Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

15 avril 2005

Chirac général de l'armée du Oui



Quelques observations sur la rencontre des jeunes avec le Président, sur TF1, fort longue, décousue et le plus souvent à côté de la plaque:
Jacques Chirac n’a, au fond, été réellement convaincant que sur l’affaiblissement de la France en Europe, en cas de victoire du Non. Ça n'est pas rien. Il faut vraiment être de mauvaise foi ou faire preuve de cette fameuse arrogance française pour croire qu’après avoir dit "Non", la France pourrait obtenir une quelconque renégociation de la constitution (que la plupart des autres pays aurait accepté en l'état), ou la prolongation de ses derniers “privilèges”, comme la PAC.
De ce point de vue, Cohn-Bendit a fait mouche en parlant, à propos des “Non” de gauche, de ceux qui, "
après avoir cru au socialisme dans un seul pays voulaient aujourd’hui d'une Europe dans un seul pays."
Pardonnez-moi, mais il arrive aussi que Sarkozy ne dise pas que des bêtises, comme lorsqu'il affirme que le modèle social français peut de moins en moins être donné en exemple. Son rappel: "Personne, dans le monde, n'a jamais été tué au nom du libéralisme" est également bienvenu. La diabolisation du libéralisme (renommé sans autre forme de procès "ultralibéralisme") et de l'économie de marché devient, dans ce pays presque une vérité première. Cette pente que les hommes politiques osent de moins en moins contrarier est horripilante. Elle est franchement inquiétante sur le sens des réalités des Français.
Pour le reste, des slogans comme : "
l’union fait la force!" et "n’ayez pas peur!", martelés ou radotés par le président pouvaient aussi bien tenir dans une brève allocution télévisée. Cela lui aurait, de surcroît, évité quelques contresens. Comme la confusion entre services publics (dont la constitution ne parle pas) et services d’intérêt économique général, dénomination qui exclut précisément les services publics non marchands. Des contrevérités aussi: Où donc a-t-il trouvé que la France avait “le taux de croissance le plus élevé de l’UE”, sinon dans ses rêves?
Si Chirac avait voulu répondre aux vrais questions soulevées par un traité souvent incompréhensible et incohérent, il aurait accepté un débat avec des interlocuteurs mieux informés, sinon “initiés”, terme qui est, en l'espèce, péjoratif.
En fait, comme me l’a expliqué de façon très convaincante, un célèbre “spin doctor” français, en décidant de privilégier une classe d’âge qui est celle qui est le moins tenté par le Non (les 18-30 ans), Claude Chirac n’aide pas réellement la cause du Oui mais réalise une opération d’image au bénéfice de son père. Chirac est-il prêt à prendre davantage de risque pour faire partager sa conviction? C'est la question qui se posera si, comme c'est probable le Non ne baisse pas dans les sondages.
Car il y a un problème essentiel que l'on ne répétera jamais assez: Ce sont avant tout les électeurs de gauche qu'il faut convaincre. Et Chirac est ici à contre-emploi. Or, en lisant la presse ce matin je vois, à côté des comptes-rendus de l'intervention de Chirac, un meeting de Sarkozy à Biarritz, un autre de Bayrou et Perben à Lyon, et la réunion des "Non" de gauche au Zénith. Ce matin enfin, sur RTL, Laurent Fabius, commentait la prestation présidentielle, masquant de moins en moins bien le rôle qu'il espère lui voir revenir au PS dès le 30 mai prochain. Où sont donc Hollande, Aubry, Strauss-Khan et les autres? Pourquoi le "Oui" de gauche est-il inaudible?
Enfin, s’agissant des services publics. A défaut d’avoir su expliquer en quoi ils seraient préservés par une constitution qui restreint le domaine de la libéralisation, Chirac aura, au moins, réussi à privatiser, ne fusse qu’une seule soirée, les principaux animateurs de la télévision publique. Voir deux d’entre eux, parmi les mieux payés, se mettre au service de la suprématie de TF1 (alors que leur contrat le leur interdit), symbolise assez bien l’abaissement de la télévision publique sous la présidence de Marc Tessier, resté, dans son irrépressible désir de plaire, impuissant devant ce scandale.

10 commentaires:

Calembro a dit…

Salut Sylvain,

Je vais voter non pour que Chirac ne se représente pas et que la gauche perde en 2007. C'est d'abord la France qui m'intéresse et, vu son état, l'Europe peut attendre : il est urgentissime que Sarkozy ait sa chance et s'il la rate, Marine suivra.
Je rappelle la situation : 5 millions de chomeurs, 7 millions de pauvres, 1000 milliards € de dette publique, une école qui ne fonctionne pas, un secteur public trop nombreux et ne rendant quasiment plus de service, etc.

