Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

28 mars 2007

Besson, les socialistes, l'entreprise et le coup de boule en politique


Je tiens la publication du petit livre du dénommé Besson, Eric- que désormais tout le monde connaît-comme un des rares événements de cette campagne. Et pas seulement parce qu'il a été écrit en collaboration avec mon ami Askolovitch.Derrière son côté évidement pamphlétaire, ce bouquin est tout simplement passionnant par ce qu'il révèle du fonctionnement d'une grande machine politique comme le PS. Besson y était un peu un OVNI, un des rares cadres qui viennent de l'entreprise privée et qui n'ait pas tété de la politique au biberon selon le schéma: Unef- (option sciences-po-Ena)-cabinet ministériel-députation-et pour les plus vernis maroquin ministériel. Le citoyen Besson avait un "vrai" métier et a décidé de s'engager en politique dans le parti dont il se sentait le plus proche, c'est à dire, naturellement pour un social démocrate, le PS. Sa vie, sa liberté il peut et il va la reprendre. Quoiqu'on pense du bonhomme c'est rafraichissant de constater qu'il y a encore des gars qui pensent qu'il y a une vie avant et après la politique.
Dans les années 70, immédiatement avant la conquête du pouvoir il y avait encore beaucoup de militants et cadres du PS qui travaillaient dans le monde de l'entreprise. Forcément, à l'époque ils ne pouvaient pas croûter autrement vu que leurs copains n'étaient pas au pouvoir. C'était des militants de "l'économie sociale", qui rêvaient parfois d'autogestion et parlaient encore de Lip, mais ils étaient encore ancrés dans la réalité. Puis ça s'est gâté, ou ils se sont gâtés on ne sait pas.
Besson nous rapporte ses prises de bec avec son collègue Gaëtan Gorce qui lui balança un jour dans les gencives qu'il se méfiait fondamentalement d'un type qui avait travaillé, comme lui, avec Meissier et en était plutôt fier.
La vie politique française (c'est aussi valable même dans une légèrement moindre mesure à droite) est essentiellement le fait de fonctionnaires ou de permanents politiques ou syndicaux, protégés par un statut. C'est leur métier. Cherchez dans les travées de l'Assemblée les representants de la "vraie vie", les cadres ou les chefs d'entreprise, les artisans et professions libérale...il faut un microscope. Besson est de cette espèce là qui ne peut pas prendre durablement des vessies pour des lanternes. Certains y voient un traitre, moi plutôt un honnête homme.
Il se désole comme des dixaines d'autres responsables qui eux ne peuvent pas vivre sans la politique de ce que le PS reste croupi dans un bain politicien qui l'empêche d'être le parti du mouvement et de la réforme. Il confirme ce que j'écrivais ici il y a peu, à savoir que le PS n'avait effectué aucun travail de fond, progamatique durant ses cinq années d'opposition. La victoire aux régionales est venue trop vite et leur a laissé croire que ce travail était superflu.
Et puis il y a l'affect, bien sûr: Besson, pied noir qui a passé sa jeunesse au Maroc, passionné de football dit avoir compris le geste de Zidane. Il y a des choses avec lesquelles on ne transige pas, par exemple le respect de la famille. Quand ses amis socialistes se sont mis à salir sa vie privée, il leur a filé un méchant coup de boule!

21 mars 2007

Le 21 avril peut aussi tomber un 22 avril

Douze candidats, donc. Au lieu de seize en 2002, année record. Ça ne va pas mieux pour autant dans la douce France. Car douze prétendants, mais toujours autant de trotkistes (trois) et encore plus de représentants de cette gauche "anti-libérale": à la candidate communiste et à celle de l'écologie de gauche-qui furent pourtant totes les deux associées jadis à la "gauche plurielle" de gouvernement- il faut ajouter cette fois-ci le populiste agraire qui séduit aussi bien aux champs qu'à la ville les bobos complexés de voter pour un(e) candidat(e) par trop social démocrate. Bien. On n'arrête pas le progrès conceptuel en France: Ça nous fait quand même six candidats (sur douze, un sur deux!) qui se réclament peu ou prou de l'anticapitalisme et de l'altermondialisme. Il faudra bien quand même que le PS, quand il en aura assez de servir de souffre douleur à cette gauche-là et de retarder son entrée dans le XXIème siècle, tire enfin les conséquences de la situation dans laquelle il se met régulièrement: À la merci d'une gauche protestataire et revendicatrice, qui bien qu'incapable de s'entendre sur une candidature unique, semble toujours aussi mobilisée dans son objectif prioritaire: empêcher la gauche réformiste, la gauche du possible, de gagner et même de figurer au second tour. Elle trouve même des soutiens au sein même du PS, puisque désormais un Mélenchon appelle ouvertement les anti-Royal à voter pour Buffet, sans qu'apparement cela lui vaille la moindre remontrance. Sénateur, il ne craint nulle représaille aux législatives et conserve en poche sa carte de membre de l'auberge espagnole en de la rue de Solférino. Rocard avait bien raison, il faudra peut-être finalement se résigner et solder l'affaire du référundum par une scission. La question européenne, quasi absente de la campagne, est pourtant la question clé, par laquelle passe la solution de 90% des problèmes français. Le PS n'est pas clair là-dessus.
En tout cas Hollande a raison de se faire du mouron: On va droit vers un nouveau 21 avril, se sera d'ailleurs le 22.
Visiblement, il n'a même pas réussi à empêcher les petits maires de gauche de donner leur signature à l'encan, ce qui montre à quel point la gauche dans ce pays, n'a plus de boussole et s'apprête, si l'on en croit les sondages à se jetter dans les bras de Bayrou, quelques mois à peine après avoir succombé à Ségolène.
Bayrou, après tout, est l'ami du député Lasalle qui fit une grève de la fin pour empêcher une délocalisation d'usine de...60 km. Geste devant lequel tombèrent en pâmoison les belles âmes de ce pays qui crurent y reconnaître un acte incroyablement chevaleresque, le fin du fin de la résistance au "capitalisme sauvage", mais fit de la France, une nouvelle fois, un objet d'incrédulité, pour ne pas dire de ridicule, passé les frontières de l'Héxagone.
Les faits sont là: il est minuit moins cinq pour la gauche française qui, non contente d'être tombée au niveau électoral le plus bas de son histoire sous la Vème république se présente donc avec sept candidats et s'est fait volé le seul rôle qui compte, celui du candidat anti-système, anti-Sarkozy même, par un candidat centriste.
Pour Royal, rien n'est joué, c'est ce qui fait malgré tout le charme de cette campagne à l'issue imprévisible. En effet, comme ne cesse de me le répéter un "spin doctor" de mes amis: Une élection présidentielle, c'est rarement un candidat qui la gagne, mais souvent se rivaux qui la perdent. Ça laisse de l'espoir à Ségolène. Mais disons quand même qu'elle semble avoir gâché de belles chances. Jusqu'à la dernière: organiser la réplique à Bayrou sur le thème de la VIème république, qui ne passionne guère au delà de la blogosphère, paraît d'une maladresse insigne.
Tout cela arrive, encore une fois quand on ne met pas à profit son passage dans l'opposition pour mettre à jour ses tablettes programatiques et fixer un cap...Alors, Perrette-Ségolène, adieu veaux vaches, débats participatifs et jurys citoyens....

