Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

18 juin 2006

La Sarkophobie peut-elle profiter à Le Pen?



Deux articles du dernier numero du "Point" (malheureusement pas consultable en ligne) suggèrent qu'un certain nombre d'électeurs d'origine maghrébine (je ne me résous pas à dire "musulmans") atteints de "Sarkophobie" pourraient tout simplement accorder leurs faveurs à Le Pen.
Parmi les explications de cetta évolution étonnante il y aurait le souvenir du soutien à Saddam Hussein et l'antiaméricanisme du président du FN, mais aussi le recentrage, l'assouplissement de son discours. A plusieurs reprises il a rendu hommage au travail des immigrés qui se sont crevés à la tâche pour le pays. Il y a aussi le lifting idéologique effectué par Marine Le Pen, dont j'ai eu l'occasion de dire moi aussi à quel point il était spectaculaire.
Cette normalisation de Le Pen chez les "nouveaux Français" est aussi sensible dans une partie de la communauté juive effrayé par l'antisémitisme d'extrême gauche et dont le besoin de sécurité a tendance à bouleverser les repères. Mais il me semble que De Villiers aurait davantage d'atouts pour attirer cet électorat là.
Le point commun est sans doute que ces "déçus du Sarkozysme" ne voient pas la traduction dans les faits des paroles fortes du ministre de l'intérieur qui avait promis de nettoyer la racaille.
Il y a aussi la timidité de Sarko sur le thème de la laïcité. Il me semble en effet que, mis à part les extrémistes religieux, les Français issus de l'immigration et les Juifs sentent que la laïcité est le ciment qui les agrège à une République Française menacée d'éclatement communautariste. Le besoin d'ordre a des traductions multiples et la laïcité réaffirmée sécurise.
Le comble est que Le Pen venu des profondeurs de la France Vichyste et traditionaliste d'extrême droite se soit rallié à cette valeur. Beaucoup, comme Bernard Antony (alias Romain Marie) par exemple, ne l'acceptent pas et, pour cette raison ont largué les amarres.
Décidément, il se passe beaucoup de choses à droite en ce moment, en grande partie sur la jachère idéologique de la gauche. Ségolène Royal mise à part il n'y a plus beaucoup de laboureur d'idées républicaines au Parti Socialiste.
La confiance des responsables de la campagne de Le Pen, assurés que leur patron va encore casser la baraque en 2007 ne paraît pas exagérée.

15 juin 2006

Chirac ne manque pas d'entrain


Sa popularité est en chute libre. L'opinion s'interroge sur sa capacité à conduire la France vers les sommets et à faire gagner son camp. Dans les rangs on entend de plus en plus de critiques sur la tactique. Son leadership est contesté. Mais Chirac vient de lui renouveler toute sa confiance. Malgré tout celà, qu'on se le dise, le président ne changera pas d'équipe au milieu du gué. Il va garder Villepin? Rien n'est moins sûr. Il s'agit pour l'instant de soutenir Domenech, comme l'indique ce communiqué (véridique) repris hier dans une dépêche de l'AFP:

Foot-MOND-2006-GrG-FRA-SUI-sport Mondial-2006 -
Chirac "fermement décidé" à continuer à soutenir les Bleus
PARIS, 14 juin 2006 (AFP) - Jacques Chirac est "fermement décidé" à continuer à soutenir les Bleus, dont le premier match au Mondial-2006, mardi soir, s'est soldé par un nul 0-0 contre la Suisse (groupe G), a indiqué mercredi le porte-parole de la présidence Jérôme Bonnafont. M. Chirac, qui a regardé le match dans son bureau tout en préparant le conseil des ministres, "apporte tout son soutien à l'équipe de France, et il est fermement décidé à continuer à lui apporter son soutien", a indiqué M. Bonnafont à la presse. Alors que le ministre des Sports Jean-François Lamour a indiqué mercredi à la sortie du conseil des ministres qu'il aurait "espéré mieux" qu'un nul face à la Suisse pour débuter le Mondial, le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé a fustigé "cette tradition qu'on a tout d'un coup de vouloir commencer à entendre ici ou là des doutes". "On soutient l'équipe et on la soutient vraiment. Si on doit faire des commentaires, on les fera après la Coupe du monde", a souligné M. Copé. La France doit encore affronter la Corée du Sud dimanche et le Togo le 23 juin.
es/ybl AFP

En cas de victoire en Allemagne, Domenech a toutes ses chances pour Matignon...Et Chirac se représente?

14 juin 2006

Place aux vieux!

24 heures à Rouen pour animer le colloque sur le vieillissement de la population, conclu par une intervention de Laurent Fabius. Il est un des rares hommes politiques à se colleter à ce sujet qu'évitent soigneusement les autres: l'inéluctable doublement de la population des plus de 80 ans d'ici 2020, avec les conséquences que cela entraînera en terme de perte d'autonomie. Même si l'on est vieux plus tard, si le pouvoir d'achat des retraités va continuer à croître, la collectivité devra faire face à une demande d'assistance pas toujours solvable. Il y aura quand même de plus en plus de personnes âgées pauvres, et de plus en plus de malades d'Alzheimer. Fabius a du mérite. Souvenez-vous de la canicule de 2003. Avez-vous l'impression que les choses aient changé en quoi que ce soit? Qu'un débat sur un événement aussi prévisible ait été ne serait-ce qu'amorcé? Absolument rien. Evidement, l' image de Fabius reste plombée par le scandale du sang contaminé. C'est sans doute injuste, mais c'est comme ça. Ça lui colle et ça lui collera probablement toujours à la peau. Il n'est donc pas mauvais qu'il montre sa capacité d'empathie, de compassion, sur un tel sujet de société. Il le fait en homme d'Etat, c'est à dire sans se dissimuler qu'il faudra dégager des moyens pour que la collectivité puisse faire face à ses responsabilités. La Cour des comptes estime que les dépenses de prise en charge de la dépendance, de l'ordre de 15 milliards d'euro aujourd'hui, vont doubler en 15 ans. Ce n'est pas, dit-elle, hors de portée pour l'économie française, mais ce n'est pas une paille. Fabius propose une augmentation d'un point de la CSG (selon la Cour, un demi point suffirait, mais il est vrai que les besoins ne vont pas cesser de croître). Franchement, dans la situation actuelle, je ne vois pas comment on pourrait augmenter d'un point les prélèvements obligatoires, alors que nous avons le taux le plus élevé d'Europe et avons tant besoin de relancer la croissance, sans se poser la question de la réduction de certaines dépenses improductives de l'Etat, mais au moins on ne dira pas que c'est démago.
Il y a décidément un paradoxe Fabius. L'homme qui craignait en 2001 que la gauche ne soit battu à cause de la pression fiscale, plaide aujourd'hui pour une hausse des impôts. Il est le seul. Après le Non, voilà qui est de nature à renforcer encore son prestige à la gauche de la gauche. Il reste donc fidèle à sa stratégie. En dépit de sondage catastrophiques (4% souhaitent qu'il soit le candidat socialiste, 5% des sympathisants PS), il poursuit obstinément son chemin, persuadé d'être, sinon le plus aimé, au moins le plus capable. Il tombera peut-être mais il tombera à gauche. Où alors il rassemblera contre le "blairisme" de Ségolène Royal. Une vrai opposition de style. Mais une même volonté, inflexible.

10 juin 2006

Etats d'âme de blogueur


Ouh!... Que ça va être dur!...Que c'est déjà très très dur de bloguer en ce mois de juin avec le beau temps, les souvenirs taurins bien persistants de Nîmes (Belle feria, phénoménal Ponce, épatant Castella, voilà je le glisse en passant), et surtout le mondial qui a (si bien) commencé! J'aurais peut-être quelques coups de foudre, bien sûr, mais je n'ai pas trop envie de faire du reportage de salon. Alors je vous renvoie au petit père asko (Claude Askolovitch), il a fini par s'y mettre au blog! Un blog de coupe du monde qu'il verra des stades lui...Et il y a aussi des photos! Une prière, Claude, fait nous des photos de supporters (et trices évidement). Bon, sur le foot, on peut compter sur lui, il va faire le boulot.
Je m'occupe de la politique pendant ce temps là. les héros de Clearstream étaient fatigués. Il était temps pour eux qu'elle commence cette coupe du monde. D'Huy et Pons aiment-ils le foot. Vont-ils débrayer dans leurs cabinets? Bière et Pizza l'après-midi, ou bien, rien à faire business as usual, on continue le boulot. M. Villepin désolé de vous interrompre en plein match, mais nous avons quelques questions à vous poser. Enorme...
Allez bonne coupe du monde à tous!

01 juin 2006

Et si le Tony Blair Français était UNE Tony Blair?



Elle était tendue, Ségolène Royal, hier soir à Bondy (dans le 9-3). Elle lisait fébrilement des notes manuscrites, prises sur un bloc A4. Ca ne lui ressemblait pas beaucoup.On la sentait grâve, sachant que les belles âmes de la presse bien pensante, promptes à l'encenser pouvait, brutalement retourner leur veste et la lyncher. Puis vinrent les mots. "Centre fermés" "Encadrement militaire", "sérieuse reprise en main", "remise au carré", "école de parents", "mise sous tutelle des allocations." Il fallait oser et les camarades étaient quand même assez soufflés. Indignation des Fabiusiens et strausskhaniens persuadés d'avoir pris leur rivale en flagrant dérapage. Incertain, Jack Lang se rallia (est-ce prémonitoire?) en faisant mine de ne voir là que de la position des tous les socialistes. Franchement embarassé, François Hollande qui ne s'attendait visiblement pas à ça.
Côté Sarko, le flottement était encore plus sensible, jusqu'à ce que Sarkozy en personne, encourage Mme Royal à "persevérer dans ce chemin", avant de la jouer amusé: "je souhaite bon courage à François Hollande". En effet. Remarquez comment Sarkozy estime que dès que l'on évoque de façon un tantinet sévère les questions de sécurité, il estime qu'on le plagie. Comme s'il devait avoir le monopole de ce thème. Cela fait des années que des électeurs de gauche sont tentés par Sarko, parce que la gauche n'est pas à la hauteur suces questions. Sarko le sait qui leur fait régulièrement des avances. Là, on le sent péoccupé par cette concurrence naissante face à laquelle il se devait de faire "buona figura".
Jean-Luc Mélanchon a vu juste, en voyant là du "Tony Blair pur jus". Et oui, et c'est précisément cela qui est révolutionnaire. L'électorat socialiste attend sans doute celà, désespérement . Les adhérents, qui seront maitres du choix du candidat, sont censés, eux, préférer un bon vieux candidat "anti-liberal". C'est sous-estimer leur désir de renouvellement, surtout celui des 60 000 nouveaux adhérents qui payent 20 euros pour participer à cette primaire. Fabius, et aussi DSK, pensent que la question sociale sera prépondérante. Royal parie, elle, que les électeurs de gauche se prononceront avant tout sur les questions culturelles et de société (sécurité, éducation etc...). On peut objecter qu'elle fait, un peu tôt, une campagne de second tour. Mais on ne peut plus dire qu'elle n'a pas d'idée. Et qu'elle ne prend pas de risques.

31 mai 2006

Tout est dans les livres...

