votre dernier commentaire, je n'y ai rien compris. Vous accusez les fonctionnaires d'avoir fait grève pour défendre leurs acquis tout en reconnaissant qu'ils n'étaient pas concernés. Vous leur imputez donc une "arnaque de raisonnement" pour défendre leurs acquis au nom de la précarité des jeunes. Tout ceci est bien confus et l'"arnaque du raisonnement" ne me semble pas être là
où vous la pointez.

Je n'ai pas bien compris non plus le rapport avec les serbes. Mais ne tentez pas de m'expliquer, je crois que ce serait beaucoup trop long.

no more anonymous a dit…

Cher anonyme,

Merci de votre précision.

Ma réponse est très courte :

- le statut de la fonction publique est en grande partie à l'origine de la précarité des jeunes et des caractéristiques du chômage massif en France.

- le conservatisme Mitterrandien, c'est ne pas voir la barbarie serbe de 1991/95 au nom de leur engagement anti nazi en 39/45. Là aussi, la cause fait l'effet, et des crimes contre l'humanité sont tolérés au nom d'autres crimes contre l'humanité.