18 mars 2007

Et si le vote Bayrou signifiait l'esquive du presidentialisme?

Beaucoup de bêtises sont dites au sujet des conséquences institutionnelles d'une victoire de François Bayrou. Venant de ses concurrents, c'est compréhensible il faut qu'ils entaillent sa crédibilité. Que Bayrou laisse croire qu'il pourra gouverner est aussi compréhensible. Mais que les observateurs se laissent avoir, c'est plus curieux.
Il semble que l'engouement pour cette élection présidentielle ait fait un peu vite oublier que la France est un régime parlementaire. Autrement dit la légitimité et le pouvoir procède non de l'élection présidentielle (qui peut toutefois servir de solide marchepied), mais des élections législatives.
C'est pourquoi, si Bayrou gagne (ce qui n'est pas encore le scénario le plus vraissemblable), je fais le pari que PS et UMP rejetterons les propositions d'ouverture du nouvel habitant de l'Elysée. Celui-ci constituera bien sûr un gouvernement dans lequel figurerons ses proches ainsi que quelques personnalités symbolisant la façon dont Bayrou veut que la France soit dirigée, sans esprit partisan. plus une dose de société civile.
Bien. Mais, compte tenu du poids très relatif de l'UDF, même avec une petite prime due à l'état de grâce, il faudra que cette formation choisisse avec qui ses candidats veulent s'allier aux législatives (logique du scrutin majoritaire à deux tours): Avec le PS ou avec l'UMP? On voit mal en quelques semaines se créer une dynamique qui place la petite UDF en tête dans un nombre significatif de circonscription. Si elle ne choisit pas, elle se condamne à être laminée. Si elle choisit, elle redevient un supplétif.
Dans les deux cas, le véritable détenteur du pouvoir exécutif sera le chef du parti vainqueur des législatives. Pour l'UMP ce sera sans aucun doute Nicolas Sarkozy. Au PS, on peut prévoir une lutte éclair et au couteau entre Fabius et DSK (Ségo sera balayée par son échec et Hollande en supportera aussi le poids). C'est un congrès exceptionnel qui tranchera. Je mise sur DSK à dix contre un, car la base du parti est social democrate et européenne.
Comme Bayrou a d'ores et déjà laissé entendre qu'il préfèrerait gouverner avec un premier ministre de gauche, l'électorat sera tenté d'opter pour ce scénario de cohabitation avec la gauche, qui est paradoxalement le moins conflictuel possible. Bien sûr, Sarkozy expliquera le contraire et chacun fera aussault d'amabilité envers le nouveau président. Mais c'est de celà qu'il s'agit: Le pouvoir sera de toute façon à Matignon, comme en 97 avec Jospin. La France ne sera pas du tout ingouvernable, ce système fonctionne très bien et même de façon plus équilibrer que lorsque tous les pouvoirs sont concentrés entre les mêmes mains. La Vème République se mettra à nouveau à fonctionner comme un régime primo-ministériel "à l'anglaise". Bayrou sera un peu plus que la reine d'Angleterre, puisqu'il lui restera la présidence des sommets internationaux...et leministère de la parole. Ce cas de figure ne déplait pas du tout aux Français.

14 mars 2007

Peut-on obliger le PS à changer en brandissant la menace Bayrou?

C'est clair: Il y a en France une majorité d'électeurs prêts à voter pour une alliance du centre, de l'écologie modérée et de la social démocratie. Pour un programme politique comme celui de Tony Blair ( moins la politique étrangère historiquement appuyée sur la relation privilégiée avec les Etats-Unis.). Avec l'intention de vote Bayrou, l' électeur désespéré a peut-être trouvé un moyen de se faire entendre, mais c'est un calcul risqué car ces évolutions là ne s'improvisent pas et une nouvelle humiliation des socialistes pourrait conduire la forteresse à se replier encore davantage sur elle-même.
Ce "big bang" cher à Michel Rocard, à Dany Cohn Bendit et sans doute aussi à DSK ne s'est pas encore produit, en France, essentiellement pour deux raisons:
-l'incapacité du PS à tourner le dos à la gauche radicale, et ce, alors même que les congrès successifs montrent pourtant que les militants sont en faveur de cette ligne social-démocrate.
-Les motivations ambiguës des électeurs centristes et démocrates chrétiens qui au moment du choix s'en retournent plutôt vers la droite que vers une gauche qui ne semble pas avoir renoncé à ses alibis idéologiques.

Or, tout ceci pourrait changer, pour peu que chacun fasse un pas vers l'autre. Cela ne coûterait pas beaucoup car sur le fond, je l'ai déjà dit, plus rien ne sépare ces deux courants, qu'une rhétorique lassante aussitôt oubliée dès qu'ils se retrouvent aux affaires.
Bayrou a donné un gage en votant la censure du gouvernement Villepin. Le PS est encore englué dans ses vieux schémas tactiques, persuadé qu'il est que le centre est une force d'appoint et que c'est à elle de le suivre.
Oui, mais que se passe-t-il si Bayrou menace d'éliminer Royal du premier tour? Comme le note Nicolas Domenach (Marianne), le piège pourrait alors se refermer sur la "volaille socialiste"...