Il n'ya plus aucun doute, Michel Houellebecq est un authentique génie visionnaire. Voyez ce que rapporte libé ce matin, la création d'un parti pédophilo-porno aux Pays-Bas.

Ya ka dissoudre la tribu ka



La descente des nazillons noirs de la tribu K, dimanche rue des Rosiers à Paris, est absolument abjecte. Elle m'a fait penser au comportement des SA qui brutalisaient et humiliaient les juifs en Allemagne dans les années 30. Leur programme est clair. Même s'il ne sont pas encore passé aux actes, leur idéologie serait celle d'un KKK noir. Ce sont des "Black supremacists". Leur détestation vise en priorité tout ce qui est juif et/ou blanc (Les Fallashas sont, pour ces malades sectaires, des "faux noirs"). Ils ne sont guère plus qu'une trentaine-selon les RG-mais à l'occasion du meurtre d'Ilan Halimi et du soutien moral qu'il ont apporté à Youssouf Fofana, on a pu constater que leur idéologie pouvait se répandre par capillarité dans une "communauté" (y a-t-il vraiment une communauté noire? Je ne le pense pas mais j'utilise ce terme par commodité) en pleine ébullition. Une chance: tribu K est aussi arabophobe que judéophobe, ce qui limitera considérablement son attractivité dans les banlieues.
Néanmoins, hier sur RTL, j'ai défendu un point de vue opposé à la dissolution de Tribu K et à l'interdiction-préconisée par Nicolas Sarkozy- de son site internet, d'ailleurs bizarrement inaccessible depuis hier. Pourquoi? J'ai beaucoup évolué sur cette question et je pense aujourd'hui que ce n'est pas à la justice mais à la société de stigmatiser ces énergumènes. Empêcher, par une mesure administrative, quelques frappadingues de s'abreuver de leur prose ne changera rien, et pourrait même les renforcer. en donnant seulement l'illusion de l'action cela permettrait aux lâches de détourner les yeux. Dormez tranquille brave gens, pendant que Sarkozy karcherise!
J'ai fini par me rallier à la position de la majorité immense des internautes qui souhaitent que la toile reste un espace de liberté d'expression totale. Chacun doit en effet s'habituer à faire le tri entre les contenus fiables et sérieux et les autres.Vous n'empêcherez jamais les esprits perturbés de croire, par exemple, les théoriciens du complot qui abondent sur internet. Leur faire la chasse serait aussi illusoire que contre-productive. Internet a tout changé et rendu obsolète et inefficace l'arsenal juridique réprimant l'incitation à la haine raciale par exemple. Je me suis d'ailleurs toujours étonné que nous ayons en France à la fois les lois les plus répressives en ce domaine mais aussi une extrême droite révisionniste aussi puissante, des préjugés et des actes anti-arabes et antisémites aussi nombreux. Aux Etats-Unis où la liberté d'expression est totale, l'extrême droite est très faible électoralement. Seuls les menaces physiques, les troubles à l'ordre public, les incitations directes et les actes de violence devraient être sévèrement punis, surtout s'ils sont aggravés par des motivations racistes. De ce point de vue là il y a suffisamment de quoi retrouver les auteurs de la descente de dimanche (des photos ont été prises) et les condamner. Tout, même une peine symbolique, vaut mieux que l'impunité dont bénéficie les petits délinquants. C'est ce qu'on attend d'un pouvoir politique digne de ce nom.
Je prends un autre exemple. Le Pen a été jugé et plusieurs fois condamné pour des déclarations concernant la période de la seconde guerre mondiale et montrant, de sa part, une certaine nostalgie de Vichy et sa mansuétude envers l'occupant. Ça lui a coûté cher et Le Pen n'est pas crésus. Depuis il se méfie et fait attention à ce qu'il dit. Pense-t-il différemment pour autant? Certainement pas. Au contraire, la modération récente de son discours lui permet de passer pour un homme politique respectable. Autrement dit, ces lois donnent seulement l'illusion que l'on s'est débarrassé du problème. Elles sont des révélateurs d'impuissance et, pire, donnent l'impression à beaucoup que si l'on veut faire taire ces gens c'est qu'ils disent la vérité et que l'on n'a plus aucun autre moyen de contrer leur influence qui grandit et devient irrésistible. Le Pen a d'ailleurs compris que plus il se taisait, plus il revenait fortement lors des élections. et quand on lui donne la parole il préfère vociférer contre des médias qu'il accuse de ne pas lui donner suffisament la parole! En privé, il m'a affirmé un jour que la plus grande bêtise qu'avait fait le système contre lui, c'était d'avoir de facto interdit le FN à l'assemblée. "
Quand vous êtes député, vous êtes obligé de prendre position tous les jours sur quantité de sujet. Vous vous faites donc obligatoirement des ennemis." En l'excluant du jeu normal des institutions, de plus en plus de gens se sont abusé à penser qu'il pouvait être la solution à la décrépitude politique. Et le FN, à défaut d'avoir des députés, engraisse. En parvenant au second tour de l'élection de 2002, Le Pen a faussé l'élection et peut-être son résultat. Nous payons tous les jours le prix de ce parasitage. Je préfère qu'il ait des députés, et surtout qu'il dise tout haut ce qu'il rumine, afin que chacun prenne ses responsabilités dans l'isoloir.
Sur fonds de communautarisme les opinions extrêmes se répandent en France. Elles débordent et déborderont de plus en plus sur le terrain électoral. C'est extrêmement inquiétant mais ce n'est pas à la justice de s'en occuper.
PS: Le plus révoltant dans l'affaire de la rue des Rosiers est que la police ait mis une demi heure pour intervenir en nombre pour faire cesser les troubles, sur un lieu aussi sensible et déjà theâtre d'un attentat sanglant. Que font les RG? Que se serait-il passé si, au lieu de bâtons, les assaillants avaient eu des kalashnikov? La réaction de Sarkozy est destinée à masquer l'impuissance de ses services. C'est de la gesticulation.

28 mai 2006

J'adore

Les pieds dans la toile Royal...

La blogophilie ségolenienne est devenue tellement active qu'il est parfois difficile de s'y retrouver. Yannick Serrano que je mentionnais dans mon post "Les drôles d'admirateurs..." m'envoie un mail incendiaire (que l'on peut lire dans les commentaires) pour me dire qu'il n'a rien à voir avec le site www.segoleneroyal.over-blog.com. Dont acte. mais je n'ai quand même pas rêvé! En me rendant à nouveau sur le site en question, je découvre qu'en effet la mention du sus-nommé à complètement et opportunément disparu...à sa demande, comme le signale Mme Evangelizta, qu'il faut désormais tenir pour responsable...Sauf qu'elle a elle aussi fait disparaître tout lien vers Denis Touret, l'auteur de l'article incriminé sur Laurent Fabius. Vous suivez? Ce n'est pas facile en effet et je ne suis pas sûr de m'y retrouver moi non plus. Je crois que les relais de Ségolène Royal se sont fait sérieusement sonné les cloches par la maison mère après l'article du Canard et quelques posts comme le mien. L'erreur est humaine on peut se laisser abuser et les insultes de M. Serrano me laissent penser qu'il cherche à rattraper une grosse bétise. Bon. Certains d'entre vous me disent que j'aurais dû m'en prendre à Denis Touret et à lui seul dès le départ. Mais il circule toutes sortes d'insanités sur la blogosphère. Je ne vais quand même pas toutes les poursuivre! Ce qui me paraissait grâve c'est qu'elles puissent être reprises sur des blogs d'admirateurs de Ségolène Royal qui utilisent son nom. Le ménage ayant été fait, il n'y a donc plus rien à dire.

27 mai 2006

Bras d'honneur


Guy Drut est un type sympa. Riche et sympa. Il a épousé une femme de bien. Mais cela ne lui suffisait pas et il s'est débrouillé pour, en plus de son traitement de député qui reste assez confortable (aux environs de 10000 euros), se trouver une gâche supplémentaire. Un emploi fictif. Au procès des HLM d'île de France il n'a fait part d'aucun regret et s'est contenté d'expliquer qu'il était resté un grand champion et que les grands champions, que voulez-vous, sont capricieux. Ben voyons...Et voilà le grand Guy Drut qui nous a, moi le premier, fait tant rêvé avec sa médaille de Montréal, blanchi par la volonté d'un souverain qui est lui-même au dessus des lois. Le pire c'est que tous les autres prévenus de cette affaire, eux, n'ont pas eu droit à cette amnistie qui est en fait une grâce.
Entendons nous bien: Guy Drut n'a aucune excuse. Son cas est indéfendable. Ce n'estpas le champion qui est grâcié mais l'homme politique corrompu. Quand à "l'influence de la France au sein du CIO", parlons en. La présence de Drut au CIO alors que Paris voulait les jeux aura été un boulet plutôt qu'autre chose.
Jadis l'amnistie des politiques mouillés dans l'affaire Urba fut considérée comme l'une des explications de la défaite de la gauche en 1993. Aujourd'hui Chirac n'en a plus rien à faire. Il sauve ses petits camarades dans ce qui ressemble à un bras d'honneur à la morale politique pour laquelle il n'a jamais montré que du mépris. C'est un chef de bande qui a un pied dans la tombe et qui ne se soucie même plus de son héritage. De toute façon son pire cauchemar serait de voir Sarkozy lui succéder. Ça tombe bien.
Ecoutez les gens autour de vous. ils ne sont même plus ni indignés, ni même surpris. Toute probité publique ayant disparu depuis déjà longtemps, ils en ont pris leur parti. Ils réagissent comme des gaulois, en ricanant. Puis un jour, en novembre ou en Avril, ils descendent faire la révolution. Ça fait deux fois en un an quand même. Mais jusqu'ici tout va bien . Vivement 2007!

26 mai 2006

Les drôles d'admirateurs de Ségolène Royal

Elle n'y est sans doute pour rien, n'empêche qu'elle a de drôles de soutiens, Mme Royal. Comme quoi malheureusement popularité peux rimer avec populisme, en l'espèce populisme de gauche.
Comme l'a révélé le Canard Enchaîné, son blog, "Désir d'avenir" a été pollué par un admirateur de Gironde qui renvoyait lui-même sur le site d'un universitaire qui décrit Laurent Fabius et Dominique Strauss-Khan comme des "
membres éminents de la communauté juive". Ce n'est pas dit comme ça, au détour d'une phrase, en passant, mais dès la première ligne d'un article sur le parcours de Fabius!
La montée en puissance d'internet dans les campagnes électorales peut être la meilleure comme la pire des choses. Ségolène Royal fait sur internet une campagne dynamique et moderne qui enrichit le débat politique et crédibilise sa candidature. Mais on attendait plutôt ce type de dérapage au FN. Quel barouf ça aurait fait! Le Pen aurait été illico convoqué à la télé pour s'expliquer.
L'admirateur en question, un certain Yannick Serrano, devant le scandale, a aussitôt retiré le lien de son site. Marri, il nous indique, sans doute pour nous rassurer, qu'il ne peut être comparé à l'extrême droite antisémite puisque "sa grand-mère est juive". Ouf. Pour lui, c'est "Ségolène ou l'abstention". Mais il y a pire. M. Serrano qui a juré la perte des deux juifs éminents se débrouille pour nous dire qu'ils ont des "casseroles", même si la justice les a tous les deux innocentés. Bref qu'il n'y a pas de fumée sans feu..
Evidement Ségolène Royal ne peut être tenue pour responsable. rançon de la popularité, aléas du net. On ne choisi pas ses fans et le lien vers le site en question a bien sûr rapidement disparu. Mais Claude Bartolone, le lieutenant de Fabius a raison. Elle doit immédiatement poursuivre son admirateur maladroit car elle a subit un réel préjudice. D'autant plus que son site utilise dans son intitulé le patronyme de Ségolène Royal.

