Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

29 novembre 2005

Faut-il pénaliser le rap?


L'idée de certains députés et sénateurs de poursuivre en justice les rappeurs dont les textes peuvent constituer des appels à la violence anti française n'est même pas une fausse bonne idée, c'est une vraie une mauvaise idée.
Il ne fait pas de doute que les textes de certaines chansons-je ne vais pas les rappeler ici-sont outrancières, sexistes, racistes, antisémites, appellent à la violence parfois de façon extrêmement...prosaïques contre la police. Ont-ils pour autant servi de détonateurs aux émeutes? Et si, au contraire ils avaient servi d' exutoire aux passions des banlieues? Ces chanteurs ont un grand sens du marketing et de la promotion. ils connaissent parfaitement les instincts de leur cible commerciale et, comme d'autres, ils lui font entendre ce que les auditeurs et consommateurs de disques veulent entendre et sont prêts à acheter. Bref dans cette affaire, Besancenot s'est fait le VRP de Sony Music, comme l'explique le rhéteur.
Outre le fait que, comme le rappelle Bertrand Dicale dans le Figaro de vendredi, nombre de grands chanteurs français (Brassens) ont signé des paroles passant pour subversives, il est probable qu'interdire ou exercer la moindre censure sur le rap aurait sans doute l'inverse de l'effet recherché. Il mobiliserait les "jeunes" contre ce qu'ils dénonceraient aussitôt comme une atteinte à la liberté d'expression.
Ce qui compte ce sont les conditions du passage à l'acte et aucune chanson n'a jamais, à elle seule, fait descendre personne dans la rue. Ce sont peut-être des hymnes à un moment donné et elles ont le mérite de nous édifier sur ce qui suscite l'adhésion dans les cités reléguées de la République. Encore faut-il ne pas se voiler la face ou faire la sourde oreille.
PS: Si j'avais un peu plus de temps, je classerais dans le bêtisier républicain l'amendement Léonetti sur "les aspects positifs de la colonisation". On a le droit de le penser, d'en discuter et aussi de combattre cette idée. Mais l'inscrire dans une loi? L'imposer comme évangile pour tous? Une manie française de légiférer sur tout. L'assemblée a là une occasion de réparer cette boulette, et le PS -qui propose l'abrogation du texte voté dans un hémicycle désert en février dernier- a fait preuve d'un bel opportunisme, comme on dit au foot.

15 commentaires:

Paulet' a dit…

Cette question de la liberté de pensée ou de provocation des artistes se retrouve ds les mêmes termes pour les intellectuels. Je suis d'accord avec vous que "aucune chanson n'a jamais fait descendre personne dans la rue " ; en même temps c'est un peu vite évacuer le problème. De même aucun intellectuel ou aucun propos subversifs n'a jamais fait descendre qqun ds la rue. Par contre, il est indéniable que cela maintient un climat de haine qui ne demande qu'à éclater. Comme on disait lors de 39-45, il y a "les têtes sans bras et les bras sans têtes" ; loin de servir d'exutoire, ces chansons, au même titre que certains prédicateurs (voire certaines associations noyautées par l'extreme gauche), contribuer à amener et maintenir le prisme de l'injustice, sociale et historique comme seul prisme de lecture de leur condition.
Tant que cela reste sur le champ politique, on ne peut rien dire ; mais quand les mots débordent, et parlent de FranSSe, ou autres, en quoi est ce un exutoire ? Comme disait "Finkie", si un fils d'agriculteur de Bourgogne se mettait à chanter sa haine de "ceux qui envahissent son pays", vous diriez aussi que c'est un exutoire ? Non, vous seriez juste et qualifieriez (ce n'est pas une attaque contre vous, ms malgré votre originalité, vs faites quand même partie de la caste médiatique !) un tel individu de raciste, xénophobe etc...
Alors cessons le deux poids deux mesures ! Cessons de les flatter et de les laisser croire que ns sommmes leur débiteur ! Et si cette loi était très maladroite, comment contrebalancer autrement que par l'école la pensée unique sur la France fasciste coloniale ?
Vous parliez je crois ds un post des cours violemment antilibéraux voire marxisant à l'école. Mais cette tendance est encore plus forte dans les ZEP, et déborde même souvent les questions économiques pour envahir le champ politique historique ! Et même quand les profs sont honnêtes (vs connaissez mieux que moi les écrits d'Askolovitch là dessus) la pression qu'ils subissent sur les questions sensibles de la colonisation ou de l'esclavage peut etre énorme alors je vous demande : si une loi n'est clairement pas le moyen de changer des mentalités, que suggérez vous pour mettre une pincée de véracité et de pondération dans les pensées souvent binaires de bon nombre d'élèves ? Comment contrer tous ces prédicateurs, politiques ou religieux, qui mettent dans la tête de ces jeunes que la France est au mieux une "compagnie d'Assurance qui doit règler ses dettes vis à vis de son histoire" et au pire un simple putain ?