12 mars 2007

Chirac, ou le legs du conformisme français


Il n'y aura donc pas de sortant dans cette élection de 2007. Ce fut déjà le cas en 1995. L'incertitude qui plane sur cette présidentielle tient au fait que nul ne se bat pour revendiquer le bilan, tant il est clair que cette responsabilité est depuis 1981 un fardeau synonyme de défaite. On peut, de ce point de vue, faire un parallèle entre le "droit d'inventaire" façon Jospin et le droit à la différence invoqué par Sarkozy. Certes, tous les deux ont (ou ont eu) besoin d'un soutien dosé de la part du vieux président, mais encore davantage de bien signifier qu'ils ne sentaient en rien des incarnations de la continuité. Troublante, tout de même, la façon dont, depuis presque trente ans la majorité sortante est soit systématiquement battue aux élections, soit obligée de chercher un ressourcement, pour ne pas en supporter l'affligeant bilan. En 1995, Jospin qui avait dirigé le PS et été plusieurs fois ministre s'en sortit dignement mais fut tout de même battu par le Chirac de la "fracture sociale". Pour Sarkozy la subtilité suppose d'incarner la rupture, même "tranquille", sans avoir à supporter le poids du bilan, en particulier en ce qu'il a de plus négatif: chômage, compétitivité (il a été ministre de l'économie et des finances), mais aussi les désordres sociaux profonds de la société française révélés par la crise des banlieues et celle du CPE: ghettoïsation, place de l'Islam dans la République (dans lequel le ministre de l'intérieur a sa part de responsabilité). Ces échecs touchent à l'indécrottable conservatisme français qui privilégie systématiquement ceux qui ont (une naissance, un emploi, un statut) aux dépens de ceux qui n' ont pas (jeunes déclassés, chômeurs, enfants de l'immigration qui sont souvent les deux). C'est cela le véritable mal français dont sont co-responsables toutes les gouvernement français de droite ou de gauche depuis trente ans. Je mets à part les quelques réformes "sociétales" historiques de la gauche en 81-82, et celles de la droite pendant quelques mois en 86-87 pour rectifier les erreurs ou excès de la gauche en économie. A ces deux exceptions près toutes les tentatives venant aussi bien de gauche que de droite pour réformer ou moderniser le "modèle français" se sont fracassées sur le mur du conformisme et du conservatisme français. C'est une des principales explication du "phénomène Bayrou": sa percée coïncide avec une séquence pendant laquelle Sarkozy et Royal, qui étaient encore à l'automne dernier deux incarnations de la rupture et du renouvellement (et oui, du Blairisme n'en déplaise...), ont jugé important de se rapprocher de leurs "origines", chiraquiennes pour l'un, socialistes "éléphantesque" pour l'autre. Pour l'instant le premier résiste mieux au grand écart que l'on observe plutôt d'habitude entre les deux tours du scrutin. Il est aidé en cela par le penchant très marqué à droite de la société française, par son expérience pmersonnelle plus grande et par les souvenirs des épisodes conflictuels avec le chef de l'Etat ("souvenez vous seulement de l'insolence: " moi, je ne veux pas réparer des serrures à Versailles "). Quand on l'écoute il émane de lui une certaine cohérence de fond, celle d'une identité assumée (la droite) qui lui permet de mordre -qui s'en plaindra- sur l'électorat du FN. Ségolène Royal, elle, n'a guère convaincu en tentant de concilier le courage qui fut celui d'une gauche responsable, de Mendès à Rocard en passant par Mauroy, qui lui dicta de commencer son discours de Villepinte par la nécessité de lutter énergiquement contre la dette, avec la frivolité de la gauche archaïque et démagogique qui l'obligea à teinter son discours de promesses de dépenses incompatibles avec le premier objectif et que les Français ont déjà payé très cher.
Pour en revenir à Chirac, il est symptomatique que personne n'ait voulu (à l'exception, hélas encore, de Le Pen) le malmener hier soir . Ni Royal, ni les sarkozystes (car, c'était habile, on n'entendit pas Sarkozy qui se rerservait le lendemain matin pour le ton plus feutré de la radio...), ni même Bayrou qui essaie de rééditer le même coup impromptu que Chirac en 95. Respect du vieil homme qui reconnaît implicitement ne plus avoir les moyens de livrer un nouveau combat? Sans doute. Pourtant, il est clair que, dans le bilan de Chirac, les aspects positifs peinent à dissimuler l'essentiel: une coupable habitude prise dès sa jeunesse à travestir la réalité, de bercer les Français d'illusions ou d'engagements intenables, bref une forme de démagogie revendiquée et impénitente qui lui fit privilégier la conquête du pouvoir à son exercice.
Une assertion prononcée par le président hier soir revient sans cesse dans ma tête et résume cela mieux que tout. Celle selon laquelle la France ne serait pas un pays comme les autres. Qu'est-ce que cela signifie? Certes, il y a la beauté incomparable de ses paysages, la place unique en effet qu'y occupe encore le terroir...et le fait que chaque pays est singulier. Mais s'il s'agit, comme je le crains, d'une nouvelle flatterie destinée à encourager les mauvaises inclinations conservatrices du peuple français, à se gargariser par exemple d'un modèle social injuste et inefficace, bref à bout de souffle et qui nous condamne au déclin...alors Chirac aura immanquablement manqué, aussi, sa sortie.
Nous avons déjà eu l'avertissement de 2002, dont aucune leçon ne paraît avoir été tirée. Le PS aurait pu, par exemple, mettre à profit ces cinq ans d'opposition pour organiser son entrée dans le XXIème siècle. Je ne sais pas très bien comment, mais il faut pourtant espérer que la passation de pouvoir à une autre génération et/ou à un autre sexe (mais rien de tout ceci n'est, en soit, suffisant) fournisse aussi l'occasion d'un redressement. A moins qu'il ne soit trop tard et que, comme l'écrit Jean Michel Apathie , "fatiguée, épuisée par des années d'impérities, la France (ne) parai(sse)mure, malgré elle, pour une aventure politique qui, un jour pourrait aussi se transformer en accident démocratique."

09 mars 2007

Quand, ne craignant plus rien, tonton Raymond en vient à règler quelques comptes...


La harangue de Barre contre le lobby juif, l' éloge funèbre de son ancien ministre Papon, et du "pays" Gollnisch, son autojustification pathétique de ses propos tenus après l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic lui ont valu le soutien du dit Gollnisch mais aussi de Dieudonné, ce qui dit assez dans quel état Barre termine sa vie publique. Là dessus, je souscris à ce qu'en a dit Claude Askolovitch. Nous avons les mêmes souvenirs. J'ajouterai ceci: Barre peut bien en vouloir à un "lobby juif". J'ai déjà dit que cette expression, en soit, ne me choquait pas. Celà a été utilisé par quelques sites pas très bien intentionnés et j'en profite pour préciser: On peut très bien appeler "lobby juif" le regroupement de certains juifs, de certaines associations qui estiment, à un moment donné qu'elles veulent unir leur force pour mettre en échec ce qu'elles considèrent être des actions nuisibles à l'idée qu'elles se font des intérêts des Juifs, mais plus souvent- puisqu'il s'agit de politique- d'Israël. L'ennui c'est que, primo elles peuvent très bien se tromper sur ce qui est bon pour les Juifs et pour Israël: quels Juifs? Les religieux ou les laïcs? Quel Israël? Celui des colonies ou celui qui s'encanaille à Tel Aviv? Bon, déjà. Secondo, l'autre problème c'est que le poids démographique des Juifs Français ne peut faire peur qu'aux antisémites qui ont tendance à le surpondérer. A tout casser 6 à 700000 personnes, et encore pas toutes revendiquées comme telles. Ça ne peut pas avoir de réel poids politique, comme par exemple influencer sur le résultat politique dans une ville comme New York. L'antisémitisme commence lorsque l'on prête à ce "lobby" des pouvoirs, ou une influence qu'ils n'a pas. Mais il arrive, allez, disons deux ou trois fois dans un siècle, que ces Juifs qui ne sont pas d'accord sur grand chose quand il s'agit de politique, soient soudain tous d'accord et avec eux, ça arrive aussi, une bonne partie du reste des Français, assez parfois pour faire une majorité du peuple français. Pendant l'affaire Dreyfus ça n'a pas été sans mal. Sous Pétain, on sait que les persécutions anti-juives ont été le déclencheur, avec le STO, d'un lent mais inexorable retournement d'une opinion d'abord largement maréchaliste vers la résistance, ou en tout cas disons vers les "anti-boches" et "les anti-collabo". Le comportement de Papon a révulsé la France et la justice a tranché. La France juge tout aussi sévèrement l'attitude de Raymond Barre. Ce qui s'est passé, en 1981, c'est que pour une fois, une partie importante des Juifs de ce pays, qu'ils soient de gauche ou de droite ont soutenu Mitterrand. ils l'ont fait comme beaucoup d'autres catégories de Français pour des tas de raisons. Simplement, le comportement méprisant de la France giscardobarriste vis à vis des Juifs et d'Israël en était une de plus. Là dessus, Barre a complètement tort d'incriminer " la partie la plus à gauche du lobby juif". Celle là était de toute façon acquise à Mitterrand. Ce qui s'est passé, c'est que le Renouveau Juif réunissait des Juifs plutôt à droite, plutôt des bourgeois commerçants qui auraient dû craindre l'arrivée des "socialocommunistes", mais qui, à cause de comportements comme ceux de Barre après Copernic, ou de Giscard courbé devant les pétromonarques, ont voté à rebours de ce que leur dictaient leurs interêts sociologiques. Je crois que cela ne s'est pas reproduit depuis.

