Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

11 juin 2007

Infortunes de la diversité et explication de la vague sarkozyste

Elles on toutes les deux un sourire "ultra brite". Craquant. Elles sont belles et intelligentes. L'une est ministre, et non des moindres, a été porte-parole de Sarkozy et évoque son mentor vingt cinq fois à la minute. L'autre est donnée secretaire d'Etat (sans doute auprès de Kouchner) après les législatives, parle de la politique avec les mots d'une enfant découvrant un monde merveilleux et encore inaccessible il y a quelques mois ("les politiques, c'était mes héros"). Elles sont sympathiques et méritantes et representent toutes les deux (doublement car ce sont des femmes) la diversité que souhaite heureusement promouvoir le nouveau Président. Mais voilà ni Rachida Dati, ni Rama Yade n'étaient candidates aux législatives. Bien sûr c'est leur droit, mais pourquoi? Peut-on dénoncer inlassablement le fait que l'Assemblée représente aussi mal les origines des Français et, lorsque l'occasion se présente d'affronter dans d'aussi bonnes conditions le suffrage populaire, laisser ce soin à d'autres, moins connus et moins bien soutenus? Réfléchissons à cela. Ces deux sémillantes representantes de la nouvelle époque étaient présentes, hier, sur les plateaux de télévision. C'est donc qu'en haut on estime qu'elles sont dignes d'être des porte-paroles médiatiques. Elles sont télégéniques mais prendraient trop de risques à se présenter dans une circonscription où leur implantation ne serait pas assez ancienne? La diversité ne serait pas un aussi grand avantage que cela sur le terrain? C'est possible si l'on voit la mésaventure de Malek Boutih, qui n'est pas un novice, à Angoulème. Eliminé, battu sèchement par une candidate qu'avaient choisie les militants socialistes locaux. Donc parachuté au nom de la diversité. Boutih était pourtant considéré comme "un-proche-de-Ségolène-Royal. Rien à faire. Vous direz que c'est plus son parachute que sa gueule d'arabe qui l'a fait battre. Voire. Prenez la première circonscription de l'Aisne, dont j'ai déjà parlé ici. Les militants avaient choisi Fawaz Karimet, un militant du cru, au détriment du vieux routier Dausière, député sortant. C'est lui qui s'est imposé, là aussi largement.
Il faudra étudier de près les résultats des autres candidats "de la diversité" pour voir si la physionomie de la future Assemblée sera (un peu) changée et en tirer des conclusions. Comme par exemple celle-ci, sans doute un peu hative: Pour s'imposer localement avoir une tête ou des origines quelque peu métèques est un plus grand handicap que trainer des casseroles judiciaires. Voyez Mellick, Bédier et même Carignon qui fait mieux à Grenoble que Richard Cazenave...Inquiétant non?
S'agissant du résultat national, il me semble que l'on a trop peu souligné le fait que la vague bleue s'explique davantage par le laminage du FN que par réel un effondrement de la gauche. Avec un FN à 5%, plus question de triangulaires, la droite républicaine domine et s'impose (très) largement. Une époque s'achève ou la gauche gagnait uniquement en profitant d'une extrême droite hypertophiée, et même parfois en favorisant cyniquement son essor. Sarkozy a réussi a remettre le lepénisme en place, c'est à dire plus ou moins sur son socle d'extrême-droite. Ce serait génant si, pour ce faire, il n'avait pas poussé certains de ses proches, d'origine étrangère à concourrir. Je ne sais pas, je me pose la question.
De ce point de vue les exortations des personnalités de gauche à "rectifier le tir" au second tour était assez pathétiques hier soir. D'abord parce que les électeurs ont jugé sur pièces, en l'occurrence sur une gauche sans leader, sans programme cohérent et en plus écartelée. Ensuite parce que la gauche est, grosso modo, au niveau de l'élection présidentielle. Ce qui a changé c'est que la baisse du FN s'accentue, qu'une partie des électeurs de Bayrou est rentrée au bercail séduite par l'ouverture, et que le (petit) reste a voté pour le MoDem (quel nom horrible!). La bipolarisation logique découlant des institutions reprend ses droits. Bayrou a perdu son pari. L'ironie est qu'il sera un des seuls rescapés de sa stratégie suicidaire.
Il y a place en France pour une gauche modernisée de fond en comble (ne disons plus sociale democrate, même ce modèle est dépassé) pesant entre 35% (défaite) et 42% (victoire). A condition qu'elle réussisse ce qu'a su faire Sarkozy à droite: Une modernisation de son programme et son unité derrière un chef charismatique.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

"Sarkozy a réussi a remettre le lepénisme en place (...) Ce serait gênant si, pour ce faire, il n'avait pas poussé certains de ses proches, d'origine étrangère à concourir. Je ne sais pas, je me pose la question."

Sarkozy a pris les voix de Lepen en adoptant le discours de Lepen.

- moutons égorgés dans les baignoires par des polygames exciseurs

- Colonisation = civilisation

- France = résistants, pas collabo, pas génocidaire

- Dépressif, homo, suicidé, pédophile = défaut génétique

- etc...



Voilà ce qui est gênant.

Posez-vous enfin les bonnes questions :

- quel autre peuple européen peut, aujourd’hui, s’enorgueillir d’avoir élu un chef d’état tenant de tels propos ?

- pourquoi aucun reproche audible (stigmatisation répétée des étrangers ou révisionnisme historique) aujourd’hui alors que naguère Libération titrait « LA HONTE » lors des alliances régionales droite-extrême droite ?

- Comment lutter efficacement contre les discriminations après un tel discours ?
(18 fois moins de chance de trouver un boulot selon le BIT en 2007, combien demain ?)

- Quelles accusations après les prochaines émeutes périurbaines : la faute aux élus socialo communistes, l’incompatibilité culturelle ou génétique ?

Gérard S a dit…

Il n'y a pas que Malek Boutih, toute l'équipe proche de Mme Royal est en difficulté. Peut-être que l'aura de celle-ci n'est que médiatique.
De plus, quand on suit le parcours cette dame depuis son arrivée au conseil régional, on constate qu'elle est très autoritaire et c'est peut-être la cause principale de cet échec.

Anonyme a dit…

Le FN est plus fort que jamais : ses idées sont au pouvoir grâce à Sarko qui les a reprises sans vergogne. Une graine de facho est au pouvoir (voir le contrôle des médias) mais façon soft : pas de blagues graveleuses sur les camps de concentration mais du "travail, famille, patrie" en veux-tu en voilà.

A vomir.

Le seul salut: DSK et/ou Royal.

PS Chirac n´a jamais franchi la ligne jaune avec le FN. Je me rends compte d´une particularité extraordinaire de Chirac : français jusqu´aux bout des ongles, il incarnait parfaitement notre pays tout en manifestant un énorme respect et une admiration sincère pour les autres cultures. Rien à voir avec notre Nicoléon boosté aux U.V.

Anonyme a dit…

Enfin, Mr ATTAL, dire que Richard Cazenave a perdu parce qu'il avait une gueule de métèque, c'est pas sérieux!
Je suis de Grenoble:
Il a perdu parce qu'il n'était pas soutenu par l'UMP, qu'il est un député sortant qu'on NE CONNAIT PAS dans sa circonscription (il n'a rien fait).
L'UMP a parachuté Carignon, il va perdre la circonscription au profit du PS, qui présente une candidate honnète.