24 mai 2006

Union de la gauche

J'ai accepté de bonne grâce de jouer le vilain libéral hier sur RTL dans "On refait le monde" , face à l'union sacrée du Nouvel Obs (Askolovitch) et de l'Huma (Cabannes). Ça sent l'année électorale, puisque la social démocratie tendance gauche caviar fait mine de penser comme le PC, pardon, dites "la gauche anti-libérale". Sujet: évidement La Sogerma, où l'on vit, à front complètement renversé la gauche unie soutenir l'héroïque Villepin contre le grand capital. Face à eux, ma pomme et Yves Tréard, red chef du Figaro. "De quel droit ces gens (Forgeard) qui n'existe que par l'Etat prétendent obliger les salariés à déménager?" s'indigne Asko. A Bon? Il y a désormais non seulement un droit à l'emploi à vie dans la même entreprise, mais aussi dans la même région, que dis-je, dans la même ville et pourquoi pas sur le même site? Ça a existé, oui, cela s'appelait l'Union Soviétique.
Cabanne, surpris de se trouver débordé sur sa gauche par le social traître Asko, brandit l'Huma du jour (on est à la radio, dommage) où l'on voit les dirigeants d'EADS, maison mère de la Sogerma, lever victorieusement le pouce en signe de satisfaction devant les bons résultats du groupe. "
Quelle honte!" Encore heureux qu'EADS soit florissante, cela lui permet d'assurer le reclassement des 1100 salariés de Mérignac. Mais c'est insuffisant pour la gauche la plus bête du monde. Enfin, jusqu'à ce que le camarade Villepin exige de Forgeard, qui doit effectivement sa place au pouvoir, qu'il maintienne quelques centaines d'emplois sur site. Peu importe qu'EADS y perde en compétitivité, on passera cela par pertes et profit pour ne pas mécontenter un Etat, même dirigé par une équipe à la dérive. En attendant Sarko, qui devrait, c'est mon avis, en faire tout autant.
Voilà encore une fois un dévoiment du rôle, nécessaire, de l'Etat dans la vie économique, d'un calcul à courte vue. Comment peut-on, le lundi prendre 40 mesures pour rendre la France plus attractive pour les entreprises et les investisseurs étrangers et le mardi montrer un interventionnisme aussi autoritaire (pléonasme quand on parle de Villepin, désormais connu pour son doigté en la matière)? Voir à ce sujet le Studio Ouvert que j'ai animé hier sur Public Sénat. Pour les horaires des redif, voir ici
Après quoi, sujet suivant, je m'attendais, en toute logique, à ce que le représentant officiel de la social démocratie, et mon néanmoins ami, assassine DSK. Que nenni! Il prétendit que celui-ci avait beaucoup évolué en s'inspirant des thèses de la CGT! Cabanne en est resté sans voix...

16 mai 2006

Le choix provincial de Domenech

Je reproduis, avec son autorisation, un mail d'un de mes amis qui poste souvent ici sous les initiales JM. Il concerne la non sélection de Nicolas Anelka dont il est un des proches. Il traduit assez fidèlement ce que je pense de l'équipe de Domenech. Nous avons décidé d'être de coeur avec l'Angleterre le Bresil, le Portugal et la Côte d'Ivoire.
Le but est de commencer un débat:

"Ma conclusion à tête reposée :
Domenech me semble être quelqu'un de "tordu" dans sa communication et qui se contredit sans arrêt .
sa sélection est incohérente

Il dit , je ne peux pas prendre un joueur qui ne joue pas dans un grand club ( quand Nico jouait à Manchester city et marquait 25 buts par saison il ne le prenait pas )

mais il prend Chibonda( Wigan) et Ribéry ( Marseille va jouer l'intertoto...)

il dit : " je ne prend pas quelqu'un qui n'est pas titulaire ", il prend Cissé qui cire le banc à Liverpool....mais Giuly , Pires en finale de la Champ league , ça ne le touche pas?

Nico joue dans un club non médiatisé en france , j'espère que le selectioneur. récupère des infos ailleurs que dans téléfoot ou l'Equipe...ou alors il est vraiment payé à rien faire
J'espère qu'il a vu comme moi que Nico a enrhumé un à un tous les défenseurs de Milan AC ( tombeur de Lyon ) , même Cafu s'est retrouvé le cul par terre suite à un de ses crochets

Le Championnat de France est tout petit , Ribéry n'existe que par l'absence de star en france ,
avec Marseille en coupe d'Europe , il n'a rien fait,
et contre Paris en finale , on ne l'a pas vu... c'est un jeune joueur de 23ans , qui a sa place chez les espoirs , et c'est déjà bien , laissez le grandir ...
Au fait sa conversion à l'Islam ne gène personne...pourquoi ? il est blanc , c'est moins grave ?
Domenech dit : je l'ai choisi car s'il ne joue pas beaucoup il ne fera pas la gueule...?...c'est un critère de séléction...?On prend un mec en pensant qu'il ne jouera pas ?..Bizzare , non?


On a les dirigeants qu'on mérite...Chirac / Villepin....Domenech...jamais la FFF ne prendra le risque (depuis Platini) de prendre un selectionneur puissant
Tigana , trop noir
Le Guen , trop intelligent
Laurent Blanc , ou Didier Deschamps , Charisme trop fort et trop indépendants

Domenech comme Houiller , Santini , Jacquet , ou Lemerre fait partie de ce casting étrange .
Jacquet a été sauvé par miracle ( tir de Baggio sur la barre en 1/4 de finale , but en or miraculeux contre le paraguay et Lilian THURAM marque les 2 seuls buts de sa carrière en 1/2 contre la Croatie...)


Les conséquences sont pour moi , que je souhaite avec Force et vigueur , l'élimination de cette petite équipe le plus tôt possible.
Brésil , Portugal , Angleterre , Argentine , Côte d'ivoire....voilà mon programme .

Prendre Nico cet hiver , voir sa valeur sur le terrain et son intégration parfaite dans le groupe pour ensuite l'humilier comme il vient de le faire, c'est vraiment malsain , il n'avait peut être pas le bon signe Astrologique...

Moi, je suis en colère , mais Nico, avec qui j'ai échangé quelque SMS, reste calme. Il ne rendra pas service à ses détracteurs en perdant son sang froid :
"T'inquiète pas pour moi... je devrais même les remercier de m'avoir donné la chance cet hiver de montrer à tous quel est mon vrai niveau ..."

Nico , comme Canto , beau sur le terrain et grand dans la défaite ."

15 mai 2006

Ayaan Hirsi Ali en Amérique

Ayaan Hirsi Ali contrainte de s'exiler en Amérique. J'apprends cette honte par l 'excellent PAF.

Vers le Big Bang

On peut avoir le grade de Général et se comporter en bon petit soldat, comme nous le montre M. Rondot. Les députés de l'UMP ne mettrons donc pas davantage la sincérité au coeur, lorsque demain, ils s'abstiendront en bonne troupe de censurer Villepin. Parmi eux, une bonne centaine de Sarkozystes persuadés que le PM a utilisé l'Etat pour disqualifier son rival, leur héros. Une invraisemblance de plus dans cette Vème République qui est belle et bien morte, comme nous le dit d'ailleurs Marie-France Garaud qui en a été une vestale. Hybride dès le départ, ce système politique ni vraiment présidentiel ni vraiment parlementaire a basculé avec Chirac dans un césarisme autiste. Chirac a juste oublié de supprimer les élections, dans lesquelles le peuple, en désespoir de cause se réfugie à chaque fois un peu plus dans les extrêmes, trotskistes ou lepeniste. Un comble, alors que Chirac a été réélu contre le "danger" de l'extrême droite. Je veux bien croire à la présomption d'innocence- même si en matière politique elle signifie circulez y a rien à voir du côté du pouvoir- mais la liste des soupçons est quand même impressionnante.
Le PR dispose-t-il de fortunes à l'étranger, au bénéfice d'un enfant naturel et caché. A-t-il régulièrement détourné des fonds publics au cours de sa vie, soit à fins personnelles, soit pour financer sa carrière? Comment savoir puisqu'il ne répond pas à la convocation des juges (un tuyau pourri qu'il a sans doute revendu à Rondot?)
Le PM a-t-il, pour compromettre un adversaire politique, utilisé les services de l'Etat, à des fins de basse politique? Au moins, lui, accepte-t-il de répondre aux questions de temps en temps.
Le MAE a-t-il dévasté une chambre d'un palace marocain au cours d'une scène de ménage avec sa compagne, nuisant ainsi gravement au prestige de la France? De Gaulle n'eut sans doute pas toléré de tels comportements.
J'en passe.
On peut croire que les Français passerons bientôt à autre chose, à la faveur de la coupe du Monde. Zidane sauvera-t-il la République? Qu'un changement de PM au début de l'été sera moins coûteux pour Chirac. On peut le croire. On peut redouter le pire aussi, à moins d'un sursaut. A quand le Big Bang?

12 mai 2006

Ahmadinedjad doit-il être interdit de Mondial?

On connait les arguments des partisans de cette mesure: En raison de ses propos révisionnistes répétés, de ses déclarations belliqueuses visant à "rayer Israël de la carte", la présence du president iranien en Allemagne, à Nuremberg berceau des lois raciales d'Adolf Hitler, pour soutenir l'équipe nationale serait une injure insupportable contre laquelle les Allemands devraient réagir sans tarder. Le raisonnement paraît sans faille moralement et il l'est. Au risque de surprendre, je considère que cette mesure serait non seulement impossible (Ahmadinedjad est un chef d'Etat et n'a pas besoin de visa pour se rendre en Allemagne) mais surtout une erreur politique. Certes, pour moins que cela, l'UE a pris des sanctions contre le président de la Belarus ou les dirigeants serbes ayant trempé dans le nettoyage ethnique, par exemple. Mais, jusqu'ici, ce qui est reproché au président iranien relève du délit d'opinion. Annoncer que l'on souhaite la disparition d'un pays est certes insupportable et doit être dénoncé et combattu. Cela ne signifie pourtant pas que l'on s'apprête à prendre les mesures necessaires pour arriver à cette fin, encore moins que l'on en a les moyens. De plus, comme le montrent les récentes déclarations de Shimon Peres ("l'anéantisseur pourrait être anéanti"), Israël dispose des moyens de dissuasion necessaire pour se défendre. Dans certains pays, en France et en Allemagne notamment, les propos révisionnistes sont considérés comme des délits et poursuivis comme tels. Ahmadinedjad, en raison de son immunité, ne pourrait pas être poursuivi s'il professait ses convictions négationnistes sur le sol allemand. Cela provoquerait évidement un malaise diplomatique et reveillerait le débat sur la culpabilité du pays, en pleine coupe du Monde.
Je pense néanmoins qu'Ahmadinedjad se comporte en provocateur et qu'il serait ravi de conforter sa popularité auprès des nationalistes les plus chauvins à Téhéran, s'il lui était impossible d'assister au Mondial. Il n'attend que cela: pouvoir passer pour une victime de la culpabilité allemande, de la même manière qu'il affirme que les Arabes, et les musulmans en seraient victimes depuis la création de l'Etat d'Israël. Ne tombons pas dans ce piège. Reservons au voyage d' Ahmadinedjad en Allemagne le seul traitement qu'il mérite: l'indifférence. Et s'il se livrait, à Nuremberg à une nouvelle provocation, il montrerait alors clairement au monde entier sa filiation avec Adolf Hitler.