28 février 2007

Une campagne nulle


La compétitivité de la France dégringole de la 6ème à la 9ème place des dix plus grandes nations européennes, selon une étude de l'économiste en chef de l'assureur Allianz. L'Allemagne a fait le chemin rigoureusement inverse (de la 9ème à la 6ème place). Seule l'Italie fait moins bien que nous. Avez-vous entendu un seul candidat évoquer ce sujet? Non. Ils ont tous bien trop peur de passer pour "déclinistes". Le manque de compétitivité d'aujourd'hui est directement responsable du chômage de demain, ce qui laisse présager que le futur ou la future élu (e) va passer un sale moment. (dernière minute: Ségolène Royal vient de dire que "les deux premières années seront difficiles". Il y a du mieux...)
Airbus va supprimer 10000 emplois, dont probablement 4000 en France. Ce n'est pas une de ces entreprises dirigées par des financiers obsédés par la rentabilité, mais par des capitalistes à l'ancienne, c'est à dire choisis en raison de leurs connexions avec l'Etat, actionnaire lui aussi. D'ailleurs on les sent de moins en moins motivés par leur présence au tour de table de l'avionneur. Leurs euros rapporteraient en effet beaucoup plus investis ailleurs. Ils ne restent que parce qu'ils n'y a pas d'autres partenaires européens industriels privés d'importance pour les y remplacer. Bref, on leur demande de faire preuve de patriotisme économique, ce qu'ils font jusqu'ici, en ne cessant pourtant de dire que c'est du provisoire. On peut rêver mieux comme actionnaire!
Ces suppressions d'emploi ont leur origine dans les retards du programme A380 et dans le taux de change euro/dollar qui plombe les exportations (et donc les emplois) européens. Si les Allemands s'en sortent mieux que les Français avec le même euro, c'est justement parce qu'ils ont su améliorer leur compétitivité. La boucle est bouclée. La France ne peut prétendre bénéficier des avantages de l'euro avec une gestion des finances publiques aussi catastrophique et en négligeant la productivité du travail.
Normalement, le pays devrait vivre un grand débat sur les moyens de retrouver le chemin de la compétitivité. Un débat avec nos voisins pour s'inspirer des recettes qui ont bien marché ailleurs. Un débat sur le prix à payer, car il est évident qu'il y en aura un. Mieux vaut dire quelles catégories devra le supporter et dans quelles proportions. C'est le rôle de la fiscalité. Le sujet de la TVA sociale, ou de l'impôt de consommation est complètement absent du débat. Aucun candidat n'ose le mettre en avant, de crainte de le payer en impopularité. C'est pourtant un moyen efficace utilisé avec succès par les Allemands et les scandinaves (tiens, vous avez remarqué, personne ne parle plus du "modèle danois"...) pour soulager la production sans taxer le travail et en même temps en pénalisant les importations en provenance des pays à faible coût de main d'oeuvre. Bref un impôt anti-délocalisation et favorable à l'emploi en France, et personne n'en veut! Vous y comprenez quelque chose? Evidement, c'est le consommateur qui va payer, mais comment faire autrement si l'on ne peut plus taxer ni le capital, ni le travail?
De ce débat essentiel, il n'est guère question nulle part. Sarkozy a déserté le thème de la rupture. Ségolène a mis une sourdine à sa petite musique pour se ménager les éléphants. Je doute que cela lui fasse gagner une seule voix. Les candidats, mais tous les candidats, continuent à surenchérir en promettant tout et son contraire. A qui apparaîtra comme le plus compassionnel, le plus sécuritaire, le plus ouvert ...ou un mélange de tout cela. Aucun des principaux candidats ne manque pourtant de qualités et ils valent sûrement mieux que la caricature que leurs adversaires passent beaucoup de temps à peaufiner. Ségolène Royale n'est pas populiste parce qu'elle veut tenir compte du peuple. Pas incompétente parce qu'elle s'affranchit de quelques dogmes en politique étrangère. Sarkozy n' a pas eu tort de parler de la "racaille" des banlieues. Elle existe, hélas, et prétend même lui interdire d'y remettre les pieds. La moquerie dont l'affligent les socialistes à ce sujet est consternante.
Reste Bayrou, qui tente bien de récolter quelques pépites abandonnées par l'adversaire. Mais lui aussi déçoit. C'est dans son camp que l'on trouve les adeptes les plus convaincants de la TVA sociale. Or, il n'en dit mot, préférant flatter la clientèle enseignante. Un clientélisme éhonté auquel même les socialistes n'osent plus se livrer.
A force de reculer le moment de vérité, vous verrez que ce sera tooujours le même qui réussira à passer pour celui qui la dit. Devinez qui?