Anonyme a dit…

Ca m'énerve. ça m'énerve... Rien ne vient contrezdire tout ce que je prétends depuis six mois. Chirac ne veut pas d'une victoire du oui. Aznar l'a dit bien mieux que moi dans le livre qu'il consacre aux personnalités qu'il a rencontrées. Chirac ne pense qu'à ses intérêts. Tout concourait au choix du référendum. Tout. Au non aussi. Fabius surgit donc, quelques mois avant cette consultation. Chirac s'en fout : il est haï par les Français. Fabius n'a aucune chance. Pour rien. Destin national, my ass ! Et les autres ? Carbonisés, tous ! Jospin ? C'est la dernière carte qu'il reste au Parti socialiste, celui-là même qui a permis au Front de progresser en vingt ans d'une formation confidentielle au deuxième tour de l'éléction présidentielle.

La décision de Marc Teissier sur Barroso et la Turquie ne contribuera pas à éclaircir le débat. Celui-là aussi aura tout perdu, comme Fabius. Il ne sera pas reconduit dans ses fonctions. Et c'est heureux. Preuve que les homosexuels sont bien plus intégrés que les communautaristes veulent bien le laisser entendre : deux gays aux postes-clefs des médias nationaux, France Télévision et Radio France, se montrent aussi incompétents que n'importe quel hétéro de base.

Raphaël.

Etudiant en droit Paris-II-Assas a dit…

Pardon mais y'en a vraiment assez de tous ces frenchy qui pensent que leur non aura des conséquences sur la politique intérieure, sur les élections , etc, la vérité est que la france a beaucoups à perdre en votant non.

Demander l'avis des français sur la constitution fut une grave erreur, c'est sur l'elargissement qu'il fallait le faire mais par sur un texte juridique communautaire dont seuls les juristes peuvent saisir la portée et les effets politiques eventuels à long termes. Etudiant en droit je sais que le droit n'est pas politiquement marqué mais que l'on peut "faire dire" à un texte constittutionnel ou legislatif ce que l'on veut (ex: C°1958 l'immunité presidentielle resulte de l'interpretation du texte mais la solution inverse n'aurait pas été moins fondée en droit).

De plus quand on sait que le texte est une compilation de tous l'acquis communautaire, donc qu'il n'y a pas d'innovation juridique fondamentale, on se demande pourquoi les NON ne se réveillent que maintenant.

Autre chose cette constitution n'a pas pour but d'ameliorer le quotidien des français mais de cimenter l'Union autour d'un texte symbolique.

En votant oui, pas grand chose à gagner.
En votant non, beaucoups à perdre.

all a dit…

:)
Collectif "c'était mieux avant"

PROCLAMATION DU COLLECTIF « C'ÉTAIT MIEUX AVANT ! » CONTRE L'ADOPTION DU PROJET DE CONSTITUTION EUROPÉENNE

Chers concitoyens, le 29 mai prochain nous tenons notre destin entre nos mains. Du OUI ou du NON qui sortira des urnes dépendra notre avenir

NON A L'EUROPE EUROPÉENNE ! OUI A L'EUROPE FRANÇAISE !

Si le oui l'emporte :
Ce sera le triomphe de l'Amérique, le Coca-Cola coulera à flot dans nos cantines scolaires, le McDonald's de Millau obtiendra trois étoiles au guide Michelin. L'Emmental perdra ses trous et le Roquefort sa virilité.
L'Europe adoptera des institutions américaines, non démocratiques. Qui sait, peut-être aurons-nous même un garde des sceaux arabe et un ministre de l'intérieur noir.
La nature sera bouleversée : il y aura des pluies de sauterelles, de grenouilles, et de vipères et le nuage de Tchernobyl ne s'arrêtera plus aux frontières. Bref, ce sera très mauvais pour les ours.
La France perdra son influence dans le monde, elle ne pourra plus empêcher aucune intervention militaire américaine. Notre armée sera intégrée aux supplétifs européens de l'US army. Nos soldats défileront au pas de l'oie, sous des ordres beuglés en volapük intégré. Nous devrons apprendre à prononcer tout ces noms à coucher dehors : Bolkestein, et peut-être même Kasniewski, ou Finnbogadottir
Fini notre modèle social, les enseignants travailleront pendant les grandes vacances, les hordes de plombiers polonais, cantonnés à trois étapes du tour de France de Strasbourg, seront lâchées sur l'hexagone. Nous devrons de faire notre déclaration de revenus et payer nos impôts au même endroit.
Plus d'exception culturelle française : les chaînes françaises abandonneront Julie Lescaut pour une série américaine débile, les vieux seront obligés de regarder Derrick doublé en anglais. Les pensionnaires de l'Académie redeviendront de simples mortels.
Les garçons de cafés parisiens seront obligés d'être aimables, les bidets seront interdits. Finies, les grèves surprises de la SNCF et le blocage des camions espagnols et des ferries britanniques. Le cinéma français n'aura plus le droit de tourner des scénarios ou un bourgeois bohême du 5ème arrondissement trompe sa femme avec l'amant de sa fille.
Finie la sainte laïcité, nous vivrons sous le règne de l'alliance du cimetère et du goupillon : nos gouvernants donneront des messes pour le salut du pape, et les enfants des écoles chanteront tous les matins l'hymne à la joie en montant le drapeau bleu étoilé. L'Opus Dei accrochera des crucifix dans les salles de classes, et nos filles porteront le voile.
L'Eglise imposera la position du missionnaire, interdira les capotes, même anglaises, et l'avortement. Le CNRS sera placé sous l'autorité de l'Eglise de Scientologie.