PS: Les choses vont bouger entre Israéliens et Palestiniens, si j'en croîs cet article de libé. Il semble qu'un vent de réalisme et de pragmatisme souffle sur la région. Tant mieux

10 mai 2006

Putain 25 ans!

Dire que cela fait un quart de siècle et que je m'en souviens comme d'avant hier. De chaque moment ou presque. De mon bureau de vote, des vêtements que je portais. Du bel après midi, des rumeurs, de l'ambiance autour de la rue de Solférino. Des copains et des copines perdus de vue. De ceux qui ont fait du chemin...De la Bastille, de la pluie...Ce n'est pas que les souvenirs soient intacts qui est surprenant, c'est qu'il semblent si proches. Première constation: On ne s'est pas vu vieillir. Deuxième constation: Si peu de choses ont changé, alors que la gauche voulait "changer la vie". Peu de choses à ceci près: Jusque là l'alternance ne s'était pas produite depuis 25 ans. Dans les 25 années suivantes elle s'est produite à chaque élection. Troisième constation: La déliquescence de cette fin de règne chiraquienne relativise les turpitudes mitterrandiennes.
Hier, au Sénat, les socialistes inauguraient une nouvelle salle de réunion. Elle porte le nom du vainqueur du 10 mai. Une ancienne chapelle, toute en longueur. Au mur du fond, comme sur un autel, un immense portrait en noir et blanc de Mitterrand, une rose au poing. Le banc et l'arrière-banc socialiste étaient là. Mauroy, vieil homme très digne, qui évoqua une rencontre impromptue avec la veuve de Léo Lagrange, ministre de Léon Blum, qui lui demanda de monter chez elle un instant ce soir là: "Viens Pierre, Il faut que je te parle du Front Populaire." Mauroy, dans l'euphorie, s'exécuta, acceptant de perdre un peu de temps précieux alors que Mitterrand, qui venait d'être élu Président et allait le nommer à Matignon, l'attendait impatiement. Il fallait prendre en main la France et, en cet instant historique, Mauroy évoquait les congés payés avec une retraité du Front Populaire! C'était pour lui une façon de faire le lien entre les deux époques. Deux ans plus tard Mauroy prenait sans état d'âme le tournant de la rigueur, en homme d'Etat. Aujourd'hui on sent que tout le monde le respecte au PS. Il est peut-être le seul dont on puisse dire cela. Fabius était là aussi. Beaucoup d'allure, la mine grave. DSK, l'air éternellement en maraude. Hollande toujours souriant et chaleureux. Et puis Lang, Pierre Bergé, Dumas. Il paraissaient tous immaculés. rescapés de l'inventaire. L'étendue de l'affaire Clearstream et ses ramifications les avantagent. Pas si tordus que ça tout compte fait, pouvait on se dire.

Chirac leur a joué un dernier tour en choisissant le 10 mai pour célébrer l'abolition de l'esclavage. Du coup, ils étaient interdits de fête pour cause de banquet à Chateau Chinon. "Pour nous, le 10 mai c'est le 10 mai 81". a dit Mauroy, stoïque.
L'évènement était donc aussi au Sénat aujourd'hui, sous mes fenêtres. Beaucoup de jolies tenues colorées, de visages radieux, sincèrement heureux de voir une injustice réparée. je crains pour eux que la deuxième célébration ne passe beaucoup plus inaperçue en 2007.

04 mai 2006

Clearstream, en français dans le texte

Depuis quelques jours c'est la folie autour de cette affaire Clearstream, courant clair en français. Peut-être une des raisons pour lesquelles j'ai eu un peu moins le temps de bloguer ces jours-ci.
Voici ce que j'aimerais partager avec vous, bien que, je m'empresse de le dire je ne dispose pas de-beaucoup- plus d'infos que vous.
D'abord le matraquage du Monde me gêne énormément. Il ne s'agit pas d'une enquête mais d'un copier-coller de passages du dossier d'instruction. Les passages mis opportunément sous le nez, ou dans la boite aux lettres des journalistes du Monde. Ce n'est pas ma conception du journalisme et pour tout dire ça flaire la manip à plein nez.
Car qui, sinon les parties civiles du dossier, peut avoir communiqué ces pièces? Les Juges? Trop risqué pour leur enquête et on ne voit pas leur intérêt. Et parmi ces parties civiles qui y a le plus à y gagner? Cherchez un peu ça commence par un S...
Il a mis la deuxième balle dans la tête de Villepin (image employée par Jean-Louis Debré), il a donc écarté DDV de la course en 2007 mais il faut maintenant qu'il reste comateux jusque là. C'est pourquoi il calme le jeu.
Il est peut-être victime, probablement victime, mais pour l'instant même si Rondot dit que son nom a été cité par DDV lors de l'entretien au quai d'Orsay avec Gergorin, rien, dans le PV d'audition, n'affirme que DDV a demandé expressément une enquête sur Sarko. Les notes du maître espion le laissent seulement suggérer. DDV s'est réjouit de ce qui arrivait à Sarkozy. Quel était son degré de complicité avec le Corbeau la question reste entière, même si on peut estimer qu'il était élevé. (Oui, ça sous entend qui était le corbeau mais c'est un secret de polichinelle initiée)
Enfin la remarque en forme de question faussement naïve de Daniel Schneidermann me paraît très pertinente et je la reprend à mon compte. D'ailleurs Sarkozy lui-même avait indiqué qu'il revenait à l'intérieur pour pouvoir mieux se défendre contre ce genre de coups tordus.
La presse tire sur l'ambulance Villepin, elle tarde à s'interroger sur l'instrumentalisation de la police qui peut être faite par la victime. Pas très courageux.
Enfin, même si tout cela peut sembler contradictoire, le sens de l'Etat et de l'intérêt de sa famille politique commanderait à n'importe quel premier ministre placé dans pareille situation de démissionner. Que Chirac ne l'y pousse pas montre soit sa démence précoce (je n'y crois pas), soit qu'il a définitivement décidé d'aider la gauche à gagner en 2007. Je suis intimement convaincu qu'il préfère voir un(e) socialiste lui succéder que Sarkozy.
Et la France, est-elle encore gouvernée pendant ce temps-là?

01 mai 2006

Loïc et moi

Ce n'est pas tous les jours qu'on se trouve aux côtés d'une vedette de la blogosphère. C'était à l'occasion du passage, mercredi dernier, d'Alain Lambert à Public Sénat, comme "rédacteur en chef d'un jour". Quand trois blogeurs se rencontrent de quoi parlent-ils? Dans le seul but de me faire mousser je vous propose de voir le pod cast de cet entretien "à trois" avec Loïc Lemeur, milliardaire de la blogosphère. Si vous écoutez jusqu'au bout vous aurez un scoop: Lemeur confie, à demi mots, qu'il songe à une carrière politique. Sous quel étendard à votre avis?





26 avril 2006

Marine Le Pen Radsoc?

Vous ne le lirez pas, et vous avez tort. Comme je l'ai lu (pour des raisons professionnelles), je vais donc vous en parler, brièvement: Il s'agit de "A contre flots", le livre de Marine Le Pen. Allez directement aux deux derniers chapitres, "quel peuple?" et "quelle République?". Marine s'amuse à citer Pierre Mendès France (!), Churchill et même Jean Jaurès(!!). Elle se réclame de la Révolution Française, évènement qui pour bon nombre de militants du Front National est l'équivalent de la Naqba pour les Palestiniens. La Catastrophe fondatrice. Qu'on se le dise, Marine n'est pas une horrible contre révolutionnaire réac (courant pourtant solidement ancré au FN), mais une irréprochable républicaine, défenseur(e) acharnée de la laïcité et de la Nation. Je n'ai aucun problème avec cela. La recevant à Public Sénat lundi je lui ai fait remarquer qu'il s'agissait là d'une profession de foi radical-socialiste la situant au centre gauche, par rapport, disons, à De Villiers. Elle m'a répondu que je découvrais la lune et que c'était depuis belle lurette la vraie nature du Front National. Après tout "Les Français d'abord", comme elle le note dans son livre n'est pas si éloigné du "Produisons Français" du PCF dans les années 80...Ce n'est pas un hazard si tous ces gens là se sont retrouvés autour du NON au referendum. Je vais encore me faire des amis. Nous sommes aussi tombés d'accord sur un autre point avec MLP: La diabolisation du FN sur le thème de "la République en danger" n'a eu qu'un résultat: repousser indéfiniment la question du sens du message républicain aujourd'hui, puisque la République était "en danger". Résultat aujourd'hui le concept de République n'a plus de sens dans la jeunesse.

22 avril 2006

Interview du troisième millénaire

J'ai donné aujourd'hui une interview à Natacha Quester-Sémeon. Sujet: "Blog et Journalisme". Elle sera bientôt en podcast sur le site mémoire-vive , bourré d'idées et d'inventions (je ne dis pas ça parce qu'ils ont eu l'idée de m'interviewer évidement).
Ce qui m'a scié c'est que Natacha a mené cette interview avec un téléphone mobile, certes haut de gamme mais disponible dans le commerce! La qualité est incroyable. Comme je le dis- je crois-dans l'entretien, au fond un certain nombre de problème déontologiques ou intellectuels que nous nous posons sur l'avenir du métier, la crise du journalisme etc...étaient secondaires, par rapport aux aspects techniques. Ces nouvelles technologies vont révolutionner la manière de faire du journalisme en écrasant les coûts. Plus d'excuse bientôt pour ne pas partir en reportage!