19 février 2007

Avec Alain Duhamel


Alain Duhamel, suspendu après avoir révélé- de manière incidente- son intention de vote en faveur de François Bayrou, a dénoncé le "caractère totalitaire d'Internet". Je crois qu'il se trompe. Ce qui est totalitaire, c'est de l'avoir suspendu, et pas d'avoir simplement porté à la connaissance du public son propos. Après tout, Alain Duhamel est un des journalistes politiques les plus influents du pays, il n'est pas anormal que ces déclarations publiques soient portées à la connaissance de ses lecteurs et auditeurs, au delà du petit cercle des étudiants de sciences-po. Ce qui l'est, c'est de suspendre un journaliste pour une raison pareille! Alain Duhamel a parfaitement montré qu'un journaliste digne de ce nom peut très bien conserver son sens critique, même envers un homme politique pour lequel il éprouve de la sympathie. Cette suspension est un lynchage pur et simple. C'est aussi une hypocrisie de plus, car nombre de journalistes ne se privent pas de manifester leur soutien à tel ou tel candidat, de manière évidement subliminale, parfois par une connivence qui s'exerce loin des micros et des cameras. C'est aussi un signe d'archaïsme profond du monde journalistique français. Aux Etats-Unis, pays ou l'on ne plaisante pas avec l'indépendance de la presse, il est de tradition que les journaux fassent part de leur préférence à la veille d'une échéance importante. C'est une forme de respect.
Par ailleurs, on ne peut pas encenser le "journalisme-citoyen" et empêcher les journalistes d'être aussi des citoyens et d'informer, s'ils le souhaitent, leur public de leur préférence. C'est la différence entre choix citoyen et choix partisan. Que croit-on? Que même les admirateurs inconditionnels de Duhamel vont forcément l'imiter, créer un comité de soutien à Bayrou, lui envoyer des chèques? Qu'ils seront influencés? Peut-être, et alors? La presse n'influence-t-elle pas de manière beaucoup plus insidieuse?
Le comprtement d'Alain Duhamel est exemplaire et moderne. Ne sommes-nous pas entrés, justement avec internet, dans une époque de clarté entre les citoyens et les medias?
N'est-ce-pas au contraire en libérant la parole des journalistes, en cessant d'en faire les eunuques du harem politique que le public retrouvera un peu confiance en eux? C'est d'ailleurs ce qui est intéressant dans les propositions de Bayrou, justement, qui veut empêcher les groupes industriels dépendant des marchés d'Etat de contrôler des medias. Car, contrairement à Alain Duhamel, je ne m'offusque pas des critiques du candidat centriste contre le monde médiatique, que je trouve assez fondées dans l'ensemble. Précisément, le contrôle des moyens d'information de masse par des groupes dépendant de commandes publiques est source d'opacité et fait pencher ces medias du côté du manche ou de celui ou celle dont ils estiment qu'il ou elle aura les meilleures chances de l'emporter. Actuellement, Sarkozy. Evidement ils ne le disent jamais.
A côté de cela, la révélation par Alain Duhamel de sa préférence est une manifestation d'honnêteté et d'intégrité professionnelle. Ni plus ni moins.

14 février 2007

Débat atomique (suite)

Ce soir, sur France 24, nous avons mis sur la sellette Dominique Lorentz ("Affaires Atomiques", "Secrets atomiques" Ed.les Arènes, dont j'ai déjà parlé ici, en la confrontant à deux contradicteurs: François Géré de l'Institut Français d'Analyse Stratégique ("Les tourments perses", Ed.lignes de repères) et quelqu'un que je connaissais moins, Nader Barzin ("L'Iran nucléaire", l'Harmattan). Je n'ai pas eu le temps de redonner les références bibliographiques tant le débat était animé! Lorentz a été interpelée sur sa méthode de travail avant de rétablir la situation, à mon sens, dans la deuxième partie lorsqu'elle obligea François Géré à révéler ses sources (services de renseignement, AIEA). Sont-elles nécessairement plus fiables que les documents ouverts et la méthode analytique de Lorentz? A vous de juger en visionnant ce débat animé et passionnant.

12 février 2007

La martingale Royal


La candidate socialiste peut-elle refaire son retard sur Nicolas Sarkozy avec ses 100 propositions?..Avec quelques symboles aussi, Une candidate qui est aussi une mère et qui affirme vouloir la même réussite pour chaque jeune Français que pour ses propres enfants...Les candidats pères n'avaient jamais osé...Chirac s'était contenté de souhaiter faire avec la France la même chose qu'à Paris.

La veste rouge, ensuite, en accord avec la tonalité du discours qui, de l'avis général, a déplacé son centre de gravité sur la gauche, alors que Sarkozy affichait à la Mutualité ses ralliements centristes...

Pourtant, à y regarder de près, les choses pourraient bien être plus compliquées que cela...La mise en garde sollenelle sur la gravité de l'endettement de la France d'abord, le coup de boutoir contre l'Etat jacobin ont surpris dans les premiers rangs de l'assistance où se trouvaient les élephants....Heureusement vint aussitôt la déclinaison de "l'ordre juste"...

Mais comment augmenter le SMIC (si l'Etat le prend en charge), les petites retraites, l'allocation logement, handicapés, financer le revenu jeunesse, la carte santé des 16/25 ans, doubler le budget de la justice, limiter à 17 elèves les classes de Zep, depenser autant par étudiant que la moyenne de l'OCDE etc...etc...sans aggraver l'endettement, ni augmenter les impôts...(ce qu'on suppose depuis la controverse avec François Hollande, puisque Ségolène Royal n'en a pas pipé mot hier.)
C'est la martingale Royale...
Il est vrai que les électeurs ne sont pas des comptables et que les chiffrages ne font pas de grands discours...Nicolas Sarkozy ne déroge pas à cette règle, lui qui a son lot de promesses ("tout devient possible") et veut en même temps baisser de 4% le taux de prelèvement obligatoire...4%, rien que cela, alors que Margaret Thatcher, au plus fort de sa "rupture", les fit baisser de 2%...seulement...
Alors, les promesses "n'engagent-ils que ceux à qui elles sont faites"?....Et la fonction des campagnes électorales ne serait-elle que de préparer les frustrations et les désillusions de demain?...

07 février 2007

Dominique Lorentz, c'est de la bombe!