Si le non l'emporte :
Menés par nos guides bien aimés, inspirés par l'héritage démocratique de leurs formations politiques, nous marcherons sur Bruxelles pour imposer aux autres pays une Europe vraiment française.
L'Union Européenne adoptera enfin les grands principes de la démocratie à la française, depuis notre modèle de financement des partis jusqu'au cumul des mandats et à l'absentéisme parlementaire.
Toutes ces parodies de démocraties seront enfin illuminées par l'exemple de moralité de nos institutions. C'est ainsi que la politique extérieure de l'Union saura enfin reconnaître ses vrais amis dans le monde, du Hezbollah à Hu Jintao, de Mugabe à Bachir el Assad.
L'économie redeviendra florissante : nous saurons forcer le grand capital cosmopolito américain à tripler le montant du SMIC et à rapatrier les emplois délocalisés. Dans l'enthousiasme, nos agriculteurs abandonneront enfin toutes ces humiliantes subventions européennes, et rembourseront même ce qu'ils ont touché depuis 45 ans. Ils planteront à la main des rutabagas non transgéniques. Le privilège des bouilleurs de crus seront rétablis.
Nous ne nous contenterons pas d'abandonner l'euro et de revenir au franc. Nous demanderons à nos partenaires de revenir avec nous à l'ancien franc, monnaie exemplaire de cette période bénie d'avant le scélérat traité de Rome.
Foin de mondialisation, notre vie politique retrouvera ses vrais débats, et ses valeurs, incarnées durant l'âge d'or par Maurice Thorez, Robert Poujade et Antoine Pinay.
Dans le monde, la voie de l'Europe, amplifiera celle de la France. Ainsi nous saurons nous faire entendre.
Les Américains trembleront, ils adopteront le système métrique et remplaceront leurs 4x4 par des Twingos, leurs satellites éviteront notre territoire. Les britanniques rouleront à droite et porteront Christine Deviers-Joncourt sur le trône.

Et surtout, surtout, Arte disparaîtra et "La 5" reverra le jour.

Pour le collectif « c'était mieux avant ! »,

Le comité d'éthique,

Olivier B, José B, Marie-Georges B, Philippe de V, Arlette L, Marine Le P, Charles P



C/C R.C sur FF (merci)

Alceste a dit…

MDR all! :)

Anonyme a dit…

Extrait de l'Express de ce matin, Christophe Barbier.

"Lors de ses meetings, Dominique Perben raconte volontiers que la ministre allemande de la Justice, Brigitte Zypries, l'a interpellé pendant un déjeuner récent: «Vous n'allez pas faire ça? La France ne va tout de même pas voter non?» Le garde des Sceaux évite, en revanche, de relater ce qu'a ajouté son homologue: «Si un référendum, et non une ratification parlementaire, était organisé en Allemagne, le oui serait laminé!»"

Raphaël.

PS à All, même si ton humour est celui du désespoir, il insulte le principe démocratique. Et ne contrubuera encore qu'à renforcer les tenants du "non" qui se sentiront insultés par ta charge violente contre eux.

Anonyme a dit…

Bonjour,

contrairement aux autres je vais réagir sur votre citation de Sarkozy : "Personne, dans le monde, n'a jamais été tué au nom du libéralisme", idée à laquelle vous adhérez.

Je ne suis pas d'accord, non seulement le libéralisme peut tuer mais, qui plus est, le libéralisme tue chaque hiver, dans les rues de Paris, de Lille, de Lyon et de bien d'autres villes encore. Le libéralisme tue les exclus du libéralisme. Il tue ceux qui, mals nourris et mals logés, par une nuit trop froide passée dehors, ne se réveillerons plus jamais.

Je pense en outre que si aujourd'hui acceptons l'émergence du libéralisme, de nombreuses personnes risquent de se retrouver demain dans un monde à la Zola.

Marc

all a dit…

"Le libéralisme tue chaque hiver"
...et le communisme, il a tué personne lui ?

Vincent a dit…

Et alors ? keskonenafoutre de la place de la France en Europe ? A t elle été positive jusqu'ici ? Le plus clair résultat de cette fameuse place ce sont des subventions agricoles massives qui ruinent les agricultures des pays pauvres et affament leurs populations.
Et qu'est ce j'en ai à foutre si je suis SDF, chômeur, RMIste, exploité de la place de la France en Europe ? A quoi elle sert cette foutue place si elle ne fait rien pour le bonheur des gens ?
Quelle est la place du Danemark ou de la Suède en Europe ? Modeste. Est ce que cela les empêchent d'être les pays les plus développés économiquement et socialement de la planète ? Non. Ils sont en tout cas bien plus avancés que la France avec sa grosse place en Europe.

Anonyme a dit…

tas raison sylvain sur le libéralisme. Alors comme visiblement tu as du temps libre es sous employé par les médias, plonge toi dans les grands auteurs libéraux (tu trouveras tout sur la toile) : bastiat, hayek, mises et travaille tes fondamentaux. Tu es récupérable, mon garçon.