20 avril 2006

Hooliganisme

L'une des découvertes les plus pénibles de l'après-crise du CPE, c''est l'étendue des dégradations commises dans les facs occupées. Libé avait bien mentionné le cas de l'EHESS, littéralement mise à sac, en attribuant ce triste comportement à un groupe venu de "l'ultra gauche". Le président de la Sorbonne, Jean-Robert Pitte, plus courageux (ou plus libre?) que la moyenne de ses collègues avait déploré l'attitude des occupants de la Sorbonne et dénoncé des vols d'ordinateurs et des destructions de livres précieux. On voit maintenant qu'il ne s'agissait pas de comportements marginaux ou isolés, mais bien d'une attitude presque générale: partout des tags,(parfois "imaginatifs" mais aussi inquiétants comme ce "J'emmerde la France" cf la photo prise à Nantes reproduite dans le Monde d'hier), des vols, des destructions gratuites (A quoi bon, par exemple, enfoncer des chaises dans les plafonds?). Cela s'appelle du Hooliganisme, et il n'est plus possible de le mettre sur le compte de "provocateurs", "de casseurs", ou encore d'anarchistes et autres "autonomes". Cela s'est passé pendant que les étudiants occupaient leurs locaux de travail et certainement pas à leur insu car ils ont su en revanche tenir les amphi face aux non grévistes.
Protester, manifester, et même faire grève quoi de plus normal? Occuper est déjà plus discutable, mais enfin c'est la loi du genre. Mais ça, ce manque de respect, ce crachat sur l'institution, ce comportement délinquant-qui renvoie étrangement aux destructions d'écoles pendant la crise des banlieues- pourquoi?
Jean-Robert Pitte invité hier soir de Public Sénat, avance que l'on a de respect que pour ce qui est gratuit et qu'il faut augmenter les droits d'inscription. Il n'a raison, me semble-t-il, que sur le dernier point. S'il faut augmenter les droits c'est pour équiper décemment des universités qui sont la honte de notre pays, pour faire en sorte aussi que les contribuables modestes cessent de financer les études des enfants de la classe moyenne ou supérieure et pour introduire plus de justice dans l'accès aux études supérieures. Actuellement les impôts (c'est à dire la collectivité) financent une partie des grandes écoles fréquentées par les enfants de la bourgeoisie et auxquelles ont difficilement accès les élèves issus de milieux modestes. Dans le même temps l'accès de l'université s'est démocratisé depuis 68, mais il n'y a toujours pas de système de bourse digne de ce nom. Est-ce normal?
On ajoutera qu'en 68 l'université était aussi gratuite et que les étudiants ne s'en étaient pas pris aux locaux, mais seulement aux "CRS SS"...Il y avait alors moins d'étudiants et aussi plus de confiance dans les débouchés offerts par les cursus universitaires. Ceci fonctionne aujourd'hui encore: Là ou les diplômes offrent une réelle perspective d'insertion dans la vie active, dans les grandes écoles mais aussi en droit et en économie (ou les droits ont été augmentés et où cela s'en ressent sur la qualité de l'enseignement), il n'y a pas eu de destructions, et même pas, la plupart du temps, de grève.
Tout ceci montre que l'on paye là les échecs successifs de toutes les tentatives de réforme de l'université depuis 20 ans. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. En s'opposant, au nom d'idéaux démocratiques fourvoyés, à l'augmentation des droits, et même à la sélection et à l'autonomie des universités, les générations successives d'étudiants ont été les fossoyeurs du système éducatif français.
Et ceux qui payent les pots cassés sont, encore une fois, ceux qui ont le plus de mal à s'élever au dessus de la condition de leur milieu social d'origine que l'on maintien, au mépris de tout réalisme, dans des filières dont on sait très bien qu'elles sont des impasses et des fabriques de chômeurs.

17 avril 2006

From Finland with love

Retour de Finlande, pas exactement en Laponie finalement, mais en fait en Carélie du Nord, pour ceux qui connaissent, pas très loin de la frontière russe. Une parfaite antidote à la France, la Finlande. Croissance, niveau de vie, égalité des sexes, recherche et développement (Nokia...), excellence du système éducatif (Des lycées dans le moindre bled, des universités même dans des villes moyennes etc...), civisme naturel de la population, protection de l'environnement, et aussi, soyons juste le cafard! Car au moins en France on ne risque pas de s'ennuyer. Le Finlandais, lui, est calme et posé, mais souvent aimable comme une porte blindée! Ce n'est pas qu'il vous veuille du mal, c'est un choc de civilisation. Point final.
Dans le bled où je me trouvais, au milieu d'une somptueuse taïga, j'ai bien fait le vide croyez-moi, c'est ce qui fait le plus de bien avec les vies qu'on mène ici...mais plus d'une semaine, ça prenait des presque des allures de vie monastique.
Mon hôte, Sigi, un ancien entraîneur de ski de fond autrichien qui a plaqué sa vie de cadre sup pour une vie plus saine, c'était carrément un méridional!
Enfin, I am back.
Mauvaise nouvelle: j'avais oublié mon appareil numérique. Bien joué le blogeur! Donc pas de photos.
Bon, dans ces cas là on fait l'inventaire des sujets dont on parle, particulièrement dans la blogosphère: le martyr des Schonberg-Borloo, l'ascension irrésistible de
Ségo, Berlusconi battu sur le fil s'avoue difficilement vaincu, et bien sûr ce cher disparu, le CPE. Franchement vous ne savez pas déjà tout là dessus? Vous avez vraiment encore envie de mon point de vue?
On parle toujours aussi peu du génocide en cours au Darfour, ou des efforts pour lutter contre la pauvreté. A ce sujet, mention spéciale à Gilles Delafon qui consacre une pleine page à Jeffrey Sachs, l'économiste chargé de ce dossier à l'ONU, et ami du chanteur Bono. Il croît possible de sortir de la pauvreté 500 millions de personnes d'ici 2015. Vous avez bien lu: un demi milliard de personnes pourraient, avec un peu de mobilisation des pays riches, avoir une vie meilleure dans 10 ans. C'est à dire que leurs enfants accéderaient à l'éducation, qu'ils auraient de quoi soigner les maladies qui les empêchent de travailler et de gagner leur vie etc...C'est tellement possible, nous dit-il que, déjà, durant les 20 dernières années, le nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour a reculé de 500 millions: 1,5 milliard en 1981, 1 milliard en 2001, ils peuvent donc être 500 millions en 2015. Et vous savez comment nous dit Sachs? Grâce à la mondialisation, et à la libéralisation des échanges. Il faudrait donc à présent que les pays riches doublent leur aide au développement et qu'ils ouvrent leurs marchés aux productions, particulièrement agricoles, du tiers-monde. Et bien sûr, corollaire indispensable une meilleure transparence de la dépense publique dans ces pays ravagés par la corruption.
Ce serait un beau programme, internationaliste en diable, pour la gauche non? Mais je ne la sens pas très motivée par le sujet.
PS: Qu'en pense donc le député Lassalle, défenseur de la vallée d'Aspe, qui grâce à une grève de la faim héroïque a réussi a faire échec (provisoirement) aux "bridés" et à leur tentative de "délocalisation"... de 65 kilomètres?

07 avril 2006

Eloge du modèle lapon


Je m'envole dans quelques heures pour la Laponie finlandaise, avec le dernier Jonathan Coe et ma petite tribu enthousiaste, comme moi, à l'idée de découvrir une nature sauvage qu'aimerait certainement Jim Harrison. Un désert blanc peuplé uniquement de quelques misanthropes continentaux et bien sûr de Lapons, peuple pacifique s'il en est dont j'espère qu'ils auront la patience de m'enseigner l'art de la pêche en eaux froides. Autant dire que, là bas pas de blog, plus de CPE, je vais soigner mon overdose. Il est même probable que la défaite de Berlusconi et l'éventuelle démission de Villepin ne parvienne même pas jusqu'à moi. Tiens, quand même, il parait que la Finlande a le système social le plus juste d'Europe, ie celui qui aide le mieux les plus démunis, sans tomber dans la société d'assistance. J'enverrai peut-être une carte postale à Matignon. En tout cas, silence radio pendant une semaine!
Bien sûr je vous raconterai (un peu) et je prendrai des photos.
Joyeuses Pâques!

03 avril 2006

Aux lecteurs de ce blog

Vous êtes chaque jour entre 300 et 500 à visiter ce blog, créé à partir de rien en janvier 2005. Il y a quelque temps j'ai accepté la proposition de Fréderic Fillioux qui souhaitait que je fasse partie des chroniqueurs de 20 minutes.
Depuis, le contenu de ce blog est donc publié simultanément sur le portail de 20 minutes. j'y ai trouvé un autre lectorat, moins "sympathisant", moins acquis d'avance, ce qui est intéressant. A ce jour, il est d'ampleur comparable à celui que j'ai réuni via blogspot. J'ai donc rapidement doublé mon lectorat.
Toutefois je reste évidement très attaché à ce premier blog, à sa présentation, son originalité. Si je devais choisir entre les deux formules, ce qui serait plus logique ne serait-ce que pour gagner du temps et éviter les "copier coller", je voudrais au préalable avoir votre avis et être sûr que vous me resteriez fidèle, même sur
20 minutes.
je voudrais donc connaître votre sentiment sur les deux présentations. Que pensez-vous des images d'illustration? Les trouvez vous utiles, agréables? Que pensez-vous de la calligraphie, du fond etc...?
Il est temps de faire part de votre jugement et de vos attentes.
Je compte sur vous
SA

Vacance du pouvoir

Quand la vie politique commence à ressembler à un film écrit par les Monty Python et tourné par jean-Pierre Mocky, là, il faut commencer à s'inquiéter. Sérieusement.
Ce matin je me suis esclaffé, non pas devant une satyre quelconque, type guignol, mais bien en écoutant les titres du journal de RTL. En substance: "Jean-Louis Borloo
écrit aux patrons pour leur demander de surtout ne pas appliquer la loi que vient de promulguer le Président de la République."
Quelqu'un qui reviendrait d'un voyage, disons en Chine, d'une semaine à peine, se dirait: "
Pourquoi? Il est devenu fou le Président? Mais alors pourquoi ne l'a-t-on pas relevé de ses fonctions?"
Ça restera ça Chirac: Plus grave que les avertissements des plus méchants de ses contempteurs. En quelques minutes il a réussi à vider de son contenu la fonction présidentielle et celle de premier ministre, Puisque si l'on a bien compris le résultat de la contorsion, le pouvoir délègue entièrement au parlement, ou plutôt au parti majoritaire à l'assemblée, le soin de sortir de cette crise qu'il a grandement contribué à provoquer. Les institutions sont en lambeaux. Une sixième république baroque en somme, encore pire que la quatrième, et qui n'était pas celle qu'on espérait. C'est maintenant trop tard mais il faudra peut-être envisager, pour l'avenir, une période d'essai pour le Président aussi.

31 mars 2006

L'Assemblée a bien voté sur le CPE

Cette affaire de CPE a donné lieu a des complaisances et, plus grave à des contre-vérités journalistiques.
Le CPE est peut-être mauvais, mais en tout cas nous avons été trop longtemps complaisants avec la revendication principale des manifestants, à savoir le "retrait". Comme me le soufflait hier un sénateur, "
le retrait est une considération physiologique mais pas constitutionnelle." Un gouvernement ne peut nullement "retirer" une loi qui est à l'ordre du jour, il ne peut même pas retirer un article. Surtout quand la loi est votée.
Et la loi, bonne ou mauvaise, a été votée.
Et c'est la l'erreur commise par tout le monde et rabâchée dans les débats sans aucune contradiction, sauf par quelques rares observateurs scrupuleux:
L'Assemblée Nationale a bien discuté du CPE, c'est à dire de l'amendement modifiant l'article 3 du projet de loi sur l'égalité des chances. Cet amendement a fait l'objet de multiples sous-amendements tendant à le modifier, et presque tous ont été repoussés. Enfin l'Assemblée a adopté le CPE par 51 voix contre 23. Il suffit de se reporter au compte-rendu analytique de la troisième séance du 8 février.
Il est vrai que le gouvernement, lassé par les manoeuvres de retardement de l'opposition destinées à gagner (ou à faire perdre, c'est selon) du temps, a finalement engagé sa responsabilité (Art 49-3), mais sur
l'ensemble du texte sur l'égalité des chances, entraînant, en effet, son adoption sans vote. L'opposition a, à juste titre, dénoncé cette décision sur un texte sur lequel le gouvernement avait déjà demandé l'urgence (une seule lecture à l'assemblée et au sénat). Mais pourquoi n'a-t-elle pas déposé, sur un sujet aussi important et comme elle en a le droit, une motion de censure? Est-ce parce que nous étions à la veille des vacances parlementaires et que les députés voulaient, comme tout le monde, partir en congé?
N'ayant pas épuisé tous les recours parlementaires, l'opposition n'est pas très bien placée pour soutenir la rue. Le parlement a été traité cavalièrement mais guère plus que depuis l'instauration de cet article 49-3, utiliser régulièrement depuis 1958.
On peut demander et souhaiter que Chirac demande une nouvelle délibération du texte, en raison du contexte social. Mais cette demande ne peut en aucun cas s'appuyer sur le motif que le parlement ne se serait pas prononcé sur le point contesté, à savoir le CPE.
La gauche qui n'a pas fait complètement son travail d'opposition parlementaire montre dans cette affaire une dangereuse fascination pour la rue.