Hier soir, je recevais Dominique Lorentz, auteur de "Sujets Interdits" édité par les Arènes. Il y a dix ans, j'avais été impressionné, étourdi même, par son permier livre "Une guerre" qui, à contre-courant de l'ensemble de la presse, faisait le lien entre les enlèvements de Français par le Hezbollah au Liban, l'attentat contre la Fnac, rue de Rennes, l'assassinat signé Action Direct, de George Besse alors patron de Renault, la disparition de Michel Baroin et, déjà, la bombe iranienne. Dominique Lorentz est une analyste. Elle ne travaille que sur des sources "ouvertes", ignorant volontairement les sources confidentielles et les dossiers opportunément déposés dans les boites aux lettres. Au fil des ans, elle est devenue une spécialiste des questions nucléaires et de la prolifération.
Dans "Secret atomique", elle raconte dans le détail l'histoire cahotique de la coopération nucléaire franco-iranienne. Elle fut la seule a relever la facétie de l'ancien président Khatami. En visite à Paris, où il vient exiger le respect par la France des engagements pris à l'époque du Shah, il dépose une gerbe sur la tombe de...Pierre et Marie Curie.
Dans "Affaires atomiques" elle révélait, rien moins, que la bombe française était le fruit de la volonté des Etats-Unis, avec le concours de chercheurs juifs du nouvel Etat d'Israël. Autrement dit, selon elle, et contrairement à l'histoire officielle, c'est Israël qui a permis à la France de monter sa bombe atomique et non l'inverse!
Dans "Des sujets interdits", l'auteur raconte comment elle a été recrutée par la Defense nationale pour travailler à la définition d'une doctrine française de contre-prolifération, avant d'être bloquée sur intervention de la DGSE. Aujourd'hui Dominique Lorentz végète, de petits boulots en petits boulots. Elle est traitée en paria pour excès de curiosité.
Hier, sur France 24, elle affirmait ceci: La supposée "gaffe" de Chirac sur l'Iran n'en est pas une. En effet, il n'est plus question, dit-elle, d'empêcher les iraniens d'avoir la bombe, ils l'ont déjà. La bombe pakistanaise est en fait une bombe irano-pakistanaise. Les puissances nucléaires occidentales ont organisé la prolifération pour créer un système d'équilibre de la terreur. Le meilleur exemple est le conflit indo-pakistanais. S'il ne dégénère pas c'est que New Dehli et Islamabad savent qu'ils ont les moyens de se détruire mutuellement. L'évolution du regime des mollahs est venu bouleverser la donne. Et si la République islamiste se montrait moins rationnelle que les autres détenteurs de l'arme nucléaire? Et si Khatami, et aujourd'hui Ahmadinedjad mettaient à exécution leur menace de destrution d'Israël? Conclusion de Lorentz: Il s'agit maintenant non plus de dissuader l'Iran d'obtenir la bombe, mais de s'en servir. D'où la menace explicite de "raser Téhéran" en cas d'utilisation de l'arme nucléaire. C'était le message très peu diplomatique que souhaitait faire passer Chirac et reçu 5 sur 5 par son destinataire. Seul bémol: Israël ou ses alliés sont-ils en mesure d'intercepter en vol un missile nucléaire avant que celui-ci n'ait quitté l'espace iranien? Mais l'essentiel est que les fanatiques iraniens pensent que cette éventualité est suffisament sérieuse pour réfléchir à deux fois avant d'appuyer sur bouton nucléaire.

PS: Le verbatim des deux entretiens accordés par Jacques Chirac au nouvel obs et au New York Times sont très instructifs. Il est impensable que Jacques Chirac se soit cru "off the record"

01 février 2007

Le candidat retro


Regardez bien cette photo. Rien ne vous choque? Rien ne vous interpelle? Reflechissez bien...
Mais oui, évidement, c'est elle tout simplement: la pipe.
Nous sommes le 1er Fevrier et la loi qui interdit de fumer dans tout lieu public fermé entre en vigueur. Surtout, cela fait bien longtemps que vous n'avez pas vu un homme politique, encore moins un candidat présidentiable, s'exhiber en public une clope au bec, encore moins avec un Havane...Et c'est ce même joour que choisit Bové pour lancer sa candidature. Et José, lui ne cache pas sa pipe. Car José est différent. La pipe est différente. La pipe rassure. Elle ne fait ni pollueur, ni empoisonneur. La pipe est un accessoire apaisant et retro.
Y a-t-il plus qu'une coincidence? Est-il possible que cette pipe fétiche soit là pour nous rappeler le souvenir d'une époque ou on s'enfumait joyeusement dans les arrières salles de bistros entre camarades, en refaisant le monde? La pipe, comme image subliminale d'un temps révolu, celui des R16 et des pattes d'éph. en velours côtelé.

26 janvier 2007

Jumblatt le téméraire


L'autre soir à l'occasion de la conférence sur la reconstruction du Liban j'avais invité des libanais qui étaient restés à Beyrouth. Les autres étaient trop occupés par les discussions d'alcôve. Il y avait un lieutenant de Michel Aoun et Walid Jumblatt. Un sacré tempérement ce Jumblatt! Et il était spécialement en forme ce soir-là.
Tout le monde ou presque au Liban a été à un moment donné l'allié de la Syrie et/ou du Hezbollah. Y compris Jumblatt dont le père a pourtant été assassiné par les barbouzes d'Assad père. Il était donc facile au représentant d'Aoun de retourner à l'envoyeur l'accusation de traitrise.
Je retiens ceci des propos extrêmement peu diplomatique du leader druze: "J'ai essayé de "libaniser" le Hezbollah mais c'est impossible. Aujourd'hui, nous n'aurons la paix au Liban que si l'on se débarrasse au préalable du régime criminel de Damas." Fichtre. On comprends que Jumblatt hésite à sortir de chez lui ces derniers temps.

PS: Je suis nominé au concours de blogs des journalistes de la "coupe de l'Info" qui se tiendra début février à Courchevel (je sais, j'y vais beaucoup en ce moment...) Vous avez jusqu'au 31 janvier pour voter ici. Vous n'êtes pas obligés de voter pour moi. Il y a plein d'excellents blogs!

22 janvier 2007

Le réchauffement les laisse froid


Je participais ce week-end aux premiers "Ateliers de la terre" consacrés au réchauffement climatique, réunis à Courchevel. Les interventions étaient d'une grande qualité, évitant soigneusement le catastrophisme. Quelques regrets, néanmoins: On n'a pas assez pris en compte le progrès technique et l'innovation. Or, je suis convaincu que l'on ne peut plus poser la problématique de la diminution des émissions de carbone sans se demander comment le progrès technique va nous aider à moins consommer des énergies fossiles, pour nous chauffer ou nous déplacer. C'est la raison pour laquelle la protection de la planète n'est pas au contraire l'ennemie de la croissance.
Par ailleurs, alors que le "suspens Holot" doit prendre fin ce matin, aucun représentant des candidats sollicités n'avait fait le déplacement, mis à part Corrine Lepage.
Cela montre à quel point ce débat essentiel est cruellement absent de la campagne, comme d'ailleurs les autres dossiers internationaux.
PS: la belle photo ci-dessus est signée Staffan Widstrand elle est tirée d'une magnifique exposition photographique, en milieu naturel, intitulée "les sommets de l'image". Elle est proposée jusqu'au 22 avril à Courchevel et destinée à sensibiliser l'opinion sur la problématique de la protection des richesses naturelles menacées par le réchauffement climatique.