Hugues a dit…

Ce n'est pas parce qu'il serait stupide de pénaliser le rap que cette idée d'une filiation entre Monsieur R et Brassens doit être propagée.

Le sexisme, le racisme ou l'antisémitisme n'ont jamais fait l'ordinaire d'un Renaud, d'un Ferré ou d'un Le Forestier, même si la reprise de certains textes sur le site du MRAP est censée nous convaincre de l'existence d'une grande famille de la contestation par la chanson.

Si Hexagone dit la même chose que Monsieur R, j'ai dû louper un épisode.

Anonyme a dit…

merci Sylvain

D'accord à 200% avec toi , pour une fois...
jm

Delphine a dit…

Je ne connais pas les textes incriminées, les quelques phrases citées ici et là n'étant pas significatives. La citation, à l'instar de la traduction, peut être traître.

Cependant, si des menaces sont répétées et précises (comme par exemple, inciter à tuer telle personne ou poser une bombe à tel endroit), il me semble qu'il faut intervenir.

Ce que je trouve navrant, c'est que depuis des années, on a voulu mettre un couvercle sur une cocotte-minute et qu'on découvre aujourd'hui avec stupeur que non seulement, celle-ci menace d'exploser mais aussi que le développement de son contenu a persisté ! Comme dirait Pivot, il y a eu un "bouillon de culture" ! :)

En résumé, je crois que la répression ne doit être ni généralisée, ni refusée en bloc. Des garde-fous sont nécessaires, malheureusement. Cependant, ce que j'ai pu lire ou entendre sur le rap me rappelle tout ce que j'ai pu lire sur la naissance du blues, du rock, etc... Nouvelles cultures, vieilles craintes. :)

Anonyme a dit…

si un texte de chanson porte un message haineux, raciste ou antisemite il doit etre sanctionne et a tout le moins faire l'objet de debat, au meme titre que tout livre ou article 'scientifique' revisionniste. Il ne faut pas, par 'jeunisme' ou opportunisme politico-electoral se contenter d'un mou 'au moins il nous renseigne sur' ou 'il sert d'exutoire a'. La haine n'est un exutoire a rien d'autre qu'a la haine et ne promeut que la haine. A notre epoque les chansons, les clips videos, les sketches TV, etc, ont un role similaire a celui des 'livres' d'antan et peuvent donc avoir une influence determinante dans la distribution de messages et surtout dans le processus d'auto-legitimisation des racistes.

Sébastien a dit…

On dit que la musique adoucit les moeurs. Mais une musique qui appelle au meurtre (Assassin de la police il y a déjà quelques temps) est-elle acceptable ? Alors il suffirait de chanter les pires saloperies pour ne pas tomber sous le coup de la loi ? Ne dites pas que vous êtes antisémite, chantez le... ?

Evidemment ce ne sera pas chanson qui sera le détonateur d'une émeute. Mais en revanche, elle pourra contribuer à banaliser certaines idées auprès d'une population fragile.

Yvette R a dit…

D'abord, il ne s'agit pas de pénaliser LE rap, mais certains chanteurs de rap dont les textes sont haineux, sexistes, racistes et appellent à la violence.

Il y eut "Je suis partout", et "La Croix" qui se revendiquait "le journal le plus antisémite de France". Fallait-il les condamner et les empêcher de nuire ?

Il y eut au Rwanda, la radio des mille collines qui incitait au massacre des Tutsis. Fallait-il l'empêcher de nuire ?

Au tribunal d'Avignon, le ministère public a déclaré à Dieudonné : " Elle [la manière de faire insidieuse de Dieudonné] consiste à instiller un poison qui corrompt les esprits et la société tout entière. L'Histoire et l'actualité nous rappellent les effets désastreux d'une telle démarche.