29 mars 2006

Le Million!

Le Million! C'est le nouveau mètre étalon de la vie politique française. De manifestants bien sûr. Il est largement dépassé ce soir, même selon la police (de Sarkozy, il est vrai, donc davantage portée à la sincérité des chiffres en la circonstance), les syndicats en annoncent même trois.
Première réaction: Villepin est cuit. Il devait être l'alternative chiraquienne à Sarkozy. Aujourd'hui, on ne voit pas comment il serait, en 2007, en situation d'incarner quoique ce soit. Je serais Sarko, je ne me réjouirais pas trop vite. La gauche a remporté les régionales, elle a fait gagner le non, aujourd'hui elle gagnerait haut la main, en tout cas des législatives et, avec Ségolène Royal (ou Jospin?) peut-être aussi la présidentielle. Je ne vois pas comment cela peut s'inverser en 12 mois.
Ce n'est pas très réjouissant car la gauche n'a absolument rien à proposer au pays et n'a même pas fait l'inventaire du jospinisme, en reconnaissant par exemple le mal qu'ont fait les 35 heures.
Chirac, lui, est nu. Il peut laisser Villepin administrer les affaires courantes. Ou bien nommer Sarkozy à Matignon dans une sorte de remake de Mission Impossible, ou bien encore, il en serait bien inspiré, démissionner. Au moins prendrait-il la gauche de vitesse, ce qui serait le dernier service à rendre à son camp. Et même au pays, qui serait fixé plus rapidement sur son avenir. Dans pratiquement toutes les autres démocraties européennes face à une telle perte de légitimité populaire, confirmée depuis deux ans dans les urnes et dans la rue, le pouvoir aurait depuis longtemps anticipé l'échéance. Pas en France, semble-t-il. C'est l'immobilisme français, institutionnel, économique et politique.
La leçon à tirer pour les suivants: commencer par dire ce que l'on a l'intention de faire et surtout faire ce que l'on a dit, ou risquer d'être haché menu au bout de 12 ou 20 mois par des Français en forme révolutionnaire et malheureusement assez peu conscients des problèmes et des reculs du pays.


Autre chose: ce soir j'ai suivi les deux premiers quarts de finale de la Champion's League sur Canal et les élections israéliennes sur internet. C'était parfait!
J'ai trouvé Arsenal, mon équipe fétiche, impressionante, candidate sérieuse au titre (une finale contre Lyon me comblerait), alors que le Barça, équipe également très plaisante était un peu poussive et malheureuse face à Benfica, toujours sous-estimée-à tort-dans ce genre de compétition.Ça promet! (Il y avait 5 champions du monde de 98 sur la pelouse à Londres!)
Mon commentaire à chaud sur les élections israéliennes, pour ceux que cela intéresse:
Un centre de gravité très clair au centre gauche. Olmert a été choisi pour gérer l'héritage spirituel de Sharon mais c'est un CPE. L'homme n'est pas aimé, il est à l'essai. Peretz est le premier leader travailliste qui fasse enfin du social une priorité et il est vraisemblable que pour la première fois une part significative des déshérités sépharades des villes de développement, clientèle traditionnelle du Likoud, a voté pour cet authentique homme de gauche. Il devrait obtenir un grand ministère économique et social dans le prochain gouvernement. Les pauvres, de plus en plus nombreux ont adhéré à son discours "marxien": l'économique commande le politique. Autrement dit en luttant contre la pauvreté, on oeuvre pour la paix. En somme, qu'il faut arrêter d'arroser les colonies religieuses de cisjordannie, ce qui n'apporte que la guerre et encore plus de pauvreté en Israël.

Les israéliens viennent donc de donner un mandat pour de nouvelles évacuations de territoires occupés. Une autre chose est frappante. Pratiquement tous les partis sont en faveur de ce principe, à part le PNR (Mafdal), parti des colons qui ne pèse que 7% environ. Même le Likoud, même Israël Beitenou d'Avigdor Lieberman! Ce dernier veut même rendre des territoires israéliens depuis 1948, au motif qu'ils sont peuplés d'Arabes, ce qui-au passage- est une injure raciste envers 20% de la population non juive d'Israël qui s'est toujours montrée loyale.
Bref, il y existe un consensus très large sur cette question en Israël, ce qui est une avancée considérable. Certains veulent le faire unilatéralement comme l'a initié Sharon, d'autres souhaitent ouvrir des négociations préalables avec les palestiniens. Il y aura des avocats des deux méthodes dans le prochain gouvernement.
Pour l'instant la victoire du Hamas, la libanisation de Gaza, d'où le Djihad Islamique vient de lancer sa première roquette Katyoucha sur Israël, et la victoire de Kadima, semblent donner raison aux premiers. Mais le Hamas multiplie les signes d'ouverture: la trêve observée à la lettre et une réaction extraordinairement mesurée sur l'affaire de la prison de Jericho.
Il y aura donc certainement un jour prochain des négociations avec les islamistes palestiniens. D'ailleurs, Nissim Zvili l'a révélé vendredi sur Public Sénat, dans Bibliothèque Medicis, devant Jean-Pierre Elkabbach: Il avait proposé à son gouvernement de commencer à parler avec le Hamas en 1995!
A ce soir sur RTL.

27 mars 2006

Antisémitisme dieudonnesque (suite)

Je vous "recommande" une petite visite sur le site des amis de Dieudo, en particulier cet article puant l'antisémitisme façon "Je suis partout". Y sont dénoncé les "sionistes" qui auraient envahi les medias. Le mieux, ce sont les commentaires. On y lit par exemple que la majorité des journalistes politiques sont juifs "mais qu'on n'a pas le droit de le dire." Votre serviteur y est dénoncé en bonne place, ce qui mériterait amplement une action en justice. J'ai dédidé depuis longtemps de ne pas poursuivre ce genre de propos, estimant ce genre d'initiative contre-productives.
Par ailleurs, Tristan Mendès-France nous révèle ici que cet article comportait, avant modération, un passage encore plus nauséabond dans lequel était dréssée une liste vertigineuse de Juifs, ou plutôt de noms à consonnance juive (qu'est-ce qu'un Juif je vous le demande?), soit invités soit invitant dans les medias. C'est du propre. Depuis Le Pen personne n'avait osé, ce qui ajoute du sens à la précédente note.

23 mars 2006

Dieudonné franchit le Rubicon

Voici un des premiers signes patents que, dans les banlieues, le FN élargit son audience au delà du "petit blanc raciste". En 2002, Le Pen avait déjà réalisé le meilleur score de tous les candidats chez les moins de 25 ans. Aujourd'hui, les jeunes séduits par Dieudonné, et par le discours sur les "indigènes de la République" ne cachent plus leur sympathie pour le FN, comme le montre ce compte rendu du récent non-lieu en faveur de Bruno Gollnisch, pour négation de crimes contre l'humanité. Ce texte, on ne peut plus complaisant pour le Délégué Général du FN émane du collectif "La Banlieue s'exprime", parainnée par Dieudonné, comme l'indique le site dieudonniste "les ogres." Il ne se contente pas de prendre fait et cause pour Gollnisch, mais appelle à sanctionner dans les urnes tous ses accusateurs renvoyés en correctionnelle pour diffamation. Est-ce un appel à voter FN? A moins que Dieudonné ne compte présenter ses propres listes?
Les amis de Dieudonné répondront certainement qu'il s'agit là de l'expression d'une solidarité des "muselés", au nom de la liberté d'expression. Liberté d'expression qui s'arrête, pour Dieudonné, lorsqu'il est mis en cause, comme l'attestent ses efforts (heureusement vains) pour censurer le livre d'Anne Sophie Mercier "La vérité sur Dieudonné".


21 mars 2006

Qui sont les casseurs? Réponse de France 2


France 2 a diffusé hier soir au 20 heures deux reportages très instructifs et "incorrects" sur les manifs, ou plutôt les "after". Le premier montre une bataille rangée, samedi soir place de la nation longtemps après la dispersion, entre CRS et "manifestants". Ceux-ci lancent des projectiles divers sur les policiers qui finissent par charger. Au milieu, un homme gît à terre, probablement piétiné au passage. On nous le présente comme le syndicaliste de Sud-PTT qui depuis se trouve dans le coma, pronostic vital reservé. Ses camarades interviewés témoignent: C'est bien lui, il a été frappé puis piétiné sans ménagement. Alors, on se demande si, journalistiquement, on peut aller un tout petit peu plus loin et poser cette question, sans passer pour un affreux réactionnaire: Est-ce donc le rôle de syndicalistes de défier ainsi les forces de l'ordre? Comment peut-on, ne serait-ce qu'évoquer l'hypothèse d'une bavure, à partir du moment où les affrontements ont été provoqués par les activistes de Sud, syndicat d'extrême gauche? Au moins France 2 nous a-t-il montré autre chose qui contredit les lénifiantes affirmations habituelles en pareil cas, à savoir: "les casseurs n'ont rien à voir avec les paisibles manifestants, ce sont des autonomes, des anarchistes, des provocateurs incontrôlés."
Les casseurs dont il s'agit ici ont repris tranquillement leur travail à la poste le lundi matin. Si, par malheur, leur camarade décède, le "mouvement" aura son martyr et le gouvernement sera montré du doigt.
Un postier. En 1986, les policiers voltigeurs motocyclistes-dissous depuis- dispersaient à coup de matraque les manifestants pacifistes. Malik Oussekine a été tabassé dans une petite rue alors qu'il rentrait chez lui. On ne sait même pas s'il avait pris une part active au défilé.
Deuxième reportage. Des jeunes interpellés samedi passent en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel. Il leur est reproché d'avoir cassé la vitrine d'un magasin d'électronique et/ou d'avoir volé des ordinateurs. Surprise. Là aussi il ne s'agit ni d'un casseur autonome, ni même d'un jeune de banlieue "issu de l'immigration" venu en découdre avec les flics et piller (Il y en a, France 2 nous montre aussi ceux qui viennent aux manifs uniquement pour ça), mais d'un jeune étudiant en économie bien sous tout rapport. Il prend trois mois avec sursis, et paraît désolé: Il s'excuse, même: "
Je me suis laissé tenter. Je regrette. J'aurais pu gâcher mes études." L'erreur est humaine, mais avouez que cela modifie un peu la perception que l'on a de ce mouvement.