18 janvier 2007

Comme un défaut


C'est sorti comme ça, comme une mauvaise blague mais tellement irresistible... "Le seul défaut de Ségolène Royal, c'est François Hollande". Je m'interroge: Arnaud Montebourg fait-il partie de ces gens capables de (se) tuer pour un bon mot? Ou bien y a-t-il quelque chose que nous ne captons pas bien sur ce couple Royal-Hollande?
Complices ou rivaux?Quel sorte de pacte unit donc ces deux là? Y a-t-il quelque secret quelque part, que nous ne connaissions pas et qui brouille notre réception?
J'avoue ma perplexité.
Je suis en effet frappé par le génie que met Ségolène Royale à malmener son compagnon depuis sa désignation. Humilier serait un mot un peu fort mais j'ai néanmoins hésité à l'employer.
Pendant les voeux à la presse de la candidate, par exemple, François n'eut droit, par exemple, qu'à une petite tape sur le bras. Lorsqu'elle est descendue de la tribune, Ségolène avait d'abord chaleureusement salué Bianco et Chevènement.
Et que dire de l'accueil reservé par elle à la proposition fiscale de Hollande suggérant d'alourdir les impôts des contribuables gagnant plus de 4000€ par mois? Elle est semble-t-il approuvée par une majorité des sympathisants socialistes. Pourtant, Ségolène n'eut de cesse de renvoyer son compagnon à ses chères études, avant de choisir Strauss-Khan comme conseiller économique...
J'entends d'ici votre objection: C'est que, croyez-vous, elle veut tellement éviter le reproche de favoritisme qu'elle en fait peut-être un peu trop en le rabrouant. Sauf que ça ne tient pas la route! Ne nous ont-ils pas montré à quel point ils formaient un couple moderne? Et convaincu qu'aucun des deux ne devait à l'autre sa réussite politique? Il s'agit après tout du premier secretaire du PS! Lequel a joué un rôle essentiel dans la nomination de Royal. En doutez-vous? D'abord, il ne s'est pas présenté lui-même alors que certains l'y poussaient et qu'il pouvait y prétendre. Ensuite, il a tourné le dos à Jospin qui n'attendait qu'un signe de lui pour débarquer. Puis, non content d'avoir ainsi dégagé le terrain, il a refusé de soutenir DSK qui était, dans le camp majoritaire, le plus ancien dans le grade le plus élevé. Pareille "neutralité" avait tout d'un soutien résolu...
Et vous pensez qu'après ça Hollande doit se mettre en congé si sa compagne est élue?
Je ne partage pas du tout l'opinion, un peu vite admise, qui considère comme impossible éthiquement , que la presidente élue nomme Hollande à quelque poste de responsabilité, et qu'il ne lui resterait, pour se consoler, que le rôle de "première dame". Au contraire, je ne vois vraiment pas au nom de quoi il ne pourrait pas être ministre, et même un ministre important du gouvernement. Premier ministre serait peut-être un peu trop "intime", compte tenu de la singularité du couple exécutif, mais si Hollande n'avait pas été le compagnon de Royal, la seule récompense politique envisageable pour le chef du parti ne pouvait être que Matignon.
Or, pour l'instant, jusqu'à ce qu'une "ligne jaune" ne soit franchie par un de ses porte-parole (s'y sentait-il autorisé?), Ségolène Royal s'employait à marginaliser François Hollande.
Ce couple politique représente une énigme qui, à mon avis, ne peut être comprise, à défaut d'être résolue, qu'en empiétant sur l'histoire de leur couple..tout court. Or, c'est un domaine dans lequel aucun journaliste français ne s'estime autorisé à pénétrer. Il y a bien des rumeurs qui circulent ici ou là, que certains qualifieraient volontiers de "délits d'initié", mais jusqu'ici nul ne s'est autorisé à enfreindre la règle. Jusqu'à quand?

13 janvier 2007

Je te laisse, j'arrive aux voeux...

Incongruité française: les "voeux". Trois semaines de salamalèques et autres courbettes auxquels s'adonnent avec frivolité l'élite du pays. Dès les premiers jours de janvier, le Président ouvre le bal avec les voeux au gouvernement, puis aux parlementaires, corps diplomatique, autres corps constitués, "forces vives" (représentant les "vrais gens") et ainsi de suite par ordre décroissant de prestige. Cela se termine par les voeux à la presse. Les journalistes en dernier, donc, mais tout de même invités à l'Elysée autour d'un buffet très réputé pour sa qualité (Ah! ce tartare de Saint Jacques au vinaigre de réglisse).
En ce qui me concerne, en raison d'un fond de sentiment républicain, je réponds à cette invitation et à celle-là seulement. C'est à cette occasion que je croise des vieux camarades que je ne vois plus qu'une fois par an...
Car, c'est là ou ça devient cocasse, emboitant le pas au Président, tout le monde ou presque l'imite, à commencer par le premier ministre et chacun des ministres, secretaire d'Etat etc ...Et chacun d'organiser "sa" petite sauterie de début d'année. Comme ce sont souvent les mêmes, ou presque, qui sont concernés, tantôt comme invités, tantôt comme invitant, on comprend que leur activité "professionnelle" se trouve particulièrement allégée, disons jusqu'au 20 janvier. Heureusement qu'il y a les télephones mobiles pour rester en contact! Mais il n'est pas rare, en cette période, que votre conversation avec tel ou tel de ces édiles soit brutalement interrompue par un: "Je te laisses, j'arrive aux voeux de machin..." Un ancien ministre que je sollicitais ces jours-ci pour un "entretien de France 24", ou une interview si vous préférez, me fit ainsi répondre qu'il s'excusait car il devait assister au même moment aux voeux de...son préfet de région. Bon sang mais c'est bien sûr! Une fois les voeux terminés à Paris, on attaque les voeux régionaux! A l'heure ou la France se met au régime pour corriger les excès des "fêtes", la classe dirigeante, elle, préfère prendre quelques kilos supplémentaires.
Cette année, toutefois, on a pu croire un moment à l'Elysée que l'on allait rompre avec la tradition du discours policé et assez assomant du début d'année, copié sur celui de l'année précédente. Le président de l'association des journalistes de la presse présidentielle (!) termina son discours de "voeux" par cette question qui était en effet sur toutes les lèvres: "M. le Président, s'il vous plaît, dites-nous si vous serez candidat..." Les voeux allaient-ils enfin servir à quelque chose?...Le Président joua parfaitement le jeu, faisant mine d'être surpris (personne n'est dupe, le discours est communiqué avant la cérémonie), avant de répondre: "Celle-là elle vient de loin...ça mérite que j'y réflechisse..."
Et chacun de se dire, alors, qu'il n'était pas encore temps de mettre tous ses voeux dans le même panier.

10 janvier 2007

La Fin du Journalisme?

Je suis invité ce vendredi après-midi à 17H sur France Culture à un débat sur ce thème, dans l'émission "Du Grain à moudre", de Julie Clarini et Brice Couturier, entre 17H et 18H. Je le dois évidement à mon papier du "Monde" sur les blogs. Sachez-le immédiatement je ne crois pas du tout, mais alors pas du tout, à la fin du journalisme. Je ne crois pas non plus que ce soit l'alpha et l'omega, ou un moyen de changer le monde, hélas.
Pour savoir comment capter France Culture dans votre région, allez ici .
Vous pouvez aussi podcaster l'émission ou l'écouter sur son site , qui est bien sûr rafraichi chaque jour en fonction du thème.
On pourra ensuite prolonger la discussion, ici ou ailleurs.
Chouette! je vais refaire de la radio...