Sylvain Attal a dit…

Je ne dis pas que cette question est simple mais je constate que le fait d'avoir une des legislations les plus restrictives en matière d'opinion ou si vous préférez d'incitation à la haine ne nous a pas empêché de connaître ces problèmes d'antisémitisme de sexisme de violence. La répression surtout quand elle cible des objets artistiques semble nourrir le mal au lieu de le combattre. A mon avis.

Robert Marchenoir a dit…

Le rap, c'est en général de la merde. Mais ce n'est certainement pas à la loi d'en juger. C'est aux citoyens d'en débattre librement.

De même, la loi n'a pas à dire ce que les élèves doivent penser de tel épisode historique, que ce soit dans un sens ou dans un autre. L'enseignement en France est déjà suffisamment farci d'idéologie sournoise (paléo-marxiste, en l'occurrence) sans qu'on en rajoute.

La volonté du PS d'abroger la loi imposant d'enseigner les vertus de la colonisation est louable. Les motivations des socialistes, en revanche, sont erronées et dangereuses.

Je suis effaré que l'essentiel du débat public, sur cette question, se concentre sur le fait de savoir si la colonisation a été un bien ou un mal. Là n'est pas la question.

Ce n'est pas parce que la colonisation aurait été nuisible que cette loi est néfaste.

C'est parce qu'un gouvernement qui se mêle de prescrire aux enfants des écoles ce qu'il convient de penser de tel ou tel épisode historique, cela s'appelle un gouvernement totalitaire.

Qu'il penche à droite ou à gauche.

Seuls devraient être admis, à l'école primaire et secondaire, les faits irréfutables et les analyses unanimement reconnues comme légitimes depuis longtemps, en provenance des chercheurs les plus respectés.

Le reste doit être réservé à l'université, aux pages des journaux, aux livres, au débat public et démocratique, et à la conscience de chaque adulte.

L'école n'est ni une annexe de la télé, ni un meeting électoral.

A l'école, on doit apprendre le socle commun, les valeurs communes, la sagesse commune, le savoir commun, l'héritage commun.

On doit apprendre ce qui est indiscutable. Ce qui est indispensable à l'enfant pour que plus tard, progressivement, il bâtisse sur ce socle sa propre pensée, autonome et créatrice, qui s'éloignera de ce socle tout en s'en nourrissant.

Cela s'appelle la culture. La vraie, pas les singeries subventionnées des intermittents du spectacle et des "artistes" contemporains.

Cette évidence semble avoir été oubliée de la plupart: un symptôme de plus de la perte des repères des sociétés occidentales.

Et c'et exactement pour cela que les banlieues flambent (outre le chômage et la discrimination, qui sont des facteurs massifs mais non exclusifs): quand une société montre tous les jours à ses enfants qu'elle n'a aucune valeur commune,et que tout y est affaire de groupes de pression, il ne faut pas s'étonner que les plus fragiles de ces enfants refusent de s'intégrer. Comment s'intégrer à quelque chose qui n'existe pas? Et il ne faut pas s'étonner non plus qu'ils assimilent la leçon des adultes, de ceux qui ont le pouvoir: seule la violence paie.

Que des hommes politiques imposent aux élèves de penser ceci ou cela de la colonisation, c'est une violence inacceptable, même si elle semble s'exercer de façon civilisée à l'abri des ors de la République.

Brûler des voitures, c'est aussi une violence inacceptable, mais elle ne porte pas de masque, contrairement à la précédente.

C'est cela, fondamentalement, que disait Alain Finkielkraut dans son entretien à Haaretz.

Il est urgent de l'entendre.

Yvette R a dit…

Réponse à S Attal

Je vous comprends, mais on peut se demander si cette législation ne deviendrait pas superflue, s'il y avait un consensus des medias pour condamner ce genre de textes. Or, nous assistons au contraire à la légitimation de cette parole, comme s'il n'existait pas des "révoltés révoltants".
Le respect de la morale est trop souvent considéré comme une manifestation du respect de l'ordre bourgeois

Emrys Myrdyn a dit…

Si la musique, les films, etc. étaient encore simplement des moyens d’expression et non des outils de conditionnement des foules, ont pourrait défendre l’idée qu’ils s’adressent à l’intelligence des auditeurs, même en étant conscient de l’inévitable dimension émotionnelle qui « aide » à rendre son cerveau disponible.

Mais compte tenu du pouvoir de propagande et de conditionnement que représente l’association show business – media de masse et de sa capacité à imprimer des slogans et des idées simplistes, plus qu’à faire réfléchir, je pense qu’une absence de règles ou au moins de responsabilité est naïve et deviendra bientôt criminelle.