20 mars 2006

Une histoire de piston


C'est un jeune collégien de Nanterre, appelons le Karim, il redouble sa troisième et adore le foot. Si ses résultats ne s'améliorent pas, ce sera le BEP direct. Sa mère l'élève toute seule. Son père vit au Sénégal. Il n'a pas abandonné son fils, c'est sa mère qui est partie pour que son fils grandisse en France. Elle était la nounou de mes nièces, à Nanterre. La cousine chez qui elle habitait était la voisine de palier de ma soeur. Aujourd'hui l'une de mes nièces travaille à M6, au Marketing. Elle a obtenu un stage pour Karim. Le stage d'observation en entreprise que tous les élèves de troisième doivent faire.
Un jour, il y a quelques semaines, la prof principale de Karim demande à ses élèves s'ils ont tous trouvé quelque chose, parce que pour ceux qui n'ont rien, elle a trouvé un chantier à Gennevilliers. La prof qui connaît la situation sociale et familiale de Karim lui propose le chantier.
-Pas besoin madame, j'ai un stage à M6.
-M6? La télé?
Stupéfaction de l'enseignante et de toute la classe.
-Arrête de te moquer de nous, tu veux?
Il était tout simplement impossible qu'un môme de Nanterre, en quasi échec scolaire- et black de surcroît- puisse entrouvrir la porte de la télé. La télé! autant dire le symbole de la réussite aux yeux de ces gosses!
Il a fallu que ma nièce appelle plusieurs fois la prof de Karim pour qu'elle admette que grâce à ses voisins français, bourgeois, qui ont donc quitté Nanterre depuis un certain temps pour habiter le centre de Paris, Karim échapperait au chantier. Pour l'instant en tout cas.
Cette histoire est, hélas, un parfait résumé des blocages français. Karim comme tous les petits blacks de 16 ans souffre du racisme. Comme beaucoup d' enfants élevés par des mères célibataires, d'origine étrangère et qui ont du mal a joindre les deux bouts, ses résultats scolaires sont médiocres. Ma soeur lui donne des cours de maths, mais cela ne suffit pas. Toutefois, pour Karim la principale difficulté c'est de ne pas disposer d' assez de réseaux pour que l'on puisse lui faire confiance. A moins qu'il perce dans le foot. Il paraît qu'il joue très bien, mais de là à faire une carrière professionnelle...
Il y a 15 ans j'ai écrit, avec Claude Askolovitch, un livre qui s'appelait "La France du piston" qui expliquait à quel point ces dynamiques de réseaux étaient prépondérantes en France. Tout le monde se sert de ses réseaux pour commencer dans la vie. Même ma nièce de M6 qui avait fait une maîtrise de gestion à Dauphine a eu un piston pour trouver ce job. Je n'imaginais pas à quel point nous avions raison.
La France est un pays conservateur qui se méfie des jeunes pas assez bien nés, qui condamne au chômage les élèves qui ne suivent pas le parcours normal de l'élitisme républicain: Bonne famille, bonnes études générales, bonne université ou grande école. L'innovation, la créativité n'est pas assez valorisée, sauf dans quelques domaines comme le rap ou le sport ou excellent d'ailleurs les jeunes laissés pour compte de banlieue, qu'ils soient black, blancs ou beurs.
Vendredi, je recevais à Public Sénat Christian Blanc, l'ancien président d'Air France. Il a parfaitement bien résumé les ressorts de la crise que nous traversons: "68 était un mouvement pour changer la société. Aujourd'hui la revendication principale c'est d'y entrer."

19 mars 2006

"Avec arme, à savoir avec oeuf"

Un citoyen parisien créateur d'un collectif de quartier intitulé "salauds de pauvres" est poursuivi devant les tribunaux pour avoir lancé un oeuf (frais ou pourri?) sur la dame De Panafieu alors que celle-ci visitait une cité HLM du XIXème. La citation à comparaitre évoque "une agression avec arme, à savoir un oeuf" Si les flics se mettent à faire du Alfred Jarry dans leurs commissariats....
Demain, je vous entretiendrais de sujets beaucoup plus graves

17 mars 2006

Matignon et le péril jeune

Liberation nous apprend ce matin que le CPE est sorti du cerveau d'un jeune technocrate qui a fait ses débuts au Parti Socialiste, côté "jeunes rocardiens", Louis-Charles Viossat. Passé ensuite par le cabinet de Jacques Barrot, il se retrouve au moment de la canicule 2003 directeur de cabinet du ministre de la santé Jean François Mattei, où, selon libé, il a brillé par son absence durant la crise, laissant le soin à son adjointe de gérer la crise. Recasé dans une usine à gaz administrative, c'est lui que Villepin est allé chercher pour lui confier le dossier de l'emploi des jeunes.
Peut-on imaginer plus bel exemple de la façon dont se font les carrières dans la haute fonction publique. où aucune faute ne se paye jamais très longtemps. Responsable mais pas coupable, et surtout hautement recyclable! On connaît la suite. Le CPE n'est peut-être pas une mauvaise mesure mais son accouchement technocratique peut expliquer la façon dont il est perçu dans une partie de la jeunesse. L'autre explication, comme le note aussi Libé, c'est que ni Matignon ni l'Elysée n'ont de conseiller chargé des questions interessant la jeunesse!

16 mars 2006

Assez de temps perdu

En France, il n'est jamais très bien vu de demander une acceleration des échéances électorales. Pourtant nous n'avons plus d'autre choix. Comme le note avec lucidité Jacques Attali dans l'Express, les difficultés économiques de la France sont étroitement liées à l'absence de confiance des Français dans la capaicité de leurs dirigeants à gouverner et des étrangers dans la valeur de la parole de la France. Il ne s'agit même plus de savoir si le CPE est ou non une bonne mesure. Dans une démocratie fonctionnant normalement, un premier ministre serait fondé à appliquer un texte de loi, même face à la grogne de la rue qui n'a quand même rien d'une situation révolutionnaire. Après tout, si les étudiants ne veulent plus aller en cours, cela n'empêche pas un pays de fonctionner normalement. Il vaudrait mieux s'interroger sur les raisons de leur malaise qui àa à voir avec l'impossibilité de toute réforme de l'université depuis 20 ans parce que les mêmes étudiants croient obstinément que l'ont peut avoir des diplômes qualifiants sans selection.
En Allemagne quand Shröeder a perdu une élection dans un seul Lander il a décidé de convoquer des élections générales pour demander au peuple de clarifier cette situation et éventuellement de lui donner un nouveau mandat. Il a failli gagner et aurait été conforté dans son programme de réformes. En France, non seulement ce Président a été élu sans que son score ait une signification politique claireet cette majorité élue sur un programme flou, mais lorsqu'elle a perdu 20 régions sur 22, il ne s'est rien passé.
Dans ces conditions il ne faut pas s'étonner que la France fasse du surplace et céde à la tentation de l'enfermement.

13 mars 2006

La psy qui provoque encore la foudre des musulmans

Selon le New York Times, Le Dr Wafa Sultan, une psychiatre américaine d'origine syrienne est l'objet de menaces de mort pour avoir osé mettre en doute les bienfaits de l'Islam au cours d'un débat sur Al Jazeera, en particulier pour avoir affirmé que "le choc auquel nous assistons n'est ni entre des religions, ni entre des civilisations, mais entre une mentalité moyenâgeuse et une mentalité du XXIème siècle, entre la civilisation et les primitifs, entre la barbarie et la raison." Elle a même risqué, comble du sacrilège une comparaison entre les Juifs et les Musulmans devant l'adversité: "Les Juifs, sortant d'une tragédie ont obtenu le respect grâce à leur savoir et non grâce à la terreur, grâce à leur travail et non avec des cris et des pleurs."
L'intégralité de la transcription, ainsi que la video de cette interview se trouve sur le site de Memri.
La chaîne Al Jazeera, montre à nouveau qu'elle ose poser des questions taboues dans le monde arabo-musulman, même si on sent que la sympathie du modérateur ne va pas vers le Dr Sultan. En raison de son audience, la chaîne l'a aussi, involontairement, désignée à la colère de nombreux téléspectateurs qui ont envahi sa messagerie, la menaçant des pires choses. Memri affirme que plus d'un million d'internautes ont vu la vidéo. Une nouvelle affaire d'apostasie? Souhaitons que les choses en restent là et saluons le courage de cette femme qui se présente simplement comme un être humain, laïc.
Elle est d'ailleurs qualifiée, en direct, d'hérétique par son contradicteur, un professeur égyptien qui refuse de poursuivre la discussion avec elle.
Cette femme qui vit aujourd'hui à Los Angeles a fuit la Syrie après avoir vu les Frères musulmans assassiner son professeur de médecine sous ses yeux. Son audace rend (un peu) optimiste.

PS: J'en ai parlé ce soir à RTL et cela a semblé intéresser mes comparses. Nous avons diffusé, sur Public Sénat, un reportage sur les 50 ans du planning familial. Les médecins ont confié à notre équipe qu'ils étaient de plus en plus confrontés à de jeunes filles demandant des certificats de virginité. L'une d'elles s'est laissée filmer. Après hésitation il ont décidé pour les protéger de leur fournir des certificats bidons. Un cas de conscience. Mais cela ne doit pas être une décision facile pour un médecin.

09 mars 2006

Mnef: Pourquoi Jospin ne témoignera pas

Les confrères ne semblent pas, à une ou deux exceptions près, beaucoup s’intéresser au procès de la Mnef. C’est dommage et pour tout dire inexcusable. Surtout si l’on compare avec le tohu-bohu (justifié) qu’avait provoqué l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris qui est symétriquement du même ordre pour la droite.
De même qu’il aurait été utile à la manifestation de la vérité qu’un juge entende Chirac sur ce dossier, il paraît légitime aujourd’hui que la justice demande à Lionel Jospin s’il était ou non au courant de ce système de faveurs au profit d’un certain nombre de ses proches. De surcroît, Jospin a été ministre de l’Education Nationale à l’époque des faits et la Mnef avait avec la gauche et ce ministère des relations consanguines. Pour autant, aucun juge n’a jamais sollicité le témoignage de Jospin. Jospin n’est pourtant protéger par aucun statut particulier. En fait il semble bien, comme me l’a confirmé une bonne source, que la chancellerie a donné des instructions au parquet pour que l’enquête reste soigneusement à distance de l’ancien premier ministre. Comme on se souvient des réticences de celui-ci à évoquer les casseroles de Chirac en 2002, on ne peut que soupçonner un « deal ». Le pouvoir continue-t-il de ménager Jospin ? C’est probable. Ce qui est sûr c’est que, dans cette affaire de Mnef aussi, comme dans celle des emplois fictifs, une ombre tutélaire plane sur les débats et ce sont les seconds rôles qui vont trinquer.

