
"Corriger l'image de la France" est légitime. Encore faut-il se garder de traversir la réalité:
PARIS (AFP) - Alors que les violences dans les banlieues ont rencontré un large écho, notamment aux Etats-Unis où certains médias ont évoqué une France à feu et à sang, Dominique de Villepin a tenté de corriger cette image en livrant mardi son analyse de la situation sur CNN International.
Dans un entretien accordé en anglais dans un salon de l'Hôtel Matignon à la journaliste vedette Christiane Amanpour, le Premier ministre a d'abord déclaré qu'il préférait parler de "graves troubles sociaux" plutôt que d'"émeutes" pour qualifier cette crise.
"Je ne suis pas sûr que nous puissions parler d'émeutes. C'est très différent de la situation que vous avez connue en 1992 à Los Angeles par exemple. Vous aviez eu à l'époque 54 personnes tuées et 2.000 blessées. En France, pendant ces deux semaines de troubles, personne n'est mort", a-t-il souligné.
Parmi les causes de ces violences, le Premier ministre a mis en avant "le sentiment de discrimination", soulignant que les personnes impliquées dans les affrontements étaient "très souvent" des jeunes "issus de la deuxième génération d'immigration qui ne connaissent pas leur pays d'origine" et qui souffrent d'une "sorte d'absence d'identité".
Il a réaffirmé, comme il l'avait fait à plusieurs reprises ces derniers temps, qu'il n'y avait pas de "dimension ethnique ou religieuse" à cette crise "contrairement à ce que nous connaissons dans d'autres parties du monde".
"Ce qui est intéressant, c'est que la plupart de ces jeunes veulent être Français à 100%. Ils réclament une égalité des chances. Notre objectif est donc maintenant de répondre à leurs exigences et de nous fixer comme priorité (des efforts supplémentaires en matière) de logement, d'éducation et d'emploi", a ajouté M. de Villepin.
"Ces jeunes ne veulent pas être reconnus comme musulmans, noirs ou comme des gens issus d'Afrique du Nord, mais comme des Français", a-t-il affirmé.
Rappelant qu'il est opposé au concept de discrimination positive -"l'affirmative action" américaine-, "dont le but est avant tout de prendre en compte la race ou la religion ", Dominique de Villepin privilégie une aide spécifique aux "territoires qui connaissent des difficultés, en termes d'éducation par exemple".
Plusieurs ministres avaient déjà tenté, auprès de la presse étrangère, de redorer l'image de la France dans les médias internationaux, alors que les professionnels du tourisme commençaient à s'inquiéter d'éventuelles retombées négatives.
Le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé avait ainsi invité les journalistes étrangers à "ramener ces incidents à leur juste proportion" et dénoncé "les caricatures qui n'ont pas lieu d'être". Une initiative parfois mal vécue par les intéressés, qui y avaient vu une forme de pression.
Sur CNN, M. de Villepin -qui s'était fait connaître de la communauté internationale en février 2003 en incarnant, à la tribune de l'ONU, le refus de l'intervention militaire américaine en Irak - a réaffirmé que la France "savait dès le début qu'il était très facile de partir en guerre mais qu'il serait très difficile de sortir d'Irak".
Se gardant de critiquer Washington, il a recommandé la plus grande prudence dans le déroulement du retrait des forces américaines d'Irak: "je pense que le calendrier doit être un calendrier global. Le vrai calendrier sera dicté par la situation irakienne".
La famille du retraité de Stains, battu à mort, celle du père de famille roué de coup à Epinay sur seine, qui a connu le même sort, apprécieront la sortie de Villepin, qui par ailleurs a déjà oublié que, ce week end s'est constitué un "Conseil Representatif des Associations Noires".
Enfin, on sera rassuré de constater que, malgré ses difficultés domestiques, la France avait tout vu, tout prévu, en Irak