Le rôle joué par ce type de conditionnement de foules dans les mouvements terroristes modernes ou les dérives totalitaires plus anciennes est pourtant assez bien connu pour que l’on puisse mesurer la toxicité de tels courants d’expression.

Emrys Myrdyn

Mademoiselle C. a dit…

Un bouc émissaire ou un exemple semble bienvenu en ces temps!!!Pourquoi ne rendre responsables les artistes raeggae du trafic de stupéfiants tant qu'on y est? Les jazzeux pourraient être qualifiés d'anarchistes et les classiqueux de conservateurs!!!
D'autant plus que certains des groupes de rap visés ont cessé leur activité de rappeurs depuis longtemps (ex:Fabe) et que d'autres ont gagné les victoires de la Musique! Il s'agirait d'être cohérent à un moment donné ou à un autre et ne pas pratiquer la récupération politique à outrance...

VinZ a dit…

Contrairement à ce que dit sébastien, il n'y a pas de chanson qui dise "Assassin de la police"...
La chanson à laquelle il fait référence est certainement la musique du film "La Haine", où Cut Killer, avait remixé dans une même chanson NTM, Assassin, Edith Piaf et KRS-One... Le bout où l'on croit entendre "assassin de la police" est en fait extrait d'un morceau des années 80 du rappeur américain KRS-One, où il dit "that's the sound of the police"...

A la fois républicain de gauche et amateur de rap, je suis partagé sur le sujet... Parmi les propos dénoncés par Grosdidier, il y en a quelques-uns choquant, mais il n'y en a (pour moi) pas un seul qui soit effectivement du racisme anti-blanc... Tout comme je ne vois aucun racisme dans les propos de Finkielkraut à Haaretz

En tout les cas, c'est tout bénef pour Mr. R : qui le connaîtrait en dehors du milieu rap underground sans l'intervention de Grosdidier ?

coutal a dit…

Je n'aime pas trop le connotation du titre "sanctionner LE rap", non il ne s'agit que d'une petite partie de rappeurs dont le but est bien de se faire de la pub en esperant la controverse. En cela MR a bien reussi!
Néanmoins je trouve la démarche de Grosdidier mauvaise en parlant du "passage a l'acte" que peuvent induire les textes orduriers de MR.
En effet ce genre de proces n'est pas nouveau, mais alors on doit tout attaquer: télé, bd, nombreux groupes de hard rock, black metal ect.
En clair, une personnalité affaiblie trouvera toujours un support pour sombrer.
Ce qui a choqué par contre lors d'intervention sur les plateaux télé, c'est le manque de condamnation morale de ce genre de propos au nom de la liberté "artistique". Si ces propos avaient été vertement condamnés par les intellectuels avant de combattre la démarche de censure, je pense que la polémique aurait tres vite dégonflé.
Mais la responsabilité ne semble pas etre la premiere vertu des stars et autres présents sur les plateaux de television d'émissions populaires

WEST COAST a dit…

KRS-ONE = Knowledge Reigns Supreme Over Nearly Everyone = La connaissance règne en maître sur chacun d'entre nous ...

Je cite Robert Marchenoir :
"Le rap, c'est en général de la merde"
Ta culture du rap s'arrête sûrement à NTM ou autre Assassin et tu dis que c'est pro-violent, va écouter du VRAI rap, le rap US (Ice Cube, Public Enemy, A Tribe Called Quest, Gang Starr...)qui font certainement de meilleurs textes qu'Isabelle Boulay ou autre Garou. Ta vision du rap sera changée.

Je conçois que des Rappeurs Old School comme NWA ou Compton's Most Wanted ont largement contribué à l'émancipation de la violence dans les quartiers de Los Angeles...
Mais LA,c'est pas Paris non plus, c'est pas parce que Mr. R tiens des propos outrageux qu'il faut s'attendre à ce que 50 000 jeunes vont sortir dans les rues avec des panneaux "Nique La France" !! Croyez-vous que les banlieusards écoutent du Céline Dion, du Sardou ou du Bénabar ??
Ceci étant, je ne suis pas banlieusard et donc pas le mieux placé pour parler d'eux.
Mais je pense que le rap est inévitable dans la société, les lois ne peuvent ni l'encadrer, ni le contrôler, ni le réprimander...