La France championne d'Europe des SDF

Nous avons fait récemment un "débat de France 24" pour comparer la façon dont nos voisins traitent les SDF. La conclusion a été vite tirée: Pour des raisons différentes, du Nord au Sud de l'Europe aucun pays d'a sur le pavé autant de sans-abri que la France. Nous n'avons ni la solidarité familiale des pays du sud, ni la politique de logement des pays du nord et continentaux. En Allemagne, il n'y a pratiquement personne dans la rue qui ne l'ai réellement souhaité, parce que les landers ont construit des foyers en nombre suffisant pour les loger. Au Royaume-Uni, pays qui applique sans complexe le capitalisme intégral dans ses aspects les plus durs, Tony Blair a pratiquement fait disparaître le problème, comme le souligne cet article du Figaro. Bref, même si les choses ont semble-t-il commencé a changé sous l'impulsion de Borloo, voici une preuve supplémentaire que le modèle français n'a de social que le nom. Ou, dit autrement, que notre Etat obèse qui doit faire face à des charges exorbitantes ne fait plus son travail. Cela a forcément des conséquences dans le comportement des Français face aux urnes.

06 janvier 2007

Mon article dans "Le Monde"

L'article que vous avez pu découvrir ici a donc été publié hier dans "Le Monde". Bien sûr, il a subi quelques coupes pour rentrer dans l'espace disponible. Voilà une preuve supplémentaire de l'utilité du net: le seul texte fidèle à 100% ne se trouve qu' ici.
Mais je me pose cette question: qui lit les articles jusqu'au bout? J'ai des doutes. Combien de temps passez-vous à lire le journal? Et sur ce blog? Moi qui lit plusieurs journaux par jours, et suis payé pour ça, je finis par ne plus avoir les bon points de repère...
En fait il faudrait s'astreindre à publier des résumés au dessus des articles complets, comme dans les revues où les articles font 30 pages...ou des chapeaux. Ah! ces fameux "niveaux de lecture" enseignés par nos maitres de l'Ecole de Journalisme!
Cette note est courte. Vous serez certainement nombreux à la lire entièrement. Je n'en dirais pas autant des précédentes...

04 janvier 2007

Journalisme vs web (suite)

J'envoie cette contribution aux pages débats du "Monde", en réponse au point de vue de Jean-Pierre Elkabbach. J'espère q'il sera publié. Je vous en laisse la primeur:

Dans vos colonnes, Jean-Pierre Elkabbach s'inquiète de l'avenir du métier de journaliste à l'ère du web participatif. Il a raison. Mais la solution ne saurait se trouver dans une appellation journalistique contrôlée (par qui?). Le web 2.0 n'est pas une déontologie c'est un outil qui a déjà tout changé. Qu'on le veuille ou non, le temps où une petite élite journalistique décidait de ce qui se dit et ne se dit pas et de qui a le droit de le dire est déjà révolu. Sur le net rien n'est jamais définitif. Tout est soumis à la critique en temps réel. Les citoyens ne veulent plus, par exemple qu'on leur dise qui a ou non les qualités requises pour être candidat aux élections.
L'une des raisons pour lesquelles la France compte un tel nombre de blogs- et probablement davantage qu'aux Etats-Unis si on le rapporte au nombre d'habitants- s'explique par la déception des citoyens dans les medias "dominants". Les internautes ont parfaitement compris que la concentration capitalistique dans le monde des medias, peut-être nécessaire sur un plan économique, n'a pas favorisé la liberté d'expression. Les journalistes sont encore trop dépendants du monde politique dans leur plan de carrière. Il y a encore beaucoup de sujets qu'il n'est pas recommandé d'aborder si l'on ne veut pas tomber en disgrâce. Voyez le nombre de journalistes reconnus qui ont trouvé refuge dans leur blog. Voyez aussi tous ceux qui estiment qu'il n'y a que sur leur blog qu'ils peuvent dire réellement ce qu'ils pensent. Davantage que d'une "évolution" du journalisme, il s'agit plutôt d'un retour aux sources, avec des moyens artisanaux. Les blogs permettent pour un coût quasi nul de s'adresser à un large public devant lequel notre responsabilité personnelle est engagée.
Sur internet, comme chacun le sait le "pire" côtoie le meilleur. Mais après tout ce n'est pas le privilège des blogs! A terme les réputations, bonnes ou mauvaises, redistribueront les cartes aussi sur internet.
En principe, nous autres journalistes ne publions rien qui n'ait été préalablement vérifié et recoupé. On sait bien qu'en réalité beaucoup d'informations tronquées ou fausses sont diffusées dans les journaux, à la radio ou à la télévision. Pire. Il y a certains sujets sensibles politiquement sur lesquels les medias français n'enquêtent pas, ou pas assez, alors même qu'eux seuls en auraient les moyens. D'une certaine façon, il s'agit d'une nouvelle "trahison des clercs". Il faut parfois aller chercher dans des journaux étrangers des informations sur notre propre vie politique! C'est ce que le public reproche aux journalistes français, en se tournant vers internet ou il a l'impression qu'en tout cas même s'il peut être abusé, on ne lui cache rien. A lui d'apprendre à faire le tri, ou à qui s'adresser pour l'aider à le faire.
Prenons deux exemples "limites" du défi qui est lancé aux journalistes:
Les internautes sont particulièrement friands des théories conspirationnistes sur les événements du 11 septembre 2001. Ces thèses sont particulièrement perverses et difficiles à contester. Aucun journaliste sérieux ne peut les cautionner. Mais exciper de sa qualité et de sa déontologie journalistique ne suffit pas. A terme il faut parier sur l'intelligence et ne pas donner l'impression de vouloir cacher quelque chose.
Deuxième exemple: les images de la pendaison de Saddam Hussein tournées sur un téléphone portable et diffusées sur internet. L'accession du grand public aux nouvelles technologies a rendu caduc le débat déontologique sur les images que l'on peut montrer ou pas. Mieux: ces images, en montrant cette exécution sous son véritable jour, ont dit la vérité et découragé toute tentative d'écrire une version officielle. Mais ces images ne rendent pas superflues une enquête journalistique sur les circonstances de la pendaison, chose qui n'est pas à la portée de n'importe quel blogueur propriétaire d'un téléphone mobile.
Prenons, enfin, l'argument de la gratuité. Il a déjà été utilisé contre la presse gratuite. Elle était censée constituer une concurrence déloyale aux "vrais" journalistes. Or il est prouvé qu'elle a attiré un nouveau lectorat. Certes tout ce qui est de bonne qualité à un coût. Mais c'est aux diffuseurs de rendre solvable la demande d'information. Après tout, il n'est pas nécessaire de payer avant de pouvoir écouter la radio! La publicité est un moyen détourné de faire payer l'élaboration de l'information par le consommateur.
Comme les radios "libres" dans les années 80, le web 2.0 est en train d'obliger les journalistes à se remettre en question. Et tant mieux.
Il est illusoire de prétendre arrêter ce mouvement, comme il est vain de vouloir stopper la mondialisation économique. Est-ce qu'on arrête le courant avec ses mains? Il vaut mieux apprendre à nager!