07 mars 2006

cousu de fil noir

Tout le monde vous le dit. Il est très bien le jeune Harry. Né à Tours voici 33 ans, on le désigne encore comme le "Martiniquais". Il a souffert du racisme. A ses débuts, on n'avait voulu de lui que sur une radio antillaise, a dévoilé un de ses proches. Je me souviens qu'à TF1 il n'y a pas si longtemps on expliquait un mauvais audimat par le fait qu'il y avait trop de noirs dans les reportages. Aujourd'hui on choisit un présentateur parce qu'il a la couleur recherchée. Du racisme positif en quelque sorte.
Le mois de novembre, Chirac et Sarkozy sont passés par là. Et surtout le marketing communautaire. Le Monde nous explique que Sarkozy veut devenir président grâce aux communautés. Il était informé avant tout le monde du "coup" de TF1 et au même moment il a d'ailleurs bombardé une autre militante black choisie au club Avéroes, secrétaire nationale de l'UMP à la francophonie. Une fille épatante, je la connais puisqu'elle est administratrice du sénat et travaillait, jusqu'à hier à Public Sénat. Une promotion météorique puisqu'elle était inconnue au bataillon de l'ump jusqu'à la semaine dernière. Une coïncidence qui en dit long sur ce qui se passe en France.
Nul doute qu'il fallait que les choses changent dans ce pays. Mais je doute que ce soit dans le bon sens. Voici accélérée la carrière de jeunes talents issus de minorités visibles qui avaient déjà fait leur trou dans le système. La grande masse des banlieues appréciera d'être "représentée" en politique ou dans les medias. et devra probablement s'en contenter. La situation sociale de l'écrasante majorité des jeunes qui connaissent les discriminations ne changera pas. Le pouvoir, les pouvoirs se seront acheté une bonne conscience à peu de frais.

Post Scriptum: Petite conversation aujourd'hui (21 mars) avec R. (je ne la cite pas même si sa nomination est publique). Elle me fait observer qu'elle n'a pas été "bombardée" et qu'elle n'était pas totalement inconnue au bataillon de l'ump puisqu'elle travaillait avec eux, à travers les associations dans lesquelles elle milite, sur les sujets de l'intégration. Dont acte. Elle me dit aussi qu'en exposant son cas je ne lui laisse pas une chance de faire ses preuves. C'est bien la dernière chose dont je voudrais être responsable!
C'est tout le problème avec la discrimination positive. Il faut que ses bénéficiaires montrent qu'ils ne doivent leur place qu'à leur mérites propres. Elle n'en manque pas, je peux en témoigner directement. Il est parfaitement exact que son parcours est tout ce qu'il y a de plus orthodoxe (Sciences-po, concours administratifs, elle a été reçue à l'assemblée et au sénat). D'ailleurs, l'Ump, à la différence de TF1 avec Harry, s'est bien gardé de faire un communiqué triomphant sur le thème: Nous avons recruté une noire. Je crois qu'elle est consciente, comme moi, des effets pervers de la discrimination positive, mais elle pense que c'est le seul moyen de changer les mentalités. Nous sommes en désaccord là dessus mais je respecte sa décision qu'elle n'a d'ailleurs pas prise à la légère.

Les musulmans et la démocratie

Je suis interpelé par un lecteur après des propos que j'ai tenu, sur RTL, au sujet du nucléaire indien et israélien. Ce lecteur trouvait douteux que je ne veuille pas reconnaitre le même droit à l'Iran ou aux pays arabes. C'est le fameux reproche du "deux poids et deux mesures". Je suis à nouveau soupçonné d'être guidé par des sentiments "antimusulmans", sinon racistes. Je lui ai répondu (voir les commentaires de la note "la gauche sectatrice..."). J'aurai pu aller plus loin sur le rôle que joue, à mon avis, l'attitude d'une communauté vis à vis du progrès scientifique et technique et le developpement économique associé à des instituttions démocratiques. Choses qui font défaut en partie ou en totalité aux pays arabes et à l'Iran.
En complément de ma réponse je reproduis donc des extraits d'un article du quotidien qatari Al-Raya, dans lequel Tarek Heggy, intellectuel egyptien, voit dans l'exemple de la démocratie indienne la preuve que les pays arabes et musulmans ne recourraient pas au terrorisme s'ils pouvaient participer librement à la vie politique de leur pays, comme c'est le cas en Inde. [1]

"Alors que [presque] toutes les communautés musulmanes dans le monde ont produit des combattants du djihad, lesquels ont rejoint Al-Qaïda et d'autres organisations [du même type], il existe une communauté musulmane qui ne participe pas à ce phénomène: il s'agit de la deuxième plus grande communauté musulmans au monde, la communauté musulmane d'Inde.
Cette communauté de plus de 150 millions de personnes (…) est la seule communauté musulmane à n'avoir pas produit un seul individu ayant un jour quitté le pays pour participer à des opérations violentes appelées 'djihad' par leurs auteurs et 'terrorisme' par [le reste du] monde.
La communauté musulmane d'Inde n'est pas riche. Elle fait partie intégrante de la société indienne (…) où un pourcentage important de la population vit à l'écart de la richesse et de la prospérité. Toutefois, aucun membre de cette communauté musulmane n'a jamais n'a jamais planifié ou exécuté d'opérations telles que l'attentat du 11 septembre 2001 à New York, ou les attentats intervenus par la suite à Madrid, Londres, Istanbul, Taba, Charm El-Cheikh et ailleurs. En outre, la communauté musulmane d'Inde (malgré son statut de minorité) a donné un grand érudit, qui joue actuellement le rôle de président d'Inde.
[2]
Ce qu'il faut noter est que la communauté musulmane d'Inde est la seule communauté musulmane [au monde] à vivre dans une véritable démocratie nationale.
Que pouvons-nous conclure de ces faits ? La conclusion évidente est qu'au cœur de chaque individu se trouve un être politique (…) Si cet être dispose de moyens effectifs et légitimes pour agir ouvertement au niveau politique, il ne cherchera pas à agir de façon souterraine.
L'Inde n'est pas seulement une démocratie ; c'est la plus grande démocratie au monde. Non seulement a-t-elle réussi à réaliser le rêve d'une existence démocratique propre à [toute grande nation], elle a aussi permis à cette nation d'accomplir des progrès significatifs dans les domaines de l'économie, de la recherche scientifique, de la production, du marketing et de l'enseignement moderne. En outre, elle gère remarquablement la diversité de la société indienne et l'actuel Premier ministre est en effet membre de la minorité Sikh [qui ne représente que 2% de la population] (…)
Les universités d'Inde (contrairement aux universités des [autres] pays du Tiers-monde) sont classées parmi les meilleures au monde (tandis que l'université du Caire - la plus ancienne université du monde arabe - n'est [même] pas classée parmi les 500 meilleures universités du monde.)
L'essentiel est que l'Inde a prouvé que quand les musulmans [comme tous les autres êtres humains] se trouvent dans un climat qui leur permet de participer pleinement à la vie politique, ils n'ont pas recours à des activités souterraines (…) et ils ne quittent pas [leur pays] pour faire sauter un avion, un train ou un bus rempli d'innocents (…)"

[1] Al-Raya (Qatar], le 21 décembre 2005
http://www.raya.com/site/topics/article.asp?cu_no=2&item_no=110189&version=1&template_id=24&parent_id=23.
[2] CNN rapporte en effet que bien que né de parents musulmans, Abdul Kalam ne se considère pas comme musulman. http://archives.cnn.com/2002/WORLD/asiapcf/south/07/18/india.president/index.html

source: Memri

03 mars 2006

Langues pendues ou fourchues?

La justice est saisie après les insultes proférées publiquement par Georges Frêche, non pas contre les Harkis en général mais contre quelques uns avec lesquels il avait un différent politique. Celà reste un comportement particulièrement indigne, venant d'un élu du peuple. Frêche a finalement été suspendu des instances du PS, mais Hollande, décidément allergique aux conflits s'est fait prier. La France devrait s'inspirer du système anglais qui permet de mettre en congé temporairement un élu, un peu comme une exclusion temporaire dans une compétition sportive. Ken Livingstone, le maire de Londres, vient d'en faire les frais: 4 semaines de suspension pour voir traité un journaliste juif de "gardien de camp de concentration." Au moins Frêche s'est-il excusé, ce qu'a obstinément refusé Livingstone.
Au delà de cette lamentable affaire, il peut-être intéressant de poser la question des limites imposées au discours politique, ou par extension à d'autres catégories de professions en contact avec le public comme les enseignants ou les journalistes, dont on veut à la fois qu'ils s'écartent le plus possible de la langue de bois et du politiquement correct, au risque de choquer des minorités ou des communautés de plus en plus chatouilleuses sur la question.
La longue liste des dérapages de Frêche ne plaide pas en sa faveur, c'est pourquoi un rappel à l'ordre, et en effet une sanction s'imposait.
En revanche, il me semble que la suspension, pour 4 mois, du professeur de physique du lycée d'enseignement catholique Gerson (Paris XVI) relève de l'acharnement. "S'il tu as froid dans le frigo (la dour de récréation ou l'élève juif était puni), il restera de la place pour toi dans le four." avait ironisé M. Ricci. Sans doute la blague n'est-elle pas bien maligne. Mais il ne faut pas confondre balourdise et antisémitisme. Certains élèves font remarquer que "le four" c'était pour M. Ricci le bureau du surveillant général où "ça chauffe pour les élèves." On ne peut accuser aussi légèrement un homme d'antisémitisme.
Où alors au train ou vont les choses il faudra bientôt rebaptiser la rue du Four à Paris, au motif qu'elle rappellerait de mauvais souvenir aux juifs...
Cette histoire me rappelle la scène inaugurale de "La tâche", le roman de Roth. Un professeur d'université commet l'imprudence de se demander devant sa classe si deux de ses élèves qui brillent par leur absence ne sont pas des "zombies". Il ignore qu'il s'agit de deux étudiants noirs et c'est le début d'un enfer qui va conduire à sa suspension pour cause de propos racistes...

01 mars 2006

L'équipe de France perd, Domenech est satisfait!


C'est magnifique! Les tricolores prennent deux buts au Stade de France, sortent la tête basse en n'ayant été capables que de transformer un penalty imaginaire... et leur sélectionneur les félicite pour avoir montrer tant de "bonnes intentions". Encore de bonnes intentions comme celles-là et nous sortirons rapidement de la coupe du monde..avec les encouragements de l'ineffable Domenech, l'homme qui conduit l'équipe de France dans le mur en klaxonnant avec ce jeu téléphoné, certes servi par de très grands talents mais avec un singulier manque d'inspiration. Voir tous ces joueurs sublimes dans leurs clubs se livrer à un jeu aussi stérile est désolant.
Et puis il y a le cas Barthez. On sent que là aussi il va s'entêter jusqu'au bout notre bon Raymond, refusant d'admettre qu'il dispose en Coupé d'un gardien d'exception, sportivement incontestable. On peut relever que les deux buts concédés sont millimétrés, il y aura toujours un doute sur ce qu'en aurait fait Coupé. La culpabilisation du public- qui a certes manqué d'élégance en sifflant Barthez- n'est pourtant pour le sélectionneur qu'un moyen de détourner l'attention de ses propres erreurs. Il a d'ailleurs commis un lapsus terrible en affirmant que le public pouvait au moins se rappeler "
ce qu'a été Fabien". En anglais, Has been.
On pourrait croire que cette défaite (après tant et tant de matches nuls peu glorieux) va enfin permettre une remise en cause. Mais non, nous avons remporté une défaite certes décevante, mais très encourageante avec toutes ces occasions qu'on n'a pas mis au fond. Comme l'a dit le commentateur de TF1( était-ce du second degré?): "
Nos adversaires n'auront pas toujours la même réussite." On tient le bon bout.